Agitations de 2008 en Grèce

Agitations de 2008 en Grèce

7 décembre 2008

Les émeutes de 2008 en Grèce débutent le samedi 6 décembre 2008 après la mort vers 21 h d'un adolescent de 15 ou 16 ans Alexandros ou Andréas Grigoropoulos (Αλέξανδρος / Ανδρέας Γρηγορόπουλος) tué par balle par un agent de police, à Athènes. Dans la soirée et durant les jours suivant, des groupements de jeunes affrontent ensuite les forces de polices, tandis que des manifestations pacifiques s'organisent pour dénoncer l'acte d'un tir a balle réelle, ainsi que pour dénoncer l'ambiance actuelle (plusieurs gros scandales récents: détournements de fonds public, réduction des aides sociales initialement prévues, mais aide aux grandes banques, affaire de prostitutions). Ces agitations sont les plus violentes depuis la chute de la dictature en 1974.

Des violences épisodiques continuent de se produire au cours des premiers mois de l'année 2009[1].

Sommaire

Déclenchement et agitations

Alexandros Grigoropoulos
Dec2008-riot-komotini-2.jpg
Bâtiment de l'European Law Library, au croisement des rues Sina et Akadimias.

Les émeutes de 2008 en Grèce débutent le samedi 6 décembre 2008 après la mort vers 21 h d'un adolescent de 15 ans, Alexandros Grigoropoulos (Αλέξανδρος / Ανδρέας Γρηγορόπουλος) tué par un agent de police, Epaminondas Korkoneas, dans Exarcheia, à Athènes. La police a prétendu qu'il lançait, avec une trentaine d'autres jeunes, des pierres ou un cocktail molotov sur un véhicule de police. Une vidéo amateur [1] vient cependant contredire cette version. D'après des témoins il ne s'agissait que d'une simple altercation verbale entre deux jeunes et la police, fait assez courant dans ce quartier. Les agents et leur officier ont été suspendus.

Les émeutes populaires qui débutent sont attisées par la paupérisation des jeunes grecs « la génération des 600 € », le peu de travail disponible (23% de chômage chez les 18-25 ans), la violence policière courante dans ce pays. Il ne faut pas oublier non plus les luttes sociales qui ont commencé dès le début de l'année contre le gouvernement conservateur en place, dues a la crise financiaire et aux problèmes judiciaires de membres du gouvernement.

À la nouvelle de cette mort, des émeutes de grande ampleur éclatent le soir même dans la ville, surtout dans Exarchia, sur Ermou et sur Akadimias, près de l'université (seize banques, une vingtaine de magasins et une vingtaine de voitures incendiés sans compter les kiosques et les poubelles), Thessalonique près de l'université (cinq banques et des magasins), Patras (200 manifestants), Komotini, Ioannina (50 manifestants), en Crète (La Canée et Héraklion) et à Corfou, la police réplique assez violemment avec des gaz lacrymogène et charge les manifestants dans les rues.

La démission du ministre de l'Intérieur Prokópis Pavlópoulos a été refusée par le Premier ministre Konstantínos Karamanlís.[Quand ?] Six personnes au moins auraient été arrêtées pour faits de pillage des magasins vandalisés.

Lundi 8 décembre, le bilan est de quatorze policiers et six manifestants blessés.

Dimanche 7 décembre, des manifestations pacifiques ont réuni autour de 5 000 personnes à Athènes près du Musée national archéologique et 2 000 personnes à Thessalonique.

Les enseignants d'université qui avaient déjà prévu de se joindre à la grève générale de mercredi 10 décembre ont commencé une grève de trois jours dès le 8 décembre.

Le lundi 8 décembre, les incidents se poursuivent. Trikala, à son tour, est touchée. Des manifestants / émeutiers sont retranchés dans deux des universités athéniennes, dont la symbolique Polytechnique et dans l'université de Thessalonique. Deux des principales voies d'accès à la capitale, ainsi que son réseau de transport urbain ont été bloquées par des manifestants. Trois cents personnes affrontent les forces de l'ordre à Thessalonique.

Le KKE a appelé à des manifestations dans l'après-midi de lundi.

Le mardi 9 décembre, la police affirme avoir arrêté 150 personnes « dont certaines pour des pillages », et d'après Reuters, « plus de 130 boutiques ont été détruites dans la seule capitale »[2].

« Dimanche, deux policiers ont été mis en examen, l'un pour meurtre prémédité et l'autre pour complicité.[3].

Causes socio-économiques

La mort par balle de l'adolescent a lieu alors que la société grecque fait face à de nombreuses difficultés. Selon un sondage du journal Kathimerini, 60% des personnes interrogées considèrent que les évènement font partie d'une « réaction sociale » ('social uprising') plus large[4]. Mécontents à cause de plusieurs scandales de corruption politique, la plupart impliquant le détournement d'argent public, la diffusion de la pauvreté, l'augmentation du taux de chômage, particulièrement parmi les jeunes diplômés[5] et le ralentissement de l'économie suivant la crise de 2008[6]. La communauté étudiante – qui composent le gros des émeutiers – est aussi très mécontente et s'oppose à toute une série de lois proposant la réformes du système éducatif national depuis 2006[7].

Des manifestations étudiantes devinrent violentes dès 2007, où le comportement des forces de police, largement dénoncé comme attaquant et arrêtant arbitrairement des manifestants afin de réduire l'opposition, a accru la tension entre les groupes étudiants et la police.

Sur le long terme, tout comme dans beaucoup de pays, les jeunes sont particulièrement touchés par le chômage, font face à un coût des études élevé[8][9] qui ne garantissent d'ailleurs plus au diplômé d'avoir un bon emploi[10], et sont démographiquement faibles face à leurs puissants ainés (baby boomers). Dans une société démocratique, le vieillissement de la population induit un affaiblissement inédit du vote jeune et de son poids dans la vie politique. La situation économique qui s'assombrit encourage ainsi une radicalisation des réactions agitation/répression, permettant à l'agitations actuelle d'être inhabituellement violente.

Selon un journaliste du Kathimerini, « Il faut vraiment être aveugle pour ne se focaliser que sur les excès [destructions de biens] qui se greffent sur la contestation sociale soulevée par un crime et par une accumulation de désespoir qui n’attendait qu’une occasion pour exploser. Il faut vraiment être aveugle pour ignorer la réalité de ces dernières années qui voient la légalité, celle qui doit définir le fonctionnement d’un "État de droit" réel et non mensonger, être détruite. »[11]

Notes et références

  1. Rtbf : Nouvelles violences en Grèce.
  2. « Le Premier ministre grec cherche une solution aux émeutes », Le Monde, 9 décembre 2008.
  3. « Funérailles sous tension en Grèce », Le Monde, 9 décembre 2008.
  4. Skai News, "Κοινωνική Εξέγερση" - "Social Uprising"(English machine translation), Retrieved on 2008-12-14.
  5. Greek Riots Unnerve Investors (en English), The Wall Street Journal (2008-12-12). Consulté le 2008-12-13.
  6. In Greece, a crisis decades in the making (en English), International Herald Tribune (2008-12-11). Consulté le 2008-12-12.
  7. Behind the protests spreading across Greece (en English), The Economist date=2008-12-09. Consulté le 2008-12-12.
  8. (en) loan-costs.co.uk : Student Loans
  9. étudiant, endette et surendetté à cause de prêt étudiant : L'article fait remarquer que les écoles privées, combinées avec les frais de logement et autre frais quotidiens, atteignent ensemble 40 000 € pour 3 ou 5 ans d'études.
  10. Emprunt étudiant (Student loan): « De plus en plus d’étudiants contractent des dettes. Plusieurs raisons peuvent expliquer cela. Le marché de l'emploi : même avec un joli diplôme, il est difficile de trouver un emploi bien payé et stable (contrat à durée déterminée, contrat nouvelle embauche, stage, emploi précaire, chômage…). Bien souvent, l’étudiant a contracté d’autres crédits. »
  11. http://news.kathimerini.gr/4dcgi/_w_articles_columns_2_09/12/2008_295258

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