Abbaye de La Lucerne
Abbaye de La Lucerne
Image illustrative de l'article Abbaye de La Lucerne
Présentation
Culte catholique
Type abbaye
Début de la construction XIIe siècle
Fin des travaux XVIIIe siècle
Style(s) dominant(s) roman
Protection  Classé MH (1928)
Géographie
Pays Drapeau de France France
Région Basse-Normandie
Département Manche
Ville la Lucerne-d'Outremer
Coordonnées 48° 47′ 30″ N 1° 27′ 57″ W / 48.791667, -1.46583348° 47′ 30″ Nord
       1° 27′ 57″ Ouest
/ 48.791667, -1.465833
  

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Abbaye de La Lucerne

L'abbaye Très-Sainte-Trinité de La Lucerne est une abbaye de prémontrés située dans le département de la Manche sur le territoire de la commune de La Lucerne-d'Outremer.

Elle a été fondée en 1143 et était occupée par des chanoines réguliers de l'ordre de Prémontré, à la limite du Cotentin et de l'Avranchin, au lieu-dit anciennement appelé Courbefosse (à la Lucerne-d'Outremer), à quatre lieues au nord d'Avranches (16 km). Blotti au creux de la vallée du Thar, cet ensemble roman est d'esprit cistercien par sa sobriété et sa rigueur.

Sommaire

Histoire

Article détaillé : Liste des abbés de La Lucerne.

Fondation

Abbaye de la Lucerne

L'abbaye a été fondée en 1143 par Hasculphe de Subligny, seigneur de Subligny, et par son frère Richard, évêque d'Avranches. Le premier lieu choisi, sur les terres d'Hasculphe était nommé Courbefosse (à la Lucerne-d'Outremer), dans la vallée du Thar, endroit aujourd'hui marécageux et entouré d'une forêt. Cette nouvelle abbaye, dont la charge fut confiée au prieur Tancrède, fut dédiée à la Très Sainte Trinité. Tancrède était à la tête d'une communauté de quelques chanoines venus de l'abbaye de Dommartin, au diocèse d'Amiens. La dédicace en fut faite par l'évêque Richard[1]. Tancrède y mourut peu après dès juin 1144.

Peu de temps après, le site primitif étant par trop « solitaire et humide » disent les textes (Gallia), le frère Tescelin, premier abbé de Courbefosse, fit déplacer sa communauté plus en aval, toujours le long du Thar, vers 1145, sur un terrain donné par Guillaume de Saint-Jean, seigneur de Saint-Jean-le-Thomas. Cela laisse supposer que le premier établissement n'était qu'une construction de peu de moyens, ce qui pouvait permettre de l'abandonner. Tescelin y mourut à son tour en février 1157. C'est à cette époque que les chanoines de la Lucerne fondèrent en 1161 l'abbaye d'Ardenne, près de Caen[2]. Guillaume de Saint-Jean donna à l'abbaye son église de Saint-Jean-le-Thomas à cette même époque[3].

Une nouvelle fois, la fondation fut déplacée, revenant vers l'amont au lieu-dit « la Luzerne » (Lucerna), qui a donné son nom à la nouvelle abbaye et par la suite à la paroisse de la Lucerne, mais de nouveau sur le fief appartenant à Hasculphe de Subligny, premier fondateur. Le couvent étant alors dirigé par son abbé, Angot[2].

L'actuelle église abbatiale fut commencée avant 1171 (première campagne de construction et date à laquelle on y enterre l'évêque d'Avranches, le bienheureux Achard de Saint-Victor) et fut dédiée en 1178 par l'évêque Richard, successeur d'Achard[2].

Façade de l'abbatiale

Dans les décennies suivantes, l'abbaye reçut de grands biens et privilèges des rois de France et d'Angleterre, des archevêques de Rouen, évêques de Coutances ou d'Avranches, et des seigneurs voisins de Sartilly, de Verdun (à Boucey), de Mortagne, de Lézeaux (à Kairon) et de Champeaux[2]. Après presque un demi-siècle d'abbatiat, l'abbé Angot démissionna puis mourut en 1206 et fut inhumé dans la nef de l'abbatiale, où l'on peut voir sa dalle funéraire retrouvée dans des fouilles en 1984 (nef latéral nord).

Période conventuelle médiévale

Si le XIIIe siècle est, comme pour tous les édifices religieux, un âge d'or en tous points de vue, c'est un temps de paix qui bénéficie également à la Lucerne pour son développement. À cette époque, les chanoines remplacent les baies du chevet par une grande fenêtre axiale, à plusieurs meneaux et à remplage de style gothique. Les chapelles du transept sont probablement agrandies à la fin du siècle, car dès le début du XIVe siècle, on y dépose les gisants seigneurs de Beauchamp, bienfaiteurs de l'abbaye (vers 1300). Le clocher est également couronné d'une balustrade[4].

Au XIVe siècle, c'est la façade de l'abbatiale qui est modifiée à son tour, avec une fenêtre également à remplage gothique, et qui a été restituée dernièrement (2003).

La guerre de Cent Ans endommage plusieurs bâtiments. La seconde moitié du XVe siècle consiste à panser le plaies, comme dans beaucoup d'édifices monastiques[5]. L'abbé Richard I de Laval, abbé de 1463 à 1493, fait remplacer l'ancien cloître de bois par un cloître en pierre (lui-même remplacé vers 1700) [6].

Dans la ferme, le colombier est également une construction de l'époque médiévale, remaniée par la suite.

Période conventuelle moderne

Révolution française

À partir de la Révolution française, le couvent est fermé en 1790 et les chanoines renvoyés dans leur famille. L'abbaye est alors vendue comme bien national au seigneur voisin, Léonor Claude de Carbonnel de Canisy (1732-1811), chevalier, "comte" de Canisy, seigneur de la Lucerne, maréchal des camps et armées du Roi, et sa femme Henriette de Vassy (1744-1822). Cette dernière, sœur du dernier marquis de Brécey, hérite en 1795 de la terre et du château de Brécey et en 1799, le couple est obligé de vendre l'abbaye, qui se situe non loin de leur château de la Lucerne, mais conserve toutefois la forêt et quelques fermes. L'abbaye est alors vendue à Louis Gallien, négociant-armateur à Granville.

Elle a été transformée en filature de coton, puis, après sa faillite, elle devient carrière de pierre. L'aqueduc situé dans le parc de l'abbaye date de l'époque de la filature et servait à alimenter une imposante roue servant de moteur à toutes les machines à filer la laine.

Période contemporaine

Après Gallien, l'abbaye est transmise à Victor Bunel (1804-1869), receveur des finances, qui avait épousé en 1833 Marie-Amélie Gallien (1815-1875), héritière de l'abbaye de La Lucerne. Bunel possédait des carrières à Montmartin-sur-Mer. En 1834, il fait installer en 1834 une marbrerie qui fonctionna jusqu'en 1870. Leur fille Nelly (1848-1887) épousa Paul Dubufe (1842-1898), peintre, et frère de Édouard Louis Dubufe, peintre de cour, tous deux fils de Claude-Marie Dubufe. Parmi leurs enfants, Gabrielle Dubufe épouse en 1890 Émile Decauville (1856-1926), créateur avec son frère Paul de petits trains à voie étroite, dits decauville. Les Decauville vendent l'abbatiale, les bâtiments conventuels et le logis des abbés, devenu une maison de plaisance, en 1959 et 1960.

Restaurations et reconstruction

Depuis 1959, sous l'égide de l'abbé Marcel Lelégard (1925-1994), l'abbaye bénéficie d'une sauvegarde exemplaire avec la restauration de l'église abbatiale avec sa voûte sur croisées d'ogives et sa façade occidentale, du réfectoire et des celliers. Un des objectifs de la Fondation Abbaye de La Lucerne-d'Outremer est de réintégrer une communauté de religieux à La Lucerne. L'abbaye est toujours en rénovation. Les principales étapes de cette rénovation sont :

  • En 1964, le début de la restauration du chœur.
  • En 1971, la restauration du clocher.
  • En 1975, la restauration du premier pilier à partir de la tour.
  • En 1981, l'inauguration du grand orgue.
  • En 1988, début de la reconstruction de l'église.
  • En 1993, la toiture de l'église est achevée.
  • En 2010, réfection du clocher et de sa toiture.

Description générale

L'ensemble canonial est composé, outre l'église abbatiale, d'un ensemble de bâtiments dont certains remontent à la période médiévale. La porterie médiévale avec sa boulangerie et ses salles de justice, le colombier, les bâtiments conventuels et agricoles. Le parc est également traversé par un ancien aqueduc du XIXe siècle; non loin, le logis abbatial du XVIIIe siècle se mire dans son plan d'eau, retenue qui servait autrefois à alimenter les roues du moulin de l'abbaye.

  • Église abbatiale

C'est une réalisation du XIIe siècle pour l'essentiel, ayant subi des remaniements consécutifs à des destructions. Elle a été notablement reconstruite entre 1985 et 2003.

La façade est sobre et dénuée de tours, disposition usuelle de l'art prémontré, issu de l'art cistercien. Le premier niveau présente encore des fenêtres en plein cintre, mais le second a déjà des arcs brisés. La grande baie centrale révèle un décor caractéristique du style gothique rayonnant, suite à sa reconstruction au XIVe siècle. Le sommet du pignon est couronné d'une croix antéfixe ancrée.

La tour lanterne-clocher est massive et caractéristique de l'architecture normande de l'époque gothique. Sur chaque face de cette tour quadrangulaire s'ouvrent trois longues fenêtres à lancette en tiers-point. Elles sont typiques du début du XIIIe siècle.

La nef a sept travées composées de grandes arcades en tiers-point et une fenêtre haute en plein cintre. Les piliers sont massifs et carrés. Les parties supérieures écroulées au XIXe siècle, ont été restituées récemment. L'ensemble a retrouvé sa voûte sur croisée d'ogives et arcs doubleaux.

L'orgue baroque a été entièrement rénové, il provient de la cathédrale de Chambéry.

  • Cloître

L'ensemble, comme ailleurs, s'articulait autour du cloître, il n'en subsiste que peu de chose comme dans un grand nombre d'abbayes normandes.

Au nord-ouest, des arcades en anse de panier reposent sur des piliers rectangulaires. À l'ouest se trouvait un lavatorium, dont il ne subsiste que quatre arcs romans décorées de billettes reposant sur des piédroits et des consoles. Les éléments de lavatorium seraient les plus anciens du genre en Normandie. La galerie ouest du cloître était adossée au bâtiment conventuel (XVIIe et XVIIIe siècle) encore existant, lui-même toujours accolé à l'église abbatiale. À l'est, seule une porte romane à double arcade est visible, elle donnait accès à la salle du chapitre (détruite). L'aile nord permet d'entrer dans le cellier du XIIe siècle qui présente d'imposants chapiteaux sur des piles cylindriques, surmonté par un réfectoire d'allure classique récemment restitué.

  • Logis abbatial

Situé à l'écart, au nord est de l'ensemble, il présente une ordonnance typique du classicisme, avec quelques ajouts du XIXe siècle.

  • Colombier

Il date du début du XIIIe siècle et c'est peut-être le plus ancien de Normandie.

  • Jardins

On en distingue trois types :

- Les jardins médiévaux

- Le parc dans l'esprit romantique

- Les jardins de transition plus modernes

Armes de l'abbaye

Les armoiries de l'abbaye sont : D'argent au chef de gueules chargé de deux molettes d'argent [7]. Ce serait le blason des anciens seigneurs de Saint-Jean-le-Thomas : cette observation se fonde sur la proximité des armoiries de la famille anglaise des Saint-John (D'argent au chef de gueules chargé de deux molettes d'or), qu'on fait descendre des Saint-Jean normands.

Ce blason aux molettes figure au moins en deux endroits l'abbaye : sur la grille en fer qui donne accès à la forêt de la Lucerne, et sur des armoiries sculptées en granit datant du XVIIIe siècle.

D'autres armoiries sont connues : d'azur, à une Notre-Dame d'argent[8], mais elles n'ont sans doute jamais servi. Elles ont été attribuées à l'abbaye par d'Hozier en 1696 dans son Armorial général de France.

Galerie

Bibliographie

  • Thierry Leprévost, Pierres et jardins : La lucerne d'Outremer, Patrimoine normand n° 53, p. 14-21.

Notes et références

  1. Gallia christiana, tomus XI, col. 556.
  2. a, b, c et d Gallia christiana, tomus XI, col. 557.
  3. Michel Guibert, « L’église de Saint-Jean-le-Thomas », dans la Revue du département de la Manche, tome XII, avril 1970, p. 90.
  4. Art de Basse-Normandie, n° 114, 2e trim. 1998, p. 7-13.
  5. Abbé Marcel Lelégard, « La destruction de l'abbaye de la Lucerne pendant la guerre de Cent Ans et sa restauration au XVe siècle d'après le livre des chroniques », Cahiers Léopold Delisle n° exceptionnel (Recueil d'études normandes en hommage au docteur Jean Fournée), Paris, Société parisienne d'histoire et d'archéologie normandes, 1979, p. 195-221.
  6. Art de Basse-Normandie, n° 114, 2e trim. 1998, p. 15.
  7. Mémoires de la Société académique du Cotentin, vol. 6, 1888, p. 703.
  8. Alfred Canel, Armorial de la province des villes de Normandie, Rouen: A. Péron, 1849, p. 80

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