Abus pornographique

Pornographie

Odalisque de Jules Joseph Lefebvre
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La pornographie est la « représentation complaisante de sujets, de détails obscènes, dans une œuvre artistique, littéraire ou cinématographique »[1]. Au XVIIIe siècle et XIXe siècle, la pornographie désignait plus spécifiquement les études concernant la prostitution. Définition qui se retrouve dans son étymologie le mot pornographie dérivant du grec ancien πορνογράφος / pornográphos[2], lui-même un dérivé de πόρνη / pórnê signifiant prostituée et de γράφω / gráphô, qui signifie peindre, écrire ou décrire. Le terme se confond aujourd'hui avec sa perception à travers le prisme des films pornographiques : soit d'une représentation d'actes sexuels ayant pour objectif d'exciter sexuellement le spectateur[3],[4]. Ainsi, l'actrice Tiffany Hopkins la définit comme « avant tout un objet de divertissement qui a pour finalité la masturbation »[5].

Sommaire

Les limites d'une définition

Pornographie et érotisme

Alain Robbe-Grillet avait pour formule : « La pornographie, c'est l'érotisme des autres », afin de démontrer simplement que ce qui choque l'un en s'apparentant à de la pornographie peut être toléré par un autre et s'inscrire plus élégamment dans l'érotisme - ceci valant pour des individus, des temps ou des civilisations. Comment mieux illustrer cette question qu'à travers la perception du fameux tableau de Gustave Courbet, L'Origine du monde. Ce terme peut donc apparaitre comme reposant en négatif sur la frontière aussi morale que fluctuante de l'érotisme[6].

Depuis les années 1970 et son assimilation à la production de films X, la pornographie est à la fois portée par le milieu de la contre-culture et décriée par ses opposants comme une industrie du sexe plus intéressée par un intérêt mercantile de nature mafieuse[7] (légalement proche du proxénétisme) que par une quelconque expression de la Révolution sexuelle. Devant le constat d'une importante dissymétrie homme/femme (acteur/consommateur, relation à l'homosexualité,…), un rapprochement de la pornographie et de la prostitution peut s‘établir : non seulement dans les formes de représentation féminine mais aussi dans un mode d'exploitation financier et physique du corps féminin. Ceci permet alors de différencier plus explicitement les domaines du comportement sexuel, de l'érotisme et de la pornographie.

De même, si certaines personnes acceptent en dehors d'une logique sexuelle la représentation des parties intimes de l'être humain, comme les naturistes, elles ne peuvent accepter la représentation réaliste de l'acte sexuel - pour des raisons très variables, allant de la pudeur à l'association de l'acte sexuel à quelque chose de honteux ou de bestial, qui tend à abaisser la dignité de l'Homme (argument auquel on peut opposer celui de l'acte de se nourrir que nous partageons aussi avec les animaux et que l'on élève plus aisément au rang d'art, contre-argument auquel on peut opposer la défécation que nous partageons avec les animaux et que nous ne pratiquons pas en public). Mais pour d'autres, ce n'est pas l'acte qui est honteux, mais le fait de s'exhiber et de se livrer au désir d'autrui en niant ainsi sa propre dignité humaine (on s'abaisse à n'être qu'un moyen de satisfaction). Dans ces cas la pornographie est alors synonyme de vulgarité ou d'obscénité.

Champs de représentations

On trouve des représentations d'actes sexuels dans la plupart des sociétés humaines depuis la préhistoire. Mais les fonctions de ces représentations restent mal connues : ainsi, on associe souvent de telles scènes à des rites de fécondité de l'Antiquité au Moyen Âge (qui restent cependant hypothétiques).

Selon les sociétés, la représentation de la sexualité est soumise à des normes différentes qui sont souvent liées aux définitions qu'elles donnent de la sexualité : les célèbres sculptures érotiques des temples de Khajurâho en Inde, qui s'intègrent dans une architecture religieuse, n'avaient certainement pas le même statut que les photos pornographiques vendues « sous le manteau » dans les cités occidentales au XIXe siècle. La définition même de la pornographie change donc selon les sociétés, on trouvera dans les sculptures médiévales (y compris dans les cathédrales) des scènes qui peuvent paraitre aujourd'hui obscènes mais qui à l'époque visaient certainement d‘autres objectifs.

La représentation pornographique est par ailleurs étroitement liée aux techniques artistique, littéraire ou autre. Les romans du marquis de Sade s'inscrivent dans la tradition littéraire française du XVIIIe siècle dont ils constituent à la fois un chef-d'œuvre et un extrême. Les gravures qui les accompagnent, aussi insupportables soient-elles, recourent en revanche des techniques graphiques de l'époque et qui bien souvent peu innovantes d'un point de vue formel.

Aujourd'hui, la pornographie est un enjeu de débat sociétal essentiellement à cause des moyens de reproduction technique (selon l'expression de Walter Benjamin) — photographie, cinéma, vidéo, Internet — qui donnent à ces images une audience quasiment universelle. Le réalisme de l'image photographique ou cinématographique a également modifié notre perception de la pornographie : alors que toute représentation littéraire ou artistique était jusque-là frappée du sceau de l'imaginaire (l'écrivain a pu imaginer ce qu'il raconte, et le peintre reconstituer ce qu'il nous montre), la photographie, même si elle est mise en scène de façon artificielle et parfois même manipulée, nous montre quelque chose qui indubitablement a existé, a effectivement eu lieu (cf. les analyses de Roland Barthes sur la Chambre claire). Cette forme nouvelle de pornographie en tire incontestablement un pouvoir de fascination inédit qui explique la large diffusion de ces images mais également les débats qui les entourent : le sort des actrices pornographiques (beaucoup moins souvent des acteurs…) est au cœur des débats — sont-elles contraintes ? le font-elles uniquement pour l'argent ? est-ce un métier comme un autre ? — tandis que les modèles éventuels des célèbres estampes japonaises ou des sculptures érotiques hindoues suscitent moins l'interrogation.

Histoire

Couple faisant l'amour. Peinture murale, à Pompeï

Antiquité

Si l'on retient de la Grèce et de Rome des images des rituels de Komos et Bacchus, dans tout l'Empire romain, les représentations sexuelles sont très fréquentes, aussi bien gravées sur des céramiques sigillées que peintes à l'intérieur des lupanars afin de satisfaire les clients en leur laissant sous les yeux de véritables œuvres d'art ou plus simplement en cherchant à préciser l‘éventuelle spécialité d‘une prostituée[8].

En Chine, une riche littérature existe et de nombreux artefacts (peintures et sculptures) montrent une liberté de représentation de la sexualité. En Inde également, la culture a produit de nombreuses représentations d'actes sexuels notamment à l'extérieur des temples, car la culture valorisait la sexualité dans sa dimension « sacrée » (voir à ce sujet l'article sur le Tantra).

Moyen Âge et Renaissance

Une illustration du Kâmasûtra

Oubliant quelques textes explicites de François Villon (1431-1463), certains voient dans François Rabelais un précurseur de la pornographie moderne. Son Pantagruel a d'ailleurs été condamné en 1533 comme ouvrage « obscène » par la Sorbonne. Mais cette condamnation portait sans doute moins sur l'obscénité du livre que sur son esprit général (que l'on peut qualifier de carnavalesque), trop éloigné des enseignements de l'Église. L'œuvre de Rabelais témoigne en outre d'une mentalité pour laquelle la sexualité faisait encore pleinement partie de la vie humaine et n'était pas considérée comme un sujet « tabou », interdit à la représentation et au discours commun. À cette époque, une catégorie comme la « pornographie » était en fait inconnue, et l'accusation d'obscénité visait beaucoup plus des comportements que des représentations (écrites ou graphiques).

Les guerres de religion qui déchirent peu après l'Europe et le mouvement de la Contre-Réforme qui va s'ensuivre modifient cependant profondément les mœurs de l'époque : d'une part, la dévalorisation de la « chair » dans ce contexte de religiosité exacerbée sera générale au XVIe siècle et au XVIIe siècle, tandis que l'Église cherchera à contrôler les comportements les plus intimes de ses fidèles (par l'entremise de la confession notamment). C'est également à cette époque que naissent en réaction les premiers textes libertins[9] qui, s'inscrivant dans la modernité opposent la vérité de nature aux doctrines religieuses et aux dogmes. Si les représentations pornographiques ne sont pas prioritairement visées, elles sont les victimes de ce climat général de « puritanisme » (au sens courant du terme) qui s'installe en Europe : c'est alors qu'on repeint des feuilles de vigne sur les fresques de Michel-Ange au Vatican.

Époque classique

C'est à l'époque de la Réforme et de la Contre-Réforme que l'on situe la distinction occidentale entre ce qui serait « érotique » (le nu artistique, par exemple) et ce qui serait « pornographique », c'est-à-dire illicite et condamné à la clandestinité (même si ce ne sont pas les termes employés à l'époque classique). La contrainte exercée sur les mœurs fait donc à ce moment de la pornographie un exercice de liberté et de subversion[10].

C'est le cas notamment en France avec l'expansion de la littérature libertine au XVIIIe siècle avec des auteurs aussi différents que Diderot (Les Bijoux indiscrets), Crébillon fils (Le sopha, Les Égarements du cœur et de l'esprit), Fougeret de Monbron (Margot la ravaudeuse), et bien d'autres auteurs aujourd'hui oubliés[11]. Les œuvres du Marquis de Sade constituent l'aboutissement extrême et singulier de cette littérature dont il donne une version qui peut apparaitre particulièrement noire et cruelle (le "sadisme" de l'auteur va jusqu'au meurtre d'hommes, de femmes et d'enfants). En Angleterre, Les Mémoires de Fanny Hill de John Cleland appartiennent à la même tradition "libertine".

XIXe siècle

Illustration du roman Gamiani attribué à Alfred de Musset

Le XIXe siècle se caractérise par une généralisation du climat de « puritanisme » instauré par l‘ère victorienne et qui va s‘étendre aux valeurs dites « bourgeoises », marqué par la condamnation qui frappe en France en 1857 ; Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire en est l'exemple le plus célèbre. Ce siècle est particulièrement répressif en matière de pornographie : la décence impose des limites très strictes à toute représentation sexuelle, et la moindre transgression suscite scandale, comme c'est le cas par exemple avec l'Olympia d'Édouard Manet ou encore Madame Bovary de Gustave Flaubert (même si l'écrivain réaliste, contrairement à Baudelaire, n'est pas condamné). Au début du XIXe siècle, la Bibliothèque Nationale de Paris constitue d'ailleurs son célèbre « Enfer », qui rassemble les ouvrages offensant la « pudeur ».

Derrière cette prudence, le mot « pornographie » commence à prendre un sens contemporain : celui d'un désir caché et refoulé qui va commencer à s'inscrire clandestinement dans des écrits, des photographies, des lieux. Certaines œuvres sont aujourd'hui encore célèbres (par exemple Gamiani ou deux nuits d'excès attribué de façon hypothétique à Alfred de Musset ou bien l'œuvre gravée de Félicien Rops). La « prostituée » devient l'une des grandes figures apocryphe du XIXe siècle C'est également l'époque où s'inventent bien des rituels qui se confondent à la prostitution et à la pornographie contemporaine. Les jeux de ces « messieurs » dans les « bordels » et le rapport à la « bonne » constituent l'archéologie de la ménagère et du fantasme bourgeois[12] qui s'assumera un peu plus vers la fin avec les spectacles de théâtres et cabarets de Montmartre, comme ceux du Moulin rouge.

Début du XXe siècle

La littérature « pornographique » émerge néanmoins progressivement dans l'espace public à partir de la fin du XIXe siècle et au XXe siècle, en particulier après la Première Guerre mondiale dans le climat de liberté des années folles. Des auteurs comme Pierre Louÿs, Apollinaire (Les Onze Mille Verges), Henry Miller, Anaïs Nin, parmi d'autres, lui donnent ses lettres de noblesse.

Par ailleurs, avec la photographie puis le cinéma sont nées de nouvelles images pornographiques « prises sur le vif » et d'un réalisme inédit. Ces images circulent pendant de nombreuses années « sous le manteau » avant d'apparaître progressivement au grand jour. Les pays scandinaves sont les premiers à autoriser la diffusion de telles images, notamment sous couvert d'éducation sexuelle (Je suis curieuse de Vilgot Sjöman, Suède, 1967).

La « Libération sexuelle »

Article détaillé : Révolution sexuelle.

Dans les années 1970 seulement, les films pornographiques sont autorisés dans les salles de cinéma en France et dans la plupart des pays occidentaux. Différentes restrictions sont cependant mises à cette diffusion, en particulier une interdiction générale aux mineurs. En France notamment, une loi nouvelle rend la production plus difficile avec le classement X qui multiplie les contraintes de diffusion : alors que certains films pornographiques (ou jugés comme tels) étaient diffusés sur les écrans des cinémas des « Grands Boulevards », cette nouvelle loi taxe fortement les cinémas réputés pornographiques, qui deviennent un secteur « spécialisé » et marginalisé. On assiste ensuite à la disparition quasi-totale de ces salles dans les années 1990, conséquence, entre autres, de l'apparition de la cassette vidéo.

Dans ce contexte où la sexualité est devenue omniprésente dans différents médias, certains s'interrogent sur les effets sociologiques et psychologiques de cette survalorisation du sexe (ou sexualisation excessive). Le cinéma pornographique présente, outre les caractéristiques et les comportements hors norme des acteurs (notamment dû aux effets de montages), une sexualité qui se focalise sur la génitalité et la performance. Ainsi représentée, la pornographie véhicule de vieux mythes sur la sexualité (rôle actif de l'homme, focus sur l'orgasme coïtal de la femme, recherche de l'orgasme simultané du couple, etc..)[13].

La question d'Internet

Aujourd'hui, le développement d'Internet permet aux contenus pornographiques de se diffuser plus largement encore et modifie profondément la structure du marché en favorisant une consommation strictement privée de ces productions. Si le cloisonnement entre le monde de la « pornographie » (plus ou moins stigmatisée) et la sphère publique n'est pas totalement étanche, la barrière est bien présente et maintenue sous la pression de différents groupes sociaux plus ou moins actifs (beaucoup de féministes sont hostiles à la pornographie, mais également des associations familiales, des groupes religieux, des militants anti-capitalistes hostiles à « l'exploitation commerciale des corps », les raisons avancées par les uns ou les autres peuvent différer ou converger).

La pornographie dans l'art

Littérature

Article détaillé : Littérature pornographique.

Peinture

Article détaillé : Représentation artistique du nu.

Le célèbre tableau naturaliste L'Origine du monde a été peint par Gustave Courbet, à la demande d'un diplomate turc, en 1866, dans une période (Second Empire) où les mœurs étaient très austères et policées (il s'agit dans ce cas plus de l'Empire ottoman, pays du commanditaire, que de la France, pays du peintre). Ce tableau, qui ne circula qu'au sein de collections privées, fut considéré par les quelques intimes du peintre et du propriétaire de l'œuvre comme hautement pornographique ; il eut pu être interdit et provoquer les foudres de la censure s'il s'était trouvé sous tous les yeux. Il fut, à un moment, propriété du psychanalyste Jacques Lacan qui le dissimula dans un cadre à double fond. Lacan commanda à son beau-frère, l'artiste André Masson, un nouveau masque; se sera le «Paysage anthropomorphe», paysage de collines et buissons qui reprend le tableau caché.[14] Depuis 1995, le tableau a rejoint la collection du Musée d'Orsay et est exposé parmi d'autres tableaux de Courbet, signe que la notion de « pornographie » est relative aux mœurs d'une époque.

Dans ses cahiers, Léonard de Vinci a laissé plusieurs dessins obscènes, l'un notamment de Salaï posant pour un ange tout en étant affublé d'une érection (angelo incarnato). Beaucoup de ces dessins, longtemps censurés, restent à découvrir. On a même, arguant cette parole mystérieuse du peintre : « Misérables mortels, ouvrez les yeux ! », cru découvrir une pornographie cachée dans plusieurs de ses œuvres les plus célèbres (La Vierge aux rochers, etc.)[15].

Pornographie et médias de masse

Télévision, cinéma et industrie audiovisuelle

« L'industrie de la pornographie contemporaine a pris son essor au début des années cinquante, avec la création de Playboy (1953) » (Richard Poulin).

Les études sur ce sujet restent assez rares aujourd'hui. En 2002, on estime que le chiffre d'affaires (au niveau mondial) de l'industrie pornographique s'élevait à 50 milliards d'euros[réf. nécessaire].

Les choix de l'industrie pornographique influencent parfois directement certains secteurs. Ainsi le succès du VHS de JVC par rapport à son concurrent direct aux États-Unis, le Betamax, est en partie dû au choix de l'industrie pornographique de commercialiser des cassettes VHS et non Betamax[16]. Le phénomène ne s'est cependant pas reproduit avec le successeur du DVD, l'industrie pornographique ayant annoncé lors du CES 2007 à Las Vegas, sa préférence[17],[18],[19] pour le format HD DVD et non pour le Blu-Ray, ce dernier remporta finalement la guerre des supports hautes définitions.

Stars du cinéma pornographique

Les magazines

Dans un registre plus érotique (car ne présentant par de pénétration), les principaux magazines aux États-Unis sont Playboy et Penthouse. Dans celui ouvertement pornographique, Hustler à une place toute particulière par de par son histoire et surtout celle de son créateur Larry Flynt.

En France, il y a Union qui traite de sexualité avec des photos dans une optique de voyeurisme et Swing qui est la revue historique des pratiquants de l'échangisme. Toujours en France, l'expression de « magazine de charme » est utilisée par euphémisme de bienséance pour désigner des revues érotiques telles que Lui, Newlook, etc. On parle de même de « presse de charme ».

Internet

L'arrivée d'Internet a fait exploser le marché de la pornographie. La diffusion de multimédia y est plus facile et touche un public plus large, banalisant en quelque sorte le commerce du sexe. Des sites peuvent être consacrés à des acteurs ou actrices de films pornographiques, ce qui permet de fidéliser une clientèle. L'Internet a vu aussi le développement de films réalisés par des amateurs.

Certains réseaux de particulier à particulier (P2P) sont accusés de favoriser la diffusion de contenu pornographique impliquant des mineurs. Une enquête du General Accounting Office a montré le lien entre réseaux d'échange de fichiers et la pornographie juvénile. Le vice-président directeur de Sharman Networks, propriétaire de Kazaa, Alan Morris, a nié cette accusation devant un comité sénatorial américain (septembre 2003).

De difficiles problèmes se posent à propos de la diffusion de pornographie sur Internet :

  1. Quelle est la véritable part de la pornographie sur l'Internet ?
  2. Le cadre juridique de la diffusion de contenus pornographiques est-il adapté au support Internet ?
  3. Comment protéger les mineurs et les adultes fragiles de l'exposition à ces contenus ?

Quelques chiffres

L'évaluation chiffrée de la pornographie sur Internet s'effectue via des analyses ou des extrapolations qui, n'offrant pas de véritables sources fiables, sont souvent contestées et critiquées.

  • Les analystes spécialistes du commerce sur l'Internet estiment qu'un site pornographique peut gagner entre 10 000 et 15 000 dollars chaque jour. Certains des plus anciens sites ont des revenus de presque 2 millions de dollars par mois[20].
  • Les internautes ont dépensé près de 1 milliard de dollars pour accéder à des sites pornographiques en 1998.
  • En 1998, il y avait plus de 100 000 sites pornographiques commerciaux et 200 nouveaux sites apparaissaient quotidiennement[21].
  • Sur 57 millions d'Américains accédant à Internet, près de la moitié consultent des sites pornographiques pendant 1 à 10 heures par semaine[22].

Les détracteurs de ces études leur opposent qu'ils omettent le fait que beaucoup de sites pornographiques sont petits, ou n'arrivent pas à dégager de bénéfices, dans une concurrence trop pléthorique. Cette tendance est renforcée par l'échange gratuit de fichiers sur Internet comme pour les autres médias numériques.

Néanmoins, en 2006, des chercheurs de l'Université de Californie-Berkeley, pour le Departement of Justice américain, affirment que la pornographie n'occupe qu'environ 1.1% des pages Web indexés par google et MSN live search[23]. Le Ministère de la Justice américain déclara que 1% signifie tout de même un nombre de pages élevé.[24]

Législation

« La grande épidémie de pornographie » XIXe siècle)

La pornographie infantile est condamnés par les diverses législations en vigueures sur l'abus sexuel sur mineur. Concernant la pornographie impliquant des adultes, un grand nombre d'États réglementent strictement la liberté de publication des œuvres pornographiques : âge minimum d'accès requis, limitation des lieux d'accès, limitation des choses représentables.

Certains pays pratiquent une répression bien plus sévère comme en Chine où les peines encourues peuvent aller jusqu'à la réclusion à perpétuité [25]

En France

En France, l'article 227-24 du Code pénal édicte que « le fait soit de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu'en soit le support un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine, soit de faire commerce d'un tel message, est puni de trois ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende (375 000 euros pour les personnes morales) lorsque ce message est susceptible d'être vu ou perçu par un mineur. »

Depuis 1994, l'outrage aux bonnes mœurs n'est constitué que si le message pornographique atteint les mineurs.

Vendeurs de presse et loueurs de vidéo doivent masquer les magazines et DVD érotiques ou pornographiques, ainsi que vérifier l'âge de leur clientèle. Les films pornographiques télévisés ne sont disponibles que sur des chaînes payantes. Les décodeurs sont munis d'un système de verrouillage, nécessitant un code pour l'accès à ces programmes. Les fournisseurs d'accès internet proposent des logiciels de contrôle parental, permettant d'interdire l'accès aux sites contenant certains mots-clés.

Critiques de la pornographie

Alors que jusque dans les années 1960, toute représentation d'actes sexuels était jugée « pornographique » et interdite dans la plupart des pays occidentaux, cette représentation s'est ensuite généralisée avec le mouvement de « libération des mœurs » (maîtrise par les femmes de leur fécondité par la contraception, légalisation de la contraception et de l'avortement, augmentation du nombre des divorces, revendications féministes portant notamment sur le « droit au plaisir », émergence de la minorité homosexuelle). Mais le développement de la pornographie suscite aujourd'hui des réactions diverses, parfois extrêmement négatives.

Ces critiques d'origines diverses — féministes, mais également issues de différents mouvements de réaction morale — peuvent être synthétisées en trois grands points :

  1. Les critiques portent d'abord sur les conditions de réalisation des images pornographiques, qui impliqueraient une exploitation forcée des actrices contraintes par la violence ou par la misère à des pratiques sexuelles auxquelles elles répugneraient. L'abus est en tout cas manifeste et légalement condamnable lorsqu'il concerne des enfants : la lutte contre la pornographie infantile a dû en particulier devenir beaucoup plus active avec le développement de l'Internet. À ces critiques majeures s'ajoute une critique secondaire (mais importante) concernant les risques de maladies sexuellement transmissibles encourus par les acteurs et actrices n'utilisant pas de préservatifs tout en incitant certains consommateurs à adopter des pratiques à risques.
  2. D'autres critiques portent sur les effets supposés de la pornographie sur les consommateurs : la pornographie par la multiplication des scènes de violence faite aux femmes, serait une incitation au viol. En outre, l'on constaterait que la pornographie développe chez certains consommateurs des phénomènes de dépendance les poussant à augmenter leur consommation de telles images. Chez les enfants et les adolescents, les effets du visionnage d'images pornographiques antérieur à toute expérience réelle de la sexualité sont également problématiques.
  3. Enfin, de fortes critiques portent sur les valeurs mêmes véhiculées par la pornographie qui réduirait les femmes à n'être que des « objets » et ramènerait les relations amoureuses à de simples rapports sexuels.

Industrie pornographique et le VIH

L'apparition du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) dans les années 1980 cause la mort de plusieurs actrices et acteurs de films pornographiques. Durant un temps, le port du préservatif est la règle aux États-Unis, mais les productions avancent que des films avec des rapports protégés sont moins achetés que ceux sans protection. Par conséquent, certains films sont réalisés sans préservatifs. Pour encadrer l'industrie et limiter les risques, l’Adult Industry Medical Health Care Foundation est créée aux États-Unis, qui se charge de tester les actrices et acteurs tous les mois et de recenser tous les partenaires sexuels, de manière à lancer une alerte dans les plus brefs délais dès qu'un cas de séropositivité est déclaré et arrêter tous les tournages. Dès lors, seuls quelques cas ont été recensés, bien souvent en dehors de l'industrie américaine (comme Darren James contaminé lors d'un tournage au Brésil) ou de tous tournage (comme Marc Wallice consommateur de drogue par intraveineuse)

Concernant les films homosexuels, le port du préservatif est de règle.

En France, plusieurs actrices et acteurs se battent pour le port du préservatif comme Julia Channel, Ovidie ou encore Clara Morgane. Ce qui est la règle pour nombre de films, notamment du fait que le Conseil supérieur de l'audiovisuel prescrit aux chaînes de télévision autorisées à diffuser des programmes pornographiques de ne pas en diffuser qui comportent des images de relations sexuelles non protégées par le port du préservatif, considérant que ce type de programme a une influence auprès des jeunes adultes sur leur comportement sexuel[26].

Incitation à la violence

Diverses études visent à démontrer que la pornographie incite à la violence, notamment vis à vis des femmes [27],[28]. D'autres sont plus pondérées en reconnaissant que la pornographie n'est pas le seul facteur [29]. D'autres études montrent que les effets de la pornographie sont variables [30]. La pornographie servirait en effet à certains individus d'exutoire dans lequel des fantasmes et des pulsions seraient libérés ; ceci permettrait que ceux-ci ressurgissent de manière moins fréquente dans la vie réelle.

Quoi qu'il en soit, il n'y a pas de consensus sur la question et les diverses corrélations révélées par ces études n'impliquent pas nécessairement la cause.

Dépendance pornographique

Article détaillé : Dépendance à la pornographie.

L'existence de la dépendance pornographique n'est pas reconnue par la psychiatrie et ne fait pas consensus.

Le « nihilisme » de la pornographie

Les détracteurs de la pornographie lui reprochent de nier la subjectivité humaine, de détruire les relations sentimentales à l'autre en en faisant l'instrument d'un plaisir insatiable. Ce caractère insatiable du désir mis en scène, dans la surenchère des signes de la jouissance (hurlements orgasmiques, frénésie des pulsions, multiplication presque sans limites des partenaires, réduction de l'être humain à la seule pulsion sexuelle) marqueraient paradoxalement l'absence totale du désir : en effet, désirer, c'est désirer quelqu'un ; l'élimination de la dignité d'autrui, par des pratiques de domination, anéantit le corps en le transformant en « viande » à consommer, alors que c'est cet être que l'on désirait[31].

Les détracteurs de la pornographie dénoncent une banalisation de la pornographie dans la société actuelle. Ils considèrent que cette banalisation est caractéristique de la passivité des consommateurs qui l'acceptent sans aucune conscience morale ; ils avancent parfois cette citation de Fedor Dostoïevski : « L'Homme est une ordure, il s'habitue à tout. » (Crime et Châtiment).

Alexandre Soljénitsyne pensait que « on asservit bien mieux les peuples avec la pornographie qu'avec les miradors ».

Certains s'opposent à ces arguments considérant que ces discours ne s'appuient sur aucune donnée fiable sur les consommateurs de pornographie. Ainsi que le note Virginie Despentes : « Les articles et ouvrages consacrés au genre sont extraordinairement nombreux. Les études sérieuses le sont moins, on se donne rarement la peine d'enquêter sur les réactions des hommes qui consomment du porno. On préfère imaginer ce qu'ils ont dans le crâne que poser directement la question. »[32].

Neurobiologie

Les processus neurobiologiques mis en jeu lors d'une activité pornographique existent également, en partie, chez l'animal :

« La perception et la représentation de l’activité sexuelle possèdent aussi, comme chez l’animal, un effet d’augmentation de la motivation, si bien que la pornographie met en jeu des mécanismes élémentaires communs à l’animal et à l’homme[33]. »

L'être humain cherche, dans ses activités sexuelles, à maximiser le plaisir érotique. Les images pornographiques, plus chez l'homme que chez la femme[34], augmentent l'excitation sexuelle et l'intensité des plaisirs érotiques.

Article principal : Comportement érotique.

Notes et références

  1. Définition du Petit Larousse 2006
  2. Terme attesté chez Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] [lire en ligne] (XIII, 21). Aucun mot grec ancien ne désigne l'activité même d'écrire sur la prostitution ou ce genre d'écrits.
  3. N. M. Malamuth, International Encyclopedia of the Social & Behavioral Sciences, Pergamon, 2001 (ISBN 0080430767), « Pornography - Defining Pornography », p. 11817 
  4. Judith Roof, Encyclopedia of Sex and Gender, vol. 3 : J-P, The Gale Group, 2007 (ISBN 0-02-865963-5), « Pornography », p. 1173 
  5. (fr) Vincent Cocquebert, « Tiffany Hopkins : « J'arrête le X » », 30 avril 2007, Technikart. Consulté le 14 mars 2008
  6. Gilles Lapouge, Encyclopædia Universalis, « Pornographie » 
  7. Inside Deep Throat
  8. Pascal Quignard, Le sexe et l‘effroi
  9. le libertinage apparait au XVIe siècle en Italie (Cardan, Paracelse, Machiavel), puis au siècle suivant en France avec (Gassendi)
  10. cf.Michel Jeanneret, Éros rebelle. Seuil, 2003
  11. cf. Jean-Marie Goulemot, Ces livres qu'on ne lit que d'une main : lecture et lecteurs de livres pornographiques au XVIIIe siècle, Aix-en-Provence, Alinéa, 1991
  12. Alain Corbin, Le temps, le désir et l'horreur. Essais sur le XIXe siècle, éditions Champs/Flammarion, p.81-90
  13. Gilles Trudel et Sylvie Aubin, La baisse du désir sexuel, Masson, 2003 (réimpr. 2003), 233 p. (ISBN 2294009991), partie Variables cognitives dans la baisse du désir sexuel, chap. 1, p. 51-52 
  14. http://www.galeriebrimaud.com/fr/expo-erotique.htm (une petite animation du cache est visible sur cette page)
  15. L'œuvre pornographique de Léonard de Vinci, diaporamas, 2007
  16. Blu-Ray vs HD DVD : le porno fait gagner le HD DVD, Ratiatum, 12 janvier 2007
  17. L'industrie du porno se tourne vers le HD-DVD, Clubic, 15 janvier 2007
  18. L'industrie du porno opte finalement pour le HD-DVD ?, PC INpact, 12 janvier 2007
  19. L'industrie porno préfère le HD DVD, Branchez-vous, 12 janvier 2007
  20. Gazette de Montréal, 19 mars 1997
  21. Enough is Enough
  22. Étude de l'année 2000 aux États-Unis par la chaîne de télévision MSNBC
  23. http://www.stat.berkeley.edu/~stark/Preprints/filter07.pdf (PDF en anglais, les statistiques se trouvent page 15)
  24. http://www.ecrans.fr/Pas-tant-de-sexe-sur-le-net.html
  25. (fr) Le roi du porno chinois sur le Net condamné à la prison à vie, 22 novembre 2006, Libération. Consulté le 7 juillet 2009
  26. Délibération no 2007-234 du 4 décembre 2007 relative au port du préservatif dans les programmes pornographiques diffusés par des services de télévision, JORF no 6 du 8 janvier 2008, texte no 38, NOR CSAX0705234X, sur Légifrance.
  27. (fr) Bergen RK., Bogle KA., « Exploring the connection between pornography and sexual violence », 2000, Violence and victims. Consulté le 20 avril 2008
  28. (fr) Centre-Femmes de Beauce, « La pornographie n'est pas sans conséquences », 6 décembre 2003. Consulté le 20 avril 2008
  29. (fr) E. Cramer, J. McFarlane, B. Parker, K. Soeken, C. Silva, S. Reel, « Violent pornography and abuse of women: theory to practice », 1998, Violence and victims. Consulté le 20 avril 2008
  30. Milton Diamond et Ayako Uchiyama dans Pornography, Rape and Sex Crimes in Japan
  31. Michela Marzano, La Pornographie, ou l'épuisement du désir
  32. Virginie Despentes, King Kong Théorie, Grasset & Fasquelle, 2006, Broché, 158 p. (ISBN 978-2246686118), p. 96 
  33. SIGNORET Jean-Pierre, Sexuel (Comportement), Encyclopædia Universalis. v. 11.0, 2006.
  34. (fr) WUNSCH Serge, Thèse de doctorat sur le comportement sexuel [pdf] EPHE-Sorbonne, Paris, 2007.

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

Contre la pornographie

  • Richard Poulin, La mondialisation des industries du sexe. Prostitution, pornographie, traite des femmes et des enfants ; éd. canadienne, Ottawa, L'Interligne, 2004, (ISBN 2-921463-94-6) ; éd. française, Imago, 2005, (ISBN 2-84952-013-6).
  • Michela Marzano, La pornographie ou l'épuisement du désir, Éditions Buchet Chastel, novembre 2003. réédition en format de poche : Hachette Littératures, collection Pluriel
  • Laurent Guyenot, Le Livre noir de l'industrie rose. De la pornographie à la criminalité sexuelle, Imago, Paris 2000.
  • Guy Hénaut, L'École du viol : porno-addiction et crimes sexuels, Chambéry, éd. Exergue, 1997
  • Jean-Laurent Fernand, "La pornographie : un fléau social complice de l'exploitation de la prostitution", in Prostitution : problème mondial, une menace pour l'humanité, rapport du 29e congrès international, Stuttgart-Felbach, septembre 1997
  • Pauline Jeanne, "Pornographie et Prostitution", in Prostitution et société, mouvement du Nid, no 91, septembre 1991

Défense de la pornographie

  • Virginie Despentes, King Kong théorie, Paris, Éditions Grasset, 2006, (ISBN 9782246686118).
  • Ovidie, Porno Manifesto, Paris, Flammarion, 2002, (ISBN 2080683446).
  • Olivier Smolders, Éloge de la pornographie, Liège, Éditions Yellow Now (Collection "De parti pris"), 1993, (ISBN 2873400854).
  • Nathalie Collard et Pascale Navarro, Interdit aux femmes: le féminisme et la censure de la pornographie, Boréal, 1996, 143 p. (ISBN 2890527557) 

Neutres

  • Dominique Baqué, Mauvais genre(s), érotisme, pornographie, art contemporain, éditions du Regard, 2002, ISBN 2-84105-143-9
  • Philippe Di Folco (dir.), Dictionnaire de la pornographie, Paris, PUF, novembre 2005, ISBN 2-13-054414-2
  • Ruwen Ogien, Penser la pornographie, Paris, PUF, 2003, ISBN 2-13-053867-3
  • Patrick Schmoll, "La pornographie : de l'interdit de montrer à l'empêchement de penser", in Matières à controverses, Strasbourg, Néothèque, pp. 167-178, ISBN 978-2-35525-054-5
  • Linda Williams (dir.), Porn Studies, Durham, Duke University Press, 2004, ISBN 0-8223-3312-0

Témoignages

  • HPG, Autobiographie d'un hardeur. Entretiens avec Stéphane Bou et Karine Durance, Hachette, Paris, 2002
  • Ovidie, Films X : y jouer ou y être. Un entretien avec Michela Marzano, éditions Autrement, collection Le corps plus que jamais, Paris, 2005 (ISBN 2-7467-0654-7)
  • Raffaëla Anderson, Hard, récit, Éditions Grasset & Fasquelle, Paris, mai 2001 (ISBN 2-2466-1511-9). Réédition Le Livre de poche. (ISBN 2-2531-5449-0) extrait
  • John B. Root, Porno Blues ou la belle et édifiante histoire d'un réalisateur de films, La Musardine, Paris, 1999

Liens externes

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