Affaire Malik Oussekine

L’affaire Malik Oussekine est une bavure policière française très médiatisée qui a causé la mort d'un étudiant, Malik Oussekine, le 6 décembre 1986 à Paris, après une manifestation étudiante contre le projet de réforme universitaire du ministre Alain Devaquet. À la suite de cette affaire le ministre Alain Devaquet fut contraint à la démission. C'est Robert Pandraud ministre délégué à la Sécurité auprès de Charles Pasqua qui remit en pratique les voltigeurs.

Sommaire

Malik Oussekine

Malik Oussekine était un jeune homme de vingt-deux ans, étudiant à l’École supérieure des professions immobilières (ESPI).

Contexte

Depuis le 25 novembre 1986, étudiants et lycéens manifestaient contre le projet Devaquet. De graves affrontements avec la police avaient lieu en marge des manifestations, faisant des dizaines de blessés.

Le 6 décembre 1986, après une manifestation, des étudiants occupaient la Sorbonne. L'université est évacuée dans le calme, mais quelques étudiants tentent d’élever une barricade à l’angle de la rue Monsieur-le-Prince et de la rue de Vaugirard dans le 6e arrondissement de Paris. Immédiatement, une équipe de voltigeurs motocyclistes est envoyée sur place. Les voltigeurs sont des policiers montés à deux sur une moto tout-terrain. L’un conduit, l’autre est armé d’une matraque. Ils ont comme mission de « nettoyer » les rues après les manifestations en pourchassant les « casseurs ».

Les faits

En arrivant dans le Quartier latin, les voltigeurs prennent en chasse les jeunes présumés « casseurs » qu’ils croisent. Malik Oussekine, apparemment étranger au mouvement étudiant, sortait de son club de jazz. Il est minuit. Des voltigeurs le remarquent et se lancent à sa poursuite. Malik Oussekine court, il croise un homme qui rentre chez lui. Celui-ci, fonctionnaire des finances, laisse l’étudiant entrer dans le hall de son immeuble. Ce dernier se croit à l’abri, mais les policiers qui l’ont suivi entrent à leur tour. Selon le fonctionnaire des finances, seul témoin des faits, les voltigeurs « se sont précipités sur le type réfugié au fond et l’ont frappé avec une violence incroyable. Il est tombé, ils ont continué à frapper à coups de matraque et de pieds dans le ventre et dans le dos »[1].

Peu après, le Samu arrive sur place, apporte les premiers soins à Malik Oussekine et le transporte à l’hôpital Cochin, où il décède. Selon les médecins, l’étudiant meurt autant des suites du passage à tabac par la police que de sa déficience rénale (inconnue des médecins urgentistes et des policiers). Le ministre de l’Intérieur Charles Pasqua et le ministre délégué, chargé de la sécurité, Robert Pandraud, suscitent alors des controverses en ne condamnant pas l’action de la police ce soir-là. Dans un entretien au journal Le Monde, Robert Pandraud déclare : « si j'avais un fils sous dialyse je l'empêcherais de faire le con dans la nuit. (...) Ce n'était pas le héros des étudiants français qu'on a dit. »[2]

Conséquences

Plaque commémorative sur le trottoir devant le 20 de la rue Monsieur-le-Prince.

En apprenant la nouvelle, le ministre délégué chargé de la recherche et de l'enseignement supérieur, Alain Devaquet politiquement déjà fragilisé, décide de démissionner. En outre, cette mort et les importantes manifestations contraignent le Premier ministre, Jacques Chirac, à retirer le projet Devaquet, le 8 décembre. En réponse à cette affaire, le bataillon des voltigeurs sera dissous.

Malik Oussekine est enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris. Le 10 décembre 1986, une série de manifestations silencieuses, qui rassemble 400 000 personnes à Paris et un million dans toute la France,[réf. nécessaire] et 400 000 personnes selon l'AFP, [3] lui rend hommage.

Les deux voltigeurs directement impliqués dans sa mort passent en jugement pour « coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Ils sont condamnés le 28 janvier 1990 à deux et cinq ans de prison avec sursis. En interne, leur administration les sanctionne par des mesures disciplinaires de deuxième et quatrième groupe. Celui qui était âgé de cinquante-trois ans au moment des faits écope du niveau de sanction le plus sévère, celui du quatrième groupe, soit la mise en retraite d'office. Le second est sanctionné par un déplacement d'office (sanction de deuxième groupe).

En 2006, David Assouline, un des leaders du mouvement étudiant contre Devaquet, devenu sénateur de Paris et conseiller municipal de Paris, propose un vœu au Conseil de Paris pour faire déposer une plaque commémorative sur les lieux du drame. Le 6 décembre 2006, cette plaque a été inaugurée en présence de la famille de Malik Oussekine et du maire de Paris, Bertrand Delanoë. Des critiques sont émises en raison du texte, qui ne précise pas que sa mort est due à des policiers.

En mémoire à Malik Oussekine, un amphithéâtre de l'université de Rennes 2 porte son nom; ainsi qu'une place à Ivry sur Seine.

Notes et références

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