-acu

-acum

Le suffixe -acum est un suffixe formateur de toponymes typique des zones ayant connu un ancien peuplement celtique.

Sommaire

Description

Le suffixe -acum est en concurrence avec le suffixe -anum dans une aire définie de l'hexagone, dans le sud-ouest et le sud-est principalement.

Le suffixe -acum est parfois noté -acu(m) ou encore -acu pour rappeler que le -m final s'est amuï assez tôt en latin.

Contrairement à -anum qui lui est bien latin, -acum est d'origine gauloise. La forme gauloise est notée *-āko ou encore *-ako(n).

D'après des comparaisons étymologiques, c'est un suffixe d'adjectif à l'origine. L'emploi comme adjectif se vérifie aussi dans des inscriptions en langue gauloise et latine: il caractérise un sanctuaire (Anualonacu « au sanctuaire d'Anualō » ) ; il indique l'origine familiale de quelqu'un et situe des marins sur la colonne des Nautes (nautae Parisiaci « marins de chez les Parisii » ). Il a donc une dimension également localisante. L'adjectif devient substantivé comme dans d(e)ae Rosmertae Dubnocaratiaco « A la déesse Rosmerta de Dubnocaratiacum ». C'est cet emploi substantivé qui a donné naissance aux noms de lieux. Ce suffixe est attesté en brittonique et en gaélique : vieux breton -euc > -ec, gallois -og, irlandais -ach. Coligny < *Kolin-(i)āko- correspond peut-être au breton kelennec (cf. Quelneuc), gallois Clynnog et Irlandais cuilneach qui signifient « lieu planté de houx »[1].

Il est à l'origine utilisé sur des radicaux purement topographiques. En effet, les plus anciennes formes en -acum semblent être toutes composées à partir d'un radical toponymique ou hydronymique celtique :

  • Gournay / Gornac sur gorn à l'origine du français gord. de *Gornako ;
  • Alizay sur alis- (Cf. Alise-Sainte-Reine) « falaise, escarpement ». d'*Alisako ;
  • Bernay / Bernac sur bren-, brin-. Français dialectal bren, bran « boue, excrément » de *Brinnako ;
  • Ambenay / Ambonnay sur ande préfixe signifiant « au-dessous » (Cf. auvent de *ande-banno ) et bona « fondation, ville ». de *Andebonako ;
  • Ambernac, composé d'éléments des deux types toponymiques précédents. de *Andebrinnako ;
  • Cernay sur *(i)sarno « fer ». de *(I)sarnako ;
  • Andilly / Andillac sur andel/andal « mouvement de l'eau » Cf. vieil occitan andalhon; etc[2].

Peut-être également à partir d'un appellatif latin : Campagnac, mais Ernest Nègre opte pour un propriétaire Campanius[3].

Cependant, il sert plus tardivement (Jules César ne cite aucun nom en -acum dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules) et plus généralement à former des noms de domaine basés sur le nom de leur propriétaire.

On le retrouve dans des centaines de noms de communes, sous des formes diverses qui caractérisent des régions ou des zones linguistiques distinctes. Par exemple, Aurelius est à la fois à l'origine des communes d'Aurillac et d'Orly et Maximiacum conduit aussi bien à Messimy qu'à Meximieux.

Les noms de personne rencontrés avec ce suffixe peuvent aussi bien être typiquement gaulois, gallo-romains, latins ou encore germaniques. Ce mode de formation toponymique a pu, selon certains spécialistes[4], se perpétuer jusqu'aux environ du VIIe siècle, époque à laquelle il a été relayé par des créations de type roman. Cela explique les noms de lieux voisins, basés sur le même anthroponyme avec ce suffixe, d'une part et avec un appellatif roman, d'autre part. Exemple : Boisney / Boincourt avec le nom de personne germanique Botinus ou encore Bréquigny / Bracquemont avec le nom de personne germanique Brakkinus.

Charles Rostaing insiste sur la diffusion de ce suffixe : « Les noms en -acum sont très nombreux : ils forment le vingtième du total des noms de lieux habités ; on les trouve partout en France, sauf dans le département des Alpes-Maritimes, et ils sont assez rares en Provence et en Languedoc, plus romanisés. »[5]. Ce suffixe est, tout comme dans les Alpes-Maritimes, quasi-inexistant au Pays Basque et en Corse.

Répartition par zones du suffixe -acum

Avertissement : Les cartes ci-dessous ne donnent qu'un aperçu de la répartition du suffixe -acum en France et ne sont donc pas exhaustives. En outre, les variantes régionales de ce suffixe ne se trouvent en principe que dans les régions concernées, aussi bon nombre de terminaisons analogues mentionnées sur les cartes, hors de leurs régions d'origine sont en fait d'autres suffixes sans rapport avec -acum, par exemple : -é / -y dans le domaine occitan ou -eu /-eux dans le nord de la France.

De plus, il n'est pas fait mention de ce suffixe hors des frontières du territoire national, bien qu'il existe dans la plupart des pays qui ont connu un peuplement de souche celtique, à savoir : Belgique, Suisse, Allemagne du sud, extrème nord de l'Italie, Grande-Bretagne, etc.

Régions occitanes (Sud-Ouest -ac, Massif Central -ac / -at), Charentes et Bretagne de langue gallo -ac

Régions d'oïl (Ouest -ey / -ay / -é /-y, Île-de-France -y / -ay, Nord et Nord-Est -y / -ay / -ey)

Régions francoprovençales (Centre-Est -eu / -eux / -aix / -eix / -ex)

Régions germanisées (Nord-Est en -ich, -ach, -ig) et (Nord en -ecques, -eke et Nord, Picardie, Normandie en -ies, issu de la variante -iacas)

NB : les toponymes en -ig (Bretagne), -ig, ich (Sud-Ouest) ne sont pas issus de -iacum.

Notes et références

  1. Pierre-Yves Lambert, La langue Gauloise, édition errance 1994.
  2. François de Beaurepaire, Les noms des communes et anciennes paroisses de l'Eure, éditions Picard 1981.
  3. TGF §7029
  4. François de Beaurepaire, Les noms des communes et des anciennes paroisses de la Seine-Maritime, éditions Picard 1979.
  5. Les noms de lieux, collection Que-sais-je, 1945, 11e édition 1992, p 48-49
  6. Certaines des terminaisons en -ac désignées sur la carte au nord de la France sont sans rapport avec le suffixe -acum, exemple Chamblac dans l'Eure, il s'agit en fait de Champ-Blaque, le champ de Blakkr, nom de personne norrois que l'on retrouve également dans Blacqueville (Seine-Maritime ).
  7. Sans rapport avec Etretat en Seine-Maritime, mentionné sur la carte, qui procède probablement de *Sturstad ou *Sturistad, nom de lieu norrois.
  8. Dans le nord, la forme -eu relève de la phonétique picarde pour -ou, qui peut être issu d'un appellatif ou d'un suffixe (exemple: -avo suffixe d'origine celtique ).

Articles connexes

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