Abdel-Hafid Boussouf

Abdelhafid Boussouf

Abdelhafid Boussouf, (عبد الحفيظ بوصوف en arabe), alias « Si Mabrouk » - (1926-1980), était un militant nationaliste algérien durant la guerre d'Algérie.


Sommaire

Biographie

Né en 1926 à Mila dans le Nord-Constantinois, (Algérie), Abdelhafid Boussouf appartient à la branche appauvrie par la colonisation d'une famille de « grande tente ». Il travaille comme livreur chez le « Médecin du vêtement » à Constantine. Il rejoint le P.P.A. pendant la Seconde Guerre mondiale, devient cadre de l'O.S. en 1947 dans le Constantinois. Responsable de la daira à Philippeville (Skikda), il est recherché par la police française en 1950 et gagne l'Oranie où le M.T.L.D. lui confie des fonctions de responsable. Il soutient les thèses de Boudiaf et se retrouve membre du « groupe des 22 » en juin 1954. Il succède le 5 novembre 1954 à Ramdane Benabdelmalek comme adjoint de Ben M'Hidi, puis devient colonel de la wilaya V au moment du congrès de la Soummam. Membre du C.N.R.A. en 1956, il est en 1957, au sein du C.C.E., responsable des problèmes de liaison et de communication, poste qui lui est confirmé en 1958 à l'occasion de la formation du G.P.R.A. où il devient ministre de l'Armement et des Liaisons générales.(MALG) organe du FL.N., ancêtre de la Securité militaire (SM), puis du Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS). Sa position à la tête de l'intelligence algérienne lui a permis de désigner les chefs régionaux. Ces fonctions lui confèrent en définitive la responsabilité de tout le système de renseignement et de contre-espionnage.

Il s'est opposé violemment à Abane Ramdane et responsable de son assassinat. Peut être considéré à juste titre (très peu glorieux) comme l'instigateur du crime politique lors et après la guerre d'Algérie, même s'il n'en détenait pas seul le monopole.

Il se pose en principal concurrent de Krim Belkacem.

Retiré des affaires politiques pendant la crise du F.L.N. de l'été 1962, Abdelhafid Boussouf se consacre à ses propres intérêts, en particulier la vente de bateaux dans les pays arabes.

Il meurt le 31 décembre 1980 en Algérie.

Le système Boussouf

Le système Boussouf, dont les méthodes sacrifient au poids des circonstances extérieures. La crainte du noyautage par 5 hommes du MNA, le courant nationaliste, rival se réclamant de Messali Hadj, la peur de l'action des services de l'armée française présente au Maroc, le contraignent à agir dans l'ombre et à imposer à ses partisans la clandestinité totale. Dès 1956, au moment même où il crée à Nador (ex Maroc espagnol), dans des conditions difficiles, un service de transmissions et d'écoutes remarquables, Abdelhafid Boussouf construit un modèle de répression et en fait une technique normale de direction. Il a besoin de la terreur pour imposer le monopole du pouvoir, susciter la délation, semer la méfiance qui décourage la critique, l'organisation et la révolte. Les témoignages de nombreux militants, qui poussent Abane Ramdane, membre de l'exécutif dirigeant du FLN, à agir contre Boussouf, signaIent alors des exécutions sommaires, des enlèvements, des disparitions et des centaines d'arrestations et d'emprisonnements, notamment parmi les réfugiés et les militants de la Fédération de France du FLN. C'est à l'ombre de ces pratiques, et après une phase forte répression, que la police secrète va prendre corps sous le nom de « Service de renseignements et liaisons » et envelopper le FLN, l'ALN et les populations réfugiées au Maroc et en Tunisie d'un nuage de suspicion et d'insécurité.

À l'école du KGB

Comment son personnel a-t-il été recruté et dans quels milieux? À quelques exceptions près, le recrutement des éléments constitutifs des sections « Renseignements, documentation et exploitation » et de la section « Vigilance », c'est-à-dire le contre-espionnage, ne s'est pas faite sur la base du volontariat. L'instruction des recrues sera extrêmement dure, dans le but de leur inculquer le sens de l'identification aveugle aux chefs, de leur apprendre l'indifférence à la souffrance et de les initier aux techniques de manipulation et d'intoxication. Après la formation du GPRA en 1958, le KGB acceptera dans ses écoles de formation les hommes de Boussouf. Ils y apprendront la mise en scène, l'organisation des provocations et des complots préventifs pour détruire l'adversaire. Cette promotion aura pour nom de code «Tapis rouge ». Initiée au terrorisme d'appareil, les effets de son apprentissage n'apparaîtront en pleine lumière qu'après l'indépendance, Le cloisonnement, le sens de la hiérarchie, mais aussi la conviction intime que le chef sonde les âmes et devine les pensées secrètes, ont fait de ces enfants des classes moyennes et de la bourgeoisie arrachés à leurs études de « parfaits automates », des « centurions » dont Kasdi Merbah futur patron de la redoutable Sécurité Militaire (SM). La fascination que Boussouf exerçait sur ses hommes - qu'on ne se privera pas de faire assister, pour mieux les tenir en mains, à des exécutions par strangulation ou à des tortures - n'était partagée ni par les anciens cadres ni par les chefs militaires, qui se méfiaient des « agents de Si Mabrouk. » Le système Boussouf va s'étendre à l'ensemble du FLN-ALN quand son chef prendra la direction, en janvier 1960, du MALG. Officiellement, ce ministère est placé sous le contrôle du CNRA, mais c'est une fiction pure et simple. Si, à l'extérieur de l'Algérie, son autorité lui donne un droit sans limites de surveillance et d'intervention, son pouvoir sur les wilayas restera toutefois formel. La crise du FLN en 1962 montrera que, sans l'armée, il n'y a pas de réalité. Reste que l'efficacité de leur appareil pendant la guerre de libération a toujours été surestimée, et que leur résistance aux infiltrations extérieures fut moins grande qu'ils ne le croyaient. Ainsi, à l'occasion des négociations d'armistice avec la France, on apprendra que les services de renseignements français avaient réussi, grâce à des « taupes », à avoir une connaissance sérieuse des effectifs de l'armée de libération et de son organisation. Devenus orphelins après la mise à l'écart de Boussouf, dès le mois d'août 1962, par le tandem Ben Bella-Boumediene, les membres du MALAG - qu'on appellera les « Boussouf boys » - reporteront leur fidélité sur le colonel Boumediene. Et ce sont eux qui constitueront les premiers cadres de la fameuse Sécurité militaire, qui va devenir la colonne vertébrale du régime.


Abane assassiné par la « bande à Boussouf »

En fuyant l'Algérie, Abane Ramdane se plaçait dans une situation délicate et paradoxale : lui qui, lors du, « congrès de la Soummam », avait prôné et fait adopter à l'unanimité la primauté des responsables de l'intérieur sur ceux de l'extérieur ainsi que celle des « politiques » sur les « militaires », s'il ne devenait pas tout à fait un de ces derniers, le seul fait de son éloignement risquait d'affaiblir son autorité tant sur les combattants que sur la délégation extérieure du F.L.N. Mais le tempérament d'Abane ne le portait pas au renoncement. La disparition de Ben M'Hidi devait le consacrer définitivement comme le n° 1. Mais il fallait d'abord qu'il affrontât deux hommes qui ne l'entendaient pas du tout de cette oreille, qui refusaient de se prosterner devant lui : Abdelhafid Boussouf et Lakhdar Ben Tobbal, colonels repliés à Tunis depuis quelque temps.

Il existe plusieurs versions relatant la suite des évènements qui ont conduit à son assassinat.

Le colonel Amar Ouamrane un des résponsables de la wilaya IV en 1956 prétend qu'il n'aurait voté la mort de Abane que s'il y avait eu unanimité des membres du C.C.E. Obligé de se rendre en mission à Damas, il s'attendait à être convoqué par Krim Belkacem et Boussouf pour décider, au sein du C.E.E. au complet, du sort d'Abane. En fait, trois responsables seulement devaient se réunir à Tunis du 17 au 20 décembre : Ben Tobbal, Mahmoud Chérif et Krim ( Boussouf étant au Maroc). Ben Tobbal aurait informé Ouamrane en ces termes :

« Nous nous sommes réunis trois jours et trois nuits, au cours desquels nous avons évoqué toutes les difficultés que nous cause Abane, nous avons tout d'abord prévu de l'arrêter et de le mettre dans la cave d'une villa appartenant à Hadj Ali, originaire d'Aïn-Beïda. Mais comme cette villa était située dans le quartier Mont-Fleury de Tunis, nous avons pensé qu'Abane pourrait attirer l'attention des passants et des autorités tunisiennes par ses cris, c'est la raison pour laquelle nous avons décidé, Krim, Mahmoud Chérif et moi, de l'envoyer au Maroc pour le mettre en prison. »

En fait, cette décision, si elle a été prise de la sorte, comportait une ambiguïté : il s'agissait d'incarcérer Abane au Maroc sous la responsabilité de Boussouf, qui n'avait jamais fait mystère de ses intentions : la mort pour Abane !...

Restait a envoyer Abane au Maroc. D'après Mohammed Bedjaoui [1]qui a interrogé sur ce point Me Ahmed Boumendjel, un piège fut tendu à Abane, qui y tomba malgré sa grande méfiance. De faux messages fabriqués par les services de Boussouf à Tunis firent état de prétendues difficultés que rencontrait le F.L.N. au Maroc (enlèvements de militants par la police marocaine, refus de transit d'armes, etc.). Cette version du piège est corroborée par Ben Tobbal.

Convaincu qu'il devait faire partie de la délégation qui rencontrerait le roi Mohammed V pour aplanir toutes les difficultés, Abane, dernière et tragique erreur, accepta de s'embarquer, le 24 décembre, pour Tétouan en compagnie de Krim et de Mahmoud Chérif. Selon ces deux derniers, après avoir fait escale à Rome puis à Madrid, aucun avion ne reliant directement Tunis à Tétouan, les trois hommes arrivèrent à destination le 26 décembre en fin d'après midi. Boussouf, accompagné de quelques uns de ses hommes, attendait à l'aéroport. « Boussouf, devait raconter Krim, me prit par le bras et m'entraîna à part un bref instant. A brûle-pourpoint, il me dit : « Il n'y a pas de prison assez sûre, pour garder Abane. J'ai décidé sa liquidation physique. Indigné, je refusais et informais Mahmoud Chérif, qui, bouleversé, eut la même réaction que moi. »

Toujours selon les mêmes témoins, tandis que Mahmoud Chérif et Abane conversaient en attendant les bagages, Boussouf demanda à Krim : « Etes-vous armés? » Et Boussouf, souriant, avait amorcé le geste de le fouiller. - Ne recommence jamais ça! dit Krim. Et maintenant écoute: il a été décidé de l'enfermer et non de le tuer! - Moi, ici, je n'ai pas de prison. Et puis à ton tour de bien écouter : ici, au Maroc, je fais ce que je veux. Abane « passera » et bien d'autres « passeront » aussi. N'oublie pas que Hitler et la France se sont toujours entourés d'hommes qui se sont toujours entourés d'hommes qui leur étaient entièrement dévoués! - Attention, Boussouf! ce que tu avances est grave. Il s'agit d'un membre du C.C.E. connu sur le plan national et sur le plan international. Ben Tobbal est contre l'exécution d'Abane et nous lui avons signé un papier dans lequel il se déclare étranger à tout ce qui peut arriver. - Ben Tobbal? J'en prends la responsabilité. Je me débrouillerai avec lui et le convaincrai.

Abane, Krim, Mahmoud Chérif et deux des hommes de Boussouf prirent place dans une Versailles bleue qui démarra en direction de Tanger. Peu de temps après, la voiture stoppa devant une grande ferme. « Allez, descends », ordonna à Abane un des deux hommes.. Celui-ci avait compris. Descendu de voiture, il fut immédiatement ceinturé et vit une mitraillette braquée contre lui. Il tenta de se débattre mais une prise de judo le paralysa. Krim lança une nouvelle fois à Boussouf, tandis qu'on emmenait Abane à l'intérieur du bâtiment: « Le C.E.E. a décidé qu'Abane serait emprisonné. Tu ne dois pas le faire exécuter! » « Ici, nous sommes pour la mort, répondit Boussouf. Boumediene est d'accord et Bouteflika, qui a le contact avec Ben Bella et ceux de la Santé, dit qu'ils le sont aussi. »[2]

Le rapport ultra-secret dont il est fait mention plus haut, concluait textuellement ainsi : « Finalement vient Boussouf qui nous dit: « Venez constater, Abane » est mort. » Nous constatons en effet la mort d'Abane. Ce dernier était allongé et avait été étranglé dans cette position à l'aide d'une corde par deux hommes qui accompagnaient Boussouf à l'aérodrome. Ce n'est qu'après l'assassinat d'Abane que nous nous sommes rendu compte qu'il s'était agi uniquement d'une vengeance personnelle de Boussouf, dont les hommes de main m'ont révélé secrètement qu'il a participé lui aussi à l'étranglement en serrant de ses propres mains le cou d'Abane. »

Cependant, ce même rapport note qu' « un homme dont le nom sera révélé au moment opportun m'a fait savoir à Beyrouth qu'Abane a été exécuté par Boussouf sur ordre de Krim Belkacem. »

La vérité sera-t-elle connue un jour? Il est bien évident qu'il faudra encore beaucoup de temps pour déterminer très exactement les responsabilités. Ce qu'il y a de certain, c'est que quatre hommes ont plus ou moins décidé du sort d'un cinquième sans que celui-ci eût eu la possibilité de se défendre et sans que les instances légales du F.L.N. eussent été convoquées. Le triumvirat ne devait légalement s'occuper que de régler « les affaires courantes » ...

Notes et références

  1. Ce dialogue est tiré d'un rapport ultra-secret envoyé aux membre du CCE et rédigé par l'un d'eux, le 15 août 1958, à Tunis. ( Historia Magazine - Guerre d'Algérie, N° 237, Juillet 1972 )
  2. Il est fort douteux que « ceux de la Santé » aient cautionné Boussouf. Cependant, nous devons faire état d'une lettre que, selon lui, Boussouf aurait reçue de Ben Bella dans laquelle il était dit : « Je suis très content et te félicite pour le travail d'assainissement que tu viens de faire. » ( Historia Magazine - Guerre d'Algérie N° 237, Juillet 1972 )


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