Abbaye de Mimizan

Clocher porche de Mimizan

Clocher porche de Mimizan
Vue générale de l'édifice
Vue générale de l'édifice

Nom local Abbaye de Mimizan
Latitude
Longitude
44° 12′ 14″ Nord
       1° 14′ 10″ Ouest
/ 44.203889, -1.236111
 
Pays France France
Région Aquitaine
Département Landes
Ville Mimizan
Culte Catholique romain
Ordre de saint Benoît
Type Clocher-porche, vestige d'une ancienne église prieurale puis paroissiale
Rattaché à Abbaye de Saint-Sever
Début de la construction XIe siècle
Fin des travaux XIIIe siècle
Style(s) dominant(s) Influences gothiques[1]
Classé(e) World Heritage Emblem.svg Patrimoine mondial de l'UNESCO (1998)
Logo monument classe.svg Cl MH (1/03/1990)
Localisation
  Géolocalisation sur la carte : France
France location map-Regions and departements.svg
Clocher porche de Mimizan

Le clocher-porche de Mimizan, dans le département français des Landes, est le dernier vestige de l'ancienne église Sainte-Marie, constitutive du prieuré du même nom aujourd'hui disparu. Le portail est classé Monument historique en 1903[1], l'ensemble du bâtiment le 1er mars 1990[2]. En 1998, l'Unesco l'inscrit au patrimoine mondial de l'humanité, au titre des Chemins de Compostelle en France[3].

Sommaire

Présentation

D'après une légende racontée dans le bréviaire de Lescar imprimé en 1541, l'église Sainte-Marie de Mimizan[4] aurait été construite à l'emplacement d'un édifice religieux du VIe siècle, réalisé en hommage au martyre en ces lieux de saint Galactoire, évêque de Lescar, en 506[2][5] par les Wisigoths[6].

On imagine avec diffuculté de nos jours que l'endroit est, jusqu'au VIIe siècle, un des ports martimes[7] les plus actifs de la côte atlantique. Au cours des siècles, il est comblé par l'avancée des sables et de la dune côtière, qui bouleverse l'ancien paysage[8].

Bâtie une première fois au XIe siècle, l'église est détruite puis reconstruite vers la fin du XIIe ou début du XIIIe siècle[2]. Elle devient église prieurale puis église paroissiale de Mimizan. Devenue trop vétuste, elle est remplacée à partir de 1891 par l'église Notre-Dame du Bourg. Sa destruction, conseillée en 1887 par l'architecte départemental Maumen, est réalisée entre 1898 et 1899 par l'architecte Cloüet[2], épargnant seulement son clocher-porche, qui est de nos jours un musée et marque une étape sur la voie littorale du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Origines et développement

La Gascogne voit ses structures religieuses s'effondrer à la suite des invasions arabes[9] et normandes[10] des IXe et Xe siècles. Après sa victoire définitive sur les Normands à Taller en 982, Guillaume Sanche, duc de Gascogne, entreprend de renforcer son pouvoir politique en s'appuyant sur l'abbaye de Saint-Sever. Afin d'assurer son épanouissement, il la dote de nombreux biens, parmi lesquels l'église Sainte-Marie de Mimizan, qui devient alors un des nombreux prieurés dépendants de l'abbaye mère. Bernard Guillaume et Sanche Guillaume, tous deux successeurs de Guillaume, confirment cette donation en 1009 puis en 1012. La création de la sauveté de Mimizan date à cette époque. Ce privilège permet au prieuré de s'accroître durant le XIe siècle, jusqu'à devenir l'un des principaux édifices religieux du nord des Landes[11] et de prospérer tout au long des XIIe et XIIIe siècles[1].

Vers 1010, des moines détachés de l’abbaye de Saint-Sever viennent donc s’installer à Mimizan et construisent, près de la petite église d'origine, un prieuré. Il devient lieu d’asile et les limites de la sauveté sont matérialisées par neuf bornes[12]. Au Moyen Âge, criminels et opprimés bénéficient de l’impunité à l’intérieur de ce périmètre : tout coupable étranger à la commune, dès qu'il a touché les croix des pyramides de sauveté, se trouve en sûreté tant qu'il demeure dans leur espace[5]. L'un des objectifs de ce système est d'attirer et fixer des populations sur ces terres inhospitalières, afin de les mettre en valeur et assurer au prieuré et à l'abbaye mère des sources de revenus. Une des autres fonctions du prieuré, remplie pour le compte de l'abbaye de Saint-Sever, est d'encadrer le pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle sur cette section du littoral et servir de point d'étape. Il est en effet édifié à proximité de l'anciene voie romaine littorale[13], localement nommée camin roumiou ou camin harriou (chemin frayé)[5], empruntée par les pèlerins pour se rendre en Espagne.

Vers la fin du XIIe siècle ou début du XIIIe, les moines entreprennent la reconstruction de l’église, devenue trop petite. Le nouveau bâtiment comprend un chœur et nef voûtés, un transept avec clocher à la croisée et le clocher-porche toujours visible de nos jours[2]. Le plus grand des deux clochers, celui de la croisée, est recouvert de bois en forme d'ardoise et sert de phare[14]. À cette époque, quand la tempête met les bateaux en difficulté en les entraînant dangereusement vers le rivage, les marins voient alors surgir le clocher de derrière la dune[15]. De là naît le vieux dicton gascon dans sa forme locale :

« Que Diou nou preserbi dou coudic de la baleine, dou cantic de la Sirène et dou clocher de Mamisan »[5][15].
(Que Dieu nous préserve du chant de la sirène, de la queue de la baleine et du clocher de Mimizan)[16].

En 1790, il s’effondre par vétusté et manque d'entretien, écrasant le chœur et le transept.

Déclin

Le prieuré perd de son importance et finit par péricliter en raison de la conjugaison de trois facteurs : ensablement, diminution du nombre de pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle et disparition des roi-ducs d'Aquitaine.

Le prieuré est d'abord pillé par les troupes huguenotes de Montgomery en 1569, qui causent de grands dommages dans toute la région[17]. Les moines bénédictins finissent par quitter les lieux vers 1650, pour des causes qui restent obscures. Les curés restés sur place n'obtiennent pas les fonds nécessaires pour effectuer les réparations qui s'imposent et le bâtiment finit par tomber en décrépitude par étapes successives.

Au délabrement s'ajoute une autre menace, l'avancée des sables. En 1778, la dune n'est plus qu'à 9 mètres du clocher-porche. Cette menace finit par être enrayée à partir de 1783 grâce aux efforts des habitants pour fixer la dune[1]. La célébration du culte est finalement transférée dans la nouvelle église du Bourg en 1891 et la majeure partie du bâtiment détruite en 1898 - 1899.

Éléments architecturaux

Il ne reste aujourd’hui de cette œuvre que le clocher-porche, tour carrée massive en alios et en briques, s’ouvrant au nord, au sud et à l’ouest par trois arcs brisés. Le toit d’ardoise est surmonté d’une flèche octogonale.

Le portail occidental de cette ancienne église prieurale est un trésor architectural, qui a subi les influences espagnoles des années 1220, du fait de la renommée du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle sur lequel elle se trouve. Les nombreuses sculptures et peintures sont particulièrement remarquables[18].

Le chœur comportait treize autels, possédait une nef centrale à ogives primitives et deux bas-côtés transversaux. Ayant miraculeusement échappé à la démolition, le portail reste le seul élément témoignant du passé. Sa conception et grande finesse en font un des fleurons du patrimoine médiéval du sud ouest de la France. Les statues polychromes et peintures murales des XIIIe et XVe siècles présentent une grande originalité : d’une part, l’adoration des rois Mages dans le champ du tympan ; d’autre part, dans les voussures internes, Vierges Sages et Vierges Folles de part et d’autre de la Jérusalem céleste. On retrouve également les signes du Zodiaque et les occupations des douze mois de l’année. Il abrite également la première représentation française de l’apôtre Saint Jacques le Majeur en habit de pèlerin, témoignage de l’importance de Mimizan sur la voie littorale du chemin de Saint-Jacques[8].

La restauration du bâtiment a lieu entre 1981 et 1986, celle des sculptures et peintures du portail à partir de 1996[1].

Galerie

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Notes et références

  1. a , b , c , d  et e Site officiel du musée de Mimizan
  2. a , b , c , d  et e Classement du clocher de Mimizan, sur la base Mérimée, ministère de la Culture. Consulté le 22 août 2009
  3. Site officiel de l'Unesco
  4. Située avenue de l’abbaye
  5. a , b , c  et d Mimizan, Clins d'œil au passé, Georges Cassagne, édition Atlantica, 2007, p 14
  6. Les données archéologiques actuelles ne permettent pas de vérifier la véracité de cette légende. Les vestiges retrouvées ne permettent pas de déterminer l'époque avec précisition (Antiquité tardive ou haut moyen-âge) ni la fonction de cet édifice : villa, monument cultuel ou public, bâtiment consacré à Saint-Galactoire ou alors réappropriation d'un culte païen par les chrétiens ? Site officiel du musée de Mimizan
  7. La fondation de Ségosa date au moins des premiers siècles de notre ère. D'après la tradition, cette station était un port dont les ruines se situeraient sous la dune d'Udos à Mimizan - Mimizan, Clins d'œil au passé, Georges Cassagne, édition Atlantica, 2007, p 13
  8. a  et b Les chemins de Saint-Jacques dans les Landes, Francis Zapata, Jean-Pierre Rousset, éditions Sud-Ouest, 2002, p 169
  9. Voir l'histoire de l'expansion de l'islam
  10. Voir l'histoire des Vikings
  11. D'après la Mapa Mundi de Beatus de Liébana
  12. Cinq sont encore visibles de nos jours et inscrites aux Monuments historiques par arrêté du 13 juin 1941.
  13. Plusieurs historiens situent à Mimizan la station de Ségosa de l'Itinéraire d'Antonin (Dufourcet, op. cit.; Tartière et Vielle, id.)
  14. De nos jours, le phare de Contis, à quelques kilomètres plus au sud, est le seul de 1er ordre du département. Sa construction débute en 1863.
  15. a  et b Mémoire en Images, Mimizan, perle de la Côte d'Argent, Hervé Foglia, Alan Sutton, p 44
  16. Varaiantes : « Que Diu preserva'ns deu cant de la serena, de la coda de la baleia e deu campanèr de Mamesan » / « Qué Diou preserba's dou can de la serene, de la coude de la baleye et dou campaner de Mamesan »
  17. Voir : Guerres de religions dans les Landes
  18. Paroisse Saint-Joseph-du-Born, annuaire paroissial 2008

Voir aussi

Lien externe


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