Accord du participe passé en français

L'accord du participe passé en genre et en nombre est une règle de la grammaire et de l'orthographe françaises.

Aujourd'hui, à l'oral, l'accord du participe passé, dans les formes où il pouvait s'entendre, tend à disparaître. Le marquage du féminin, en particulier, s'efface de la langue parlée. À l'écrit cependant, des règles strictes sont encore appliquées, même si une certaine tolérance a été autorisée en France dans les examens par divers arrêtés ministériels depuis le début du XXe siècle.

Sommaire

Règle générale

Le participe passé sans auxiliaire

Comme n'importe quel adjectif, le participe passé utilisé sans auxiliaire s'accorde en genre et en nombre avec le nom auquel il se rapporte :

  • Les lettres reçues
  • La rumeur répandue

Il s'accorde également en fonction d'attribut du sujet :

  • Elle semble étonnée.

Le participe passé conjugué avec l'auxiliaire « être »

Le participe passé conjugué avec l'auxiliaire « être » s'accorde en genre et en nombre avec le sujet :

  • Ils sont partis.
  • Elle est venue.

Le participe passé conjugué avec l'auxiliaire « avoir »

Le participe passé est invariable :

  • Nos enquêtes ont échoué.
  • J'ai reçu des lettres.

sauf si le verbe est accompagné d'un complément d'objet direct (COD) qui le précède.
Dans ce cas, le participe passé s'accorde en genre et en nombre avec le COD :

  • Les lettres que j'ai reçues[1].
  • Merci pour tes lettres. Je les ai bien reçues[2].

Cette règle est souvent attribuée au poète Clément Marot[3] qui l'aurait introduite en 1538 par imitation de la grammaire italienne. Mais J.-B Obry propose une analyse plus poussée. Il remarque qu'en ancien français on ne trouve aucune stabilité dans les accords du participe passé et attribue cette variabilité à l'ignorance partielle des poètes concernant les règles latines. Quant aux écrivains lettrés, ils auraient maintenu jusqu'à François Ie l'accord du participe passé, employé avec avoir, avec le COD, même si celui-ci était placé après le verbe[4]. Reste que l'inversion à l'époque était rare : on disait plus volontiers « j'ai vos lettres reçues » que « j'ai recues vos lettres »[5]. Le caractère ambigu de la première formulation, dans laquelle le verbe avoir peut être vu comme un auxiliaire ou comme un verbe de possession[6] a petit à petit incité les prosateurs à généraliser l'inversion[5]. La forme sans inversion se retrouve encore au XVIIe siècle chez Molière[7], Corneille[8] ou La Fontaine[9]. L'inversion remet alors le participe passé juste à côté de l'auxiliaire, indissociable de celui-ci, et met plus en évidence le sens actif de cette forme verbale, le participe passé peut alors être vu davantage comme un infinitif supin[10] invariable. Mais la raison pour laquelle cet accord ne se fait pas lorsque le complément d'objet direct survient après le participe passé semble en réalité plus prosaïque. Selon Bescherelle aîné, l'accord ne se fait pas car au moment où le participe passé est énoncé, on ne ne connait ni le genre ni le nombre du complément d'objet direct[11].

C'est chez les grammairiens du XVIe siècle, comme Pierre de La Ramée, que l'on voit apparaitre l'invariabilité du participe passé employé avec l’auxiliaire avoir comme règle première, avec son accord avec le COD considéré comme une exception[12]. Mais certains, comme Louis Meigret, Duclos ou l'abbé Mallet auraient souhaité que le participe passé restât invariable sans aucune exception[13].

Cas des verbes pronominaux

La plupart des verbes pronominaux suivent la règle d'accord des participes employés avec l'auxiliaire avoir [réf. nécessaire]. Cependant les règles changent lorsque le verbe est dit essentiellement pronominal.

Cas des verbes essentiellement pronominaux

Un verbe essentiellement pronominal est un verbe qui n’existe qu'à la forme pronominale.
Le participe passé de ces verbes s'accorde avec le sujet :

  • Ils se sont enfuis[14]

Cette règle s'applique aussi dans le cas des verbes pronominaux subjectifs ou autonomes (souvent qualifiés de verbes essentiellement pronominaux) : ce sont des verbes dont la forme pronominale n'a pas le même sens que la forme non pronominale :

  • Ils se sont aperçus de cette faute[15].

Exceptions

Lorsqu'un verbe pronominal est suivi d'un COD dans une phrase donnée, l'accord ne se fait pas avec le sujet mais avec le complément d'objet direct si celui-ci est placé avant le verbe. Exemple du verbe s'arroger, essentiellement pronominal :

  • La direction s'est arrogé des droits étendus. Les droits que la direction s'est arrogés lui permettent de modifier à tout moment les horaires.

Le verbe s'entre-nuire,également essentiellement pronominal, possède un participe passé invariable. Il est facile de comprendre pourquoi ; on nuit à quelqu'un, le pronom dit « réfléchi » a donc la nature d'un COI, auquel cas le participe passé reste invariable :

  • Ils se sont entre-nui.

Exemples de verbes essentiellement pronominaux

  • Se souvenir ;
  • S'abstenir ;
  • S’enfuir

Verbes subjectifs ou autonomes :

  • S'apercevoir.
  • Se recueillir.
  • S'échapper

Cas des autres verbes pronominaux (ou accidentellement pronominaux)

Dans le cas des autres verbes pronominaux, qui existent sous les deux formes, le participe passé s'accorde avec le COD si celui-ci est placé avant lui :

  • Elles se sont envoyé des cadeaux[16].
  • Les cadeaux, elles se les sont envoyés[17].
  • Les cadeaux qu'elles se sont envoyés[18].
  • Elle s'est permis de répliquer[19].
  • Je n'aime pas les familiarités qu'ils se sont permises[20].

Explication

Dans le cas de ces verbes, le pronom qui les précède n'a pas la fonction de COD.
Il peut avoir la fonction de complément d'objet indirect (ou COI) :

  • Elle m'a envoyé une lettre équivaut à Elle a envoyé une lettre à moi.

Ou encore marquer l'appartenance :

  • Je me suis lavé les mains équivaut à J'ai lavé mes mains

Comment faire lorsque le COD n'est pas évident

Il faut se demander si le pronom précédant le verbe pronominal est COD ou non :

  • Ils se sont lavés.

On lave quelque chose. Se est COD : on fait l'accord.

  • Ils se sont plu.

On dit plaire à quelqu'un. se est donc COI. On ne fait pas l'accord.

  • Les hommes qui se sont succédé se sont souvent haïs.

On succède à quelqu'un mais on hait quelqu'un.

Cas des verbes pronominaux de sens passif

Enfin, dans le cas où la forme pronominale remplace une forme passive, la règle veut que le participe passé s'accorde avec le sujet :

  • Cette règle s'est appliquée de tout temps.
  • Cette ville ne s'est pas construite en un jour.

En pratique, il est cependant difficile de se tromper sur cet accord. Toutes les interprétations possibles, même erronées, aboutissent en effet à l'accord convenable. On peut ainsi penser que la présence de l'auxiliaire être implique l'accord avec le sujet ; ou considérer que le pronom se, de sens réfléchi, est COD du verbe. Comme il est placé avant le verbe, il y aura là aussi accord.

Cas particuliers d'accords avec l'auxiliaire avoir

Nota bene : les problèmes posés par l'accord du participe passé peuvent se révéler particulièrement ardus et litigieux dans les cas particuliers. Une grande indulgence est donc de mise, et est préconisée par l'arrêté du 28 décembre 1976 qui autorise certains accords (ou absences d'accord) auparavant proscrits.

Le participe passé est placé devant un infinitif

En principe[21], lorsqu'un participe passé est placé devant un infinitif, pour qu'il y ait accord, il faut : 1 Que le groupe nominal soit placé avant le verbe au participe passé, 2 Et que le groupe nominal soit le sujet de l'action de l'infinitif :

  • J'ai vu ces oiseaux voler.

La condition 1 n'est pas remplie. Il n'y a pas d'accord.

  • Ces oiseaux, je les ai vus voler
  • Ces oiseaux que j'ai vus voler

Dans ces deux exemples, la condition 1 est remplie. On se demande alors qui est le sujet de l'action voler. Il s'agit des oiseaux, il y a donc accord. mais

  • Les fruits que j'ai voulu cueillir.

La condition 1 est bien remplie mais la condition 2 n'est pas remplie puisque les fruits n'est pas le sujet véritable de l'action cueillir.

Explication

Cette règle d'accord est en fait un reliquat de la proposition infinitive en latin, dont l'existence en français reste contestée par certains grammairiens[22].

Exception

  1. Le participe passé du verbe faire est toujours invariable lorsqu'il est placé devant un infinitif :
    • Ma robe, je l'ai fait nettoyer.
  2. Depuis le Journal Officiel de 6 décembre 1990[23], le participe passé du verbe laisser suivi d'un infinitif est invariable ; cependant une tolérance existe sur l'application ou non de l'accord[21].

Le participe passé est précédé de « en »

En est un pronom adverbial invariable sans genre ni nombre. Il ne rentre pas en ligne de compte, la plupart du temps, dans l'accord du participe passé. On suivra donc presque toujours la règle ordinaire, en cherchant si le participe passé est précédé d'un autre complément direct :

  • J'en ai reçu des réponses.
Le COD des réponses est situé après le participe, on ne fait donc pas l'accord. En a ici une valeur partitive.
MAIS
  • J'ai écrit à Londres ; voici les réponses que j'en ai reçues.
car que, représentant les réponses, est ici complément direct et précède le participe. Le pronom en remplace « de Londres » et a donc valeur de complément de lieu.
  • Des réponses, j'en ai reçu.

lorsque "en" comme COD précède l'auxiliaire avoir, celui-ci reste invariable.

Autres exceptions

  1. On n'accorde pas les participes passés lorsqu'ils sont précédés d'un complément de durée, de mesure ou de prix, qui ne sont pas des COD. C'est le cas avec des verbes tels que coûter, durer, mesurer, peser, régner, valoir, vivre, etc.
    • Les vingt ans qu'ils ont vécu ensemble. (= ils ont vécu ensemble pendant vingt années)
    • Les vingt ans qu'ils ont vécus ensemble. (= ensemble, ils ont vécu vingt années, COD) (les deux sens sont différents)
  1. MAIS
    • Les déboires qu'ils ont vécus ensemble.
    Ici en effet, le complément n'a plus de sens de durée.
  2. Les participes passés des verbes semi-auxilaires, comme devoir, pouvoir, vouloir, etc., ainsi que ceux des verbes utilisés pour exprimer une opinion (dire, affirmer, croire, penser, etc.) sont invariables lorsqu'ils sont suivis d'un infinitif sous-entendu :
    • J'ai pris toutes les précautions que j'ai pu.
    On sous-entend ici que j'ai pu prendre. que n'est donc pas COD de pouvoir, mais de l'infinitif.
  3. Le participe passé des verbes impersonnels, conjugué avec l'auxiliaire avoir, est toujours invariable :
    • Tous les efforts qu'il a fallu, en vain.
  4. Les participes passés utilisés comme prépositions restent invariables. (Cas de ci-joint, étant donné, etc.)
    • Étant donné la conjoncture, ...
    • Ci-joint une lettre qui vous donnera mes raisons.
    MAIS
    • La lettre ci-jointe vous donnera mes raisons.
    Car dans ce cas le participe est employé comme adjectif.

Méthode simplifiée

Cette technique fonctionne dans la plupart des cas : lire la phrase dans l'ordre et s'arrêter au participe passé. À cet instant, si l'on sait de quoi on parle, on accorde. Exemples :

  • Les pommes que j'ai mangées... → Quand on prononce "mangées", on sait qu'on parle des pommes ⇒ on accorde
  • Jenny a acheté... → En lisant "acheté", on ne sait pas encore de quoi on parle ⇒ on n'accorde pas.

Notes et références

  1. Le pronom relatif que est ici COD. Il reprend le groupe nominal les lettres, et est placé avant le participe
  2. Le pronom relatif les est ici COD. Il reprend le groupe nominal les lettres, et est placé avant le participe
  3. « ...las chanson fut bien ordonnée, qui dit : M'amour vous ay donnée : et du bateau est estonné qui dict : M'amour vous ay donné... dans Histoire des révolutions du langage en France »- citation de Clément Marot dansFrancis Wey, Histoire des révolutions du langage en France, [p 321 http://books.google.com/books?id=S3cSAAAAIAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&pg=PA321#v=onepage&q&f=false]
  4. Obry, p. 200
  5. a et b Obry, p. 201
  6. Obry cite la double interprétation possible de « il a les livres reliés » : est-il possesseur de livres reliés ? ou est-il le relieur des livres ?(Obry, p. 205)
  7. « Et m’a droit dans ma chambre une boîte jetée »- L'école des maris, Acte II, scène 5
  8. « Chaque goutte épargnée a sa gloire flétrie » - Horace, Acte III scène VI
  9. « Il avait dans la terre une somme enfouie » - L'avare qui a perdu son trésor
  10. Obry, p. 165
  11. Obry, p. 207
  12. Obry, p. 166
  13. Obry, p. 154
  14. Le verbe s'enfuir n'existe pas sous la forme enfuir. Il s’agit donc d’un verbe essentiellement pronominal, qui s'accorde avec le sujet Ils
  15. Les verbes s’apercevoir et apercevoir n'ont pas le même sens
  16. Le verbe envoyer existe. On cherche le COD : des cadeaux est placé après le participe. Il n'y a donc pas d'accord.
  17. Cette fois, le pronom COD les, qui reprend Les cadeaux, est placé avant le participe. Celui-ci s'accorde donc
  18. Même cas, sauf que le pronom relatif est ici le COD du verbe.
  19. Le verbe permettre est ici accidentellement pronominal. Le groupe de répliquer est un complément d'objet indirect (COI). Il n'y a donc pas d'accord.
  20. Le pronom relatif COD que, qui reprend les familiarités, est placé avant le participe. Celui-ci s'accorde donc.
  21. a et b Bled, cours supérieur, édition 1998, ISBN 978-2-01-125146-6, p 136
  22. Le Bescherelle 3, (édition Hatier 1984, ISBN 978-2-218-05891-2, p 275) considère qu'un participe passé suivi d'un infinitif reste en principe invariable même si le COD est placé avant et écrit « Cette enfant, je l'ai vu arriver en pleurs »
  23. Rectification de l'orthographe, rapport du conseil supérieur de la langue française, Règle 6

Bibliographie

  • J.-B. F. Obry, Étude historique et philologique sur le participe passé français et sur ses verbes auxiliaires, vol. 8, Académie des Sciences, des Lettres et des Arts d'Amiens, coll. « Mémoires de l'Académie des Sciences, des Lettres et des Arts d'Amiens », 1850 [lire en ligne] 
  • Bled, cours supérieur, édition 1998, ISBN 978-2-01-125146-6
  • Le Bescherelle 3, édition Hatier 1984, ISBN 978-2-218-05891-2

Voir aussi

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Articles connexes

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