Abdère (ville)
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40° 56′ 02″ N 24° 58′ 24″ E / 40.933779, 24.973276

Localisation d'Abdère et de ses deux métropoles successives Clazomènes et Téos

Abdère (en grec ancien Ἄϐδηρα / Ábdēra) est une cité grecque de la Thrace antique, située près de l'embouchure du fleuve Nestos, en face de l'île de Thasos. Fondée en 656654 av. J.-C., elle a été renommée Polystylon (Πολύστυλον / Polístilon) au IXe siècle ap. J.-C. avant d'être abandonnée sous l'ère ottomane.

Sommaire

La colonie de Clazomènes et Téos

La ville est fondée sur le cap Bouloustra par des colons de la cité ionienne de Clazomènes en 656652 av. J.-C. sous la direction de Timesios. Cette première ville fortifiée, en butte à l'hostilité des Thraces du voisinage, entre rapidement en déclin, et elle est refondée par des colons de Téos (cité voisine de Clazomènes), qui cherchent à échapper à l'emprise perse, en 545 av. J.-C. Le nom de la cité est associé au mythe d'Abdère, compagnon d'Héraclès déchiqueté par les chevaux carnivores du roi des Thraces Bistoniens, Diomède.

Sa position stratégique sur le littoral thrace, ses deux ports et son riche terroir lui garantissent une rapide prospérité. Son monnayage d'argent, des octadrachmes et des tétradrachmes frappés du symbole du griffon, se signalent par la qualité de leur travail, et ont été retrouvés jusqu'en Égypte, en Syrie ou en Mésopotamie, ce qui atteste la vitalité commerciale de la ville.

Pendant les guerres médiques, la ville est sous contrôle perse : elle sert de base navale à Mardonios dans sa campagne contre les cités grecques du Nord de l'Égée et les tribus thraces en 491 av. J.-C. Lors de l'invasion perse de 480 av. J.-C., le roi Xerxès et son armée y font halte, et y sont reçus de nouveau l'année suivante lors de leur retraite vers l'Asie.

Porte ouest de la seconde enceinte (sud) de la ville

Abdère est incorporée à la première Ligue maritime athénienne, où elle indique sa prospérité en payant un tribut particulièrement élevé (10 à 15 talents à partir de 454 av. J.-C.). Elle maintient parallèlement des relations étroites avec le royaume thrace des Odryses voisin de son territoire.

En 376 av. J.-C., elle est frappée d'une invasion de 30 000 Triballoi qui massacrent une partie de sa population, avant d'être sauvée par l'intervention du général athénien Chabrias. Elle entre l'année suivante dans la seconde Ligue maritime athénienne, et demeure dans la sphère d'influence athénienne jusque vers 350 av. J.-C.

Abdère possède les institutions habituelles d'une cité démocratique : le Demos et la Boulè détiennent le pouvoir, qu'exercent les principaux magistrats nommés Timouchoi (Τιμούχοι) puis Nomophylakes (Νομοφύλακες) au IIe siècle av. J.‑C. Les finances de la cité sont contrôlées par des archontes. La cité conservait soigneusement des archives administratives et législatives entreposées dans le sanctuaire de Dionysos.

Outre Dionysos, les principales divinités honorées sont Déméter, lors des Thesmophories, Apollon, la divinité poliade, ainsi qu'Athéna Épipyrgitis et Aphrodite.

La cité est célèbre pour ses intellectuels, et notamment ses philosophes : Protagoras, Leucippe, Démocrite, Anaxarchos sont tous originaires d'Abdère.

La population de la cité est peut-être comprise entre 30 000 et 100 000 habitants à cette époque.

La ville macédonienne et romaine

Grande demeure d'époque hellénistique et romaine, avec cour centrale pavée

Abdère est conquise par Philippe II de Macédoine et incorporée avec les autres cités de la côte thrace, Maronée et Ainos, vers 350 av. J.-C. dans une stratégia directement administrée par un lieutenant général macédonien.

Après la mort d'Alexandre le Grand, la cité passe sous la domination des différents royaumes hellénistiques — antigonides, séleucides et ptolémées — au gré de leur fortune diverse. En 170 av. J.-C., elle est assiégée et pillée par les armées romaines et celles d'Eumène II de Pergame. La victoire de Rome sur le royaume de Macédoine en 168 av. J.-C. entraîne l'établissement de l'hégémonie romaine sur les cités de Thrace : la stratégia macédonienne de Thrace est dissoute et les cités, dont Abdère, sont libérées.

Pourtant, la période de prospérité de la ville est terminée : située à l'écart du grand axe de communication est-ouest qu'est la Via Egnatia, la ville souffre d'autre part de la formation de marais du fait des crues incessantes du Nestos. Parallèlement, la baie autour de laquelle était construite la ville originelle s'est ensablée, et au milieu du IVe siècle, les habitants d'Abdère doivent déplacer le port vers le Sud et reconstruire une enceinte autour de deux nouveaux bassins portuaires. Cette seconde ville est celle qui a été le mieux fouillée : outre l'enceinte (photographie), elle a livré de nombreuses grandes demeures (photographie) dont l'occupation s'est poursuivie jusqu'à l'époque romaine (IIeIIIe siècle ap. J.-C.). Le seul édifice public important connu, outre l'enceinte, est le théâtre, très ruiné.

D'Abdère à Polystylon

Principale basilique chrétienne de l'acropole d'Abdère/Polystylon

Sous le règne de l'empereur Constantin Ier le Grand (307337 apr. J.-C.), la ville, déjà très affaiblie, connaît un cataclysme qui la détruit totalement : on n'en trouve plus mention dans les sources pendant les cinq siècles suivants.

Elle réapparaît sous le nom de « Polystylon » dans une liste épiscopale de 879 : un certain Démétrius en est le représentant au concile œcuménique de Constantinople cette année-là. La renaissance de la ville a dû se produire dans le mouvement de réurbanisation qui caractérise la dynastie macédonienne. Le nom, qui signifie littéralement « les nombreuses colonnes » se réfère évidemment aux vestiges voisins de la ville antique (ce toponyme est fréquent en Grèce et se retrouve par exemple dans la région de Philippes toute proche). Selon la liste conciliaire, l'évêque de Polystylon est suffragant du métropolite de Philippes, avant d'être annexé par celui, plus proche, de Maronée en 13651370.

La ville est mentionnée plusieurs fois, comme un « fort » ou une « ville côtière » dans les sources byzantines du XIVe siècle, en relation avec les luttes intestines de l'Empire byzantin mourant. Jean Cantacuzène la visite ainsi en 1342. Elle passe ensuite brièvement sous domination bulgare avant de retomber dans l'oubli après la conquête ottomane de la région.

Polystylon n'occupe plus que l'acropole antique d'Abdère, refortifiée dès l'Antiquité tardive, selon un phénomène de réduction du périmètre urbain propre à presque toutes les villes de la région à cette époque. Les fouilles récentes en ont dégagé l'église épiscopale (une basilique à transept du IXe siècle restaurée au XIIe siècle, une petite église à coupole byzantine, une basilique cimétériale et des bains qui remontent, eux, au IVeVe siècle.

L'exploration archéologique du site

L'identification du site archéologique du cap Bouloustra avec la ville antique d'Abdère remonte au savant autrichien Regel en 1887. Le service archéologique grec fouille la ville grecque depuis 1950 (D. Lazaridis), tandis que les fouilles de l'acropole byzantine ont eu lieu entre 1982 et 1996.

Voir aussi

Bibliographie

  • (en) D. Kallintzi et alii, Abdera Polystylon, Archaeological Guide, 1998.

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