Abbaye de Fontevraud
Abbaye de Fontevraud
Image illustrative de l'article Abbaye de Fontevraud

Ordre Propre, d'inspiration bénédictine
Fondation 1101
Fermeture 1792
Diocèse Angers
Fondateur Robert d'Arbrissel
Personnes liées Henri II Plantagenêt
Richard Cœur de Lion
Aliénor d'Aquitaine
Style(s) dominant(s) Gothique angevin
Protection  Classé MH (1840)
Site web http://www.abbayedefontevraud.com
Localisation
Pays Drapeau de France France
Région Pays de la Loire
Département Maine-et-Loire
Commune Fontevraud-l'Abbaye
Coordonnées 47° 10′ 53″ N 0° 03′ 05″ E / 47.181369, 0.05128347° 10′ 53″ Nord
       0° 03′ 05″ Est
/ 47.181369, 0.051283
  

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Abbaye de Fontevraud

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Abbaye de Fontevraud

L'abbaye de Fontevraud est une abbaye royale ne dépendant d'aucun ordre (mais d'inspiration bénédictine), fondée en 1101 par Robert d'Arbrissel, et située à Fontevraud près de Saumur en Anjou (maintenant Maine-et-Loire), près du confluent de la Loire et de la Vienne. Site de 13 ha établi à la frontière des trois provinces du Poitou, de l'Anjou et de la Touraine, elle est l'une plus grandes cités monastiques d'Europe[1]. La grande particularité de l'abbaye a été d'accueillir à la fois des hommes et des femmes dans des couvents séparés et d'avoir dès sa fondation été dirigée exclusivement par des abbesses, selon la règle édictée par son fondateur.

L'abbaye de Fontevraud, est un témoignage médiéval du style architectural du gothique angevin. L'abbaye est classée monument historique depuis 1840[2] et au patrimoine mondial de l'Unesco en 2000 avec l'ensemble du site culturel du Val de Loire.

Sommaire

La fondation

La salle capitulaire avec des peintures murales représentant des scènes de la vie du Christ, toujours accompagnées des portraits de nombreuses Abbesses de Fontevraud.

Réformateur religieux et itinérant qui avait le soutien du pape Urbain II, Robert d'Arbrissel s'est trouvé à la tête d'un groupe de plusieurs centaines de personnes, à majorité féminine. Avec l'aide de Pierre II, évêque de Poitiers, il a dû commencer à organiser la vie communautaire en fixant son groupe au fond du vallon de Fontevraud, à côté de la source fons Ebraldi.

« Cependant, voyant augmenter la foule de ceux qui le suivaient, il décida, pour éviter tout acte inconsidéré, et puisqu'il importait que les femmes habitassent avec les hommes, de rechercher un lieu où ils pussent vivre sans scandale et de trouver un désert, s'il en rencontrait. Or, il y avait un lieu, inculte et aride, planté de buissons épineux, appelé Fontevraud depuis les temps anciens... »

— Baudri de Bourgueil, évêque de Dol, Vie du bienheureux Robert d'Arbrissel

Les gisants d'Aliénor d'Aquitaine et Henri II Plantagenêt, enterrés à Fontevraud.
Voussures du portail de la salle capitulaire.


Cette abbaye avait donc la particularité d'être double, c'est-à-dire d'accueillir en son sein mais séparément, des femmes et des hommes. Le premier protecteur en a été le seigneur de Montsoreau, dont le château est tout proche. Le rayonnement du fondateur, apparaissant comme un féministe avant la lettre, y attira de nombreuses femmes nobles, dont la duchesse de Bretagne, Ermengarde d'Anjou, qui y fit venir son frère Foulque V d'Anjou, lequel favorisa l'établissement par ses dons.

Henri II Plantagenêt, successeur de Foulque et roi d'Angleterre, en fit une abbaye royale et la nécropole de sa dynastie. C'est pourquoi lui-même et son fils Richard Cœur de Lion y ont toujours leurs gisants, de même qu'Isabelle d'Angoulême, femme de Jean sans Terre, et Aliénor d'Aquitaine qui y finit ses jours.

Relevant de la règle bénédictine, Robert d'Arbrissel établit une règle inédite — non dans la mixité&nbsp[3]; —, mais en instituant qu'après sa mort, survenue en 1116, ce serait des abbesses qui dirigeraient aussi le monastère des hommes. Les 36 abbesses qui ont dirigé de 1115 à 1792 l'abbaye de Fontevraud ont toutes appartenu au milieu aristocratique. Parmi elles, on trouve quatorze princesses, dont cinq de la famille de Bourbon.
Les quatre grandes règles dans l'abbaye étaient:

  • la chasteté
  • l'obéissance
  • le silence
  • la pauvreté

L'ordre

L'ordre de Fontevraud, supprimé avec tous les autres suite à la Révolution française, était divisé en quatre provinces, à savoir :

  • la province de France, dans laquelle, il y avait quinze prieurés ;
  • la province d'Aquitaine, quatorze prieurés, dont celui de Villesalem ;
  • la province d'Auvergne, quinze prieurés ;
  • la province de Bretagne, treize prieurés.
Détail de l'archivolte du portail de la salle capitulaire.
Fresque de la salle capitulaire

L'habit des hommes consistait en une robe noire, une chape, un chaperon ou grand capuce, auquel étaient attachées par derrière et par devant deux petites pièces de drap nommées roberts. L'habit des femmes consistait en une robe blanche, une cuculle noire, un surplis blanc et une ceinture de laine noire. En prononçant leurs vœux, les hommes et les femmes promettaient stabilité, conversion de mœurs, chasteté pure, pauvreté nue et obéissance.

Le rayonnement

L'église abbatiale vue depuis le cloître.
Gisant d'Henri II Plantagenêt, roi d'Angleterre 1154-1189.


La précarité des débuts de la communauté a rapidement laissé place à une prospérité matérielle, assurée d'une part par la générosité des riches familles angevines et d'autre part par le soutien du pape et grâce à l'amitié des évêques d'Angoulême et de Poitiers.

Dès le début du XIIe siècle, l'abbaye est une institution monastique indépendante qui n'a de compte à rendre que directement au Saint-Siège pour le spirituel et au roi de France pour le temporel. Cette situation privilégiée a bien sûr été la source de nombreux conflits avec les seigneurs, nobles, et évêques environnants, que les abbesses successives ont toujours su gérer au mieux des intérêts de l'ordre fontevriste. À la fin du XIIe siècle, l'ordre est à la tête de 123 fondations, réparties dans l'ouest de la France — essentiellement dans les terres des Plantagenêts —, le Berry et le Limousin.

Pendant la guerre de Cent Ans, l'abbaye souffre de la crise qui touche les ordres contemplatifs. Les bâtiments ne sont plus entretenus, voire abandonnés.

Aux XVIe et XVIIe siècles, les abbesses de la famille des Bourbons, bénéficiant de l'appui royal, font de Fontevraud un centre spirituel et intellectuel, qui a connu la seconde période de faste de son histoire. Ce renouveau est accompagné d'une rénovation des lieux et de la construction de nouveaux bâtiments :

« Partout, qu'il pleuve ou qu'il vente, l'abbesse de Fontevraud a rente. »

Le patrimoine architectural

Le cloître entièrement construit au XVIe siècle sur l'emprise originelle du cloître roman du XIIe siècle.

L'enceinte de Fontevraud a compté jusqu'à cinq monastères :

  • le Grand-Moûtier, qui a accueilli jusqu'à cinq cents moniales au XIIIe siècle (environ deux cents au début du XVIIIe siècle),
  • Saint-Benoît (aujourd'hui il n'en reste que les infirmeries, la cour et la chapelle Saint-Benoît),
  • le couvent de La Madeleine, qui recevait les femmes mariées ou veuves se retirant du monde,
  • le prieuré Saint-Lazare (ou Saint-Ladre), affecté aux lépreux et aux malades,
  • et Saint-Jean-de-l'Habit, le couvent des hommes — hors clôture —, commandé par un prieur soumis à l'abbesse, qui hébergeait en moyenne une cinquantaine de religieux.

Des pensionnaires illustres

Des filles de sang royal ont été pensionnaires à l'abbaye, issues des familles Plantagenêt, Bourbon, Valois. Réitérant le principe du pensionnat royal, Louis XIV confia sa fille légitimée Françoise Marie de Bourbon à la « perle des abbesses » reconnue pour son érudition, Marie-Madeleine de Rochechouart. Victoire (cinq ans à son arrivée), Sophie (quatre ans), Thérèse-Félicité (deux ans) et Louise-Marie (onze mois) ont été les plus illustres à y séjourner. Les filles de Louis XV quittèrent Versailles le 6 juin 1738, accompagnées de femmes de chambre, mobilier, argenterie, vaisselle, bagages et escorte militaire. Elles ont été installées précairement jusqu'à la fin de la construction du logis des Filles de France en 1741 (appelé aussi Logis Bourbon, bâtiment relié à l’abbaye par un pont surélevé) et ne retournèrent à la cour qu'en 1750.

De l'abbaye à la prison

Abbaye de Fontevraud, entrée de la maison de détention, par l'ingénieur Normand.
Graffiti, par un prisonnier.

Le 2 novembre 1789, les biens du clergé ont été déclarés biens nationaux. Les religieuses évacuèrent l'abbaye à l'automne 1792, Julie-Gillette de Pardaillan d'Antin, la dernière abbesse, quitta l'abbaye la dernière, le 25 septembre 1792.

Le 18 octobre 1804, Napoléon Ier signe un décret qui transforme l'abbaye en établissement de détention, ainsi que celles de Clairvaux et du mont Saint-Michel. Les travaux de conversion, confiés à l'ingénieur des Ponts et Chaussée Normand, s'échelonnent de 1806 à 1814. Des réaménagements successifs seront apportés jusqu'à la fermeture de la prison, le 1er juillet 1963, sans toucher à l'essentiel des structures. Ces travaux ont vraisemblablement sauvé les bâtiments de la ruine, contrairement à ce qui s'est passé par exemple pour Cluny ou Jumièges.

Conçue pour recevoir 700 prisonniers, la centrale en a reçu jusqu'à 1 600 en 1942 (dont 350 femmes et 100 enfants) et 1 200 en 1943. Fontevraud fut considérée comme la centrale pénitentiaire la plus dure de France, avec celle de Clairvaux, comparable au bagne. On y comptait, en moyenne, deux décès par semaine. Les ateliers fabriquaient notamment des boutons, à partir de la nacre des coquillages, des gants, des filets, des couvertures pour l'armée. Cette véritable manufacture assurait également la transformation du chanvre et du lin. La plupart des détenus sont évacués à la fermeture de la prison, sauf une quarantaine, employés à l'entretien des espaces verts et à la démolition des installations pénitentiaires. Ils quittent définitivement la prison résiduelle, le quartier de La Madeleine, en 1985, date à laquelle les lieux sont rendus à la « vie civile ».

Fontevraud a inspiré Jean Genet dans son roman "Le miracle de la rose" bien qu'il semble n'y avoir jamais séjourné. Les registres d'écrou de la maison centrale conservés aux Archives départementales de Maine-et-Loire ne signalent pas la présence de l'écrivain.

Le monument historique

Les cuisines.

Dès 1840, grâce à l'action de Prosper Mérimée, inspecteur général des Monuments historiques, l'ancienne abbaye de Fontevraud figure sur la première liste nationale de classement des monuments historiques. Progressivement, le cloître en 1860, le réfectoire en 1882, la tour d'Évrau et l'église abbatiale (de 90 mètres de longueur) au début du XXe siècle sont libérés de leur affectation et ont commencé à être restaurés. De la fermeture en 1963 à la fin du XXe siècle, les chantiers de restauration presque ininterrompus lui ont donné l'aspect que le visiteur découvre désormais. Elle a conservé une étonnante cuisine ronde dont le toit est surmonté d'une cheminée centrale et d'un cercle de cheminées plus petites.

Aucune communauté religieuse n'étant susceptible de faire revivre l'abbaye, le Centre culturel de l'Ouest est fondé en 1975. Son but est « la défense, le développement, l'animation et la promotion de l'abbaye de Fontevraud ». Cette association organise des classes du patrimoine, des manifestations artistiques, des stages d'initiation aux métiers d'art, au chant, et accueille des congrès, principalement axés sur l'Angleterre, l'architecture et le chant choral.

L'Abbaye royale de Fontevraud, centre culturel de l'Ouest est membre du réseau européen des centres culturels de rencontre. (40 membres au début du XXIe siècle en Europe)

Galerie

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Bibliographie

  • Jean-Marc Bienvenu,(…-1997), Genèse d'une abbaye canoniale, Notre-Dame de La Roë au tournant des années 1100 (analyse et édition critique des actes du cartulaire de La Roë des années 1096-1102/1105 et concernant Robert d'Arbrissel), mémoire de maîtrise de Jean Bienvenu, sous la direction d'Olivier Guillot, UCO, Angers, 1989, publié dans La Mayenne, Archéologie, Histoire no 14, 1991, bulletin de la Société d'Histoire et d'Archéologie de la Mayenne.
  • Jean-Marc Bienvenu, L'Étonnant Fondateur de Fontevraud, Robert d'Arbrissel, Nouvelles Éditions latines, 1981.
  • Robert Dalarun, Robert d'Arbrissel ou l'impossible sainteté, éd. Albin-Michel, 1986.
  • Patricia Lusseau, L'Abbaye royale de Fontevraud aux XVIIe et XVIIIe siècles, Hérault Éditions, 1986.
  • Michel Melot, L'Abbaye de Fontevraud, Henri-Laurens, Paris, rééd. 1986.

Notes

  1. L'idée de cité sur www.abbayedefontevraud.com
  2. Notice no PA00109109, sur la base Mérimée, ministère de la Culture.
  3. Des abbayes doubles existaient au Ve siècle en Égypte, au IXe siècle chez les Celtes, au XIe siècle en Espagne, etc.

Voir aussi

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