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Intouchable (dalit)

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Une petite fille dalit en Andhra Pradesh, en Inde

Les intouchables, ou parias, forment, en Inde, un groupe d'individus exclu du système des castes régissant la société indienne (stricto sensu, ils sont même considérés comme à proprement parler hors caste). Ils représentent environ 160 millions de personnes[réf. nécessaire] et peuvent aussi être appelés Harijan (« enfant de dieu », forme utilisée par Gandhi), mais préfèrent le terme de « dalit » qui signifie « opprimé ». L'appartenance à une caste est héréditaire, ce qui limite les possibilités d'ascension sociale.

Sommaire

Le système des castes

La société indienne est traditionnellement divisée en quatre classes, qui sont (par ordre de prestige décroissant) :

  • les brâhmanes (brāhmaṇa, ब्राह्मण, lié au sacré) : prêtres, enseignants, lettrés ;
  • les kshatriyas (kṣatriya, क्षत्रिय, qui a le pouvoir temporel, aussi - râjanya) : roi, princes, et guerriers ;
  • les vaisyas (vaiśya, वैश्य, lié au clan, aussi - ârya) : artisans, commerçants, agriculteurs et bergers ;
  • les sudras (śūdra, शूद्र, serviteur) : serviteurs.

Ces varnas (« couleurs » ou castes socio-religieuses, basées sur le métier et le rapport que l'on a au rituel védique, et non sur la naissance) sont sanctionnées par la religion hindoue. Or, comme on le remarque, aucune cinquième classe n'apparaît[1] : cela est du au fait que le concept d'« intouchabilité » n'est pas sanctionné par la religion hindoue, car aucun ouvrage sacré hindou n'en fait mention (certaines allusions trouvées dans les textes sont des extrapolations tardives)[2].

Mais dans le système des castes (qui n'est pas sanctionné par l'hindouisme), ou jati (signifiant « naissances » ; ce sont les castes, celles qui sont, en Inde, au nombre de 4600 environ, et qui déterminent par la naissance le métier que l'on fera, les règles que l'on devra suivre tout au long de sa vie), les intouchables sont ceux qui exécutent les tâches dégradantes, ou très mal rémunérées, ou considérées comme impures d'un point de vue religieux, telles que celles de vidangeur, de mendiant, de boucher, de pêcheur, de chasseur, de gardien de cimetière, de sage-femme, etc. métiers qui correspondent tous à différentes sous-castes à l'intérieur de la même caste.

Il est intéressant de constater qu'en hindi, par exemple, le terme de « raciste » se traduit par jatibhédiya : on retrouve le terme de jati, « naissance », car un raciste est en effet une personne qui discrimine une autre selon sa naissance.

Le système des castes (jati) a toujours essayé de correspondre et de coller au mieux au système des classes (varna), et de trouver ainsi une validité honorable, c'est-à-dire religieuse ; ainsi, ceux qui se disent « brâhmanes » (comme il n'y a pas d'Eglise, il n'y a pas de clergé constitué dans l'hindouisme : n'importe qui peut se dire « brâhmane ») étaient de préférence restaurateur (ainsi leur cuisine était consommable par tous), professeur, etc... Néanmoins, le statut de brahmane n'implique pas forcément le bien-être matériel (en théorie, le brahmane doit vivre au jour le jour).

Le système des castes étant aboli en Inde depuis que le pays est devenu une république le 26 janvier 1950, il n'y a plus dans le pays d'inégalité juridique et tous les Indiens sont égaux devant la loi. Néanmoins, une grande partie de la population reste attachée à ce qu'elle considère comme faisant partie intégrante de la culture indienne. Les mariages sont encore presque toujours régis par des considérations de caste, même dans les villes, où les moeurs bougent plus vite.[réf. nécessaire]

Situation depuis l'indépendance

Jusqu'au milieu du XXe siècle, la simple vue ou le contact avec l'ombre d'un intouchable était source d'impureté pour un brahmane. Dans le cas d'un contact physique, cela pouvait se terminer par la mise à mort du hors-caste. De nos jours, dans les campagnes, ils subissent encore toutes sortes d'humiliations : les dalits ne peuvent pas utiliser le même puits que les autres villageois ; ils résident en dehors du village, doivent enlever leurs chaussures dans les rues et rester debout dans les transports en commun, même si des places restent vides.[réf. nécessaire] Ils sont victimes de violences dont les récentes statistiques révèlent l'ampleur : chaque jour, deux intouchables sont tués et trois femmes dalits violées en moyenne[3]. En 2000, 43 % vivaient sous le seuil de pauvreté, alors que cette proportion est de 23 % pour l'ensemble de la population indienne.[4]

« La situation des intouchables à Burj Jhabbe est la même que dans le reste de l’Inde. Comme dans la plupart des autres villages, pas un seul d’entre eux n’y possède des terres. Les fonds gouvernementaux destinés à améliorer leur sort sont usurpés par les membres du conseil du village, tous de caste supérieure. Ils vivent dans de petites huttes d’argile et de chaume. Ils sont employés comme journaliers dans les champs ou accomplissent des corvées pour des salaires de misère. Endettées, beaucoup de femmes doivent trimer pendant des années pour rembourser de petites sommes. Dans ce village relativement prospère, les dalits sont relégués dans une zone où il n’y a ni centre de santé, ni école, ni eau courante, ni toilettes[5]. »

L'éducation leur était interdite avant l'indépendance, ce qui oblitérait toute promotion sociale. Depuis, ils y ont accès, peuvent pratiquer toutes les professions et même devenir président du pays comme Kocheril Raman Narayanan, ce qui ne doit pas faire croire que la condition des intouchables ait fondamentalement changé : les traditions religieuses sont plus fortes que les lois du pays.

Pour tenter de sortir de leur condition, les dalits font souvent des conversions en masse vers le bouddhisme ou vers le christianisme, mais préfèrent le premier au second, d'une part parce que le premier a des racines dans la culture indienne, et d'autre part parce que le second perpétua longtemps dans les églises la ségrégation entre castes et hors-castes.

Les améliorations

La situation des dalits s'est malgré tout améliorée au cours du XXe siècle. Ceux qui, au début du siècle dernier, pouvaient perdre la vie sous prétexte que leur ombre venait toucher le corps d'un brahmane, grâce au bénéfice de l'alphabétisation et au mécanisme des discriminations positives, trouvent aujourd'hui leur force dans l'organisation politique.

Tous les Indiens sont égaux devant la loi en vertu de l’article 15 de la constitution indienne qui interdit toute discrimination basée sur la caste, le sexe, le lieu de naissance ou la religion ; et de l’article 16 qui abolit l’intouchabilité. Le père de cette constitution, Bhimrao Ramji Ambedkar, était lui-même dalit.

La politique de discrimination positive des quotas - 24,5 % des postes dans la fonction publique, les collèges et les universités sont réservés aux intouchables - leur a donné un poids politique du fait de leur nombre.

Ambedkar, dalit, père de la constitution indienne

Ainsi, en Uttar Pradesh, le Bahujan Samaj Party, le parti politique des dalits est parvenu au pouvoir et s'y est maintenu un an et demi, permettant l'intégration de hauts fonctionnaires dalits dans l'administration de l'État. L'école, qui est en Inde gratuite et ouverte à tous, permet à certains intouchables d'accéder à une situation sociale qu'il leur aurait été difficile - voire impossible - d'obtenir avant l'indépendance. Cependant, de nombreux dalits, surtout les filles, ne vont pas à l'école... mais certaines sont formées pour devenir agents de santé de village, elles enseignent l'hygiène aux habitants des villages, mettent les bébés au monde, soignent les malades et sauvent des vies. Il y a 120 agents de santé de village du Comprehensive Rural Health Project (CRHP) en Inde. Fondé en 1970, le CRHP (également appelé « Jamkhed », du nom de la ville où se situe son siège) fournit des soins préventifs aux pauvres qui, sinon, n'en disposeraient pas. Le projet a permis d'aider 300 villages et 500 000 personnes dans l'État du Maharashtra. La ville de Jamkhed dispose d'un hôpital qui fonctionne avec un budget minime mais qui fait partie intégrante du projet du CRHP et renforce la crédibité des agents de santé de village. L'hôpital du projet traite tous les cas, à l'exception d'un petit pourcentage de problèmes médicaux plus compliqués.

Personnalités dalits

Voir aussi

Notes

  1. « Brâhmanes, Kshatriyas, et Vaïshyas sont les "deux fois nés" (dvija, ce qui constitue la connaissance du Véda), mais la quatrième varna, les shoûdras, n'ont qu'une seule naissance. Il n'y a pas de cinquième varna. » Manavadharmashâstra, L X, 4
  2. L'HINDOUISME, une introduction, de Dharam Vir Singh, SURABHI PRAKASH
  3. L'Express, 3 mai 2004
  4. Le Monde, Dalits, femmes et exclus de la société indienne se retrouvent à Bombay
  5. Amit Sengupta, « Bant Singh chante la révolte des intouchables », dans Courrier international n°834, 26/10/2006, [lire en ligne]

Lecture conseillée

  • Rohinton Mistry, L'Équilibre du monde
  • Narendra Jadhav, Intouchable - Une famille de parias dans l'Inde contemporaine, aux éditions Hachette littératures, 2005, ISBN 2-01-279262-6. Histoire romancée d'une famille d'intouchables, de 1920 à 2000, ayant vécu l'élan moderniste du Dr Babasaheb Ambedkar.
  • Marc Boulet, Dans la peau d'un intouchable
  • Madhau Kondvilker, Le journal d'un intouchable, Éditeur L'Harmattan, Coll. de l'A.C.I.A.D.
  • Robert Deliege, Les Castes en Inde aujourd'hui, Presses universitaires de France, Paris, 2004
  • Robert Deliege, "Les intouchables en Inde, des castes d'exclus", Imago, Paris, 1995
  • Viramma, Josiane et Jean-Luc Racine, Une vie paria. Le rire des asservis, Terre Humaine, Poche, 2001 (1re éd. : Terre Humaine, Plon, 1995)

Articles connexes

Liens externes

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