Abbaye du Mont-Saint-Michel
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Abbaye du Mont-Saint-Michel
Image illustrative de l'article Abbaye du Mont-Saint-Michel
Présentation
Culte Catholique romain
Type Abbaye
Rattaché à Fraternités monastiques de Jérusalem
Début de la construction Xe siècle
Fin des travaux 1523
Style(s) dominant(s) Gothique
Protection  Classé MH (1862)[1]
 Patrimoine mondial (1979)
Géographie
Pays Drapeau de France France
Région Basse-Normandie
Département Manche
Ville Le Mont-Saint-Michel
Coordonnées 48° 38′ 09″ N 1° 30′ 41″ W / 48.635834, -1.51138948° 38′ 09″ Nord
       1° 30′ 41″ Ouest
/ 48.635834, -1.511389
  

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Abbaye du Mont-Saint-Michel

L’abbaye du Mont-Saint-Michel se trouve sur la commune française du Mont-Saint-Michel[2], en Normandie, dans le département de la Manche.

L'abbaye fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862[1]. Le site figure depuis 1979 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO au sein du mont Saint-Michel et de sa baie et est géré par le Centre des Monuments Nationaux[3].

Sommaire

Étymologie

Attestations anciennes: in monte qui dicitur Tumba v.850, revelatio. Monte Sancti Michaelis 966, AG NLM. Le mot tumba, tombe, rare en toponymie, est à interpréter dans le sens de sépulture, voire cimetière. Le nom de l'ilot voisin Tombelaine ne procède pas du dieu gaulois Belenos, mais d'un primitif *tumb-ell-ana dérivé du précédent, avec double suffixation, formation homonyme de Tombelaine, hameau du Calvados ou de Tomblaine, commune de Meurthe-et-Moselle [4].

Histoire primitive du Mont

Les druides

Le mont même était peut-être un lieu de cultes druidiques pour les Abrincates qui habitaient la région autour du mont Saint-Michel et l'Avranchin. Selon l’historien Gilles Deric (1726-1800), le rocher était dédié au dieu gaulois du soleil sous le nom de Mons vel Tumba Beleni : mont ou tombe de Belenos, hypothèse aujourd'hui abandonnée, puisqu'aucun niveau d'occupation antique n'a été mis au jour et que Tumba Beneni est certainement une cacographie pour Tumbellana, Tombelaine.

Les Romains

La voie construite par les Romains qui passait à l’ouest du Mont Tombe dut, avec l’envahissement de la mer, être déplacée vers l’est pour finir par disparaître en se fondant avec la voie passant par Avranches.

Début de l’ère chrétienne

À l’avènement du christianisme dans la région, aux alentours du IVe siècle, le Mont Tombe fait partie du diocèse d’Avranches, dont les limites correspondent avec l'ancien territoire des Abrincates.

Au milieu du VIe siècle, le christianisme s’implante véritablement dans la baie. À cette époque, le Mont Tombe offre un abri à de pieux solitaires, ermites approvisionnés par le curé d’Astériac, qui veillent sur le site et mènent une vie contemplative autour de deux oratoires. Le premier, dédié au premier martyr chrétien, saint Étienne est élevé à mi-hauteur du rocher. Il est suivi d’un second en l’honneur du premier martyr des Gaules, saint Symphorien, élevé au pied du rocher.

Le songe de Saint Aubert

Le Mont-Saint-Michel quitte, en 710, son appellation de Mont-Tombe pour prendre celui de Mont-Saint-Michel-au-péril-de-la-Mer à la suite de l’édification, par l’évêque saint Aubert d’Avranches, d’un oratoire dédié à l’archange saint Michel en 708. Aubert aurait reçu, au cours de son sommeil, trois fois l’ordre de Saint-Michel de faire ériger sur le Mont-Tombe un oratoire. L’archange aurait laissé la trace de son doigt sur le crâne d’Aubert. Ce crâne repose dans la cathédrale d’Avranches et porte les traces d’un tel stigmate.

Le sanctuaire doit être, selon les prescriptions de l’ange, une réplique du Mont-Gargan en Italie (Ve siècle). Aubert fait arracher une pierre cultuelle païenne présente sur le Mont Tombe et construit à la place un sanctuaire circulaire formé de morceaux de roc grossièrement empilés. En 708 environ, Aubert envoya des moines chercher au sanctuaire du Mont Gargano en Italie, dédié à saint Michel, des reliques du lieu. Puis, le 16 octobre 709, l’évêque fit la dédicace de l’église et y installa un chapitre de douze chanoines. Le Mont-Saint-Michel était né.

Les restes de l’oratoire ont été retrouvés dans la chapelle Notre-Dame-Sous-Terre[5]. Ce sanctuaire est une chapelle reliquaire qui abritait le tombeau du fondateur, Aubert et certainement les reliques insignes ramenées du Mont-Gargan. La chapelle Notre-Dame-Sous-Terre est aujourd’hui sous la nef de l’abbatiale.

Les premières constructions se révèlent insuffisantes et à l’époque carolingienne, d’importants bâtiments sont élevés, autour desquels se répartissent les cellules individuelles des religieux.

Histoire de l’abbaye

La collégiale Saint-Michel au IXe et Xe siècles

Les chanoines du Mont-Saint-Michel se montrèrent, durant le premier siècle de leur institution, fidèles à la mission qui les avait attachés au culte de l’archange saint Michel : leur montagne devint à la fois un lieu de prière et d’étude, mais l’ère de stabilité connue par la Neustrie durant le règne de Charlemagne laissa place, à la mort de cet empereur, à une période de grands désordres. Tandis que le reste de la Gaule subissait les invasions barbares, la religion et la science trouvaient refuge et asile dans le diocèse d'Avranches, et surtout au Mont-Saint-Michel. Profitant de la désunion des petits-fils de Charlemagne, les raids et incursions des Vikings, précédemment contenus, reprirent une nouvelle vigueur.

Les évènements de cette sombre époque ne suspendirent pas d’abord les pèlerinages dont ce roc vénéré était devenu le centre. Les vikings atteignirent le Mont en 847. Le redoublement de calamités, que les invasions infligèrent à la Neustrie tout entière, força les religieux à quitter le Mont qui ne resta pas cependant désert. Sa position, au milieu des palus maritimes, l’offrait comme un asile aux populations cherchant refuge contre les hommes du nord.

À la signature du traité de Saint-Clair-sur-Epte, le premier soin de Rollon fut de réparer, par de magnifiques bienfaits, la désolation qu’il avait fait essuyer aux lieux de culte. Le Mont-Saint-Michel fut un des établissements religieux qu’il dota de ses largesses, durant les six jours qu’il passa sous les blancs habits du catéchumène. Ce monastère lui dut la terre d’Ardevon, l’une de ses plus riches propriétés. Là ne s’arrêta pas sa bienveillance pour le Mont : il rappela sous la règle cénobitique les chanoines que la guerre en avait éloignés, et leur confirma leurs dotations anciennes. Ce refuge tumultueux redevint un lieu de prières, même cette restauration ne produisit pas l’effet que ce prince avait pu s’en promettre.

Le relâchement des mœurs, où le désordre des temps avait plongé les chanoines dans l’existence dissipée des villes, avait trop profondément vicié leur vie pour qu’ils pussent se plier de nouveau à l’abstinence de la vie solitaire. Guillaume Longue-Épée, qui succéda en 927 au premier duc de Normandie, Rollon, poursuivit la politique de restauration des monastères inaugurée par son père, jusqu’à son assassinat en 942, mais les nombreuses possessions dont il les enrichit, ne firent que développer leurs penchants mondains ; les villages de Madray ou Moidrey, Carcey, Mariney, Curey, les Forges, Solinnay, Macey, Dommaney, Scaley, la moitié de Crommerey, Pelton, Vergonçay, Mannay, Saint-Jean-sur-le-Rivage, avec l’église, le moulin, les prés et les vignes ; enfin le village de Mesnil-Rouge, furent ajoutés par la munificence de ce prince aux biens qui, avant les libéralités de Rollon, avaient pu suffire à leurs besoins. Les libéralités des ducs de Bretagne Conan le Tort, mort en 992, et Geoffroy Ier, mort en 1008, leur permirent de se faire ensevelir, au titre de bienfaiteurs, au Mont-Saint-Michel.

Fondation de l’abbaye bénédictine (966)

Le rapide développement des richesses de l’abbatiale Saint-Michel finit par constituer un sérieux obstacle au bon fonctionnement, et même à la vocation religieuse de l’abbatiale. Dotés des moyens de satisfaire leurs passions, les chanoines dépensèrent en plaisirs les richesses provenant de la piété des princes tandis que l’église restait déserte ou n’était fréquentée par des clercs légèrement rétribués. Les nobles du pays cherchèrent à obtenir les bénéfices de la riche abbaye pour mieux les dépenser dans les plaisirs de la table, du monde et de la chasse, où se passa désormais exclusivement leur existence.

Lorsque Richard Ier « Sans Peur », le fils de Guillaume Longue-Épée, lui succéda comme duc de Normandie, il tenta de résoudre le problème en faisant comparaître les chanoines devant lui pour leur reprocher l’oubli leurs débordements et leur rappeler le caractère saint de l’abbaye. Après s’être efforcé, en vain, de les ramener à la régularité de la vie religieuse, par les remontrances, les prières et les menaces, Richard prit la résolution, après approbation du pape Jean XIII et du roi Lothaire, de les remplacer par un monastère de bénédictins.

S’étant rendu à Avranches, suivi d’un nombreux cortège de prélats et de seigneurs et de trente religieux sortis des abbayes normandes environnantes de monastère de Saint-Wandrille, de Saint-Taurin-d’Évreux et de Jumièges, Richard expédia un des officiers de sa cour avec plusieurs soldats au Mont-Saint-Michel, pour notifier ses ordres aux chanoines : se soumettre aux austérités de la vie claustrale en prenant l’habit de saint Benoit, ou quitter le Mont. Seul un accepta, tandis que tous les autres abandonnèrent les lieux, laissant l’abbé Maynard Ier, qui venait de l’abbaye de Saint-Wandrille, y établir la règle bénédictine.

XIIe siècle

Au XIIe siècle, les bénédictins du Mont-Saint-Michel auraient eu, selon quelques auteurs, une grande influence sur le développement intellectuel de l’Europe en traduisant Aristote directement du grec en latin, à l’époque où d’autres traductions se font à Tolède depuis l’arabe[6].

« (...) la bibliothèque du Mont-Saint-Michel au XIIe siècle comportait des textes de Caton l'Ancien, le Timée de Platon (en traduction latine), divers ouvrages d'Aristote et de Cicéron, des extraits de Virgile et d'Horace... »

— Régine Pernoud, Pour en finir avec le Moyen Âge, éd. Seuil, coll. Points Histoire, 1979, p.18.

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XIIIe siècle

En 1204, après la commise pour forfaiture, le roi de France Philippe-Auguste entreprit de s’emparer des fiefs continentaux du duc de Normandie Jean-sans-Terre. Ayant franchi, avec une armée, la frontière de Normandie pour exécuter cet arrêt, son allié, Guy de Thouars, duc de Bretagne, se jeta sur l’Avranchin à la tête d’une troupe de Bretons. Le Mont-Saint-Michel fut le premier point vers lequel se dirigèrent les efforts de Guy de Thouars. Impuissantes à protéger la ville, les palissades, furent emportées d’un choc, la ville fut saccagée et les Montois massacrés, sans considération d’âge ou de sexe, mais l’assaut breton vint se briser contre les fortifications du monastère : après de longs et inutiles efforts, Guy de Thouars, désespérant de se rendre maître d’une enceinte défendue avec désespoir, effectua sa retraite en livrant la ville au feu. Le sinistre se développa avec une telle violence que les flammes, s’élançant vers le sommet du mont, débordèrent sur l’abbaye, dont elles réduisirent presque tous les bâtiments en cendres. Seuls, les murs et les voûtes résistèrent et échappèrent à cet embrasement. Philippe-Auguste ressentit la plus vive douleur de ce désastre, et, voulant effacer les traces de ce malheur, il envoya à l’abbé Jordan une forte somme d’argent destinée à réparer ces ravages. Reconstruit dans le style architectural normand, avec tailloirs des chapiteaux circulaires, écoinçons en pierre de Caen, motifs végétaux, etc., le cloître de la Merveille est achevé en 1228.

Guerre de Cent Ans

Article détaillé : Guerre de Cent Ans.

Au début du conflit, l’abbaye perd tous les revenus de ses prieurés anglais.

En 1356, les Anglais prennent Tombelaine et commencent le siège de l’abbaye. Peu de temps après, Bertrand du Guesclin est nommé capitaine de la garnison du Mont et remporte plusieurs victoires qui permettent d’écarter la menace anglaise pour plusieurs années.

En 1386, Pierre Le Roy est élu abbé et ordonne la construction de la tour Perrine, de la tour des Corbins et du Châtelet afin de défendre l’entrée du monastère. Après la bataille d'Azincourt, le nouvel abbé, Robert Jollivet, fait construire un rempart pour protéger la ville, ainsi qu’une citerne pour alimenter le Mont en eau douce. En 1419, Rouen tombe aux mains des Anglais. Le Mont est alors la seule ville de Normandie qui résiste à l’occupant. Craignant la puissance anglaise, Robert Jollivet offre ses services au roi d’Angleterre.

Charles VII nomme Jean VIII d'Harcourt capitaine du Mont. Le Mont est le seul site de Normandie résistant encore aux Anglais qui lancent une offensive en 1423 et font un blocus par la terre et la mer.

Le duc de Bretagne était averti, malgré son alliance avec l’Angleterre, des dangers que la possession de ce roc par ce pays représentait pour ses provinces. Sur ses ordres, le sieur de Beaufort, son amiral, Guillaume de Montfort, cardinal, et évêque de Saint-Malo, équipèrent secrètement dans ce port plusieurs vaisseaux que montèrent les seigneurs de Combourg, de Montauban, de Chateaubriand, etc., avec un grand nombre de chevaliers et d’écuyers bretons, tous résolus à attaquer les vaisseaux anglais. Cette expédition, armée en secret avec rapidité, fut prête à mettre à la voile sans qu’aucun bruit de ses préparatifs n’eût transpiré. Elle cingla aussitôt vers l’ennemi. Bien que surpris, les Anglais reçurent leur choc avec fermeté, et le combat s’engagea des deux côtés. L’habileté de leurs évolutions navales eût pu même donner quelque avantage aux vaisseaux anglais, si les Bretons, prévenant l’effet de ces manœuvres, ne les avaient abordés et immobilisés avec leurs grappins. À l’issue du corps à corps qui s’engagea alors sur chaque navire, la flotte anglaise fut jetée dans un tel désordre, que tout ce qui put échapper au fer chercha son salut dans une prompte déroute, ou périt dans les flots.

Lorsque l’escadre victorieuse vint aborder au Mont-Saint-Michel, les troupes assiégeantes, redoutant une attaque combinée des Montois et des chevaliers bretons, abandonnèrent à la hâte leurs bastilles, laissant toute liberté de ravitailler la place assiégée. À peine les Anglais eurent-ils vu s’éloigner l’escadre auxiliaire qu’ils s’empressèrent de venir relever ses fortifications.

Le Mont-Saint-Michel fut même serré avec plus de rigueur ; toutes ses communications avec la plage furent interceptées et, à chaque marée, la garnison montoise ne pouvait tenter de ravitailler sans que la plage devint le théâtre d’escarmouches sanglantes.

Jean organise une attaque-surprise et combinée d'allié, Jean de la Haye, et des assiégés contre des patrouilles anglaises qui se trouve écrasées (“plus de 200 cadavres restèrent sur place”) après quoi les Anglais se terrent dans leurs forts.

Jean d'Arcourt est tué à la bataille de Verneuil (août 1424) et est remplacé par Jean de Dunois, contesté en 1424. Les religieux du Mont renforcent leurs défenses sur leurs propres fonds. Les Anglais renforcent Tombelaine. Louis d'Estouteville remplace Jean le 2 septembre 1424, et ce dernier retire de la ville les femmes, les enfants et les prisonniers (17 novembre 1424). Tombelaine est encore renforcée. À chaque marée basse, les Anglais y descendent jusqu'aux murailles du Mont. La communication n'est possible qu'au prix d'escarmouches et de combats.

C'est en juin ou juillet 1425 que les Anglais recrutent des combattants, dont Robert Jollivet, y compris à Granville, dont Damour Le Bouffy (qui touche 122 livres pour 30 jours), et font une terrible attaque, qui échoue, contre les Michelistes et les chevaliers bretons[7].

En novembre 1425 : d'Estouteville organise une “sanglante leçon de prudence” : une sortie surprise en force qui culbute les Anglais, “le massacre fut horrible”. Les religieux gagent tous leurs accessoires précieux et renforcement leurs fortifications, construisent la porte, la herse et le pont-levis. Charles VII les encourage à la défense et, puisqu'isolés, les autorise à battre monnaie en 1426. Les Anglais se sont calmés jusqu'en 1433.

En 1433, un incendie ayant détruit une partie de la ville, les Anglais en profitent pour attaquer l’abbaye. C'est une grande offensive de Thomas de Scales le 17 juin, par grande marée basse, avec artillerie et machines de guerre. Les chevaliers normands défenseurs du Mont-Saint-Michel en firent un tel massacre que les Anglais sont repoussés, et poursuivis sur les grèves. C'était la dernière attaque des Anglais, après laquelle ils se contentent de les surveiller depuis Tombelaine et leurs bastilles. Dès lors, le Mont ne subira plus de siège jusqu’à la libération de la Normandie en 1450.

Les prisons de l’abbaye

L’abbaye avait été, sous l’Ancien Régime, un lieu de détention pour plusieurs personnes incarcérées en vertu de différentes juridictions, mais les derniers bénédictins ayant quitté le Mont en 1791, sous la Révolution, celle-ci devient alors une prison où sont incarcérés, dès 1793, plus de 300 prêtres réfractaires. Après la détention de socialistes au Mont de Martin Bernard, Armand Barbès et Auguste Blanqui, divers intellectuels, dont Victor Hugo, dénoncent l’abbaye-prison qui sera fermée par décret impérial en 1863.

En 1794, un dispositif de télégraphe optique, le système de Chappe, est installé au sommet du clocher faisant ainsi du Mont-Saint-Michel un maillon de la ligne télégraphique Paris-Brest. En 1817, les nombreuses modifications effectuées par l’administration pénitentiaire entraînent l’écroulement de l’hôtellerie édifiée par Robert de Torigni.

Le monument historique

chœur gothique flamboyant de l'église abbatiale

Viollet-le-Duc visita le mont en 1835, mais ce furent ses élèves, Paul Gout et Édouard Corroyer (1835-1904), qui furent destinés à restaurer ce chef-d’œuvre de l’art gothique français.

Des travaux urgents de consolidation et de restauration de l’abbaye, classée Monument historique en 1874, sont effectués par Édouard Corroyer. En 1896, une flèche s’élevant à plus de 170 mètres au-dessus de la mer est érigée.

L’archange Saint Michel qui couronne la flèche a été réalisé dans les ateliers Monduit qui avaient déjà travaillé pour Viollet-le-Duc.

En 1898, Paul Gout redécouvre, lors de fouilles sous le plancher de l’église, Notre-Dame-Sous-Terre qui sera complètement dégagée en 1959 une fois que l’architecte Yves-Marie Froidevaux aura installé une poutre en béton précontraint.

Renaissance religieuse

En 1966, à l’occasion de la célébration sous l’égide d’André Malraux du millénaire de l’abbaye, plusieurs monastères bénédictins envoyèrent quelques moines passer l’année 1966 au Mont, afin de célébrer à leur manière le caractère religieux millénaire du lieu, sans lequel le rocher serait sans doute resté à l’état quasi naturel. Une fois l’année passée, avec son flot de visiteurs et de colloques, une poignée de moines resta, en accord avec l’État, propriétaire des lieux. Leur premier prieur était le père Bruno de Senneville, venu de l’abbaye du Bec-Hellouin.

Cette petite communauté effectua pendant près de trente-cinq ans, par sa présence et la célébration du culte, une sorte de pèlerinage permanent sur les lieux, recevant elle-même les pèlerins de tous horizons. Ces pionniers permirent alors la restauration d’une communauté plus importante.

Les Fraternités monastiques de Jérusalem

Depuis 2001, des frères et des sœurs des Fraternités monastiques de Jérusalem, venues de l’église Saint-Gervais de Paris, assurent une présence religieuse toute l'année. Ils remplacent les moines bénédictins, qui peu à peu désertèrent le Mont après 1979.

Ainsi, chaque jour, la communauté se retrouvent pour les offices dans l’abbatiale (ou dans la crypte Notre-Dame des Trente Cierges en hiver), rendant ainsi à l’édifice à sa destination originelle, pour prier et chanter la gloire de Dieu. Cela permet d'attirer des visiteurs et pèlerins qui, nombreux, viennent assister aux diverses célébrations.

A l'occasion du treizième centenaire du Mont, la fraternité s'est beaucoup investie, et s'ouvre désormais encore davantage sur le monde.

Des retraites d'une durée d'une semaine sont possibles, été comme hiver, pour prier, vivre en silence avec la communauté, découvrir leurs activités...

Récemment, la restauration d'une maison du Mont, le « Logis Saint-Abraham », a été entreprise par la communauté. Elle permettra dans quelques années à de nombreux pèlerins de venir passer quelques jours pour prier.

Le Festival 13 siècles entre ciel et mer

Lors de l'élaboration des festivitées du 13e centenaire de la fondation du mont, le diocèse de Coutances et d'Avranches et l'association Robert de Torigni décidèrent, entre autres, de créer un festival d'Art Chrétien pour "sensibiliser le visiteur au côté spirituel du Mont-Saint-Michel". Celui-ci aurait lieu en juillet 2008 et concorderait avec les Journées mondiales de la jeunesse 2008 de Sydney.

C'est ainsi, que durant ce mois de juillet, avec l'aide des Fraternitées Monastiques de Jérusalem du Mont-Saint-Michel, deux semaines de festival battirent leur plein, composé d'une semaine de concerts et d'animations variées (Classique, Gospel,...) et une autre d'exposition (Calligraphistes, Relieurs, Dessinateurs,...) De plus, des célébrations, veillées et autres festivitées eurent lieu, en relation avec les JMJ de Sydney.

Après ce festival, l'heure du bilan sonna et avec le succès de cette édition, il fut décidé de perpétuer le festival, chaque été, pendant une semaine.

Depuis, aujourd'hui encore, beaucoup d'artistes, de chanteurs et de visiteurs sont passés par ce festival. Il faut surtout ajouter que c'est grâçe au nombreux bénévoles, venus de toute la france, présent pour la manutention, l'accueil des visiteurs,... que le festival peut se vivre pleinement dans la foi et la joie.

La directrice du Festival est désormais, Mme de Beaulaincourt.

Le titre de père abbé du Mont

Depuis le début du XXe siècle, le père abbé de l’abbaye Saint-Michel de Farnborough porte de droit le titre de « père abbé de l’abbaye du Mont-Saint-Michel ». En effet, à cette époque, l’évêque de Coutances et Avranches le lui octroya pour récompenser l’abbaye de Farnborough pour le service rendu par certains de ses moines (des bénédictins français de l’Abbaye Saint-Pierre de Solesmes en exil) qui sont venus assurer une présence spirituelle au Mont auprès des pèlerins, de plus en plus nombreux à y revenir, rien n’étant fixé pour les accueillir. La charte d’octroi stipule que le père abbé portera ce titre jusqu’à ce qu’une nouvelle communauté bénédictine se réinstalle au Mont et réélise un nouveau père abbé, ce qui, n’étant pas réalisé à ce jour, est encore valable.

Héraldique

Blason abbaye fr Mont Saint Michel (50).svg

Les armes de l'abbaye du Mont-Saint-Michel se blasonnent ainsi :

  • De sable à 10 coquilles d’argent, 4, 3, 2 et 1 ; au chef de France.

Le nombre des coquilles a varié selon les époques. Le blason d'origine était probablement inversé quant aux couleurs (champ d'argent et coquilles de sable) en raison des coquilles naturelles du lieu, fort sombres.
Le chef de France, plutôt attribué aux "bonnes villes" fut donné par Louis XI, "très-dévot à saint Michel" après son pelerinage à l'abbaye en 1462.Sources: Édouard Corroyer, Description de l’Abbaye, cité ci-dessous.
Ce blason est souvent attribué abusivement à la commune du Mont-Saint-Michel.

Architecture

Édifiée dès le Xe siècle siècle, l’abbaye bénédictine abonde en merveilles architecturales édifiées dans les styles carolingien, roman et gothique flamboyant. Le Mont-Saint-Michel pourrait, en ce sens, être considéré comme une mégastructure dans la mesure où le tout superpose les différents bâtiments dévolus aux activités d’un monastère bénédictin sur un espace exigu.

L’abbaye se compose de plusieurs parties :

Abbatiale et chapelles

Notre-Dame Sous-Terre

Les agrandissements successifs de l’abbaye ont fini par absorber la totalité de l’église abbatiale originale fondée en 966 jusqu’à la faire oublier pendant plusieurs siècles, avant sa redécouverte lors des fouilles effectuées au tournant des XIXe et XXe siècles. Restaurée, elle offre un magnifique exemple d’architecture préromane.

Les autres bâtiments abbatiaux ont ensuite été élevés à l’est de l’église originale, sur le sommet du rocher et surplombant celle-ci.

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L’église abbatiale

Les pèlerinages s’intensifiant, il fut alors décidé d’agrandir l’abbaye en édifiant une nouvelle église abbatiale à la place des bâtiments abbatiaux qui furent transférés au nord de Notre-Dame-Sous-Terre.

La nouvelle église abbatiale comportait également trois cryptes, soit la chapelle des Trente-Cierges (au nord), la crypte du chœur (à l’est) et la chapelle Saint-Martin (au sud) (1031-1047). L’abbé Ranulphe commence ensuite l’édification de la nef en 1060. En 1080, trois étages de bâtiments conventuels sont édifiés au nord de Notre-Dame-Sous-Terre, comprenant la salle de l’Aquilon, servant d’aumônerie accueillant les pèlerins, le promenoir des moines et le dortoir. Le cellier et l’aumônerie de la future Merveille sont également entamés.

Les nouvelles constructions recouvrent alors entièrement Notre-Dame-Sous-Terre qui demeure néanmoins utilisée pour le culte.

Reconstructions

Mal consolidées, trois travées occidentales de la nef s’écroulèrent sur les bâtiments conventuels, en 1103. L’abbé Roger II les fait reconstruire (1115-1125). En 1421, c’est au tour du chœur roman de s’écrouler. Il sera reconstruit en style gothique flamboyant entre 1446 et 1523 (avec une interruption entre 1450 et 1499).

La façade classique de l’abbatiale

Suite à un incendie en 1776, il fut décidé de démolir les trois travées occidentales de la nef et, en 1780, la façade classique actuelle fut édifiée. Malheureusement, les soutènements nécessaires à cette dernière ont nécessité la coupure en deux de Notre-Dame-Sous-Terre.

Les chapelles particulières

La Merveille et les bâtiments monastiques

L’abbaye du Mont-Saint-Michel est divisée en deux parties : l’abbatiale et la Merveille. La Merveille était l’endroit où vivaient les moines. Vue de l’extérieur, elle correspond à la partie gothique, c’est-à-dire à la face nord, et a été construite en 25 ans sur trois étages.

La Merveille est elle-même organisée en deux parties : la partie est et la partie ouest. La partie est fut la première à être construite (de 1211 à 1218) et comprend trois salles : l’Aumônerie, la Salle des Hôtes et le Réfectoire (de bas en haut). La partie ouest, quant à elle, a été érigée sept ans après et comporte également trois salles : le cellier, la salle des Chevaliers et le cloître.

Les bâtiments de Robert de Torigni

L’abbé Robert de Torigni fit édifier, à l’ouest et au sud-ouest, un ensemble de bâtiments comportant de nouveaux logis abbatiaux, une officialité, une nouvelle hôtellerie, une infirmerie et la chapelle Saint-Étienne (1154-1164). Il fit également remanier les chemins de communication desservant Notre-Dame-Sous-Terre, afin d’éviter un trop grand contact entre les pèlerins et les moines de l’abbaye.

On y trouve également une cage à écureuil servant de treuil, installée lors de la conversion du site en prison, pour pouvoir ravitailler les condamnés. Des repris de justice, debout à l'intérieur de la roue, en assurait la rotation en marchant sur place.

Dans les ruines de l’infirmerie, effondrée en 1811, il subsiste au-dessus de la porte les trois morts du Dit des trois morts et des trois vifs, représentation murale montrant initialement trois jeunes gentilshommes interpellés dans un cimetière par trois morts, qui leur rappellent la brièveté de la vie et l’importance du salut de leur âme.

La Merveille

Coupe de l’abbaye ; la Merveille se trouve à gauche
Le cloître

Le bâtiment de la Merveille, situé juste au nord de l’église abbatiale, intègre cloître, réfectoire, salle de travail et aumônerie dans un parfait exemple d’intégration fonctionnelle. L’ensemble, appuyé sur la pente du rocher, est constitué de deux corps de bâtiments de trois étages.

Au rez-de-chaussée, le cellier sert de contrebutement. Puis chaque étage comporte une salle particulière de plus en plus légère au fur et à mesure que l’on accède au sommet, de puissants contreforts situés à l’extérieur, permettant de soutenir le tout. Les contraintes topographiques ont donc joué un grand rôle dans la construction de la Merveille.

Raoul des iles édifie, au-dessus de l’aumônerie construite sous Roger II, la salle des Hôtes (1215-1217), le réfectoire (1217-1220) et, au-dessus du cellier, la salle des Chevaliers (1220-1225) et enfin le cloître (1225-1228).

Le cloître

Le cloître

Il n'est pas situé, comme le veut l'usage, au centre du monastère et ne communique donc pas avec toutes ses composantes comme c'est le cas ailleurs, la plupart du temps. Sa fonction est donc purement spirituelle : celle d'amener le moine à la méditation.

Trois arches du cloître sont étonnamment ouvertes sur la mer et le vide. Ces trois ouvertures devaient constituer à l'origine l’entrée de la salle capitulaire qui ne fut jamais construite. Les colonnettes disposées en quinconce était initialement réalisée en calcaire lumachelle, importé d’Angleterre, mais ont été restaurées en poudingue de Lucerne.

Le cloître abrite un jardin médiéval recréé en 1966 par frère Bruno de Senneville, moine bénédictin féru de botanique. Il est centré par un motif de buis rectangulaire bordé de treize rosiers de Damas. Les carrés de plantes médicinales, d’herbes aromatiques et de fleurs symbolisent les besoins quotidiens des moines au Moyen Âge. Les angles sont marqués par des cinéraires maritimes. Au centre des motifs en buis, ce trouvaient des monstres, des diables qui signifiaient qu’au milieu de toute merveille le mal est tout de même présent[8].

La salle dite de Belle Chaise et les bâtiments du sud-est

De même, les bâtiments de la belle-chaise et des logis abbatiaux intègrent les fonctions administratives de l’abbaye aux fonctions cultuelles. L’abbé Richard Turstin édifie, à l’est, la Salle des Gardes (qui sera depuis l’entrée de l’abbaye) ainsi qu’une nouvelle Officialité, où est rendue la justice relevant de l’abbaye (1257).

Vers 1393, sont édifiées les deux tours du Châtelet, puis la tour Perrine et une Bailliverie. Le tout sera complété, à l’initiative de l’abbé Pierre Le Roy, par un logis personnel complétant les fortifications de l’abbaye même.

La ville

Une muraille fortifiée ceint la ville nichée au sud et à l’est du mont. On peut voir, à proximité d’une des portes, deux bombardes de 380 mm? et 420 mm? abandonnées par les Anglais lors de la guerre de Cent Ans.

La description des remparts et des monuments de la ville figure à l’article sur la commune du Mont-Saint-Michel.

Notes et références

  1. a et b Ministère de la Culture, base Mérimée, « Notice no PA00110460 » sur www.culture.gouv.fr.
  2. Les développements consacrés à la géographie du lieu (le mont Saint-Michel, écrit avec une minuscule et sans trait d’union) figurent dans l’article Le Mont-Saint-Michel relatif à la commune du Mont-Saint-Michel (avec une majuscule et un trait d’union, celui de sa baie dans l’article Baie du mont Saint-Michel selon la nomenclature officielle de l’INSEE).
  3. Abbaye du Mont-Saint-Michel - Centre des monuments nationaux
  4. François de Beaurepaire, Les noms des communes...de la Manche, éd. Picard 1986.
  5. L’actuelle chapelle Saint-Aubert, située au nord-ouest de l’abbaye, ne fut édifiée qu’au XVe siècle.
  6. Voir ici, et par ailleurs Aristote au Mont-Saint-Michel. Les racines grecques de l’Europe chrétienne, par Sylvain Gouguenheim, Seuil "L’univers historique", 2008, ouvrage cependant contesté pour sa thèse niant l’influence des traductions depuis l’arabe.
  7. Robert Sinsoilliez, Tombelaine: L'îlot de la baie du Mont-Saint-Michel
  8. jardins médiévaux, Mic Chamblas-Ploton, La maison rustique, Flammarion, (ISBN 978-2-7066-1749-2)

Sources

Annexes

Bibliographie

  • Lucien Bély, Le Mont-Saint-Michel. Monastère et citadelle, Préface de Jean Favier, Rennes, Éditions Ouest-France, 2004 (seconde édition). (ISBN 978-2-7373-1419-3)
  • Germain Bazin, Mont-Saint-Michel, Préface de Marcel Aubert, Paris, Picard, 1933. (ISBN 978-0-87817-190-3)
  • Louis Blondel, Notice historique du Mont-Saint-Michel et de Tombelaine, Avranches, Le Court, 1816. Seconde édition en 1823.
  • Édouard Corroyer, Description de l’abbaye du Mont-Saint-Michel et de ses abords. Précédée d’une notice historique, Paris, Dumoulin, 1877. (ASIN B0000DN8C4)
  • Gazeau Véronique, Normannia monastica, princes normands et abbés bénédictins. Prosopograpie des abbés bénédictins, 2 vol., Publications du CRAHM, 2007, (ISBN 978-2-902685-38-7).
  • Paul Gout, Le Mont-Saint-Michel. Histoire de l’abbaye et de la ville. Étude archéologique et architecturale des monuments, Paris, Armand Colin, 1910. (ASIN B0000DRCFP)
  • Édouard Le Hericher, Histoire et description du Mont-Saint-Michel, Avranches Anfray, (vers 1850). L’ouvrage est divisé en trois parties : Légendes et histoire, descriptions des fortifications, de la ville et de l’abbaye, le rocher de Tombelaine. (ASIN B0000DL6D8)
  • Maximilien Raoul (pseudonyme de Charles-Marie Letellier), Histoire pittoresque du Mont-Saint-Michel et de Tombelaine, Suivi d’un fragment inédit sur Tombelène, extrait du Roman de Brut de Wace transcrit et annoté par Antoine Le Roux de Lincy, Paris, Librairie A. Ledoux, 1834.

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