Accord au repos

Accord (musique)

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En musique, et plus précisément, en harmonie, un accord désigne une combinaison d'au moins trois notes simultanées, disposées, à l'état fondamental, sous la forme d'une superposition de tierces. On peut également définir l'accord comme la rencontre simultanée d'au moins deux intervalles harmoniques.

La notion d'accord fait nécessairement référence à la musique occidentale, et plus précisément, aux échelles diatonique et chromatique. Le terme ne pourra donc être utilisé pour désigner une simultanéité sonore étrangère à ces échelles — dans ce cas, et en fonction du contexte musical, on utilisera les termes de cluster, d'hétérophonie, ou encore de nébuleuse sonore.

Sommaire

Histoire

Jusqu'à la Renaissance, l'accord n'existe pas en tant que tel, mais s'obtient de manière empirique par la superposition des lignes mélodiques, conformément au procédé d'écriture alors en usage, appelé contrepoint. L'accord en tant qu'entité particulière, ne sera véritablement employé qu'à partir du XVIe siècle, et ne fera l'objet d'une théorisation qu'au cours du siècle suivant, au moment où se met en place l'harmonie classique — ou harmonie tonale.

L'harmonie est la partie de la théorie musicale qui étudie les accords et en définit l'emploi dans la composition. Cette discipline apparaît au moment où la tierce s'impose dans la musique occidentale comme un intervalle consonant. Les possibilités de combinaison des sons sont en nombre infini : l'harmonie classique ne les analyse donc pas toutes, et se limite à un certain nombre — appelées « accords classés » — que l'usage a maintenues à cause de leurs qualités auditives ou de leur fonction tonale.

Le principe de « superposition de tierces » a permis aux théoriciens des XVIIe siècle et XVIIIe siècleRameau, entre autres — de justifier la construction des accords en ajoutant des tierces harmoniques les unes au-dessus des autres. La théorie de l’harmonie de Rameau (à la fois purement ma­thématique et prétendument naturaliste), servira à l'époque classique à Rameau qui tentait ainsi de coupler « harmonie universelle » et « harmonie de l'écriture ». Sa théorie reste numérique dans ses fonde­ments quand il restitue (concepts remis en cause depuis) l'harmonicité de l'accord en fonction des harmoniques inférieures et supérieures d’un fondamental. Elle lui permettait de rapporter l'ensemble des ac­cords potentiels à quelques uns possédant une structure commune et ainsi définis par leurs fonctions. Il redéfinissait par là même les cri­tères universels de toute la musique occidentale. Dans cet esprit, en 1722 Jean-Philippe Rameau par son Traité de l'harmonie réduite à ses principes naturels et Johann Sebastian Bach dans Le Clavier bien tempéré don­neront l'un la méthode, l'autre la mise en pratique du système tempéré qui permettait d'installer la tonalité, nouvelle logique dans la construction musi­cale.

Le postulat de Rameau ne correspond qu'approximativement aux réalités acoustiques des harmoniques d'un son : ce caractère dit naturel des propositions de Rameau sur la ca­tégorisation des structures harmoniques sera remis en cause au XXe siècle en mettant en avant les composantes inharmoniques d’un son plus aptes à en expliquer la richesse.

Construction

Un accord est constitué d'au moins trois notes distinctes, et pas simplement trois sons musicaux différents : les simultanéités « do, mi, sol » ou « do, fa, la » sont des accords. Par contre, « do, mi, do à l'octave » possède deux notes identiques, c'est un accord incomplet.

Lorsqu'un accord se réduit à une superposition de tierces, il est dit classé (l'harmonie tonale n'étudie que les accords classés). Un accord est ainsi un ensemble d'au moins deux intervalles harmoniques construit depuis un son générateur, produisant une superposition de notes séparées par des tierces (sous sa forme élémentaire).

Les différentes notes appartenant à la superposition de tierces sont appelées notes réelles. La note réelle à partir de laquelle est construite cette superposition est appelée « fondamentale ».

La basse d'un accord est sa note la plus grave. Ce peut être une note réelle ou une note étrangère. Le choix de cette note détermine l'état de l'accord.

À partir de la fondamentale, on nomme les autres notes réelles par le nom de l'intervalle ascendant qui sépare cette note de la fondamentale, et ceci, même si cette fondamentale ne se trouve pas à la basse :

Nom des notes de l'accord

Construction acoustique

L'acoustique nous apprend qu'un son génère dans l'aigu un certain nombre de sons secondaires, appelés sons harmoniques, dont la fréquence est un multiple de celle du son générateur (ou son fondamental). Chaque son harmonique est numéroté selon son ordre de génération, et ce numéro correspond à la multiplication de la fréquence du son générateur : le 2e harmonique vibre deux fois plus vite que le 1er. Ainsi, à partir du do n°1, on peut construire un accord classé :

Les dix premiers harmoniques d'un son

Cette particularité acoustique peut être considérée comme un archétype — au moins en ce qui concerne les premiers harmoniques — dont de nombreux accords de l'harmonie classique sont dérivés. Les scientifiques ont constaté et mesuré ce phénomène bien après que les musiciens l'ont découvert de manière intuitive. Dans son Traité de l’harmonie réduite à ses principes naturels, Jean-Philippe Rameau identifie déjà ces sons partiels résultant d'une basse fondamentale. Cette découverte va finalement permettre d'aboutir à une conception classique de la tonalité.

Dans la construction ci-dessus, la définition d'un accord comme superposition d'au moins deux tierces se complète avec les propriétés suivantes pour un accord classé :

Par exemple, dans les accords « do, mi, sol », « do, mi, sol, do », « mi, sol, do », « mi, sol, do, sol » ou « sol, do, mi », do est la fondamentale, mi, la tierce, et sol, la quinte.

Les familles d'accords

Chaque famille d'accord — ou classe d'accord — est identifiée, soit au moyen du nombre de notes contenues dans l'accord — « accord de trois notes », « accord de quatre notes », etc. —, soit au moyen du nom de la note — « quinte », « septième », etc. — correspondant au plus grand intervalle entre celle-ci et la fondamentale — « accord de quinte », « accord de septième », etc. —, lorsque l'accord est sous la forme d'une superposition de tierces.

- Famille des accords de trois notes — ou accords de trois sons, ou accords de quinte —, dont les notes réelles — ou notes constitutives — sont la fondamentale, la tierce et la quinte (exemple, « do, mi, sol »).
- Famille des accords de quatre notes — ou accords de quatre sons, ou accords de septième —, dont les notes réelles sont celles d'un accord de trois notes, plus une septième (exemple, « do, mi, sol, si♭ »).
- Famille des accords de cinq notes — ou accords de cinq sons, ou accords de neuvième — dont les notes réelles sont celles d'un accord de quatre notes, plus une neuvième (exemple, « do, mi, sol, si♭, ré »).
  • Chaque famille se divise à son tour en plusieurs espèces, compte tenu de la valeur relative des intervalles superposés. Par exemple, selon l'étendue des intervalles considérés, on dénombre quatre espèces d'accord de trois notes, sept espèces d'accord de quatre notes, etc.
  • Les accords de trois notes dont la quinte est juste — accords dits « parfaits » — sont habituellement considérés comme les seuls accords consonants, les autres formant ce qu'on appelle « l'harmonie dissonante naturelle ».
  • Lorsqu'un ensemble de sons simultanés ne peut être analysé comme un accord classé — avec ou sans notes étrangères —, il convient de désigner celui-ci sous le vocable d'agrégat. L'étude des agrégats sort du cadre de l'harmonie tonale classique.

Notes étrangères aux accords

En harmonie classique, certaines notes, dites notes étrangères, peuvent s'ajouter ou se substituer aux notes réelles des accords classés. Celles-ci modifient la couleur de l'accord primitif en ajoutant des dissonances.

  • L'étude des notes étrangères est habituellement dénommée harmonie dissonante artificielle. Les trois grandes familles d'accords classés, lorsque ceux-ci sont employés sans notes étrangères, forment l'harmonie naturelle.

Accord au repos

Un accord au repos est un accord considéré comme une entité isolée, indépendamment de l'accord qui le précède et de celui qui lui succède.

  • Un accord au repos est caractérisé par son état et par la disposition générale de ses notes. Il peut par ailleurs être chiffré.

Accord enchaîné

Mais l'étude de l'harmonie ne se résume pas à un simple travail de classification, de nomenclature et de description des différentes espèces d'accords au repos. Elle consiste également à mettre ceux-ci en mouvement, c'est-à-dire, à les enchaîner les uns aux autres, conformément aux règles mélodiques et harmoniques. Un accord est donc dit en mouvement, ou encore enchaîné, lorsqu'il est considéré par rapport à l'accord précédent et à l'accord suivant.

La notion d'accord depuis le vingtième siècle

Tout comme les autres arts, la musique du XXe siècle connaît un grand nombre de bouleversements et une remise en question des systèmes qui l'ont précédée. C'est ainsi que l'environnement tonal et les accords sont abandonnés par certains musiciens. Cependant, la musique tonale subsiste dans la musique savante, ainsi que dans la musique populaire.

Musique savante

Les compositeurs de musique savante qui utilisent encore le système tonal ne manquent pas d'ajouter de nouveaux accords à l'harmonie classique. On peut par exemple, citer :

  • l'accord de onzième : accord de six notes, équivalant à un accord de cinq notes plus une onzièmedo, mi, sol, si \flat, ré, fa \sharp ;
  • l'accord de douzième : accord de sept notes, équivalant à un accord de six notes plus une douzième ascendante qui sonne simultanément avec la quinte juste : cet accord préfigure la « gamme par tons entiers » — do, sol, si \flat, ré, mi, fa \sharp, sol \sharp ;
  • l'accord de treizième : accord de sept notes, équivalant à un accord de six notes plus une treizième ;
  • ainsi que de nombreuses simultanéités sonores qui ne sont plus analysables selon les règles de l'harmonie classique — dans ce cas, on parle d'agrégat, plutôt que d'accord.

Musique populaire

Mais l'harmonie classique et le système tonal sont également maintenus dans le blues, le jazz, les genres musicaux dérivés ou apparentés, et surtout, dans les chansons et la musique populaire, qui bénéficient d'une très grande diffusion à travers le monde.

Les accords ne sont plus considérés comme le « tissu harmonique » de l'architecture musicale, ainsi que c'était le cas au cours des siècles précédents, mais comme une simple partie d'accompagnement, attribuée à un instrument spécifique — piano, guitare, accordéon, orgue, etc. —, au même titre que les autres parties, à savoir : la mélodievoix ou instrument soliste (guitare, saxophone, clarinette, etc.) —, la basse — fréquemment confiée à une guitare basse ou encore, à une contrebasse —, enfin, la dimension rythmique, domaine privilégié des percussions — réalisée par une batterie, le plus souvent.

Sur les partitions, l'accord est fréquemment indiqué par le nom de sa fondamentale, et sous la forme d'une codification simplifiée.

Exemples : « DO » = do, mi, sol ; « DOm » = do, mi \flat, sol ; « DOm7 » = do, mi \flat, sol, si \flat ; « DO7 » = do, mi, sol, si \flat ; « DO9 » = do, mi, sol, si \flat, ré ; etc.

De plus en plus fréquemment, les lettres anglo-saxonnes se substituent aux noms des notes latines. Ainsi do majeur s'écrit C ; fa septième de dominante, F7 ; ré mineur, Dm ; mi majeur septième majeure, EMaj7, etc. Cela permet notamment d'alléger la notation des accords au-dessus de la ligne de chant. C'est Lee Berk et différents musiciens, enseignants fondateurs de la berklee, célèbre école de jazz de Boston, qui ont mis en place ce système.

Voir aussi

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