Abbé Bonpain

René Bonpain

René Bonpain, dit L'Abbé Bonpain, est un résistant et homme d'Église français né le 15 octobre 1908 à Dunkerque (Nord) et mort le 30 mars 1943 à Bondues (id.), fusillé. Il reste à ce jour le résistant le plus populaire dans le souvenir des habitants dunkerquois[1].

Timbre postal à son effigie émis du 28 mars 1960 au 10 septembre 1960
Collège et Lycée Notre-Dame des Dunes à Dunkerque (59)

Sommaire

Biographie

Enfance

René Bonpain est le fils d'un célèbre architecte et et héros de la guerre 1914-1918 dunkerquois, David Bonpain, qui, grièvement blessé au combat, dût abandonner sa profession. De sa mère, René Bonpain apprend à s'occuper des pauvres et des blessés des hôpitaux. Il devient l'un des responsables de la conférence Saint-Vincent-de-Paul au Collège Notre-Dame des Dunes de Dunkerque, visitant les plus démunis dans les quartiers de la Basse-Ville et du Jeu de Mail, à Dunkerque. Étudiant, René Bonpain commence aussi à s'investir dans le Patronage des jeunes[2].

La vocation religieuse

Il entre, en 1926, au séminaire Saint-Sulpice d'Issy-les-Moulineaux. Il est ordonné prêtre le 29 juin 1932 et choisit la pauvreté franciscaine. Sa première chasuble est d'ailleurs taillée dans la robe de mariée de sa sœur. Le 2 juillet de la même année il revient dans le Nord où il est nommé vicaire de la paroisse Notre-Dame de l'Assomption à Rosendaël, aujourd'hui un quartier de Dunkerque[3]. Ce jour-là, il remercie ses parents et leur dit :

« Je suivrai votre exemple : je veux être toujours bon comme du Bon Pain »

Pour rendre service aux gens, il remuerait « ciel et terre ». Dès lors sa popularité dans la population de la région ne fera que grandir. On l'appelle désormais l'Abbé. Ses paroissiens de prédilection sont les pauvres pour lesquels il se procure vivres, vêtements et mobilier et s'occupe de nouveau du Patronage des jeunes dont les locaux lui permettra d'accueillir jusqu'à 780 enfants pendant la guerre[2].

L'entrée dans la Résistance

Lorsqu'en septembre 1939 la guerre éclate, l'Abbé est mobilisé et rejoint son unité à Seboncourt dans l'Aisne mais, démobilisé en 1940, après la débâcle, il rentre à Dunkerque et s'engage, par patriotisme, dans la Résistance la même année[4]. Il organise alors toutes les deux semaines le passage de nombreuses personnes et l'envoi de courrier en Zone libre par un ingénieux système de double-fond dans les convois de charbon allant de Dunkerque à Toulouse ou La Rochelle et communique ainsi d'importants renseignements sur l'ennemi à deux réseaux de résistance[5]. En juin 1942 il entre au service du réseau de renseignement résistant Alliance, le plus important réseau dépendant de l'Intelligence Service britannique[3].

Cour sacrée du fort Lobau de Bondues (Nord) dans laquelle un mémorial inauguré en juin 1965, rappelle le martyre des 68 résistants qui y furent exécutés entre 1943 et 1944.

L'arrestation Rue Pasteur

En novembre 1942 le chef de l'organisation locale, Louis Herbeaux, et son adjoint, Jules Lanery, sont arrêtés par la Geheime Feldpolizei, la police Allemande. Refusant de s'enfuir, craignant que des innocents soient pris en otages, l'Abbé Bonpain est arrêté à la maison des vicaires, rue Pasteur, le 19, et immédiatement incarcéré dans les caves du siège de la police allemande installée villa Duflos, Avenue de la mer à Malo-les-Bains[4]. L'Abbé est ensuite transféré à la prison de Loos, où il est placé au secret et enfermé dans la cellule 301.

La condamnation

Le 19 mars 1943, l’Abbé Bonpain est condamné à mort par le tribunal allemand siégeant à Lille. Voici la dernière lettre écrite par l'Abbé à ses parents, le jour de son exécution[6] :

« Loos, le 30 mars 1943
Bien chers papa et maman,

Quand vous recevrez cette lettre, je serai auprès du bon Dieu ; dans cet au-delà pour lequel j’ai ici bas tâché de tout sacrifier.

Je vous demande que vos larmes soient des larmes d’espérance et de confiance en Dieu ; je n’ai rien à regretter. J’ai l’absolue certitude que c’est la Providence qui a tout permis, et, soyez-en certains, je suis profondément calme et tranquille.

(…)

Naturellement je vous demande pardon de toute la peine que je vous cause, mais soyez-en surs, les souffrances et les épreuves immenses que Dieu vous a envoyées seront le gage certain d’immenses bénédictions de la part du Ciel sur vos enfants et petits enfants.

Je désire qu’on demande pardon pour moi à Mr le Doyen Danès du mal que j’ai pu dire de lui quand j’étais son vicaire et à tous ceux à qui j’ai pu faire de la peine, soit parmi mes confrères, soit parmi les si braves gens de Rosendaël.

J’offre ma vie pour l’Église, pour le diocèse, pour la France et tout spécialement pour la paroisse ND de Rosendaël (…).

Je demande instamment qu’aucune pensée de vengeance contre qui que ce soit s’élève, même pas dans vos cœurs.

L’homme se démène mais c’est Dieu qui le mène.

Je vous le répète, je suis profondément tranquille et je n’ose penser à cet instant fatal qui arrivera dans si peu de temps sans, je vous l’avoue bien sincèrement, une certaine joie, car j’espère bien vite pouvoir me reposer entre les bras de N.S et de la Ste

Vierge.

(…)

Sur mon registre des messes (que j’avais laissé dans ma sacoche noire, lors de mon arrestation) il y a à barrer 35 messes que j’ai dites en prison, ici.

Un grand baiser à ma filleule que je tâcherai de protéger tout particulièrement du haut du ciel..

Je vous embrasse bien, chers papa et maman, en demandant à Dieu de vous donner beaucoup de courage, beaucoup : merci encore mille fois de votre bonté, de vos exemples.

J’embrasse tous mes frères et sœurs, tous mes neveux et nièces

Et cette fois-ci je vous dit

A Dieu…

René Bonpain

Abbé Bonpain en route vers le ciel »


Il est exécuté en même temps que ses compagnons le 30 mars 1943 à 17 heures au Fort de Bondues[7], où 65 autres résistants furent passés par les armes entre le 17 mars 1943 et le 1er mai 1944. La nouvelle de la mort de l'Abbé soulève l’indignation de la population dunkerquoise et le 13 avril 1943, un service funèbre est célébré à l’église Saint-Martin de Dunkerque, les Allemands ayant refusé qu'il soit fait à Rosendaël, en présence d’une assistance considérable[8]. L'Abbé est inhumé au cimetière de Dunkerque[3].

Décorations et reconnaissances posthumes de l'État français[9]

Décorations reçues à titre posthume (par ordre de préséance)

Reconnaissance et nomination posthumes

Les monuments, bâtiments et rues commémoratifs du département

Monuments et bâtiments commémoratifs

  • Une place de Rosendaël portant son nom a été inaugurée dès le 3 novembre 1945. Il s'agit de l'ancienne Place de la Liberté. Elle se trouve face à l'Église Notre-Dame. La place a été réaménagée et de nouveau inaugurée le 26 mai 2007 par le maire de Dunkerque, M. Michel Delebarre.
  • Un buste à son effigie se trouve à l'est de cette même place. Érigé en 1949 et inauguré le 18 avril de la même année, il est l'œuvre du sculpteur nordiste Maurice Ringot[10]qu'il réalisa, semble-t-il, à partir d’une photographie où le prêtre pose au côté d’un enfant[4]. Plus précisément l'œuvre se trouve en face du buste d'un autre dunkerquois célèbre, l'ancien maire Félix Coquelle (datant de 1928), et près du mémorial de la guerre 1914-1918 (1921). Ces deux autres mounents sont également l'œuvre de Maurice Ringot.

Portent également son nom :

  • La place principale de Bondues (59910) où se trouve l'hôtel de ville[7]
  • Un collège à Grande-Synthe (59760) ;

Rues commémorant sa mémoire

Une dizaine de rues de villes du Nord portent également son nom, ces dernières sont :

Autres commémorations

Sources et références bibliographiques

Notes et références

  1. Extrait d'un travail scolaire (p.2) effectué par un élève de l'école Félix Coquelle à Dunkerque-Rosendaël et présentant plusieurs documents d'intérêt
  2. a  et b Extrait d'un travail scolaire (p.3)
  3. a , b  et c Biographie sélective de l'Abbé Bonpain et caractéristiques du timbre à son effigie
  4. a , b  et c Extrait du mensuel Dunkerque Magazine no 170 paru en décembre 2006 (p.2) Courtes biographies de héros dunkerquois, dont l'Abbé René Bonpain
  5. Extrait du journal mensuel Philatélie Populaire no 337 paru en janvier 1986 (p.2) édité par l'Union Philatélique Internationale
  6. Questionnaire pédagogique réalisé par Francine Kimpe, Hélène Priego et Claire Cretel (p.9) pour l'association Souvenir de la Résistance et des Fusillés du Fort de Bondues et le Service Éducatif du Musée de la Résistance de Bondues]
  7. a  et b Panoramiques et présentations de la place de l'Abbé Bonpain et du Fort Lobau sur le site officiel de la ville de Bondues. Ce dernier accueille aujourd'hui Musée de la Résistance, inauguré le 20 septembre 1997
  8. Courtes biographies de célébrités dunkerquoises, dont l'Abbé René Bonpain sur le site officiel de la ville de Dunkerque
  9. Présentation de l'ouvrage "Une voix au-dessus des dunes, sur les traces de l’Abbé Bonpain" (voir Monographie) sur le site Eulalie
  10. Extrait d'un travail scolaire (p.1)
  11. Épinglette commémorative de la mort de l'Abbé Bonpain
  12. Extrait du mensuel Dunkerque Magazine no 174 paru en avril 2007 (p.2) Article intitulé « Un dahlia nommé "Abbé Bonpain" »

Voir aussi

Ressources externes

Musée de la résistance à Bondues
Monographies
  • Pierre Dhainaut, Philippe Bertin, Une voix au-dessus des dunes, sur les traces de l’Abbé Bonpain, dans Lieux d’Être (ISSN 0980-3769), n°47 (2007), [présentation en ligne (page consultée le 18 octobre 2008)]
    Recueil de poèmes sur et de photographies de l'Abbé Bonpain
  • La Vie à en mourir - Lettres de fusillés 1941-1944 Lettres choisies et présentées par Guy Krivopissko. Préface de François Marcot ; Tallandier, 2003, Points Seuil, 2006.
  • Patrick Oddone, Un drame de la résistance dunkerquoise : le démantèlement de la branche Nord du réseau Alliance et l'exécution des résistants rosendaëliens Louis Herbeaux, abbé René Bonpain et Jules Lanery, éd. Punch, Mémoires de Flandres et d'Artois, Wimille, 2003, 72 p., (ISBN 2913132510), [présentation en ligne (page consultée le 18 octobre 2008)].
    Étude historique s'appuyant sur le décryptage de données dispersées et l'analyse de documents inédits.
  • Association "Souvenir de la Résistance et des fusillés du fort de Bondues", Les Fusillés du Fort de Bondues, Leurs derniers messages, Association "Souvenir de la Résistance et des fusillés du fort de Bondues", 1994, (ISBN inconnu), [lire en ligne (page consultée le 18 octobre 2008)].
    Publication d'extraits de lettres d'adieu adressées à leurs familles par 32 résistants.
  • Francis Nazé, Du fort à la cour sacrée : Souvenir de la Résistance et des fusillés du fort de Bondues, Association "Souvenir de la Résistance et des fusillés du fort de Bondues", Bondues, 1986, 48 p., (ISBN inconnu), (ASIN B0014JDXMS), [présentation en ligne (page consultée le 18 octobre 2008)].
    Histoire du fort depuis la décision d'implantation de 1877 jusqu'à sa destruction le 1 septembre 1944.
  • R. Vandenbussche, Une forme de Résistance à Dunkerque: le groupe Herbeaux-Bonpain, Revue du Nord Lille, Lille, 1978, vol. 60, no238, pp. 639-645.
Webographie

Articles connexes

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