Affaire Dutroux
Marc Dutroux
Naissance : 6 novembre 1956 (1956-11-06) (55 ans)
Ixelles, (Belgique)
Sentence : Prison à perpétuité
Meurtres
Nombre de victimes : 5
Période : 19951996
Pays : Belgique
État(s) : Grâce-Hollogne, Ostende, Tournai, Bertrix, Marchienne-au-Pont
Arrestation : Été 1996

L’affaire Dutroux est une affaire criminelle qui a eu lieu en Belgique dans les années 1990, et a connu un retentissement mondial. Le principal protagoniste de l’affaire, Marc Dutroux, était, entre autres, accusé de viol et de meurtre sur des enfants et de jeunes adolescentes, ainsi que d'activités relevant de la pédophilie, et fut condamné pour ces faits.

Les dysfonctionnements de la Justice et les rivalités policières qui ont été mis au jour par cette affaire ont provoqué en Belgique d’importants remous.

Le roi Albert II et la reine Paola reçurent pendant une semaine l'ensemble des parents d'enfants disparus avant d'organiser une grande table ronde au palais royal, au cours de laquelle le souverain condamna publiquement les erreurs commises et incita tous les responsables à améliorer la justice et la police.

La Marche blanche du 20 octobre 1996 rassembla à Bruxelles une foule estimée à 615 000 personnes pour dénoncer cet état de choses. Le chiffre généralement donné est de 350 000 manifestants, alors que la Sûreté de l'État en a dénombré 615 000, suivant en cela le juge d'instruction bruxellois Jean-Claude Leys, promu depuis au Parquet Général de Mons. Cette marche bouleversa la classe politique et fit espérer puis entreprendre de profondes réformes institutionnelles toujours en cours dont il est difficile encore d’évaluer les résultats. La Marche blanche déboucha également sur la création en 1998 du Centre européen Child Focus pour enfants disparus et sexuellement exploités (Bruxelles), dont la reine Paola assume la présidence d'honneur ; la reine tire du reste parti de ses contacts avec d'autres Premières dames pour inciter à créer un centre similaire, avec un même numéro d'appel, dans tous les pays européens.

Sommaire

L'instruction

L'ancienne maison de Marc Dutroux où ce dernier enfermait ses victimes à Marcinelle

Michel Bourlet, procureur du roi de Neufchâteau depuis 1984, était en 1996, avec Jean-Marc Connerotte, sous le feu des projecteurs lorsque l'affaire Dutroux a éclaté au grand jour. Le dossier a été retiré en octobre 1996 au juge Connerotte, à la suite de l'affaire spaghetti. La cour de cassation a estimé qu'il avait fait preuve de partialité en participant à une réunion au bénéfice des parents des enfants disparus. Michel Bourlet étant présent en tant que représentant du ministère public, sa présence ne lui a pas été reprochée. Michel Bourlet a rencontré à plusieurs reprises des différends avec le nouveau juge d'instruction Jacques Langlois, à propos de l'instruction sur les « réseaux » autour de Dutroux et le rôle notamment de Michel Nihoul dans l'affaire.

À la suite de l'arrestation de Marc Dutroux, Michelle Martin et Michel Lelièvre, Laetitia Delhez et Sabine Dardenne sont libérées le 15 août 1996 de la cave de Dutroux à Marcinelle. Michel Bourlet voulait alors étudier l'affaire en profondeur, « J'irai jusqu'au bout, si on me laisse faire », a-t-il déclaré le 24 août.

Le procès

Le procès Dutroux, qualifié de « procès du siècle » par la presse belge, a débuté le 1er mars 2004 à Arlon.

Lundi 14 juin 2004, les jurés entrent en délibération.

Les inculpés

Marc Dutroux

Marc Dutroux est né le 6 novembre 1956 à Ixelles en Belgique et est l’aîné de cinq enfants. Ses parents sont instituteurs. Ils se séparent en 1971 et Dutroux reste avec sa mère.

Victor Dutroux, le père de Marc est décrit comme idéaliste et égoïste. Ses anciens élèves le décrivent comme un homme aux colères fracassantes, « fort agité, vindicatif, les nerfs à fleur de peau »[1].

Marc Dutroux a été arrêté durant l’été 1996. Les enlèvements qui lui sont reprochés ont eu lieu en 1995 et 1996 mais s’inscrivent dans une longue série de méfaits. On lui impute :

  • d’être à la tête d’une bande impliquée dans l’enlèvement et la séquestration de six jeunes filles dont cinq mineures ;
  • d’être membre d’une association de malfaiteurs et d'avoir participé à un trafic de drogue ;
  • d’avoir assassiné An Marchal, Eefje Lambrecks et Bernard Weinstein ;
  • d’avoir enlevé Laetitia Delhez, Sabine Dardenne, An Marchal, Eefje Lambrecks, Julie Lejeune et Melissa Russo ;
  • d’avoir séquestré Julie Lejeune, Melissa Russo, An Marchal, Eefje Lambrecks, Sabine Dardenne, Laetitia Delhez, Bernard Weinstein, Pierre Rochow, Philippe Divers, Bénédicte Jadot à Marcinelle-Charleroi dans une geôle mesurant 2,34 m de long et 99 cm de large, pour une hauteur de 1,64 m ;
  • d’avoir commis un vol avec violence au préjudice de Philippe Divers et Pierre Rochow ;
  • d’avoir violé trois jeunes Slovaques, Henrieta Palusova et les sœurs Manckova, ainsi que Laetitia Delhez, Sabine Dardenne, An Marchal, Eefje Lambrecks, Julie Lejeune et Melissa Russo.

Michelle Martin

Michelle Martin est née le 15 janvier 1960 à Watermael-Boitsfort (Belgique).[réf. nécessaire]

Michel Lelièvre

Michel Nihoul

Né le 23 avril 1941 à Verviers[2].

Le verdict

  1. Marc Dutroux a été reconnu coupable d’être le chef d’une association de malfaiteurs impliquée dans les enlèvements d’enfants et membre d’une association impliquée dans le trafic de drogue ; de l’enlèvement de Julie Lejeune, Mélissa Russo, An Marchal, Eefje Lambrecks, Sabine Dardenne et Laetitia Delhez ; de l’assassinat de Bernard Weinstein, An, Eefje, Julie et Mélissa ; de la séquestration de Philippe Divers, Pierre Rochow et Bénédicte Jadot ainsi que celle de Bernard Weinstein, Julie, Mélissa, An, Eefje, Sabine et Laetitia ; du viol des sœurs Manckova, de Henrieta Palusova, de Julie, Mélissa, An, Eefje, Sabine et Laetitia. Il a été condamné à la réclusion à perpétuité et à une peine de dix années de mise à la disposition du gouvernement (peine permettant au gouvernement de le garder en prison en cas de libération conditionnelle).
  2. Michelle Martin a été reconnue coupable d’association de malfaiteurs impliquée dans les enlèvements et séquestrations d’enfants ; de la séquestration de Laetitia, Sabine, An, Eefje, Mélissa et Julie avec la circonstance aggravante d’avoir entraîné la mort de ces deux dernières ; du viol de Yancka Mackova. Elle a été condamnée à trente années de réclusion et demande sa liberté conditionnelle chaque année depuis 2009 (sans l'obtenir)[3]. Elle a produit à nouveau cette demande en mai 2011, demandant à se retirer dans un couvent en France.
  3. Michel Lelièvre a été reconnu coupable de participation à une association de malfaiteurs impliquée dans les enlèvements et les séquestrations d’enfants, ainsi que de participation à une association mêlée au trafic d’êtres humains ; des enlèvements de Sabine, An et Laetitia ; de la séquestration de An, Eefje, Sabine et Laetitia ; de trafic d’ecstasy. Il a été condamné à vingt-cinq années de réclusion.
  4. Michel Nihoul a été reconnu coupable d’être le chef d'une association de malfaiteurs impliquée dans un trafic de drogue, de voitures, de documents d'identité ou dans la traite des êtres humains. Il est acquitté pour l'enlèvement de Lætitia. Il a été condamné à cinq années de prison et libéré en mai 2006.

Les victimes

Julie et Mélissa

Julie Lejeune et Mélissa Russo sont les deux victimes les plus connues de Marc Dutroux.

Julie et Mélissa disparaissent à Grâce-Hollogne le 24 juin 1995.

Les démarches inlassables de leurs parents pour retrouver ces jeunes filles disparues et la mobilisation des médias avaient fait connaître leurs noms et visages au public compatissant à la douleur des parents, bien avant la découverte de leur assassin Marc Dutroux.

Quand l'affaire Dutroux a éclaté, la société belge a été ébranlée par le sort qu'avaient connu les deux victimes. Des manifestations de citoyens, appelées « marches blanches », ont fait prendre conscience aux politiciens et aux forces de police de leurs erreurs pendant l'enquête sur la disparition de Julie et Mélissa.

  • Une commission parlementaire a entendu des centaines de témoins pendant des mois, en direct, devant les caméras de la télévision.
  • La police et la gendarmerie ont été fusionnées, et réformées de fond en comble.
  • Des institutions nouvelles ont vu le jour pour améliorer la prise en compte des disparitions inquiétantes et mieux observer le droit des victimes.

À partir de l'association Child Focus créée par des parents des victimes avec l'aide de l'État, des structures internationales se sont mises en place pour améliorer les moyens de recherche des enfants disparus.

Aujourd'hui encore, au flanc du porche monumental du palais de Justice de Bruxelles, une sorte d'autel improvisé il y a plus de huit ans reçoit des fleurs, perpétuellement renouvelées par des mains anonymes. Elles servent à honorer la mémoire de l'innocence : An, Eefje, Julie, Mélissa, Loubna.

An et Eefje

Le lieu du crime (Jumet). La maison fut démolie et remplacée par un monument

An Marchal et Eefje Lambrecks ont aussi été enlevées ensemble le 23 août 1995 dans la région d’Ostende alors qu'elles sortaient d'une soirée entre amis et rentraient en tramway, puis assassinées par Marc Dutroux. On retrouvera leurs corps dans le jardin d'un complice de Dutroux à Jumet.

Sabine Dardenne

C’est le 28 mai 1996 dans la matinée, alors qu’elle se rendait à l’école à vélo, que Sabine, 12 ans, disparaît dans la région de Tournai. Le 15 août 1996, Marc Dutroux avoue aux enquêteurs, alors à la recherche de Laëtitia Delhez, qu’il détient aussi dans sa cave cette autre petite disparue. Sabine sera délivrée en même temps que Laëtitia et racontera aux enquêteurs les circonstances de son enlèvement et les quelque douze semaines de séquestration qu’elle a passées dans la maison de Dutroux, principalement dans la cache située dans la cave. Sabine décrit comment, dès le lendemain de son arrivée à Marcinelle, Dutroux se serait employé, avec l’aide de Michel Lelièvre, à lui faire comprendre que ni ses parents ni la police ne cherchaient à la délivrer en payant une rançon, mais que lui était là pour la protéger contre le « chef » qui voulait la liquider. Elle écrira plusieurs lettres, jamais envoyées, à ses parents et sa famille dans lesquelles elle raconte son sentiment d’abandon et de culpabilité. Son témoignage sera étayé au moyen d’un carnet dans lequel elle a consigné scrupuleusement tous les évènements qu’elle a vécus durant cette période : ses conditions de vie, les viols, le conditionnement et les privations qu’elle aurait subis de la part de son geôlier.

Selon son avocat, Me Jean-Philippe Rivière, Sabine attendait du procès une confrontation avec Marc Dutroux : « Elle y tient beaucoup, même si elle sait que ce ne sera pas facile ». « Je veux regarder Dutroux dans les yeux », avait-t-elle déclaré, sortant d’un silence de sept ans, « lui montrer que je ne suis pas devenue folle, malgré ce qu’il m’a fait subir ». Cette « confrontation » eut lieu le 16 avril 2004 devant la cour d'assises à Arlon (Belgique). Comme annoncé, Sabine Dardenne a regardé Dutroux en face mais pas « dans les yeux » car lui n'a pas osé affronter son regard. Elle alla même jusqu'à l'interpeller : « Finalement, pourquoi ne m'avez-vous pas tuée ? ». Satisfaite du verdict qui mettait enfin à bas la thèse des réseaux, thèse totalement incompatible avec son vécu et satisfaite de la sévérité des peines, Sabine Dardenne est retournée à l'anonymat dont, petite fille, elle avait été sortie bien malgré elle. Elle a publié un livre J'avais douze ans... (Oh!Editions, Paris) qui fut traduit en quatorze langues et vendu à plusieurs millions d'exemplaires.

Lætitia Delhez

Le 9 août 1996, en début de soirée, Laëtitia, 14 ans, est enlevée à sa sortie de la piscine de Bertrix par Marc Dutroux et Michel Lelièvre. Selon leurs propres déclarations, ils se seraient rendus tous deux à Bertrix dans le but d’enlever une jeune fille si l’occasion s’en présentait. Après l’avoir kidnappée, Dutroux l’aurait droguée et violée à trois reprises. Laëtitia a été enfermée dans la cache de Marcinelle, avec Sabine, pour n’en être délivrée que quelques jours plus tard par les enquêteurs du juge Connerotte.

Lorsqu’elle raconte ces six jours de séquestration, Laëtitia évoque des communications téléphoniques au cours desquelles elle aurait entendu Marc Dutroux prononcer deux prénoms, Michel et Jean-Michel, et la phrase « ça a marché ». Il semble que Michel Nihoul se serait fait appeler Jean-Michel. Par ailleurs, les relevés téléphoniques indiquent qu’à cette même période, le poste de Nihoul a été appelé à cinq reprises par celui de Dutroux.

Laëtitia, qui avait appris à Sabine que toute la Belgique la recherchait lorsqu’elle avait été à son tour séquestrée dans la cave de Marcinelle, est venue témoigner devant la Cour d'assises. Totalement indifférente à l'acquittement de Nihoul, contrairement à ce que clamaient ses avocats en son absence, et ravie de la sévérité des peines elle est, elle aussi, retournée à l'anonymat. Elle est aujourd'hui mariée et mère de famille. Sabine Dardenne est la marraine d'un des enfants de Laetitia Delhez.

Bernard Weinstein

À la mi-novembre 1995, le Français Bernard Weinstein[4], complice de Dutroux dans plusieurs affaires de vol de voiture et de séquestration de personnes, disparaît. Le 17 août 1996, sur les indications précises de Marc Dutroux, le corps de Weinstein est retrouvé enterré au même endroit que ceux de Julie et Mélissa, dans la propriété que Dutroux possède à Sars-la-Buissière... Il semble que Dutroux ait voulu se débarrasser d’un témoin gênant en la personne de Weinstein, lequel devait, en toute logique, être activement recherché pour des faits commis avec Dutroux quelques jours avant sa disparition. Un témoin d’autant plus compromettant pour Dutroux dans les enlèvements de Julie, Mélissa, An et Eefje... Michelle Martin donne une autre explication : en fait, Dutroux aurait voulu s’emparer d’une somme de plus de 500 000 FB que Weinstein avait reçue de sa mère. L’autopsie réalisée en août 1996 met en avant des traces d’inhalation de terre au niveau de la trachée et des bronches permettant de confirmer que Bernard Weinstein a été enterré vivant après avoir été torturé.

Affaires annexes

Évasion de Marc Dutroux

Le 23 avril 1998, pendant son transfert au palais de justice, Marc Dutroux, qui n'est pas menotté, parvient à maîtriser un des policiers chargés de le garder, le déleste de son arme et s'échappe. On suppose que son intention était de gagner la France, mais il s'agit surtout d'un acte désespéré. C'est un Dutroux aux abois qui est arrêté quelques heures plus tard, dans une forêt, après qu'un garde forestier (Stéphane Michaux) l'a surpris et reconnu. L'incident, néanmoins, déclenche une vaste indignation publique, démontrant que la psychose Dutroux n'est alors pas encore tout à fait éteinte en Belgique et le ministre de la Justice, Stefaan De Clerck, le ministre de l'Intérieur, Johan Vande Lanotte, et le chef de la gendarmerie belge sont contraints de démissionner.

En 2000, Dutroux fut condamné à une peine de cinq ans de prison pour avoir menacé l'un des officiers de police lors de son évasion, l'évasion en tant que telle n'étant pas répréhensible selon la loi belge.

Bibliographie

  • Marc Toussaint & Xavier Rossey, Tous manipulés ? (avant, pendant, après l'affaire Dutroux), Bruxelles : Bernard Gilson, 2010
  • Sabine Dardenne, avec la collaboration de Marie-Thérèse Cuny, J'avais 12 ans, j'ai pris mon vélo et je suis partie à l'école, Paris : [Oh! éditions], 2004, 232 pages
  • Françoise Van De Moortel, Intimes convictions, Coédition EVO-Réseau des Comités blancs, 1999
  • Jean-Denis Lejeune (père de Julie Lejeune), Dis à ma fille, Bruxelles : Luc Pire, 2007
  • Annemie Bulté, Douglas De Coninck & Marie-Jeanne Van Heeswyck, Les Dossiers X - Ce que la Belgique ne devait pas savoir sur l'affaire Dutroux, Bruxelles : EPO, 1999
  • Frédéric Lavachery & Jean Nicolas, Dossier pédophilie, le scandale de l'affaire Dutroux, Paris : Flammarion, 2001
  • Michel Bouffioux, Ce n'est pas terminé !, Bruxelles : Luc Pire, 1998
  • Michel Bouffioux & Marie-Jeanne Van Heeswyck, La face cachée de l'enquête Dutroux & consorts, Bruxelles : Editions Couleur livres, 2004
  • Me Xavier Magnée, Marc Dutroux, un pervers isolé?, Paris : Calmann-Lévy, 2005

Liens internes

Notes et références


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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Affaire Dutroux de Wikipédia en français (auteurs)

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