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Toxicomanie

La toxicomanie (du grec toxikon, « poison » et mania, « folie »)[1] se traduit par un usage répété et excessif d'une ou plusieurs substances toxiques (analgésiques et/ou psychotropes) sans justification thérapeutique. Cet usage s'accompagne d'un désir incontrôlable de continuer à consommer le produit, accompagné d'accoutumance et de dépendance[2].

Selon l'OMS, la définition stricte de la toxicomanie correspond à quatre éléments :

  • Une envie irrépressible de consommer le produit (Voir l'article détaillé addiction);
  • une tendance à augmenter les doses (Voir l'article détaillé tolérance);
  • une dépendance psychologique et parfois physique ;
  • des conséquences néfastes sur la vie quotidienne (émotives, sociales, économiques).

Sommaire

Limites du terme

Ce terme est souvent associé à celui de dépendance ( ou assuétude) et d'addiction mais sa connotation psychiatrique (manie = folie) est pour certains trop marquée et il est donc moins utilisé[3]
. Décrivant un mode d'usage, il se différencie de l'addiction qui décrit un comportement et de la dépendance qui décrit les symptômes liés à la prise d'une substance.

Certains le limitent strictement à l'usage de substances psychotropes interdites (ou drogues)[2] ; d'autres l'utilisent pour désigner toute consommation de produits psychotropes sans distinguer les types de consommation (consommation problématique, consommation occasionnelle, etc.)[4],[3] tandis que d'autres s'attachent à la définition dans son ensemble sans distinction de produits et y attachent toute sorte de conduites de type compulsif comme l'alcoolisme, le tabagisme.

Dès 1960, l'OMS recommande de lui préférer le terme dépendance moins imprécis[5].

En psychiatrie, ce sont les notions de recherche du plaisir et d'aliénation qui sont au centre de la définition, la toxicomanie se définit selon trois axes : plaisir, contrainte et toxicité. C'est la recherche de plaisir - ou l'évitement de la situation de déplaisir liée à l'absence de produit - qui pousserait à l'usage répété ; cet usage répété induirait, du fait de l'installation d'une accoutumance, un usage contraint subit par l'usager et cet usage contraint installé dans la durée révèlerait le caractère toxique du produit[6]
. Dans cette optique, plus que le produit, c'est la personnalité de l'usager qui détermine la toxicomanie, se définissant comme ayant « une appétence anormale et prolongée »[7] dont l'origine serait à attribuer à des problèmes affectifs.

Contexte

Contexte historique

Jusqu'au début du XIXe siècle, ces produits restent cantonnés à leurs usages traditionnels ou médicaux mais au cours du siècle, notamment du fait des progrès scientifiques, certains produits commencent à être consommés dans un but hédoniste de recherche du plaisir généralement dans les milieux artistiques ou scientifiques. Cet usage avait déjà été constaté au XVIIIe siècle en Chine avec l'opium ce qui provoqua les guerres de l'opium.

Dès 1810-1820 apparaissent des discours remettant en cause la pertinence de l'usage de deux psychotropes induisant une dépendance : l'opium et l'alcool[1].

À partir de 1840, la diversité des produits relevant de l'usage abusif prend de l'ampleur, sont signalés l'éther, le chloroforme, le haschisch, la coca, la cocaïne, la morphine[1].

À mesure que l'usage se développe la science forme des termes pour le désigner. En 1849, le suédois Magnus Huss établit le concept d'alcoolisme, ouvrant la voie à l'étherisme, le morphinisme, le cocaïnisme[1].

En 1853, l'aliéniste Renaudin propose de classer les intoxications comme des entités pathologiques, la substance étant considérée comme l'unique responsable des symptômes, il lui est adjoint manie pour décrire les comportements. Apparaissent alors les termes comme morphinomanie, cocaïnomanie alors que pourtant le terme alcoolisme persiste. Dans les années 1880 apparait le terme générique : toxicomanie[1].

Dans les années 1950, le recul d'un siècle de recherche et les évolutions de la psychologie permettent de différencier la dépendance physique (jusqu'alors seule traitée comme seule manifestation visible du problème) et la dépendance psychique (mise en cause dans les rechutes malgré un sevrage)[1].

Dans les pays occidentaux, jusqu'aux années 1960, la toxicomanie - outre l'alcoolisme et le tabagisme - est surtout le fait de milieux artistiques, médicaux, paramédicaux et parfois sociaux, par exemple l'opium chez des ouvriers anglais pour les aider à surmonter leur fatigue.

Mais dans les années 1970, (notamment après la guerre du Viet-Nam), le phénomène d'injection d'opiacés (héroïne notamment) s'amplifie aux États-Unis pour devenir un problème majeur de santé, et se répandre progressivement dans les autres pays occidentaux. Ce problème de santé publique relayé par la mise en place d'une réglementation internationale encadrant certains de ces produits amène en Occident une vision où le toxicomane est souvent figuré comme un usager injecteur d'un psychotrope illégal (héroïne).

Dans les années 1980, le problème de santé publique lié à la pratique de l'injection sera amplifié par l'apparition des virus du SIDA et de l'Hépatite C et B largement véhiculés par les usagers pratiquant l'injection ou dans une moindre mesure par inhalation.

À partir des années 1990, c'est le phénomène de polyconsommation qui explose, notamment dans les pays occidentaux alors que la mondialisation liée au trafic de stupéfiant répand le problème de la toxicomanie dans les pays initialement producteurs.

Contexte socio-culturel

Tolérance socio-culturelle

Il existe une notion de tolérance socio-culturelle, selon laquelle dans un pays où une substance est produite et donc généralement consommée traditionnellement, un état d'équilibre relatif s'installe entre cette substance et les usagers.
Ce produit est intégré dans un rituel social, mystique ou religieux. Ce rituel s'accompagne d'une tradition de l'usage du produit véhiculant des prescriptions d'utilisation, les quantités à utiliser, les dangers relatif à l'usage, etc.

Selon certains auteurs[6], c'est l'absence de référentiel socio-culturel qui engendrerait les problèmes d'abus lié à certains produits comme ce fût le cas pour les Amérindiens et l'eau-de-feu[8].

Cette tolérance socio-culturelle explique le fait que certains produits hautement accoutumants et générant des problèmes de santé publique (dont la toxicomanie) soient considérés comme relativement inoffensifs échappant parfois à toute réglementation dans certains parties du monde (consommation d'alcool en Occident, khat au Yémen).

Représentation collective de la toxicomanie

La vision populaire de la toxicomanie évolue aussi à mesure des avancées de la science ou des réglementations.

Jusqu'au années 1960, la toxicomanie est considérée comme un problème anecdotique.

Dans les années 1970, la consommation problématique (notamment de psychotropes illicites) explose dans les pays occidentaux pour devenir un problème de santé publique alors que dans le même temps se met en place une réglementation internationale. Le toxicomane de l'époque est alors considéré comme un malade délinquant, victime de sa consommation et dont le seul salut consiste en l'abstinence.
Il possède une image négative et dangereuse car il véhicule l'idée de transgression morale et son comportement peut avoir des conséquences délictueuses et somatiques[9]. Le toxicomane-type occidental de l'époque utilise exclusivement un type de produits précis à la recherche d'un effet précis. Le développement rapide de ce type de toxicomanie laisse les professionnels démunis, le domaine de connaissance étant peu développé ; la prise en charge relève le plus souvent de la psychiatrie.
La psychothérapie d'inspiration psychanalytique est alors la technique d'intervention la plus répandue auprès des toxicomanes. Cette technique et le discours qui l'accompagne va peu à peu devenir une sorte de prisme par lequel le comportement du toxicomane est expliqué et compris. Le toxicomane est alors figuré comme un individu suicidaire prenant plaisir à jouer avec la mort. Il est inconstant, infantile, irresponsable et symbolise la souffrance comme la nécessité de soins. Le sevrage apparaît donc comme son seul salut pour son propre bien.

Dans les années 1980, l'apparition du sida amène une évolution des mentalités par la mise en place des politiques de réduction des risques - notamment dans les pays occidentaux, ce qui opère un glissement sémantique où le toxicomane devient usager de drogue[9].
Cette mise en place des politiques de réduction des risques permet une professionnalisation du domaine qui sort du champ dédié de la psychiatrie pour toucher la psychologie ce qui amène l'apparition de nouvelles approches et techniques.
Le toxicomane passe du statut d'individu souffrant à celui d'individu en danger de mort imminente et les dangers dus à sa dépendance sont alors considérés au second plan.
S'oppose alors deux conceptions différentes de la toxicomanie amenant des visions et des prises en charge différentes. Le toxicomane n'est plus seulement un « fléau social » mais aussi un « enjeu de santé publique » comme vecteur du sida. La notion de risque s'ajoute à celle de dangerosité, l'individu en souffrance devient un individu en danger face au VIH il passe du statut de coupable (de son addiction) à celui de victime (du sida). Et peu à peu, le toxicomane devient un usager de drogue ; de malade (pris en charge par les médecins) il devient client (associé à ses soins).
Cette évolution sémantique sous-tend une évolution des représentations : le toxicomane est suicidaire et irresponsable ; l'usager de drogue est responsable et autonome. Ainsi qu'une évolution de la prise en charge qui ne vise plus simplement à l'abstinence mais surtout à « vivre avec le produit » (gérer l'usage en en réduisant les risques).

Malgré cette évolution sémantique l'usager de drogue nécessite toujours une prise en charge dans un milieu spécialisé ; la précarisation est encore une réalité de l'usager de drogue et il reste perçu comme une « menace pour l'ordre public ».

Consommation problématique

La notion de consommation problématique est une notion essentielle dans la définition du terme toxicomanie. C'est elle qui permet de distinguer l'usage dit simple de la toxicomanie. Elle se détermine indépendamment du caractère licite ou non du produit[1].
De fait la consommation problématique étant une incapacité à contrôler sa consommation, apparaît la notion de consommation contrôlée où l'usager reste maître de sa consommation[3].

Cette distinction est formalisée dès les années 1970 dans plusieurs rapports officiels (le rapport Baan aux Pays-Bas publié en 1972, le rapport Pelletier en France en 1978[10], etc.). Ces rapports définissent des potentialités de risque d'usage abusif et différencient les usagers occasionnels des usagers problématiques, mettant en exergue que bien plus que le produit, ce sont avant tout des facteurs d'ordre psychologique ou social qui déterminent la toxicomanie.

Des spécialistes comme par exemple Claude Olievenstein décrivaient alors deux modes de consommation concernant les psychotropes illégaux[11].

  • Une consommation dite « festive » ou « récréative » ou parfois « de performance » qui concernerait plutôt une population surtout jeune et issue de tous les milieux où la consommation serait induite par le plaisir, la curiosité ou par un effet de groupe.
  • Une consommation dite « problématique » désignée par le terme toxicomanie qui concernerait une population ayant des difficultés préalables à la consommation de psychotrope et pour laquelle cette consommation serait induite par le mal-être.

Dans les faits, les usagers qui sont considérés comme « à problèmes » sont ceux dont la consommation induit une rencontre avec les systèmes public, sanitaire, social ou judiciaire.

La consommation dite « problématique » s'oppose aussi à la notion de consommation occasionnelle.

Il convient aussi de préciser que c'est cette notion de consommation problématique qui permet de ne pas considérer comme toxicomane les patients traités à la morphine puisque leur consommation est contrôlée par un médecin et n'induit pas de comportement de type compulsif grâce à une prise régulière[12].

Pour le tabac, la dépendance peut s'évaluer selon des critères comme les quantités consommées et le laps de temps observé entre le réveil et la première cigarette.

Pour l'alcool, la consommation problématique est estimée en fonction d'une norme de l'OMS fixant la consommation quotidienne sans danger pour la santé à trois verres d'alcool standard par jour pour les hommes et deux pour les femmes.

Quant aux psychotropes illicites, c'est l'héroïne qui pose le plus souvent une consommation problématique nécessitant une prise en charge sanitaire et sociale de l'usager.

En France, on estime que le nombre de nouveaux patients traités par an est de 55 000 pour le tabac, 43 000 pour l'alcool et 34 000 pour la toxicomanie[13].

Thèses interprétant la toxicomanie

Ces thèses quoique parfois opposées du fait de leurs champs de recherche, ne sont pas exclusives les unes des autres. Le mécanisme de la toxicomanie met en jeu de nombreux facteurs.

Thèses psychiatriques

Selon les formulations anciennes (fin du XIXe siècle), la toxicomanie témoignerait d'un trouble profond de la personnalité issu de tares originelles souvent associées à d'autres perversions[6].

Dans les formulations contemporaines, la mise en perspective des usagers ayant gouté un produit sans y revenir, permet de déterminer une faiblesse ou une anomalie mentale favorisant la toxicomanie pour certains[6].

La thèse psychodynamique met l'accent sur le caractère régressif de la toxicomanie qui subordonne l'existence à l'accomplissement du désir de plaisir pharmacologique. Selon, cette thèse la vie du toxicomane se résume à une succession de phases de plaisir ou des phase de recherche de la satisfaction du besoin de ce plaisir[6].

Thèses psychologiques

Elles se fondent sur le fait que les anomalies psychiatriques ne suffisent pas à expliquer un phénomène aussi massif que la toxicomanie[6].

Les thèses pédagogiques s'appuient sur les facteurs éducatifs. Ainsi, un « syndrome de carence d'autorité »[14] serait à l'origine de troubles psychologiques dont une profonde insécurité qui entraînerait une immaturité souvent observées chez les toxicomanes[6].

Les thèses génétiques s'appuient sur un modèle de développement de la personnalité qui expliquerait les liens récurrent entre toxicomanie et adolescence, en replaçant la toxicomanie dans un cadre global de conduites adolescentes favorisant le passage à l'acte comme la « la crise d'originalité juvénile »[15], le jeu avec la mort ou l'appartenance à une bande[6].

Dans l'exemple courant des adolescents qui fument du chanvre afin de s'endormir le soir, le "joint" est utilisé comme "objet transitionnel", remplaçant ainsi une présence maternelle réconfortante permettant à l'adolescent de se relâcher suffisamment pour s'endormir. L'endormissement est provoqué chimiquement, mais entraîne une dépendance accrue rendant impossible toute autre moyen de s'endormir, et au final, entre autres symptômes, l'insomnie. Le but initial de faciliter l'endormissement est ainsi à terme un échec.

Thèses psychophysiologiques

Article détaillé : Système de récompense.

Ces thèses mettent en avant la recherche de plaisir comme source principale de motivation. Plaisir qui serait obtenu par modification de l'homéostasie interne grâce à l'absorption du produit[6].

Thèses sociologiques

L'explication conjoncturelle conçoit une crise de la jeunesse où la notion de travail est remise en question, où la mondialisation du commerce mondialise les problèmes rendant plus inacceptables encore les injustices[6].

L'explication par l'occasion conçoit un modèle d'offre agressive motivée par les rapports inféodants qu'entretient l'usager avec son dealer ; cette offre agressive conduirait à augmenter les chances d'occasion d'une première rencontre avec le produit[6].

Facteurs incitants ou aggravants

Il y a de nombreuses circonstances qui peuvent mener à une consommation problématique de psychotrope et/ou la favoriser:

  • un contexte social défavorisé qui, sans inciter à cette consommation, aggrave le contexte social, notamment chez les jeunes[16] ;
  • un contexte environnemental avec une facilité d'accès aux produits ou avec des relations proche elles-mêmes usagers ;
  • un contexte familial difficile (conflits familiaux, parents excessifs ou sans autorité, violence, abus, etc.) ;
  • des problèmes psychologiques (manque de satisfaction dans les rapports avec autrui, etc.) ;
  • un trouble de la personnalité. Entre 20 et 40% des toxicomanes souffriraient d'un trouble de la personnalité[17] ;
  • un contexte de recherche de performance (professionnelle, scolaire ou sportive).

Conséquences

La toxicomanie est considérée comme un phénomène de société ayant des conséquences sur l'individu et sur la société en général.

La toxicomanie est aussi un facteur intervenant dans certains accidents de la route ou du travail avec les conséquences que peuvent impliquer de tels accidents.

Conséquence judiciaire

Certains pays (notamment la France) pénalisent l'usage et/ou la possession de psychotropes classés comme illicites exposant alors à des sanctions pénales allant de l'obligation de soins à la peine d'emprisonnement associée d'une amende.

Dans de nombreux pays, il est interdit de conduire sous l'effet d'un psychotrope (alcool, stupéfiants, médicaments psychotropes).

Dans d'autres pays, la consommation est complètement tolérée. Les autorisations dépendant généralement des psychotropes consommés traditionnellement dans le pays concerné. Alcool en France, Coca en Bolivie, Cannabis aux Pays-Bas ou Jamaïque etc...

Conséquence sanitaire

Outre les effets immédiats sur le psychisme dûs à la consommation, la toxicomanie a des effets physiques (dépendance, accoutumance, maladies opportunistes, etc.) pouvant aller jusqu'à la mort (surdose, cancer, complications diverses, etc.), ces effets différant toutefois selon le produit, son mode et son rythme de consommation. Il convient par exemple de souligner que les toxicomanes ont 5 à 10 fois plus de risques de décéder par rapport à une population équivalente et non consommatrice[13].

Les psychotropes qui sont aujourd'hui les plus meurtriers sont:

  • le tabac, qui provoquerait plus de 4 millions de morts par an dans le monde (soit 62 morts pour 100 000 habitants, 1 mort toutes les 8 secondes), dont 60 000 en France (97 pour 100 000 habitants) ;
  • L'alcool, qui provoque au moins 750 000 morts par an (environ 12 pour 100 000 habitants), dont 45 000 en France (73 pour 100 000 habitants).

Un autre problème lié à la toxicomanie est celui des modes de consommation comme l'injection intraveineuse - qui même si elle est en régression depuis les années 1990 - et dans une moindre mesure l'inhalation par voie nasale sont des vecteurs de propagation notamment du VIH et l'hépatite C. (Voir l'article Réduction des risques)

Concernant les psychotropes illégaux, l'usage de produits de coupe pourrait avoir un impact au niveau des conséquences sanitaires (augmentation des risques de surdose, intoxication avec des produits plus nocifs, mélange de molécules incompatibles par ignorance de leur présence, etc.).

Délinquance

Il existe une prévalence supérieure dans la délinquance de la part des usagers de psychotropes, et surtout chez les usagers de psychotropes à haute potentiel accoutumant (alcool, héroïne, cocaïne) ; cette constatation ne permet cependant pas de déterminer si la consommation de psychotropes est une conséquence ou une cause.

Cette délinquance s'exprime par les violences conjugales, par la revente de drogues, par des vols (avec ou sans effraction, avec ou sans violence) et par la prostitution. Certains comportements délictueux étant plus en rapport avec un produit que d'autres ; l'alcool favorise les violences conjugales ; l'héroïne favorise la revente de drogues et la prostitution par exemple.

Aux États-Unis, des études ont montré que 80% de la population carcérale a fait usage de psychotropes avant son incarcération, que près de 30% de cette population avait commis ses délits sous l'influence de ces produits tandis que 20% de cette population reconnaît avoir agi pour se procurer de la drogue[18].

En Angleterre, en 1998, une étude a établi que 11% des 16-20 ans arrêtés pour un délit non lié à la drogue étaient testés positifs aux opiacés alors que dans les statistiques globales de la population seulement 1,5% des 16-20 ans sont des expérimentateurs d'opiacés[19].

Différentes hypothèses viennent expliquer cette prévalence[19]. Le modèle « économico-compulsif » avance que c'est l'addiction qui pousse vers des activités criminelles pour subvenir à la consommation. Cette hypothèse de la délinquance comme source de revenu et donc comme conséquence de l'usage, concerne principalement les psychotropes illégaux à haut potentiel accoutumant comme l'héroïne ou la cocaïne.
Une autre hypothèse vise les effets des psychotropes dont l'action désinhibitrice conduirait à des comportements délictueux.
Une hypothèse s'appuie sur l'explosion des vols à main armée en 1982, lorsque l'Espagne a dépénalisé l'usage-simple ce qui aurait pousser les dealers à se reconvertir, pour justifier des liens entre grand banditisme et drogues. Cette hypothèse rejoint la théorie de la « porte d'entrée ».

Effet sur le psychisme

Les psychotropes agissent selon des mécanismes subtils qui ne sont pas tous éclaircis, ils ont notamment des effets sur le cerveau, plus précisément sur le néocortex, dont on pense qu'il est le siège de la pensée consciente et de l'assimilation des expériences, et sur le système limbique, où sont localisés les sentiments, les émotions et les états d'âme. L'usage régulier et excessif de psychotropes peut parfois induire différents troubles de la conduite qui différent en fonction du produit, les toxicomanes pouvant devenir agressifs, violents (alcool, héroïne, cocaïne) ou au contraire apathiques (usage de cannabis).

Risque de désocialisation

Ce risque est lié à plusieurs facteurs.

D'une part, les effets provoqués par l'usage de psychotropes qui modifient la perception de la réalité interne et altèrent donc les échanges avec la réalité extérieure.

D'autre part, dès que s'installe un phénomène de dépendance, l'usager place en priorité la satisfaction du besoin et la recherche du produit, réduisant de fait ses relations sociales parfois jusqu'à ne les limiter qu'au milieu lié au produit et se couper progressivement de son environnement extérieur. Ce phénomène est un des principaux obstacles au sevrage puisque l'usager doit non seulement surmonter sa dépendance mais aussi retisser des liens sociaux et retrouver de nouvelles habitudes.

Pour les produits prohibés, la recherche du produit met l'usager en situation de fréquenter des milieux marginaux (délinquance, banditisme) constituant ainsi une « porte d'entrée » dans ces milieux.

Traitements des toxicomanies

Statistique

La consommation de produits psychotropes concerne plutôt les hommes que les femmes sauf dans le cas du tabac où l'écart est moins net et dans le cas des médicaments psychotropes où les femmes sont plus concernées que les hommes. Cette consommation est aussi liée à l'âge et va généralement en diminuant à mesure que l'âge avance.

France

En 2003, on comptait 13,1 millions d'usagers réguliers d'alcool, 13 millions d'usagers réguliers du tabac, 3,8 millions d'usagers des médicaments psychotropes et 850 000 usagers de cannabis ; quant aux autres produits leur consommation reste marginale à l'échelle de la population française[13].

En 2002, le rapport de l'OFDT conclut à l'absence de lien significatif entre le niveau de diplôme, la catégorie socioprofessionnelle ou le revenu du ménage d'une part, et la consommation de psychotrope d'autre part[11].

Notes

  1. a , b , c , d , e , f  et g Denis Richard, Jean-Louis Senon, Marc Valleur, Dictionnaire des drogues et des dépendances, Larousse, 2004 (ISBN 2-03-505431-1) 
  2. a  et b L. Manuila, A. Manuila, M. Nicoulin, Dictionnaire médical, Éditions Masson, 1991 (réimpr. 4° édition) (ISBN 2-225-81957-2) 
  3. a , b  et c Yasmina Salmandjee, Les drogues, Tout savoir sur leurs effets, leurs risques et la législation, Eyrolles, coll. « Eyrolles Pratique », 2003 (ISBN 2-7081-3532-5) 
  4. Collectif FTP, Petit dico des drogues, Édition L'esprit frappeur, 1997 (ISBN 2-84405-002-0) 
  5. [1] Lexique du Rapport du comité spécial du sénat (canadien) sur les drogues illicites, septembre 2002
  6. a , b , c , d , e , f , g , h , i , j  et k Yves Pélicier, Guy Thuillier, La drogue, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », 1972 (réimpr. septième édition) (ISBN 2-13-044843-7) 
  7. A. Porot et M. Porot, Les toxicomanies, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je ? » 
  8. Avant l'arrivée des hommes blancs, les Amérindiens avaient une tradition de consommation de psychotrope qui concernait essentiellement les produits hallucinogènes.
  9. a  et b sous la direction de Marie Jauffret-Roustide, Les drogues, approche sociologique, économique et politique, La Documentation française, coll. « Les études de la documentation française », Paris, avril 2004 (ISBN 0029-4004) 
  10. [2] Rapport de la commission d'enquête sur la politique nationale (française) de lutte contre les drogues illicites
  11. a  et b [3] Rapport de la commission d'enquête sur la politique nationale (française) de lutte contre les drogues illicites
  12. voir l'article détaillé morphine
  13. a , b  et c [pdf] Drogues et dépendances, données essentielles, mars 2005, OFDT.
  14. J. Sutter et H. Luccioni
  15. Maurice Debesse, 1937
  16. Rapport de la commission d'enquête sur la politique nationale de lutte contre les drogues illicites - tome I, M. Bernard Plasait et Mme Nelly Olin, Rapport de commission d'enquête n° 321 (2002-2003), Sénat (03/06/2003)
  17. Toxicomanie et trouble de la personnalité borderline [4]
  18. Drogues illicites et délinquance : regard sur les travaux nord-américains, Tendances, novembre 2001, OFDT
  19. a  et b [5] Rapport de la commission d'enquête sur la politique nationale (française) de lutte contre les drogues illicites

Voir aussi

Articles connexes

- ANIT : Association nationale des intervenants en toxicomanie
- MIDLT : Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie
- OFDT : Observatoire français des drogues et des toxicomanies
- CSST : Centres spécialisés de soins aux toxicomanes
- INPES : Institut national de prévention et d'éducation pour la santé

Liens externes

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Voir « toxicomanie » sur le Wiktionnaire.

Bibliographie

  • Jean Bergeret (psychanalyste), Toxicomanie et personnalité, PUF,1982, Que sais-je ? ISBN 2130370098 ;
  • Jean Bergeret (psychanalyste), Michel Fain, Le psychanalyste à l'écoute du toxicomane, Dunod 1981 ;
  • Herbert Rosenfeld, La toxicomanie & La psychologie de la toxicomanie et de l'alcoolisme. Revue de la littérature psychanalytique 1964, dans États psychotiques, PUF Fil Rouge, 1976 ;
  • Pierre Fédida, L'addiction d'absence. L'attente de personne dans Clinique des toxicomanes, Ed Eres 1995 ISBN 2-86586-362-X
  • Claude Olievenstein, Écrits sur la toxicomanie Ed Universitaires, 1973.
  • Fernando Geberovich, No satisfaction : pyschanalyse du toxicomane, Albin Michel, 2003, 312 pages.
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