Description et préservation du petit patrimoine funéraire

Description et préservation du petit patrimoine funéraire
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Le « petit patrimoine funéraire » abordé dans cet article concerne principalement (pour ce qui est des détails décrits) les 3 pays francophones, la Belgique (plus précisément la Wallonie) , le Canada (c'est-à-dire ici le Québec) et la France.

Sommaire

Architecture funéraire

Matériaux, objets et motifs décoratifs

Croix de bois

  • Croix de bois simple
  • Croix avec "toit"
à Vienne
  • Croix de bois peint, avec "toit"

Croix mortuaire

Croix mortuaire entourée de perles de verre

La forme est constituée par des tubes de métal zingué (comme une gouttière) soudés en croix. Les 4 extrémités sont obstruées en général par des bouchons produits en série, industriellement. La face de ces bouchons est parfois lisse, mais le plus souvent décorative. La plupart de ces bouchons sont fixés dans la partie tubulaire de la croix par insertion de petites pattes de maintien, de force. Les autres sont, au contraire, installés par enveloppement de l'extrémité du tube, par l'extérieur donc, comme une bague s'enfile sur un doigt. Cette "technique" permet une surface décorative plus grande et paraissent donc plus élégantes, plus raffinées. La croix est complètement recouverte par l'enroulement très serré d'un fil de métal retenant une multitude de petites perles.

Couronne mortuaire

Couronne mortuaire en céramique

Couronne mortuaire en perles de verre

Ferronnerie

Le fer forgé, très largement utilisé depuis le XIXe siècle, présente l'avantage d'une plus grande résistance que le bois et permet une grande richesse décorative. Quadruplant au moins la durée des objets et structures comparativement au bois, l'inconvénient à terme est la rouille et l'entretien pas toujours facile.

Croix basse en fer forgé

Croix haute en fer forgé

Croix de fonte

Les croix de fonte apparaissent au XVIIIe siècle, notamment avec l'individualisation des tombes mais la plupart des croix encore visibles dans nos cimetières remontent au XIXe siècle. La reprise de concessions anciennes et la fragilité du matériaux oblitèrent ce petit patrimoine précieux. Vers 1840, ce sont les'croix ajourées qui apparaissent et qui vont être produites en masse par les fonderies qui assurent la fabrication du petit mobilier funéraire. On citera la fonderie Alfred Corneau à Charleville-Mézières (Ardennes) dont les catalogues présentent de nombreux modèles de croix. À quelques exceptions près, la production de croix en fonte s'arrête en 1830/1840. Son usure du fait de la rouille et la casse due au matériau en fait un patrimoine riche mais fragile qu'il convient de préserver.

Croix de fonte avec médaillon

Grille de fer forgé délimitant le périmètre de la tombe

D'un point de vue symbolique, la réalisation d'une clôture autour d'une tombe ou d'une partie d'une tombe permet de créer deux espaces distincts : l'espace sacré, à l'intérieur du périmètre ainsi délimité et l'espace public, à l'extérieur. Dans le premier la pierre tombale et le(s) corps(s) en dessous sont donc sacralisés. Sur un monument funéraire de grande taille, cet espace, lorsqu'il est accessible, est réservé à la famille et aux proches. Nous retrouvons également cette approche pour les monuments aux morts : l'espace sacré était, à l'origine, réservé aux anciens combattants afin de leur permettre d'honorer leurs camarades morts au combat. plus tard, les édiles ont pénétré cet espace pour y prononcer leur discours.
Cette notion a priori religieuse, replace la question du poids de la religion dans un cimetière. En France, le cimetière est public, donc laïc quand les tombes sont privées (les familles sont responsables de la tombe concédée et la municipalité est responsable de l'ensemble du cimetière hormis les tombes : entretien général, respect de la tranquillité et de la propreté du cimetière, réglementation des travaux réalisés, ...)[1].

Armature de fer forgé supportant du verre

Petit abri protégeant les couronnes de fleurs ou de perles

Cette petite structure de fer forgé (plus haute et large qu'épaisse) se présentait comme un toit en bâtière dont les 2 pentes sont constituées de vitres maintenues dans leurs cadres métalliques par du mastic. Ce toit avait pour fonction d'abriter des plus fortes intempéries les couronnes (de fleurs naturelles ou de perles) qui y étaient accrochées.

Petite verrière ou "chapelle du pauvre"

Bien des familles, assez riches pour ne pas décorer leurs tombes que d'une simple croix fichée en terre, et ne pas la délimiter par de simples planches placées de champ et maintenues pas 4 petits piquets de bois, mais trop peu fortunées pour faire édifier un monument de pierre, voire une chapelle mortuaire, faisaient couvrir totalité ou partie de leur concession par une sorte de chapelle dont l'armature était constituée par du fer forgé. Les espaces rectangulaires laissés entre les barres de métal étaient remplis par des vitres. Il pouvait s'agir de simple verre blanc, dans certains cas de verre cathédrale parfois de verre coloré (afin d'imiter le vitrail).

Cette sorte d'abri présentait donc des caractéristiques plus ou moins communes avec une marquise, une verrière ou une serre.

Ce type de structure avait le grand inconvénient d'être fragile. Sans envisager, à l'époque (XIXe siècle) où cette "mode" fut lancée et assez généralisée, le problème des dégradations volontaires connues de nos jours (bris volontaire, lancer de pierres, etc), les familles eurent à déplorer l'extrême sensibilité au vent, la chute éventuelle d'une branche ou d'une croix voisine. Les inévitables petits mouvements de terrain, imperceptibles, contribuaient aussi à la longue à créer des forces (s'ajoutant aux problèmes de dilatation du métal lors des écarts de température) suffisamment importantes dans leur cadre métallique pour que certaines vitres se cassent.

Comme il avait été constaté parfois que des oiseaux se réfugiaient sous ces abris, ou qu'y ayant pénétré, et ne réussissant pas à en sortir tout de suite, ils se heurtaient contre les vitres dans leurs tentatives d'évasion, les enfants de villages de la région amiénoise, par exemple, baptisaient jusque dans les années 1960 ces verrières tombales de « volières ».

Des éléments décoratifs (en fonte ou d'un métal plus léger), produits industriellement en série, pouvaient être fixés sur les montants de fer forgé : des anges, des frises, etc ...

Représentations du Christ

  • Christ en croix
  • Visage du Christ en médaillon (dans un matériau différent du "support")

Tête de mort avec tibias croisés

Mention des défunts

L'identité des personnes inhumées (avec date plus ou moins précise de naissance et de décès et éventuellement lieu) est indiquée habituellement par gravure dans le bois ou dans la pierre. Les caractères sont le plus souvent taillés en creux dans le matériau mais peuvent dans certains cas apparaître en relief, en saillie. Non seulement la dimension ou la forme de ces caractères peuvent présenter la plus grande variété mais ils peuvent être aussi plus ou moins profonds ou épais.

Outre l'identification des défunts, cette inscription (et l'apposition d'une photo, Cf. paragraphe concerné) revêt une fonction symbolique importante. En lisant le nom du défunt, le passant (quel que lien qu'il ait ou non avec le défunt), redonne à ce dernier une vie symbolique. C'est le principe du Memento de la messe (catholique) lorsque est évoqué le nom des défunts : ceux-ci ne seront vraiment morts que lorsque l'on ne les citera plus et qu'ils seront définitivement oubliés.

D'autres techniques peuvent ou ont pu cependant être utilisées :

Peinture

en Inde

Plaque de métal fixée ou moulée dans la masse

Macaron de pâte de verre ou de métal émaillé

Cœur en métal émaillé

Cet objet à fonction informative et décorative a eu tendance à supplanter dès le XIXe siècle le cœur découpé dans une simple feuille de cuivre ou de zinc, qui présentait l'inconvénient de ne permettre qu'une assez faible lisibilité des informations "poinçonnées" caractère par caractère sur sa surface et de très vite se ternir. L'utilisation de l'émail apportait par contre l'avantage d'un meilleur brillant de la matière, de l'éclat du contraste entre le fond blanc et les caractères en noir, et la diversité de ces derniers (taille, gras, italique ou gothique). La contrepartie en était un coût nettement supérieur, car nécessitant l'intervention d'une technologie de caractère industriel, ne permettant pas une réalisation locale, par l'artisan du village ou du quartier. On a pu constater aussi, "à l'usage", que ces objets plus raffinés, plus esthétiques, pouvaient s'avérer plus fragiles que le modèle simple en métal poinçonné. Le fer servant de support à l'émail étant sujet à la rouille, dès lors qu'un choc quelconque (par chute sur la pierre de la tombe pour défaillance de la fixation, par exemple, ou par basculement lors d'une tempête d'un tombe voisine), l'objet était abîmé et aucune réparation n'était envisageable. Les points fragiles de ces cœurs en émail étant la dégradation de la surface à l'endroit précis des zones de fixation, juste sous les têtes de vis (le serrage ayant fragilisé l'adhérence de l'émail sur le fer).

Ces cœurs en métal émaillé étaient traditionnellement fixés verticalement sur des croix de bois, de fer forgé ou de fonte. La plupart de ceux que l'on trouve encore dans les cimetières en ce début de XXIe siècle ont perdu leur croix d'origine et sont simplement posés horizontalement sur la terre, ou dans le meilleur des cas sur la pierre d'une tombe ayant été installée depuis.

Utilisé assez généralement jusqu'au commencement de la Seconde Guerre mondiale, partout en France, cet objet est passé de mode assez rapidement. Les derniers cœurs en métal émaillé datent des années 1950-1955.

Le cœur n'a pas de dimensions standard. Cela peut globalement aller du simple au double. Son épaisseur diminue en arrondi ou en biseau juste au bord, tout autour, et assez souvent autour des 3 trous prévus comme points de fixation. La surface elle-même du cœur est plane ou légèrement bombée.

Bien souvent, mais pas toujours, la forme du cœur est soulignée, en bordure, par un ou des traits en noir.

Si le cœur est très généralement de forme classique, on le trouve parfois surmonté d'une petite croix qui fait partie du même ensemble (il ne s'agit pas d'une autre pièce émaillée fixée) prévu dès fabrication. La dimension de cette petite croix n'excède jamais le tiers environ de celle du cœur lui-même.

Cœur, carré ou rectangle de zinc ou de cuivre

Les caractères sont rendus lisibles, l'un après l'autre, par une technique s'apparentant à l'emboutissage (frappe au marteau d'un poinçon laissant une empreinte dans le métal).

Médaillon incluant la photo du défunt

Deux techniques furent utilisées.

Photo sous verre bombé ou plat

Photo reproduite sur métal émaillé

Notes et références

  1. Source : SAINT-BASTIEN Jean-François, "les représentations de la mort dans les cimetières carolo-macériens", Revue Historique Ardennaise N° 39, 2006, P. 137 à 156 ; du même auteur conférence du 25/01/08 : "Sentinelles de guerre, sentinelles de paix : le symbolisme de monuments aux morts ardennais figuratifs" pour la Société d'Études Ardennaises, Archives départementales des Ardennes, texte à paraître

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