Abbaye de Jumièges
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Abbaye de Jumièges
Image illustrative de l'article Abbaye de Jumièges
Présentation
Culte Catholique romain
Type Abbaye
Début de la construction 654
Style(s) dominant(s) Roman
Protection  Classé MH (1862)
Géographie
Pays Drapeau de France France
Région Haute-Normandie
Département Seine-Maritime
Ville Jumièges
Coordonnées 49° 25′ 55″ N 0° 49′ 09″ E / 49.4320637, 0.819125249° 25′ 55″ Nord
       0° 49′ 09″ Est
/ 49.4320637, 0.8191252
  

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Abbaye de Jumièges

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Abbaye de Jumièges

L'abbaye Saint-Pierre de Jumièges (Seine-Maritime) fut fondée par saint Philibert, fils d'un comte franc de Gascogne vers 654[1] sur un domaine du fisc royal.

Sommaire

Histoire

Le 24 mai 841, le monastère carolingien est incendié par les Vikings une première fois, puis ils viennent à nouveau pour piller. Devant la menace scandinave, les moines s'exilent, emportant les reliques et les manuscrits les plus précieux au son de « Ad furore Normannorum libera nos Domine ! » (« De la fureur des Normands, libère-nous Seigneur ! ») et abandonnent l'abbaye cinquante ans au moins jusqu'au début du Xe siècle. La plupart se réfugient au Prieuré d'Haspres, près de Cambrai.

Sous l'impulsion de Guillaume Ier de Normandie dit Longue-épée, l'abbaye est rétablie par des moines venant de l'abbaye Saint-Cyprien de Poitiers : vers 934, les bâtiments sont sommairement restaurés pour accueillir 12 religieux.

L'abbé Robert de Jumièges dit Champart fait reconstruire le monastère (10401052). Le 1er juillet 1067, l'archevêque de Rouen, le bienheureux Maurille, consacre solennellement la grande église abbatiale de Notre-Dame de Jumièges, en présence du duc de Normandie Guillaume le Conquérant et de nombreux prélats, dont tous les évêques de Normandie.

Aquarelle de 1849, abbaye de Jumièges, BNF
Aujourd'hui

Quelque temps après l'intégration de la Normandie au domaine royal, le chœur roman de la grande église abbatiale est reconstruit en style gothique (vers 12671278). Il ne s'agissait pas, comme on a longtemps cru, de créer un déambulatoire, puisque des fouilles effectuées par Georges Lanfry ont montré que le chœur roman en était déjà doté. Il fallait plus sûrement ajouter des chapelles rayonnantes et amener la lumière dans un édifice sombre, jugé vétuste, et qui n'était plus au goût du jour. La communauté pouvait se permettre de telles dépenses car, à ce moment, elle vivait une période de grande prospérité. C'est aussi au XIIIe siècle que la communauté connut un dynamisme sans précédent, qu'on peut déceler par exemple dans l'activité du Scriptorium. En effet, près de la moitié des 400 manuscrits dont dispose la bibliothèque date de cette période.

En 1431, l'abbé de Jumièges, Nicolas Le Roux, homme qui n'était pas sans qualités, dont on avait loué la piété, la régularité, le dévouement aux intérêts de son monastère, prit une part active au procès de Jeanne d'Arc. Son avis sur la culpabilité de la pucelle trahit les anxiétés de sa conscience. En effet, il jugeait la cause très ardue : in tam arduo negotio, et ne se détermina en sa défaveur que par crainte du pouvoir anglais et, il faut bien le dire aussi, de l'autorité des docteurs de Paris, dont il devait suivre les avis.

Pendant les guerres de Religion, l'abbaye fut à nouveau mise à sac. Les Huguenots, qui ont ravagé Rouen, Dieppe, Le Havre, Caudebec arrivèrent aux portes de Jumièges. Les religieux, ayant appris le sac de Caudebec, quittèrent tous l'abbaye. Le 8 mai 1562, les Protestants partirent de Caudebec pour Jumièges où ils trouvèrent le monastère désert. Ils y pénétrèrent et mirent tout au pillage. Les autels furent renversés, les vases sacrés volés, les images brisées, les saintes reliques jetées au feu. Châsses, ornements, linge, argenterie, meubles, tout fut détruit ou emporté. Le plomb dont l'église et le cloître étaient couverts, l'étain, le cuivre, les provisions en nature, vin, blé, bestiaux, tout, jusqu'aux livres de la riche et magnifique bibliothèque et aux archives du chartrier devinrent la proie de ces pillards.

Le 28 juillet 1563, le roi Charles IX se rendit à Jumièges et constata de ses yeux l'étendue du désastre. Il permit aux religieux de vendre un peu de « la terre gémétique[2]» pour pourvoir à leurs premiers besoins. C'est ainsi qu'ils aliénèrent la seigneurie de Norville et la cédèrent à Charles II de Cossé, comte de Brissac, seigneur d'Etelan, pour 10 220 livres. Dix-sept religieux seulement retournèrent alors à Jumièges et remirent un peu d'ordre dans l'abbaye dévastée.

À la Révolution, comme bien des bâtiments religieux, l'abbaye est vendue au titre des biens nationaux. En 1795, le premier acquéreur, Pierre Lescuyer, receveur des biens nationaux, entreprend immédiatement la démolition du cloître du XVIe s et du dortoir du XVIIIe siècle[3]. En 1802, le nouveau propriétaire, Jean-Baptiste Lefort, un marchand de bois de Canteleu, fait exploser le chœur. L'église connaît un lent démembrement et sert de carrière de pierres, comme les autres parties de l'abbaye jusqu'en 1824. Les fresques ont été effacées par l'action des éléments.

La famille Lepel-Cointet rachète l'abbaye en 1852 et commence à sauver les vestiges. Avec la mode romantique, l'église connaît une renommée importante grâce à Victor Hugo qui dit d'elle « encore plus beau que Tournus » et l'historien Robert de Lasteyrie la qualifie d'« une des plus admirables ruines qui soient en France ». Roger Martin du Gard lui consacre une thèse.

L'abbaye de Jumièges redevient propriété de l'État en 1947, puis propriété du département de Seine-Maritime en 2007 dans le cadre de la loi de décentralisation du 13 août 2004, qui permet de transférer certains monuments historiques aux collectivités territoriales. Elle est située dans le canton de Duclair, en Seine-Maritime.

Armes de l'abbaye

d'azur, à la croix d'or, cantonnée de quatre clefs d'argent[4].

Description des bâtiments

L'église Saint-Pierre

Elle correspond au premier sanctuaire que les moines ont construit. Du point de vue architectural, elle conserve également la partie la plus ancienne de l'abbaye. En effet, la façade occidentale, privée de son Westwerk, dont on peut encore voir la base des tours et le pied des escaliers qui menaient en leur sommet, ainsi que l'ouverture partiellement murée de la vaste tribune qui embrassait l'édifice, a été datée par les archéologues du IXe siècle, c'est-à-dire de l'époque carolingienne. Certaines pierres portent même encore les traces des incendies allumés par les Nortmanni. Les moines de l'époque du gothique l'ont modifié et ont reconstruit la nef, dont les murs subsistants sont nettement de style gothique. Ce sanctuaire était réservé aux moines et aux convers.

L'église abbatiale Notre-Dame

Il s'agit d'un édifice mixte de style roman et de style gothique. Il ne subsiste quasiment rien de l'abside et du chœur gothique, à part une chapelle rayonnante, quelques pans de murs et substructions. Les parties romanes, à savoir: la façade, la nef et le mur ouest de la tour lanterne sont les mieux conservées. Elle mesurait 88 mètres de longueur et les murs de la nef atteigne encore 25 mètres sur trois niveaux d'élévation. Une tour-lanterne à deux étages illuminait la croisée du transept, mais il ne subsiste que le mur ouest. La façade occidentale présente un Westwerk (massif occidental), réminiscence dans l'art roman d'une disposition carolingienne, rarissime en France mais commune en Allemagne, d'où son terme technique allemand. Il est encadré de deux tours à peu près symétriques de 46 mètres de hauteur, polygonales dans leur partie supérieure, en retrait.

En 1688–1692, on construit une fausse voûte sur croisée d'ogives sur la nef. En effet, comme tous les grands édifices romans de Normandie, elle n'était pas voûtée de pierre, d'où sa charpente apparente. Par contre, les bas-côtés étaient dotés de voûtes d'arêtes. De plus, le chœur gothique avait une voûte sur croisée d'ogives.

Le cloître

Le cloître a été construit au XVIe siècle par une femme du nom de Corinne de Tygier. Il était de style gothique flamboyant, comme celui de l'abbaye de Saint-Wandrille et il n'en subsiste que des traces au sud de l'abbatiale Notre-Dame. Cependant, un citoyen britannique Lord Stuart de Rothesay en acheta au XIXe siècle des éléments pour les réassembler dans son château de Highcliffe près de Bournemouth, les préservant ainsi d'une destruction certaine. Le centre de cloître est matérialisé par un if, planté au XVIe siècle et symbole de vie éternelle, tout comme celui de l'abbaye de Muckross en Irlande.

  • À l'ouest du cloître se trouve l'ancien cellier, en partie souterrain, qui comprend des parties romanes du XIIe siècle et gothiques. C'est la que les moines entreposaient leur propre vin, issu de leurs vignes du Conihout de Jumièges, d'où ce dicton : « De Conihout ne beuvez pas, car vous passerez de vie à trépas ! ». Ils en exportaient une partie vers l'Angleterre et pour leur usage personnel, il préféraient du vin de Loire.
  • Sur la tour sud de Notre-Dame, hormis le cadran solaire, on voit les traces de deux charpentes différentes à deux niveaux distincts : l'une est celle du toit du cellier d'origine, l'autre est celle du toit rehaussé par la construction au-dessus du cellier, d'une bibliothèque par les mauristes.
  • À l'est du cloître, hormis la façade de l'église Saint-Pierre, on note deux ouvertures : l'une correspond à la salle capitulaire, lieu d'assemblée des moines et de lecture d'un chapitre de la règle de saint Benoît. Cette salle du XIIe siècle de style roman était déjà dotée d'une voûte sur croisée d'ogives, une des trois plus anciennes en France, toutes en Normandie et toutes dans des monastères bénédictins : l'église abbatiale de Lessay et le « promenoir » des moines du Mont-Saint-Michel ; l'autre correspond à la « salle des reliques », où les moines entreposaient leurs nombreuses reliques, garantes en partie de la venue des pélerins.

La demeure de l'abbé

À l'est, au point le plus élevé à l'intérieur de la clôture de l'abbaye, se trouve la maison de l'abbé qui est une grande bâtisse de style classique, aux lignes sobres et équilibrées, construite par les Mauristes au XVIIe siècle. À l'époque de sa construction, l'abbé commendataire est François Harlay de Champvallon qui deviendra archevêque de Rouen. Cette ancienne habitation sert aujourd'hui à entreposer différents éléments décoratifs en pierre, ainsi que des statues, arrachés à l'abbaye ou s'étant détachés en raison du manque d'entretien de l'ensemble des sanctuaires et des bâtiments conventuels. Elle a pour vocation d'accueillir un jour un musée lapidaire.

La porterie

Elle se situe à l'extrémité ouest de la clôture. Elle est vaste et massive. C'est un espace rectangulaire qui s'ouvre de chaque côté par deux portails : l'un pour les charrois (le plus grand) et l'autre pour les piétons. À l'intérieur, la voûte est construite sur croisées d'ogives et la base des murs latéraux est occupée par des bancs de pierre destinés aux pélerins et aux visiteurs. L'ensemble date du XIVe siècle. Une maison de style néo-roman et néo-gothique (« style troubadour ») a été construite au dessus de la porterie et une autre aile, dotée d'un étage, y a été accolée. En définitive, c'est l'ensemble de la porterie gothique qui se trouve englobée dans cette construction du XIXe siècle. Elle a servi d'habitation aux derniers propriétaires et est actuellement occupée par les services administratifs et la librairie de l'abbaye. Elle abrite également un lieu d'exposition.

Filiales

Liste des abbés

Liste des abbés de l'abbaye de Jumièges depuis sa fondation au VIIe siècle jusqu'à son dernier abbé fin XVIIIe siècle.

Autres personnalités

L'abbaye eut également ses propres annales : Annales Gemmeticenses (Annales de Jumièges), écrites au début du XIIe siècle.

Au XVIIe siècle, l'abbaye renaissante a été de nouveau un centre intellectuel important. Parmi les moines qui ont contribué à sa renommée, on peut citer :

  • Dom Thomas Dufour, très versé dans la connaissance des langues orientales, auteur d'une grammaire hébraïque ;
  • Dom Jean Garet, l'éditeur des ouvrages de Cassiodore ;
  • Dom Massuet, savant helléniste, connu dans le monde de l'érudition par son édition de saint Irénée ;
  • Dom Boudier, un des bons écrivains et des supérieurs généraux de l'Ordre ;
  • Dom Le Nourry, l'auteur de l'excellent ouvrage intitulé Apparatus ad Bibliothecam Maximam Patrum, où l'on trouve une analyse raisonnée des Pères apostoliques et des écrivains ecclésiastiques des IIIe et IVe siècles.

Protection

L'abbaye de Jumièges a été classée monument historique en 1862, avant d'être déclassée le 21 mars 1888. L'église abbatiale, église Saint-Pierre, la salle capitulaire, le grand cellier occidental, les caves, les souterrains et l'escalier conduisant au potager font l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le 15 janvier 1918. Les terrains environnant les ruines de l'abbaye sont classés par décret du 26 décembre 1921. Finalement, le 21 octobre 1947, l'ensemble de l'ancienne abbaye et le parc attenant sont classés monuments historiques[5].

L'abbaye est située dans le parc naturel régional des Boucles de la Seine normande.

Anecdote

L'abbaye de Jumièges a servi de cadre entre autres, à l'aventure d'Arsène Lupin intitulée : La Comtesse de Cagliostro. L'oncle de Maurice Leblanc, Charles Brohy était propriétaire de l'actuel bureau de poste de Jumièges, en face de l'abbaye, où l'écrivain fit de nombreux séjours.

Notes et références

  1. Fondation de Jumièges
  2. Selon l'expression de l'abbé Cochet in Jean-Benoît-Désiré Cochet, Culture de la vigne en Normandie (1844).
  3. Louis Réau, Histoire du vandalisme.
  4. Alfred Canel, Armorial de la province des villes de Normandie, Rouen: A. Péron, 1849.
  5. Notice no PA00100726, sur la base Mérimée, ministère de la Culture.

Bibliographie

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Site consacré aux mondes normands, mis en ligne dans le cadre du Projet Raphaël de la Commission européenne. Plusieurs pages concernent les différents bâtiments de l'abbaye de Jumièges.
  2. Histoire de la presqu'île de Jumièges, par Laurent Quevilly.
  3. Tabularia. Sources écrites de la Normandie médiévale, revue électronique sur le Moyen Âge normand (surtout)
  4. Benoït-Michel Tock, "Les chartes originales de l'abbaye de Jumièges jusqu'en 1120"
  5. Mathieu Arnoux, "Disparition ou conservation des sources et abandon de l'acte écrit : quelques observations sur les actes de Jumièges"
  6. Pierre Bouet, Carmen de fundatione, ruina et restauratione inclyti monasterii Gemmeticensis
  7. Jacques Le Maho, "La production éditoriale à Jumièges vers le milieu du Xe siècle"
  8. Le site monuments de France
  9. l'Abbaye de Jumièges
  10. Richesheures.net, article et photos sur l’abbaye de Jumièges
  11. Prieuré Saint-Michel, fondé par l'abbaye Jumièges au Xe siècle
  12. Highcliffe Castle Website (en anglais)

Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Abbaye de Jumièges de Wikipédia en français (auteurs)

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