Evangile selon Marc

Évangile selon Marc

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Apocalypse

L'évangile selon Marc (κατὰ Μάρκον) forme avec les trois autres évangiles, le cœur du Nouveau Testament, la partie la plus récente de la Bible. Le deuxième (par sa place) des quatre évangiles canoniques est aussi le plus bref et probablement le plus ancien ; c'est l'un des évangiles synoptiques.

Son auteur est Marc, généralement identifié au Marc compagnon de Paul, puis de Pierre, que l'on connaît par le Nouveau Testament, spécialement les Actes des Apôtres et les épîtres de Paul et de Pierre.

Il semble marqué par la destruction du Temple de Jérusalem, de 70 : dans le discours eschatologique de Mc 13 il n'est fait aucune distinction entre la ruine de Jérusalem et la fin du monde (cf. Mc 13,24). Or il est écrit dans Ezéchiel (46.15) que les sacrifices du Temple sont éternels. La ruine du Temple coïnciderait avec la fin du monde.

Sommaire

Thèse des logia

La thèse des logia de l'apôtre Matthieu, rédigés en langue hébraïque, selon une tradition issue de Pappias n'a jamais trouvé de confirmation. Elle n'est pas à confondre avec la thèse des logia, en grec comme leur nom l'indique, attribués à Thomas, lesquels n'avaient probablement pas la forme d'un évangile, mais plutôt celle d'un recueil de sentences ou de discours.

article spécialisé problème synoptique

Irénée de Lyon écrivait vers 180 : « Marc, le disciple et l'interprète de Pierre, nous transmit lui aussi par écrit ce que prêchait Pierre ». (Adv. Hae. III Prologue). Toutefois, aucune trace archéologique ou autre, pas même dans les Actes, ne confirme l'existence de ce Marc. Les noms d'auteur furent donnés aux évangiles au IIe siècle de l'ère chrétienne.

Probablement Marc se peint-il lui-même dans son évangile comme le jeune homme qui s'enfuit, sans son manteau, durant la nuit de Gethsémani (cf. Mc 14,51-52). Il est le « Jean, surnommé Marc » mentionné en Ac 12,12.

Cet épisode provient d'une prophétie d'Amos (2.16 : « Le plus courageux des guerriers s'enfuira nu dans ce jour-là, dit l'Éternel. »). Nulle part l'auteur de cet Évangile ne se prétend témoin de ce qu'il raconte.

Cet évangile « selon Pierre » est l'évangile du « Fils de Dieu » et aussi du « Fils de l'Homme ». Marc montre la divinité de l'Homme-Dieu et souligne en même temps la réelle humanité de Jésus, compatissant ou pris de colère, anxieux (« Mon âme est triste à mourir », Mc 14,34) ou assoupi (cf. Mc 4,38).

Témoignage de la tradition ancienne

L'historien Eusèbe de Césarée, au début du IVe siècle, décrivait ainsi la genèse de l'évangile selon Marc.

Après que l'apôtre Pierre eut entrepris de prêcher à Rome, au début du principat de l'empereur Claude, c'est-à-dire vers les années 41-42, les auditeurs de Pierre « ne tinrent pas pour suffisant de l'avoir entendu une fois pour toutes, ni d'avoir reçu l'enseignement oral du message divin, mais que, par toutes sortes d'instances, ils supplièrent Marc, dont l'évangile nous est parvenu et qui était le compagnon de Pierre, de leur laisser un monument écrit de l'enseignement qui leur avait été transmis oralement : ils ne cessèrent pas leurs demandes avant d'avoir contraint Marc et ainsi ils furent la cause de la mise par écrit de l'évangile appelé “selon Marc”. »

« L'apôtre, dit-on, connut le fait par une révélation de l'Esprit ; il se réjouit du désir de ces hommes et il confirma le livre pour la lecture dans les assemblées. »

« Clément, au sixième livre des Hypotyposes, rapporte le fait et l'évêque d'Hiérapolis, nommé Papias, le confirme de son témoignage. » (H. E. II, 15, 1-2).

La relation d'Eusèbe de Césarée, en effet, se trouve confirmée par le témoignage de l'Église ancienne, non seulement Clément d'Alexandrie et Papias, mais encore Irénée de Lyon et même, semble-t-il, le Canon de Muratori (quoique lacunaire).

De ce fait, le lieu de sa rédaction est connu : Rome ; ce que l'analyse interne n'infirme pas, mais au contraire rend très probable.

La date de sa composition est connue aussi : sans doute les années de l'empereur Claude, soit 41-54[1]. Mais Irénée de Lyon dit qu'il fut mis par écrit après le départ des apôtres, leur « exode » ; ce qui laisse en suspens la date exacte (Cf. Adv. Hae. III, Prologue) puisque les apôtres "romains" Pierre et Paul ont été mis à mort sous Néron vers 65.

Le second évangile fut très certainement rédigé avant les années 57-59[2], s'il est vrai qu'il fut consulté à cette date par Matthieu grec (sans doute Philippe) et Luc à Césarée maritime, avant la rédaction de leur évangile respectif. Car ils devaient abondamment se servir de Marc, peut-être sous la forme d'une version primitive et non encore publiée.

La genèse du second évangile, telle qu'elle est présentée par Eusèbe de Césarée, paraît très vraisemblable car elle explique que cet évangile ait été placé sous le patronage de Marc[3], et non directement sous celui de l'apôtre Pierre, qui eût été plus prestigieux. D'autre part elle définit remarquablement le genre littéraire de ce document, ainsi que sa destination première : la lecture dans les assemblées chrétiennes, avec le blanc-seing et l'autorité de l'apôtre Pierre[4].

Le second évangile, une haggadah ?

L'évangile selon Marc serait conçu pour la lecture dans les assemblées chrétiennes, spécialement pour les grandes fêtes, et en particulier pour la veillée pascale.

C'est pourquoi l'exégète belge Benoît Standaert, O.S.B., a proposé de voir dans l'évangile de saint Marc une haggadah pascale chrétienne.

La lecture d'une haggadah, le soir de Pâque, était une coutume très ancrée dans les familles juives. Et bien souvent, elle le reste encore.

L'analyse interne du deuxième évangile ne fait que conforter cette hypothèse. Il expose avant tout le dernier « passage » de Jésus, sa dernière Pâque, sa mort et sa résurrection.

Le récit, tissé de réminiscences bibliques, évoque en même temps l'Exode, l'épopée au désert du peuple élu sous la conduite de Moïse, le cycle d'Élie, ou encore le sacrifice d'Abraham. Tout ce que les juifs avaient coutume, ou ont encore, de se remémorer le soir de Pâque.

De plus l'évangile entier respire une ambiance initiatique et baptismale, par allusion à ce baptême que l'on pratiquait (et pratique encore) avec tant de solennité lors de la veillée pascale.

Il débute au Jourdain par le baptême du Christ des mains de Jean le Baptiste. Il fait revivre au chrétien toute la catéchèse baptismale (esquissée par exemple dans Rm 6), qui est une invitation à la mort et à la résurrection, par la plongée dans les eaux, avec le Christ.

Une grande partie de l'évangile de Marc, six chapitres sur seize, est consacré au récit des derniers jours de Jésus à Jérusalem. Ce schéma des derniers jours et de la Passion du Christ sera repris soigneusement, avec des compléments, par les deux autres synoptiques, et même par Jean à partir de l'Onction à Béthanie.

Plan de l'évangile de Marc, d'après Benoît Standaert

Dans leur grande majorité, les exégètes ont coutume de diviser l'évangile de Marc en deux parties, selon l'indication qui serait donnée par l'auteur lui-même dans son titre : « Commencement de l'Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. »

La première partie (1,1 --- 9,13) aurait pour but de montrer que Jésus est le « Christ » ou Messie ; la seconde partie (9,14 --- 16,20) ferait accéder à la notion de « Fils de Dieu ».

Dès l'exorde, Jésus-Christ est présenté par Jean-Baptiste à la fois comme Christ et comme Fils de Dieu. Dès la première partie les démons eux-mêmes reconnaissent Jésus comme le Fils de Dieu (5,7). Avant la fin de la soi-disant première partie, Jésus est reconnu solennellement par le Père comme son Fils bien-aimé (9,7). Par contre la Passion de Jésus sera, avant tout, celle du « Christ, le Fils du Béni » (14,61), et celle du « Roi » (15,2).

Les juifs, comme le montre la question de Caïphe citée supra (14,61), et toute la tradition biblique, ne distinguaient pas entre les notions de « Messie » et de « Fils de Dieu ». Pour eux, c'était tout un. Le psaume deuxième est allégué : « Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré. » (Ps 2,7).

B. Standaert a reconnu dans l'évangile de saint Marc une construction littéraire très bien charpentée, malgré le style volontairement simple, selon les règles de la composition, rhétorique ou dramatique, en vigueur au premier siècle.

--- I. Prologue (1,1-13)

Au Jourdain, Jean-Baptiste désigne Jésus comme le Messie et le Fils de Dieu.

--- II. Narration (1,14 --- 6,13)

Présentation de Jésus par actions et par paroles, en Galilée et sur le lac de Tibériade. Il suscite l'étonnement.

--- III.1. Interrogation de plus en plus pressante (6,14 --- 8,26)

À travers la Galilée comme en dehors de la Galilée.

--- IV.2. Réponse à Césarée de Philippe et à l'Hermon (8,27 --- 9,13)

Il est le Messie, le Fils de Dieu, mais un Messie souffrant qui demande qu'on le suive.

--- V.3. Comment suivre Jésus ? (9,14 --- 10,52)

À travers la Galilée, puis la Judée, puis la Pérée, puis en direction de Jérusalem.

--- VI. Dénouement (11,1 --- 15,47)

Mort de Jésus à Jérusalem.

--- VII. Épilogue (16,1-8)

Résurrection de Jésus le matin de Pâques : « Il vous précède en Galilée. » (16,7).

--- VIII. Finale (non marcienne) (16,9-20)

Récits des apparitions aux disciples.

Avec un peu de bonne volonté, on peut reconnaître là le septénaire familier de la littérature juive (la huitième partie n'étant pas de la plume de Marc). Mais l'évangile de Marc suit fidèlement toutes les péripéties du drame antique.

1. Le Prologue (Mc 1,1-13)

Jean-Baptiste vient sur scène pour présenter le drame.

2. La narration (1,14 --- 6,13)

Ne fait qu'exposer. Elle est comparable à la narration conventionnelle d'un discours.

3. L'argumentation (6,14 --- 10,52)

C'est la partie centrale, dénommée ainsi par les rhéteurs antiques.

  • Première section : 6,14 --- 8,26 qui pose clairement le problème de l'identité de Jésus.
  • Deuxième section : 8,27 --- 9,13 répond à la question: il est le Messie promis, le Fils de Dieu, mais en même temps le Messie souffrant qui demande qu'on le suive. C'est le nœud de l'intrigue.
  • Troisième section : 9,14 --- 10,52 expose les exigences de la sequela du Christ.

4. Dénouement (11,1 --- 15,47)

Dénouement tragique du drame, par la mort exemplaire du héros.

5. L'épilogue (16,1-8) L'évangile s'achève comme le drame antique. Un messager du ciel, tel un deus ex machina, communique aux femmes ce qui ne peut être représenté sur scène : « Il est ressuscité. » (16,6).

La finale de Marc

Il est reconnu que la finale de Marc (16,9-20) ne fut pas écrite par l'évangéliste. Elle ne figure pas dans maints manuscrits importants, par exemple le Vaticanus et le Sinaïticus. Elle n'est pas de son style, mais semble plutôt résumer les autres évangiles : Luc et peut-être Jean, dans leurs conclusions.

Elle n'en est pas moins canonique, et très ancienne. Peut-être de la main de Luc, qui aurait réédité l'évangile de Marc ?

On a souvent supposé que la finale actuelle (qui connaît d'ailleurs une forme plus brève dans certains manuscrits) était là pour suppléer une finale accidentellement perdue.

Mais, outre le peu de vraisemblance d'un tel scénario (pour un manuscrit si souvent recopié !), une fin brusque de l'évangile au verset 16,8 pourrait s'expliquer dans cette hypothèse. Pour le narrateur de la veillée de Pâques, devant l'assemblée chrétienne, elle serait là comme des points de suspension déférents, pour laisser la parole au président de la synaxe eucharistique, c'est-à-dire à l'évêque : « À vous, père vénéré, de conclure la séance en évoquant la résurrection du Christ ».

Mais pour la lecture privée, et pour la publication, on aura voulu combler la lacune par un bref récit des apparitions du Christ à ses disciples.

Utilisation de l'évangile selon Marc

Par Matthieu grec et Luc

La Théorie des deux sources, majoritairement acceptée (malgré ses difficultés!), a bien montré que les évangélistes Matthieu grec et Luc devaient beaucoup à l'évangile de Marc. Ils l'ont utilisé et incorporé dans leur propre ouvrage au point d'en faire l'ossature de leur évangile respectif.

Selon des statistiques, Matthieu grec aurait repris, en substance, 600 versets de Marc sur 661 : la presque totalité; et Luc au moins 350 sur 661, c'est-à-dire plus de la moitié. Au total, la teneur de Marc se retrouve presque en entier dans les deux autres synoptiques.

De plus, le schéma organisationnel de la vie du Christ, tel que fixé par Marc, se retrouve dans Matthieu grec et Luc : un ministère galiléen, suivi d'une seule montée à Jérusalem pour la dernière Pâque du Christ. Matthieu grec et Luc ont seulement complété ce schéma, d'une part par les récits de la naissance et de l'enfance, composés symétriquement, et d'autre part par les paroles ou discours de Jésus contenus dans les logia de l'apôtre Matthieu, qu'il ne fallait surtout pas laisser perdre.

Mise à part une première partie de Marc (1,1 - 6,13) que Matthieu grec a assez profondément bouleversée, les deux synoptiques ont remarquablement respecté la séquence de Marc, y compris et surtout pour le récit de la Passion. Ils confirment sa chronologie pour les derniers jours ou les dernières heures de Jésus.

L'entrée messianique à Jérusalem, en débouchant de Jéricho, eut lieu avant la semaine de Pâque (cf. Mc 11,1), avant l'Onction à Béthanie qui prit place deux jours avant Pâque (cf. Mc 14,1). La dernière Cène, véritable repas pascal avec manducation de l'agneau, fut célébrée le soir de Pâque (cf. Mc 14,12). Jésus fut livré dès le lendemain aux chefs juifs (cf. Mc 14,53) puis à Pilate (cf. Mc 15,1). Et Jésus, le Vendredi saint, est resté au moins six heures en croix, de neuf heures du matin (cf. Mc 15,25) à trois heures passées de l'après-midi (cf. Mc 15,34).

Par Jean

On pourrait croire a priori que l'évangéliste - et apôtre - Jean n'a pas connu l'évangile de Marc, mais seulement celui de Luc, avec lequel il offre bien des affinités, et même des points de contact probables. La séquence des événements définie par Marc, qui se retrouve dans Jean, lui viendrait à travers la lecture de l'évangile de Luc.

Un examen plus poussé oblige à admettre que Jean a connu directement l'évangile de Marc. Ce qui n'a d'ailleurs rien de surprenant, car l'évangile de Marc était déjà ancien, et fort répandu, quand Jean se mit, dit-on (Canon de Muratori) à la demande de ses confrères survivants, à la rédaction de son propre évangile.

  • En Jn 6,16-21 Jean a la marche sur les eaux de Jésus de Mc 6,45-52 que Luc n'a pas.
  • En Jn 10,40 Jean note le séjour en Pérée de Mc 10,1 que Luc omet.
  • Jn 12,1-11 décrit l'Onction à Béthanie de Mc 14,3-9, que Luc également omet.
  • La flagellation et le couronnement d'épines de Jn 19,1-3 sont rapportés par Marc (15,15b-20) et non par Luc.

Jean est bien plus synoptique qu'on ne le dit, par rapport à ses trois confrères. Et cette synopsie lui vient directement de Marc. Jean est synoptique pour la prédication de Jean-Baptiste au Jourdain. (1,6-18), pour la première multiplication des pains et la marche sur les eaux (6,1-21) remarquablement complémentaires dans les quatre évangiles (sauf que Luc n'a pas, avons-nous dit, la marche sur les eaux), pour la profession de foi de Pierre (6,67-71), et surtout le récit des derniers jours de Jésus et de la Passion à partir de l'Onction à Béthanie (sauf ajouts ou suppressions).

Manifestement le plan de la Semaine Sainte provient de Marc et, à travers lui, du témoignage de l'apôtre Pierre. Il n'a rien d'une tradition extérieure, et indépendante, comme on le dit souvent.

De plus Jean est synoptique négativement, si l'on peut dire, car il omet sciemment bien des faits, en les supposant connus par ailleurs. Il a simplement voulu compléter, et même corriger par endroit, le canevas un peu sommaire de Marc (qui ne fut pas un témoin direct de la plupart des épisodes).

Une simple vie de Jésus, du Baptême à la Résurrection

Selon ses premiers mots, le livre de Marc est une « Bonne Nouvelle », un évangile.

C'est la Bonne Nouvelle de l'avènement du Messie et aussi la Bonne Nouvelle du salut, qui est l'enseignement proclamé par Jésus lui-même : « Jésus vint en Galilée, proclamant l'Évangile de Dieu et disant : “Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche”. » (1,14-15).

Les disciples à leur tour devront proclamer cette Bonne Nouvelle dans le monde entier. (Cf. 13,10; 14,9; 16,15).

Croire en l'évangile exige repentir (1,15) et renoncement (8,34-35). Car cette bonne nouvelle ne doit pas être reçue seulement passivement. Elle exige collaboration et choix.

Le mot grec Bonne Nouvelle est le plus souvent traduit par le terme technique d'Évangile. Mais on ne doit jamais oublier sa signification première. L'« évangile », dans le monde ancien, désignait habituellement l'avènement d'un nouveau souverain qui était censé amener une ère de paix et de prospérité.

Ici, c'est l'avènement du Roi définitif qui est proclamé : le Fils de l'homme ; et l'avènement du Royaume définitif : le Royaume de Dieu.

La figure du Fils de l'homme est tout droit sortie du livre de Daniel (cf. Dn 7), du livre d'Hénoch (cf. I H 45 - 49 ; 62 - 63), du livre d'Esdras (cf. IV Esdras 13). Toutes lectures dont Jésus lui-même, et ses contemporains, devaient être friands.

Le Fils de l'homme est celui qui s'avance sur les nuées du ciel en présence de l'Ancien des jours ; il est l'Élu, l'Oint de Dieu, le Messie ou Christ, le Saint de Dieu, le Fils de Dieu né avant les siècles. À lui sont promis le jugement final du monde et la royauté éternelle.

Mais son royaume ne n'inaugurera pas par la violence, ou par la force des armes. Il appelle à la conversion. Il réclame l'adhésion des cœurs. Il est le règne d'un Dieu saint.

Car paradoxalement ce Fils de l'homme, cet Élu, est prédestiné à un avenir douloureux, un avenir d'abaissement, avant d'entrer dans sa gloire.

Pour décrire l'avènement de ce nouveau royaume, si contrasté, Marc n'emploiera pas de longues dissertations comme Paul, ou comme Barnabé (l'auteur probable de l'épître aux Hébreux). Il racontera simplement ce qu'il sait: le ministère public de Jésus, du Jourdain à la croix.

À la place de Pierre, il déploiera le kérygme (l'annonce) apostolique qui va du Baptême à la Résurrection (cf. Ac 1,21-22).

L'évangile de Marc est une « biographie » du Christ, entremêlée d'actes et de discours, de gestes, de paraboles, de miracles et de persécutions subies. Une biographie comme on savait en faire à cette époque, car le genre était très prisé. Il la fera avec application, observant les lois de la rhétorique antique, mais sans prétention.

Pour certains chrétiens, rien n'est plus précieux que son témoignage.

Bref résumé du kérygme

Dès le Prologue (1,1-13) Jésus nous est présenté comme le Messie, le Fils de Dieu. Mais la plupart des acteurs du drame ignoreront jusqu'au bout cette identité. Ce qui créera le suspense. Le Fils de l'homme eschatologique reçoit l'onction divine de l'Esprit Saint qui le conduira désormais, et le Père le proclame son Fils.

Poussé au désert par l'Esprit, Jésus se prépare à affronter son ennemi principal : Satan. Mais les anges le servent, et les bêtes sont témoins.

Dans la Narration (1,14 --- 6,13) nous entendons Jésus inaugurer son règne, qui est celui de Dieu. Il réclame le repentir des foules pour l'accueillir.

Déjà le roi désigne ses premiers disciples, qui seront ses ministres. Première victoire sur Satan, par la guérison d'un démoniaque.

Constamment Jésus impose le silence aux démons, et même à ses amis, pour qu'ils taisent son identité véritable: c'est ce qu'on appelle le secret messianique. Il le leur impose parce qu'il craint que les foules ne se leurrent sur ses intentions, et ne fassent de lui un roi temporel, alors qu'il est le roi eschatologique. Il ne peut et ne veut s'imposer que par un accueil désintéressé: l'accueil des cœurs.

Le Nouveau Souverain s'avance souverainement dans sa patrie, la Galilée. Il désigne ses premiers disciples, qui seront ses ministres. Il chasse les démons. Avec une condescendance royale, il guérit la belle-mère de son premier ministre, Pierre, dans la maison duquel il était descendu. Il parcourt toute la Galilée. Il guérit toute infirmité: les lépreux, les paralytiques. D'un signe il appelle Lévi, fonctionnaire d'Hérode, qui deviendra fonctionnaire du Royaume de Dieu. Il discute avec les Pharisiens. Les foules de tous les pays environnants accourent pour le suivre. Il connaît un immense succès.

Il institue ses « Douze » et définitifs ministres. Il écarte d’un geste ses parents qui cherchent à l'accaparer. Il répond aux calomnies des scribes. Il enseigne les foules en paraboles. Maître des éléments, et Dieu, il apaise la tempête. Il s'aventure en pays semi-païen, par delà le lac. De par sa puissance évidemment divine, il ressuscite la fille de Jaïre. Il visite sa patrie, Nazareth, où il est accueilli froidement. Il envoie les Douze au devant de lui, en mission deux à deux. Eux-mêmes se mettent à chasser les démons, à guérir les malades.

Au début de l'Argumentation (6,14 ---10,52)

  • 1. dans la première section (6,14 --- 8,26) le narrateur, Marc, commence par un nouvel en-tête (6,14-16) où l'on entend Hérode, le tétrarque, poser la question décisive de l'identité de Jésus.

Suit une digression (prévue par la rhétorique antique) où Marc raconte le sort tragique réservé au Baptiste, préfiguration de celui que devait subir le Fils de l'homme en personne.

Jésus multiplie les pains pour les foules. Il marche sur les eaux. De partout, on lui amène les malades. Il discute avec les inquisiteurs, Pharisiens et Scribes, descendus de Jérusalem pour enquêter sur son cas. Jésus stigmatise les traditions humaines, pratiquées au détriment du commandement divin. Il dévalorise la pureté tout extérieure de la Loi, au profit de la pureté intérieure, celle de la conscience.

Déjà il s'aventure en pays étranger. Il guérit une Syrophénicienne, un sourd-bègue. Multiplie de nouveau les pains, cette fois au profit des païens.

Les Pharisiens incrédules demandent un signe.

Il guérit un aveugle.

  • 2. Dans la section centrale du livre (8,27 --- 9,13) nous entendons Pierre répondre clairement à l’interrogation de Jésus : « Tu es le Christ. » (8,29). C'est alors que Jésus annonce une première fois sa passion.

Au cœur du livre (8,34-38) Jésus expose la condition pour suivre ce Messie paradoxal: se renoncer.

Au sommet de l'Hermon, la Transfiguration authentifie solennellement, au nom de Dieu, l'identité de Jésus, et sa mission : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le. » (9,7). Mais Jésus impose encore le silence à ses amis.

  • 3. La troisième section (9,14 --- 10,52) de l'argumentation expose comment suivre Jésus. C'est en Galilée, puis en Judée, puis en Pérée, puis en route vers Jérusalem. D'une phrase, Jésus résume son propos : « Le Fils de l'homme lui-même n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour une multitude. » (10,45).

Jésus guérit un aveugle à Jéricho, qui le reconnaît comme le « Fils de David. » (10,47.48).

Le Dénouement (11,1 --- 15,47) voit l'entrée pacifique du Messie, monté sur un petit âne, dans sa capitale, Jérusalem. Jésus, maître chez lui dans le Temple, en expulse les vendeurs. Les autorités ne peuvent que s'incliner.

Divers enseignements solennels.

Discours eschatologique, où Jésus prédit la ruine de Jérusalem et la fin du monde, sans les distinguer. Selon Daniel, Hénoch, Esdras, il prophétise la venue finale du Fils de l'homme (lui-même) sur les nuées du ciel.

« Veillez ! » (13,37).

Deux jours avant la Pâque, à Béthanie, une femme procède par avance à son ensevelissement.

Judas trahit.

Jésus mange sa dernière Pâque avec ses amis ; il institue l'eucharistie.

À Gethsémani, il souffre en compagnie de Pierre, Jacques et Jean. Il appelle son Père : « Abba. » (14,36).

Les événements se précipitent. Il est arrêté. Pierre le renie lamentablement. Il est jugé par le Sanhédrin, par Pilate, flagellé, couronné d'épines, crucifié à neuf heures du matin. Il expire à trois heures de l'après-midi. Le centurion romain le déclare « Fils de Dieu. » (15,39). Il est enseveli dans le tombeau d'un riche.

L'Épilogue (16,1-8). Au matin du dimanche, les femmes découvrent le tombeau vide. L'ange proclame qu'il est ressuscité et donne rendez-vous, en Galilée, à Pierre et aux autres disciples.


L'évangile de Marc est aussi l'évangile de Pierre. On remarque la place importante de Pierre, tout au long du récit. Rien n'est caché de ses faiblesses, de sa trahison et de la confiance sans faille que, malgré tout, lui accorde le Christ.

Conclusion. Marc, le créateur du genre « évangile »

En rédigeant une vie de Jésus pour proclamer le « kérygme de la foi », l'annonce de la Bonne Nouvelle, Marc a incontestablement créé un genre littéraire nouveau, qui sera repris dans les trois autres évangiles canoniques, et dans bien d'autres évangiles apocryphes (non reconnus par l'Église).

Dès les premiers mots de son ouvrage, il s'est servi d'un vocable qui sera repris par ses imitateurs : « Commencement de l'Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. » (Mc 1,1)

Certes l'apôtre Matthieu avait publié en langue hébraïque des logia, dont l'existence nous est connue par la tradition et qui étaient sans doute plus anciens. Dès l'antiquité on les avait affublés rétrospectivement du titre d'évangile, ou même d'« évangile araméen ». Saint Irénée écrivait : « Ainsi Matthieu publia-t-il chez les Hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite d'Évangile. » (Adv. Hae. III, Prologue).

Mais les logia de l'apôtre Matthieu, la fameuse « source Q » des exégètes allemands, tels qu'on peut les reconstituer grâce aux évangiles canoniques de Matthieu (grec) et Luc, qui les ont largement utilisés, ne contenaient guère que des sentences, ou des discours de Jésus, peut-être notés de son vivant, ou peu de temps après son départ de ce monde, mais très peu de récits :

  • sûrement la guérison du serviteur d'un centurion (Mt 8,1.5-10.13 = Lc 7,1-10),
  • et la question de Jean-Baptiste de sa prison (Mt 11,2-11.14-19 = Lc 7,18-35).
  • Peut-être le détail des tentations du Christ (Mt 4,2-11a = Lc 4,2b-13).

Ils ne formaient pas une histoire suivie de Jésus et leur plan était assez imprécis. La Passion du Sauveur n'était pas racontée.

C'est donc bien Marc qui a créé le genre « évangile », et même lui qui en a établi la structure fondamentale, en particulier pour le récit de la Passion, qui sera largement respectée par ses successeurs.

Le style de Marc est très particulier: primesautier, alerte, précis. Il va en s'améliorant au fil de la narration. Au début assez heurté, concis, rapide, il devient peu à peu plus fluide, plus coulant, tel un torrent qui deviendrait ensuite un fleuve plus tranquille.

C'est que Marc était sans doute un novice. Il s'est formé lui-même en composant.

Il s'attarde souvent sur des détails très concrets, qui dénotent un témoin visuel (il l'était à travers Pierre, son maître) : le coussin où dormait Jésus, à l'arrière de la barque (cf. Mc 4,38), les chaînes, les entraves dont était lié le démoniaque gérasénien, les cris qu'il poussait, les pierres dont il se frappait (cf. Mc 5,3-5), etc.

Bien souvent ses confrères, Matthieu grec et Luc, ont abrégé son propos.

Son évangile est rempli d'aramaïsmes, et il cite nombre de mots araméens : Talitha koum ; Ephatha ; Corban ; Bartimée ; Abba ; Rabbi ; Rabbouni ; Élôï, Élôï, lema sabachtani. Ce qui trahit son origine palestinienne, ainsi que celle de Pierre.

En même temps, on subodore à certains détails que son évangile ne fut pas écrit en Palestine, mais plutôt dans un milieu païen, et même occidental, vraisemblablement à Rome, comme le voulait Eusèbe. Il éprouve le besoin d'expliquer les mœurs juives (cf. Mc 7,3-4). Il précise que les deux piécettes de la veuve, déposées dans le tronc du Temple, valent, en monnaie romaine, un quart d'as (cf. Mc 12,42).

Marc emploie un certain nombre de mots grecs qui ne sont qu'une transcription du latin : le « grabat » du paralytique (cf. Mc 2,4) ; la « légion » du possédé (cf. Mc 5,9) ; le « prétoire » (cf. Mc 15,16) ; le « centurion » (cf. Mc 15,39). Il précise que la femme qui renvoie son mari commet également un adultère (cf. Mc 10,12) : cette clause reflète le droit romain, car le droit juif n'accordait qu'au mari le droit de répudiation. Il signale que la « Parascève » des juifs correspondait à la veille du sabbat (cf. Mc 15,42).

On suppose, comme il est dit dans l'en-tête de cet article, que le jeune homme de Mc 14,51-52 saisi dans la nuit de Gethsémani, mais qui s'enfuit tout nu, en laissant son drap, n'était autre que l'auteur de notre évangile. On ne voit pas pourquoi il aurait noté ce détail insignifiant, que les autres évangélistes ont passé sous silence. On ne voit pas de qui il l'aurait appris.

Mais il y a plus. Nous savons par les Actes des Apôtres que sa mère avait une maison à Jérusalem, où elle accueillait la première communauté chrétienne. (Cf. Ac 12,12). Il est donc fort probable que ce « Jean, surnommé Marc » (id.) fut non seulement un témoin du Christ de auditu, à travers le discours de Pierre, mais aussi un témoin de visu, au moins des derniers temps de la vie du Christ et sûrement de sa passion, auxquels il fut mêlé, étant encore jeune homme.

C'est sans doute à cette circonstance que nous devons de posséder, dans son évangile, une relation si détaillée de ces événements fondateurs.

Cousin de Barnabé (cf. Col 4,10), Marc suivit d'abord Paul dans ses pérégrinations (cf. Ac 12,25; 13,5.13). S'étant séparé de Paul, il accompagna ensuite Barnabé dans son évangélisation de Chypre (cf. Ac 15,37-39). Puis il revint au service de l'apôtre Pierre qu'il avait connu à Jérusalem (cf. Ac 12,12-17). Dans sa première épître, Pierre l'appellera « Marc, mon fils. » (1 P 5,13).

Mais il n'était pas pour autant fâché avec Paul (à Dieu ne plaise !) puisque Paul écrira dans sa deuxième épître à Timothée : « Prends Marc et amène-le avec toi, car il m'est précieux pour le ministère. » (2 Tm 4,11)...

Certes, il pouvait être précieux à Paul, à cause de l'évangile !

Dans sa deuxième épître aux Corinthiens, Paul déjà mandait :

« Nous envoyons avec lui le frère dont toutes les Églises font l'éloge au sujet de l'Évangile. » (2 Co 8,18).

  1. Cette datation haute est typique des églises fondamentalistes. source archéologia, le numéro sur Jésus, 2004
  2. Cette datation haute est typique des églises fondamentalistes. source archéologia, le numéro sur Jésus, 2004
  3. C'est Eusèbe qui impose des noms aux auteurs de recueils anonymes au moment où débute le processus de canonisation. À noter qu'avant qu'Eusèbe en parle, personne ne connaît de Marc dans l'entourage des apôtres. Eusèbe est un ecclésiastique de cour et imagine les apôtres vivant une vie de courtisan
  4. autorité qui n'existe pas encore à cette époque

Voir aussi

Bibliographie

  • Jean-Marie Van Cangh et Alphonse Toumpsin, L’Évangile de Marc. Un original hébreu ?, coll. Langues et cultures anciennes 4, éd. Safran, Bruxelles, 2005, (ISBN 2-9600469-8-6)
  • L'évangile selon Marc. Commentaire par Benoît Standaert O.S.B. Les éditions du Cerf. 1983

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