Affaire de l'UIMM

En septembre-octobre 2007, l’Union des industries et métiers de la métallurgie a été secouée par les révélations sur des retraits de fonds en liquide effectués par son président, Denis Gautier-Sauvagnac [1].

Le 26 septembre 2007, le quotidien Le Figaro révèle l'existence de retraits suspects à l'UIMM.

Le 3 octobre 2007, une série de perquisitions et d'auditions est lancée par les enquêteurs de la brigade financière.

Dans son édition du mardi 16 octobre 2007, Les Échos rapportent que l'UIMM dispose d'un « trésor de guerre » alimenté notamment par une caisse de solidarité antigrève ("Epim") constituée à la suite des évènements de mai 1968 et évaluée aujourd'hui lors de sa révélation à 160 millions d'euros. Les fonds auraient selon l'UIMM également pu participer au financement des syndicats de salariés, mais aucun élément n'étaye ce financement alors que le financement de politiques et de partis politiques est avéré[2].

Le 23 octobre 2007, Denis Gautier-Sauvagnac confirme à des journalistes, l'existence, depuis 1972, d'une « caisse de secours mutuel » appelée « EPIM » (Entraide professionnelle des industries de la métallurgie), approvisionnée par des cotisations de 0,2/1000 (0,4 à partir de 2001) de la masse salariale des entreprises adhérentes. L'objectif était de venir en aide à des entreprises à l'issue d'un conflit social. Depuis 1972, 1 793 entreprises du secteur de la métallurgie ont décidé, au lendemain des évènements de mai 1968 et à l'initiative de François Ceyrac, de cotiser à l'EPIM pour faire face « à un conflit collectif du travail ». Ces entreprises n'étaient plus que 175 en 2006. Le montant total de ces cotisations volontaires s'élève, depuis 1972, à 310 millions d'euros. L'UIMM a reversé 144 millions aux entreprises touchées par des grèves, les 166 millions restants ont été confiés à un consultant indépendant. Qui s'est avéré de bon conseil : à la fin de l'année 2006, la valeur d'achat des titres de l'EPIM était de 301,5 millions d'euros, ils valent aujourd'hui sur le marché près de 641,7 millions, selon l'estimation de Denis Gautier-Sauvagnac [3], mais pour une valeur comptable de 376 millions. Il a servi également à hauteur d'environ 2 millions d'euros pour le « financement de diverses organisations de notre vie sociale ».

Le 27 novembre 2007, Denis Gautier-Sauvagnac est entendu par la brigade financière. Il indique que son « erreur est de ne pas avoir arrêté le système » quand il est devenu délégué général. En conséquence, il annonce sa démission de la présidence de l'UIMM [4]. Une information judiciaire a été ouverte par le juge Roger Le Loire pour les retraits suspects des caisses de l'UIMM de 18 944 691 euros, du 19 janvier 2000 au 5 septembre 2007 et des comptes révélant une « dissimulation orchestrée » de la réalité des comptes de l'UIMM. Ces fonds pourraient avoir servi à influencer des décideurs et des organisations ; ils auraient également été utilisés comme compléments occultes de rémunération des dirigeants de l'organisation [3].

En 2007, 153 entreprises ont cotisé pour un montant de 675 000 euros et 574 000 euros ont été versés à trois entreprises touchées par des conflits sociaux majeurs. Ainsi, un porte parole de PSA a reconnu que son entreprise avait perçu 550 000 euros de l'UIMM pour l'aider à ne pas céder aux revendications salariales des ouvriers de l'usine Citroën d'Aulnay-sous-Bois, lors d'une grève de six semaines en 2007[5].

Le 20 décembre 2007, Frédéric de Saint-Geours est élu président de l'IUMM en remplacement de Gautier-Sauvagnac.

Le 28 février 2008, l'hebdomadaire Marianne révèle que l'indemnité de départ que Denis Gautier-Sauvagnac avait négocié avec son successeur son retrait de la présidence de l'UIMM moyennant une indemnité de 1,5 million d'euros ainsi qu'une prise en charge totale par l'UIMM des frais de justice pouvant découler de sa gestion. Gauthier-Sauvagnac révèle aussi au juge que François Ceyrac, l'ancien « patron des patrons » avait touché jusqu'à une période récente 5 000 euros en liquide chaque mois. Une demi-douzaine de personnes sont mises en examen, notamment pour avoir perçu des compléments de salaire ou de retraite. Le contrat est transmis à la justice.

Suite à cette péripétie, Laurence Parisot, présidente du MEDEF, demande le 1er mars 2008, la démission collective du conseil d'administration de l'UIMM et affirme avoir appris l'existence de la caisse noire de l'UIMM en même temps que le reste des Français, contrairement aux déclarations de Denis Gautier-Sauvagnac, Daniel Dewavrin et Arnaud Leenhardt, tous trois anciens présidents de l'UIMM, qui affirment lui avoir signalé l'existence de ces fonds secrets et leur usage « dès avant l'été 2007 ». Laurence Parisot dément, mais lors d'un procès en 2009, la Justice donnera raison à Dewavrin[6].

L'UIMM, par Denis Gautier-Sauvagnac son délégué général et Dominique de Calan son adjoint, aurait financé via ses caisses noires[7] à hauteur de 30 000 euros par an l'organisation étudiante de droite UNI et l'organisation étudiante d'extrême droite GUD[8],[9],[10].

Le 7 juin 2008, Le juge Roger Le Loire obtient du parquet de Paris un supplétif pour « subornation de témoin » dans le cadre de son enquête sur l'accord signé entre Gautier-Sauvagnac et l'UIMM. L'instruction est close depuis mai 2011[11] et le parquet doit prendre ses réquisitions.

Notes et références

  1. La justice ouvre une enquête sur une grande figure du patronat, Denis Gautier Savagnac, Les Échos, 26 septembre 2007
  2. Affaire UIMM : « Laurence Parisot savait »
  3. a et b Dissimulation "orchestrée" des comptes à l'UIMM, Gérard Davet et Franck Johannès, Le Monde, 6 décembre 2007
  4. Franck Johannès, Retraits d'argent de l'UIMM : M. Gautier-Sauvagnac « assume » et reconnaît l'existence d'une caisse de 600 millions d'euros, Le Monde daté du 24 octobre 2007, n°19517, page 12
  5. « UIMM: Peugeot passe aux aveux », Le JDD, 8 avril 2008
  6. UIMM : Parisot déboutée de son action en diffamation
  7. Lagardère et l’UIMM
  8. UIMM : la piste « universitaire »
  9. UIMM : des fonds au service de l'extrême droite étudiante
  10. « MEDEF, UIMM : lobbies, et plus si affinités… », L'Humanité, 3 novembre 2007
  11. Affaire des caisses noires de l'UIMM: l'instruction est close

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