Abbaye de Chaalis
Abbaye Notre-Dame et Toussaints de Chaalis
Image illustrative de l'article Abbaye de Chaalis
Ruines de l’église abbatiale et chapelle

Nom local Abbaye de Chaalis
Diocèse Senlis
Patronage Notre-Dame
Numéro d'ordre (selon Janauschek) CVIII
Fondation 1100
Origine religieuse Bénédictine
Cistercien depuis 1137
Dissolution 1786
Abbaye-mère Abbaye de Pontigny
Abbayes-filles Abbaye de la Merci-Dieu, La Roche-Posay
Période ou style gothique, classique
Protection  Classé MH (1965)

Coordonnées 49° 08′ 51″ N 2° 41′ 12″ E / 49.1475, 2.68666749° 08′ 51″ Nord
       2° 41′ 12″ Est
/ 49.1475, 2.686667
  [1]
Pays France
Région Picardie
Département Oise
Commune Fontaine-Chaalis

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Abbaye Notre-Dame et Toussaints de Chaalis

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Abbaye Notre-Dame et Toussaints de Chaalis

L’abbaye royale de Chaalis est située à Fontaine-Chaalis, à l’orée de la forêt d'Ermenonville, face à la mer de Sable, dans le département de l’Oise, à environ quarante kilomètres au nord-est de Paris. Elle est fondée en 1136 par le roi Louis VI de France et confiée à l'Ordre cistercien. Aujourd'hui, une partie des bâtiments abrite un musée d'art dépendant de l'Institut de France, créé grâce à la donation de Nélie Jacquemart.

Sommaire

Histoire

Article connexe : Liste des abbés de Chaalis.

La fondation

La première mention du lieu apparaît dans un document du VIIe siècle. Un moulin est alors signalé au lieu-dit Cadolaicum ou Calisium, soit Kaeliez en langue vulgaire, ce qui signifie un lieu marécageux. Il est ensuite revendiqué par l'abbaye de Saint-Denis lors d'un conflit les opposant à Grimoald II selon un diplôme de Childebert IV, datant de 710. Un prieuré bénédictin consacré à la Vierge est signalé au début du XIIe siècle dans cette zone marécageuse à proximité des rives de l'Aunette. Ce prieuré dépend alors du monastère de la Madeleine de Mello, dont la fondation remonte à 1100, réalisée par Renaud de Mello au retour de la première croisade. Ce prieuré est alors lui-même une dépendance de l'abbaye bénédictine de Vézelay[2],[3].

Le roi Louis VI, dit « le Gros », qui vient régulièrement chasser dans les environs de ses palais de Ver et de Senlis, souhaite honorer la mémoire de son cousin, Charles le Bon, comte de Flandre, assassiné à Bruges par ses sujets révoltés le 2 mars 1127. Il décide pour cela de fonder un lieu où prier son cousin. Il choisit pour cela Chaalis, dont le nom est transformé en Caroli Locus, lieu de Charles. Il demande à l'abbé Albéric de Vézelay de céder cette possession à l'abbaye de Pontigny, elle-même dépendant de Cîteaux, en échange de 10 sols de cens annuel au prieuré de la Madeleine de Mello. Le roi demande à l'abbé Guichard de Pontigny d'envoyer douze moines s'installer dans l'ancien prieuré, sous la conduite du premier abbé, André de Baudiment, ancien sénéchal de Thibaut IV de Blois. L'acte de fondation est accordé le 10 janvier 1136 ou 1137[4],[5].

L'année suivante, les seigneurs Guillaume de Mello, Renaud, comte de Dammartin, et Étienne de Senlis, évêque de Paris, confirment cette fondation et lui donnent un certain nombre de terres et de bois aux alentours. Pour aider à la fondation, les rois de France lui achètent les terres de Fourcheret un peu plus au nord, Fay près de Béthisy et Vaulerent où des granges sont fondées quelque temps plus tard. En 1138, le fils de Louis le Gros, Louis VII, qui vient de lui succéder, confirme cette création[4],[5],[6].

Les papes accordent quinze bulles de privilèges à l'abbaye entre 1142 et 1197. De nombreuses donations de terres viennent compléter cette fondation, venues des nombreux seigneurs de la région. Un réseau de grange est constitué dans tout le nord-est du Bassin parisien pour gérer ces terres et leurs ressources[7].

L'Abbaye au Moyen Âge

La Construction de l'abbatiale

Une première église est construite sur le site au milieu du XIIe siècle, sans qu'il en reste de trace aujourd'hui. L'abbé Guillaume de Dongeon est probablement à l'initiative de la construction d'une nouvelle abbatiale, peu de temps avant son départ à Bourges en 1199. En 1202, une nouveau bâtiment de style gothique est en chantier, à sous la houlette de l'abbé Adam, son successeur. Avec ses 82 mètres de longueur et ses 40 mètres de largeur, elle est, jusqu'à sa destruction, l'une des plus grandes églises cisterciennes du royaume. Elle est consacrée le 2 octobre 1219 par frère Folquet de Marseille, évêque de Toulouse et frère Guérin, évêque de Senlis et chancelier de Philippe Auguste. Plusieurs évêques de Senlis ont été auparavant abbés de Chaalis. Dix-sept d'entre eux sont par la suite enterrés dans le chœur de l'abbatiale, dont Guérin lui-même[8],[9].

La Présence royale et la vie intellectuelle

Saint Louis vient régulièrement à Chaalis, où il tient à partager la vie des moines. Il donne à l'abbaye en 1262 les reliques d'un compagnons de saint Maurice ainsi que celles de sainte Berge. En 1378, Charles V y séjourne en compagnie de son bibliothécaire Gilles Mallet, et fait réaliser, à ses frais, des travaux de réfection et de fortification pour protéger les bâtiments des combats de la Guerre de Cent Ans[10],[11].

L'abbaye est à cette époque le centre d'une vie intellectuelle féconde. Outre une importante bibliothèque, plusieurs abbés et moines sont des auteurs renommés. L'abbé Jean IV de Gaillefontaine (1326-1337) est l'auteur de commentaires sur le récit de l'Annonciation dans l'évangile de Luc (Missus est Angelus Gabriel). Le prieur Guillaume de Digulleville (1295-1356) est l'auteur de poèmes mystique dont le Pèlerinage de la vie humaine. L'humaniste Jean de Montreuil y effectue un séjour et évoque l'abbaye dans une lettre datant de 1415 dans laquelle il décrit un « paradis investi par des troupes de saints et animé par des eaux de toute sorte » évoquant la vie intellectuelle ainsi que les réalisations techniques et agronomiques[11].

Le Déclin du XVe siècle

L'abbaye connaît plus de difficultés dans le courant des XIVe et XVe siècles. La baisse des vocations entraîne la réduction du nombre de moines et de convers. Les granges sont mises en fermage et les hôtels urbains sont vendus ou loués. Pour protéger l'abbaye de l'insécurité à l'occasion de la Guerre de Cent Ans, un château-fort est même construit dans la cour de l'abbaye, sa destruction étant ordonnée par une décision du chapitre général de l'ordre de 1417. Après la guerre, les bâtiments de l'abbaye sont restaurés et un clocher est construit sur l'abbatiale[12].

Le régime de commende

En 1541, suite au concordat de Bologne de 1516, l'abbaye est mise en commende. Comme toutes les abbayes du royaume, cela signifie que l'abbé n'est plus nommé par la communauté des moines, qu'il peut être un laïc, et obtient les bénéfices des revenus de l'abbaye tandis que le pouvoir spirituel est confié à un prieur. Son administration est parfois confiée à une personne nommée à l'extérieur de la communauté. C'est la fin de son indépendance.

L'Abbaye à l'heure de la Renaissance

Portrait du cardinal Hippolyte d'Este

Le premier abbé commendataire, nommé par François Ier, est le cardinal italien Hippolyte d'Este, archevêque de Milan et amis du roi, fils du duc de Ferrare et de Lucrèce Borgia, futur créateur de la villa d'Este à Tivoli (Italie). L'abbaye n'est qu'un de ses nombreux bénéfices ecclésiastiques mais il s'y installe du fait de sa proximité de Paris et des environs giboyeux. Dans l'espoir d'y faire venir le roi, il y entame des travaux somptuaires. Il fait travailler à Chaalis le peintres italien Le Primatice après 1541 à qui il confie la réalisation de fresques dans sa chapelle abbatiale. Il fait ensuite venir l'architecte Sebastiano Serlio, entre 1544 et 1546 pour faire réaliser notamment le mur de clôture de son jardin sur lequel subsiste encore ses armes. Il finit par quitter l'abbaye pour Rome en 1549[13].

Les moines sont alors au nombre de 44. L'abbé se réserve une rente de 7000 écus et ne leur accorde en 1560 que la somme de 3 692 livres par an ce qui est alors jugé insuffisant par les moines. Ils obtiennent finalement une augmentation de leurs revenus en 1563. Luigi d'Este, neveu d'Hippolyte, lui succède en 1561. Il ne fait sur place que quelques séjours. À l'occasion de l'un d'entre eux, à l'hiver 1571, il fait venir sur place le poète italien le Tasse[14],[15].

La Décadence des XVIIe et XVIIIe siècles

Portrait de Louis de Bourbon-Condé par François-Hubert Drouais

Après les cardinaux italiens, plus aucun abbé ne réside sur place et l'abbaye décline progressivement faute d'entretien. Au XVIIIe siècle, le 9e abbé commendataire, Louis de Bourbon-Condé (1709-1771), comte de Clermont-en-Argonne, petit-fils du Grand Condé est nommé abbé en 1721. En 1723, un rapport préconise un grand nombre de travaux suite au manque d'entretien des décennies précédentes. Du nouveau mobilier est installé dans l'abbatiale préservée, commandé notamment aux frères Paul-Ambroise et Michel-Ange Slodtz en 1733 et 1741[16].

En 1737, il commande à Jean Aubert, architecte des Condé, pour qui il avait construit les grandes écuries de Chantilly et le Palais Bourbon, également architecte de l'hôtel Biron à Paris, un projet grandiose de reconstruction des bâtiments conventuels. Dans le projet approuvé en juin 1739 et estimé à 330 000 livres, il est prévu la construction de bâtiments autour d'un nouveau cloître quadrangulaire long de quatorze travées. L'ancien cloître, avec ses deux galeries superposées, est démoli. Mais dès le début, les fonds manquent et la mort de l'architecte en 1741 retarde les travaux. L'aile nord du bâtiment, l'actuel château, est construit à partir de 1752. L'aile ouest n'est construite que jusqu'à sa moitié. Dans les années 1770, les deux pavillons d'entrée sont bâtis[17],[18].

Mais le manque d'argent interrompt les travaux et provoque de graves problèmes financiers. Pourtant, en 1763, les revenus de l'abbaye sont encore estimés à 68 157 livres par an, car elle conserve encore une bonne part des dépendances accumulées depuis le Moyen Âge. Les 80 créanciers du monastère font saisir ses biens par un jugement du Châtelet de Paris de 1783, confirmé par arrêt du Parlement de Paris du 31 mars 1784. En situation de liquidation judiciaire, l'abbaye est fermée, sur ordre de Louis XVI en 1786 par les abbés de Pontigny et de Clairvaux. Les terres et biens doivent être liquidés et les religieux dispersés dans d'autres monastères. Les dettes sont estimées au total à 1 400 000 livres[19].

L'Abbaye à la Révolution

Selon l'état du 28 mai 1790, il ne reste que douze moines mais seulement trois résidant sur place, infirmes. Les bâtiments et terres n'ont pas encore été vendus. Une estimation du domaine et bois environnant est estimée à 331 405 livres le 2 juillet 1791. Le tout est vendu comme bien national le 12 octobre 1793. Pierre Étienne Joseph Paris acquiert l'ensemble pour la somme de 159 000 livres. Il ne conserve que le bâtiment neuf dans lequel il installe sa famille et exploite les autres bâtiments comme carrière de pierres. Une grande partie de l'abbaye est démolie après avoir vendu son mobilier pièce à pièce. Seule subsiste la chapelle des abbés[20],[21].

Une résidence de chasse

Façade sud de l'ancien bâtiment monastique construit par Jean Aubert, actuel musée Jacquemart-André

En 1824, la propriété est acquise par Philippe Louis Armand de La Briffe, qui la conserve jusqu'à sa mort en 1846. Le domaine est acheté en 2 juin 1850 par le baron Alphée Bourdon de Vatry, agent de change et député de la Meurthe sous la monarchie de Juillet, mais retiré de la politique depuis 1848. Il y meurt le 25 juillet 1871. Sa femme, Mme Rose Paméla Hainguerlot de Vatry, issue d'une famille d'hommes d'affaires enrichis lors du Directoire, et déjà propriétaire des châteaux de Stains (actuel département de la Seine-Saint-Denis) et de Villandry (Indre-et-Loire) fait réaménager la demeure. L'aile ouest, restée inachevée depuis XVIIIe siècle, et surnommée le « Petit Château » est détruite pour ne conserver et isoler le « Grand Château », c'est-à-dire l'aile nord. Sa façade sud est réordonnancée par l'architecte du département de l'Oise Désiré-Honoré Bellanger, qui y ajoute simplement trois avant-corps[22].

Madame de Vatry transforme le réfectoire en salle à manger et salon, la cuisine en pièces de réception d'après-chasse. Elle remeuble la demeure de coffres gothiques et renaissance. Elle fait restaurer la chapelle abbatiale et notamment ses fresques par les frères Balze, peintres collaborateurs de Viollet-Le-Duc. Elle reconstitue progressivement le domaine de l'abbaye, le faisant passer de 100 à près de 1 000 hectares. Elle orne le parc de vases de pierre. De nombreuses fêtes et réceptions sont organisées au domaine, accueillant les nombreux amis artistes du couple : les écrivains Théophile Gautier, Ludovic Halévy ou Gérard de Nerval, les peintres Pierre-Luc-Charles Ciceri et Eugène Lami, les compositeurs Giacomo Meyerbeer et Daniel Auber[23],[24].

À la mort de la baronne Hainguerlot en 1881, Chaalis passe à son neveu Arthur Hainguerlot (1833-1892). À son décès, sa veuve Lydia Harvey (1841-1901), hérite du domaine. Elle se remarie le 7 décembre 1894 avec le prince Joachim Murat (1834-1901) et commence à partir de cette date à résider à l'ancienne abbaye. Après leur décès, leur succession s'ouvre au printemps 1902[23],[25].

Le dépôt d'une collection devenu musée

C'est alors que Nélie Jacquemart, qui fut la jeune protégée de Mme de Vatry, artiste peintre et surtout veuve depuis dix ans d'Édouard André, héritier d'une riche famille de banquiers protestants, achète, le 14 juin 1902, le domaine de Chaalis pour 1 200 050 francs. Elle a par ailleurs acquis, lors de la vente aux enchères du 21 mai 1902, une partie du mobilier et de la collection Vatry-Murat. Elle souhaite y abriter ses importantes collections de peintures et de mobilier[26],[27].

À grands frais, la nouvelle propriétaire modernise le bâtiment en y installant l'électricité à l'aide d'une centrale aménagée dans l'ancien moulin, le chauffage central et le téléphone. Elle le remeuble et le décore avec des boiseries, tapisseries et sculptures. Dès sa première réception en novembre 1902, elle remodèle totalement le rez-de-chaussée, la salle à manger et la bibliothèque notamment. Elle fait réaménager les cellules des moines à l'étage en chambres d'amis avec du mobilier des XVIIIe et XIXe siècles. Elle fait installer de nombreuses peintures dans la galerie du premier étage. Les modifications et ajouts se poursuivent même jusqu'après sa mort puisque certaines de ses acquisitions ne sont installées à Chaalis que 10 mois après sa mort, qui a lieu en mai 1912 à Paris. Elle est inhumée dans la chapelle abbatiale[28],[29].

Le legs et l'ouverture du musée

Son testament stipule qu'elle lègue l'abbaye et son hôtel parisien du boulevard Haussmann à l'Institut de France afin d'en faire un musée ouvert à tous, sans modification possible sous le nom de « musée Jacquemart-André ». Le musée s'enrichit tout de même de plusieurs dons au cours du XXe siècle : la collection autour de Jean-Jacques Rousseau du marquis de Girardin par son descendant Ferdinand en 1923, les collections d'arts décoratifs du XVIIIe siècle d'Henri Amic données à l'Institut en 1924 et installées dans le musée depuis 1996[30].

Le musée et le domaine sont gérés par un conservateur nommé par l'Institut, en de manière générale une personnalité issue de ses rangs. Le premier, l'historien de l'art Louis Gillet, réalise un guide en 1914 qui sert en même temps de premier catalogue des œuvres du musée, avec 704 numéros[31]. Le domaine est classé au titre des monuments historiques par arrêté du 9 septembre 1965[32].

Conservateurs de l'abbaye de Chaalis[31]
Période Nom du conservateur Qualité
1912-1943 Louis Gillet Historien de l'art, académicien
1945-1954 Émile Mâle Historien de l'art, académicien
1954-1963 Jean-Gabriel Domergue Artiste-peintre, membre de l'Académie des beaux-arts
1963-1974 Paul Deschamps Historien et archéologue, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres
1974-1990 Pierre Marot Historien, archiviste-paléographe, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres
1990-2000 Robert-Henri Bautier Historien-médiéviste, archiviste-paléographe, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres
2000-... Jean-Pierre Babelon Archiviste-paléographe, conservateur, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres

Les dépendances de l'abbaye

Dès la fondation et longtemps après, l'abbaye bénéficie d'un grand nombre de donations sous la forme de terres et de bâtiments déjà existant. L'abbaye structure ces donations en y implantant des granges, unités économiques gérées directement par les moines de l'abbaye et fonctionnant à l'aide de moines convers. En 1151, sept granges sont déjà mentionnées dans les textes ; on en compte onze en 1165. Elles sont de deux types, les granges à vocation céréalière et des granges agro-pastorales à la production plus diversifiée. À partir du XIIIe siècle, à ces granges, s'ajoutent des celliers, centres de productions viticoles : on en compte trois en 1204. L'abbaye possède par ailleurs des maisons dans plusieurs villes . Ces possessions sont parfois très éloignées de l'abbaye mère. À partir du XIVe siècle, les difficultés de recrutement de moines convers entraînent l'affermage de ces granges, leur gestion étant confiée à des laïcs. Ces propriétés sont parfois vendues au cours du temps ou restent la propriété de l'abbaye jusqu'à sa dissolution[33].

Les granges agro-pastorales

Corps de logis de la grange de Commelles, état au début du XXe siècle
L'hôtel Saint-Georges à La Chapelle-en-Serval

Les granges agro-pastorales ont des activités mixtes, liées aux ressources locales. Il s'agit d' « exploitation de clairière »[34] avec des activités liées aux bois et à la culture. Elles exploitent aussi bien les bois des forêts, les viviers aménagés dans les rivières ou les landes avec des troupeaux de bétails et enfin des terres agricoles, dans les terrains les plus propices.

La grange de Chapelle-Chaalis, à 2 km de l'abbaye, est située sur l'actuelle commune de Fontaine-Chaalis, en bordure de la forêt d'Ermenonville. Mentionnée dès 1151, sa dimension environne les 22 ha en 1320. Son exploitation directe est sans doute abandonnée à cette date. Il ne reste sur place que des bâtiments des XVIIIe siècle et XIXe siècle[35].

La grange de Commelles, est située en bordure des actuels Étangs de Commelles, dans la commune d'Orry-la-Ville. Cette grange est signalée en 1151 pour la première fois mais sur des terres données par Louis VI le Gros dès 1136. Les moines convers y exploitent des terres labourables (140 arpents sont encore mesurés au début du XVe siècle), une carrière de pierre, abandonnée dès la fin du Moyen Âge, des prés, un vivier constituant les actuels étangs, des bois (350 arpents) et même des vignes concédées à des laïcs, situées sur les bords de l'Oise à Boran. Des traces d'activités artisanales ont été retrouvées sur place avec un four à tuile, dont il subsiste la cheminée, ainsi que peut-être la présence de fours à chaux et d'une verrerie. Son exploitation passée en faire-valoir indirect sans doute au début du XVe siècle, se poursuit jusqu'au XVIIIe siècle. Il subsiste sur place l'ancien corps de logis[36].

La grange de la Chapelle-en-Serval, située non loin de l'ancienne route romaine Paris-Senlis. Les moines y achètent une maison appelée hôtel Saint-Georges en 1219 appartenant à l'abbaye Saint-Rémy de Senlis, pour y exploiter des terres depuis longtemps rattachées à la grange de Commelles. Il s'agit d'un petit domaine d'une trentaine d'arpents selon un texte de 1500, vendu définitivement par l'abbaye en 1712. L'hôtel Saint-Georges subsiste toujours à l'écart de l'ancien bourg de la commune[37].

La grange de Charlepont, à Mortefontaine, en bordure de la forêt d'Ermenonville. Le domaine appartient à l'abbaye dès 1146, des étangs y sont mentionnés en 1161 et une grange en 1175. Atteignant la dimension de 400 ha, on y exploite outre des viviers, des paturages pour le bétail, les terres étant impropres à la culture. Les terres sont actuellement occupées par une partie de l'ancien domaine du château de Vallière, la grange ayant été remplacée par des haras[38].

Les granges céréalières

Article détaillé : Grange de Vaulerent.
La grange de Fourcheret, Fontaine-Chaalis (Oise

Les granges céréalières sont toutes situées au cœur de vastes plaines agricoles prospères entre Pays de France Valois et Beauvaisis. Elles forment le plus souvent un hameau isolé au milieu des champs ouverts. Un certain nombre d'entre elles conserve toujours leur bâtiment de stockage appelé improprement grange à dîme.

La grange de Vaulerent à Villeron, dans l'actuel Val-d'Oise est une propriété isolée qui a atteint jusqu'à 380 ha de terres agricoles. En plein cœur du Pays de France, cette terre appartient à l'abbaye dès sa fondation. La grange est mentionnée en 1145 et atteint alors sa dimension maximale grâce à de nombreuses donations. Son exploitation est très bien connue grâce aux archives de l'abbaye[39]. En 1315, le faire-valoir direct est abandonné. Subsiste toujours sur place, à proximité d'un corps de logis du XVIIIe siècle et d'un pigeonnier des XVIe ou XVIIe siècle, une vaste grange classée monument historique depuis 1889[40] de 72 m de long sur 23 m de large qui constitue le plus vaste bâtiment de l'ensemble des dépendances de l'abbaye. Sa dimension était directement proportionnée à la production céréalière accumulée par cette exploitation dans les années 1220 ou 1230[41].

La grange de Choisy-aux-Bœufs est située à Vémars à moins de 3 km de Vaulerent. Formant un ensemble isolé, elle est mentionnée dès 1148 mais n'acquiert son autonomie de sa voisine qu'en 1172. Plus petite que sa voisine, elle a peut-être servie outre la production céréalière à l'élevage de bovins d'où son nom. L'ancien bâtiment principal, détruit en 1927 et dont il ne subsiste qu'un pignon, a pu servir d'étable. Le corps de logis subsiste encore en partie ainsi que ses caves[42].

La grange de Stains, située dans l'actuelle commune de Villeneuve-sous-Dammartin en Seine-et-Marne, est aussi une ferme isolée mentionnée en 1151, suite à des donations remontant à 1138. Celles-ci se poursuivent autour de la grange jusqu'en 1311. Le bâtiment de stockage, long de 56 m est toujours en place, mais lourdement transformé[43].

La terre de Fourcheret à Fontaine-Chaalis est mentionnée dès 1149 mais n'est signalée comme grange qu'en 1204. Outre une vaste exploitation céréalière, la propriété comprenait des pâturages ainsi qu'un moulin sur les bords de la Nonette. Un bâtiment de stockage de 52 m de long est classé monument historique[44] et le corps de logis et la porterie sont toujours en place[45].

La grange de Fay à Saintines, dans le Valois, est mentionnée en 1151 après une première donation remontant à 1136. Les premiers bâtiments y sont construit au milieu du siècle. Elle est affermée en 1315, atteignant alors sans doute les 200 ha. Le bâtiment de stockage, toujours présent, y mesure 55 m de long[46].

La grange de Troussures, située dans l'actuelle commune de Sainte-Eusoye, est située au nord de Beauvais. Suite à une première donation en 1146 puis neuf autres entre 1149 et 1161, une grange est implantée et citée en 1151. Très éloignée de l'abbaye mère, il fallait sans doute deux jours de marche aux convers pour gagner cette installation. D'après les recoupements de document postérieurs, le domaine atteignait plus de 280 ha. Sa grange proprement dite, longue de 45 m et qui datait du XIIIe siècle, a été détruite dans les années 1960, il n'en reste que le pignon sud[47]. Seul subsiste l'ancien pigeonnier, inscrit monument historique[48].

La grange de Rotangy était la plus lointaine de l'abbaye, à 75 km. La première donation date de 1153 et la grange est signalée pour la première fois en 1161. Le domaine a regroupé jusqu'à 266 ha. Il ne reste plus rien des bâtiments, si ce n'est l'ancien cimetière, sans doute détruits au cours du XVIIIe siècle. Ils étaient situés sur des terrains actuellement occupés par des champs[49].

Les celliers

Les celliers sont situés systématiquement à la jonction entre des parcelles de vignes situés sur des coteaux et le bord d'une rivière navigable permettant le transport du vin produit.

Il s'agit du cellier de Brenouille, situé sur les bords de l'Oise, entre Pont-Sainte-Maxence et Creil dont la première mention de propriété remonte à 1144 et le cellier lui-même en 1204. Outre 200 arpents de vignes, situé d'un côté comme de l'autre de la rivière, traversée à l'aide d'un bac, le domaine comprend des prés et des parcelles en forêt d'Halatte toute proche. L'affermage commence en 1470. Seule subsiste l'ancienne maison du passeur du bac[50].

Le cellier de Thorigny-sur-Marne est situé juste en face de la ville de Lagny-sur-Marne, connue pour ses foires, sur des coteaux exposés sud. La première donation remonte à 1167 et le cellier attesté en 1204. Les bâtiments existant ont été entièrement transformés aux XVIIe et XVIIIe siècle, à l'exception des caves du cellier[51].

En 1197, les moines de Chaalis acquiert 3 arpents de vignes à Argenteuil, sur les coteaux dominant la Seine. On dénombre une quinzaine de parcelles en 1227. En 1790, les moines de Chaalis possède encore des terres et des maisons dans la ville, mais il n'en reste plus rien actuellement[52].

Les maisons de ville

Salle voûtée au sous-sol de l'hôtel de Beauvais, située sous l'ancienne hôtellerie du Faucon

Bien que les moines cisterciens aient interdiction de résider en ville, comme de nombreuses abbayes, les moines de Chaalis possédaient des maisons installées dans les principales villes des environs. Leur rôle était essentiellement commercial, servant à écouler les productions des différentes granges. Elles pouvaient aussi servir de lieu de production de vin, comme les celliers[53].

À Senlis, on garde la mémoire de deux bâtiments ayant appartenu à l'abbaye, situés l'un en face de l'autre, rue du Petit-Chaalis. Un manoir y est loué dès 1166 qui devient par la suite l'hôtel du petit Chaalis, au numéro 4. Il a aujourd'hui totalement disparu. Le numéro 5, traditionnellement désigné comme le logement du prieur, conserve des parties remontant au XVIe siècle[54].

À Paris, une maison est donnée à l'abbaye en 1200 par Éloïse de Palaiseau dans l'actuelle rue François-Miron. Elle possédait deux corps de logis, dont l'un était appelé « hôtellerie du Faucon ». Il n'en reste plus rien sinon des caves voûtées, situées à la hauteur du numéro 62, datant d'avant l'arrivée des moines et sous le fond de la cour de l'hôtel de Beauvais au 68, datant du XVe siècle[55].

À Beauvais, Hugues de Conti donne une maison aux moines en 1171 située dans l'actuelle rue Guy-Patin. Un nouveau bâtiment est construit vers 1240. D'elle, dépendaient directement des vignobles situé sur des coteaux à l'ouest de la ville dans le quartier de Saint-Just-des-Marais. Elle est vendue en 1641. Le bâtiment a été entièrement détruit ainsi que ses caves[56].

Description du domaine

L'ancienne abbatiale

Ruines de l'église abbatiale
Plan de l'abbatiale reconstitué par Eugène Lefèvre-Pontalis

Description architecturale

La construction de l'abbatiale gothique commence sans doute à la fin du XIIe siècle. En 1217, l'abbé Adam est le premier enterré dans l'édifice, celui-ci étant achevé lors de sa dédicace en 1219. Son plan, constitué d'un petit chœur et d'un transept proéminent est relativement rare et ne se retrouve dans aucune autre abbaye cistercienne même si elle présente quelques points communs avec d'autres abbatiales dépendant de Pontigny[57].

Elle est alors constituée d'une nef longue de 60 mètres, composée de six travées doubles surmontées de voûtes sexpartites hautes de 20 m, soit 12 travées. L'ensemble est flanqué de bas-côtés et atteint une largeur de 20 m. Elle comprend deux niveaux, grandes arcades et fenêtres hautes. Sur le bas-côté sud, onze chapelles latérales sont ajoutées entre 1273 et 1280. L'église est sans doute précédée d'un porche à l'image de l'abbatiale de Pontigny. Ce porche était recouvert de trois voûtes d'ogive. En 1415, on compte 25 chapelles latérales au total. Ce nombre s'explique par le grand nombre de prêtres ordonnés et par la multiplication d'offices rémunérateurs pour l'abbaye en faveur de défunts. D'après la disposition des piscines liturgiques retrouvées, toutes étaient orientées vers l'est. L'église atteint alors une longueur totale de 90 m[58],[57].

Le transept d'une longueur de 46 mètres comprend dans chaque bras sept chapelles rayonnantes, trois rectangulaires puis quatre hexagonales aux extrémités formant deux demi-cercles. Eugène Lefèvre-Pontalis désigne ce type de transept sous le nom de « plan treflé ». Le chœur de petite taille prend la forme d'une abside semi-circulaire à sept pans coupés allongé d'une seule travée. Il était éclairé par sept fenêtres basses et neuf fenêtres hautes en tiers-point. La croisée du transept, voûtée d'ogive, était surmontée d'un petit clocher en charpente comportant 5 cloches en 1791[58].

Suite aux destructions, il subsiste de nos jours en élévation les grandes arcades de l'extrémité nord du transept, quelques fenêtres hautes, l'escalier des matines qui permettait d'accéder depuis le dortoir à l'abbatiale, la sacristie et une petite partie du mur entre le bas-côté et le cloître. Subsiste aussi toujours la tour pinacle, haute de 34 m, qui, outre son rôle d'arc-boutant, permettait d'accéder au dortoir des moines, à la chambre de l'abbé, à la salle du trésor et tout au sommet à une salle de guet[59].

L'ancien mobilier de l'abbatiale

Plusieurs descriptifs permettent de connaître la décoration intérieure. L'ensemble de murs étaient recouverts d'enduits peints en faux appareil[60]. Le mobilier de l'église a été renouvelé en grande partie au XVIIIe siècle. Un maître-autel est commandé aux frères Slodtz en 1733. Il était prenait la forme d'un tombeau de marbre coloré. Il est actuellement conservé dans la cathédrale Notre-Dame de Senlis, transféré là après la dissolution de l'abbaye[61]. Entre 1741 et 1747, des stalles et lambris sculptés sont exécutés par les mêmes sculpteurs. Ils sont actuellement conservés dans l'église paroissiale de Baron[62]. On trouvait par ailleurs une statue de la Vierge dans le style de Jean-Baptiste Pigalle, des tableaux de Nicolas Bertin, Jean Restout et Gabriel Revel[63].

Les anciennes tombes présentes dans l'église

Ces tombes ont toute disparu mais leur forme et disposition est connue grâce aux relevés effectués par François Roger de Gaignières au début du XVIIIe siècle. Treize évêques de Senlis, du XIIIe siècle, qui ont tous été moines à Chaalis, ont été enterrés dans le chœur de l'abbatiale, adossés aux murs du chevet. Celle d'Adam de Chambly était disposée au centre du sanctuaire, fabriquée en cuivre jaune, dix autres, en pierre, étaient disposées autour du chœur. Elles étaient recouvertes d'un gisant disposées pour certaines dans des niches surmontées d'une voûte[64].

D'autres tombes des XIVe et XVIe siècles, dont celle de quatre autres abbés, étaient présentent dans la nef de l'église[65]

L'ancien cloître

Le cloître dont il subsiste de nos jours des vestiges est en réalité à l'origine le Grand cloître, un des trois cloîtres de l'abbaye, les deux autres étant le cloître du Colloque, qui desservait l'infirmerie, la bibliothèque et le noviciat, et le cloître communiquant avec les logis du prieur et de l'abbé. Ce Grand cloître était appuyé contre le bas-côté et le transept nord de l'abbatiale.

Construit dans le premier quart du XIIIe siècle, sa galerie est comprenait six travées donnant sur la sacristie, seul salle subsistante puis sur la salle du chapître, située sous le grand dortoir des moines à l'étage[66]. Il en subsiste toujours une partie du mur sur une longueur de quatre travées sur lesquels sont présents les arcs formerets avec leurs chapiteaux en cul-de-lampe, qui supportaient auparavant une voûte d'ogive[67].

Du mur sud du cloître, il en subsiste aussi quatre autres travées. Un armarium y est aménagé sous la forme de deux niches jumelles en plein-cintre, qui servaient à y entreposer des livres sur des étagères. Dans ce même mur, Madame de Vatry, au XIXe siècle, après avoir un temps envisagé d'abattre les vestiges de l'abbatiale, y a aménagé une ouverture sous un arc formeret afin d'ouvrir la perspective du château sur l'étang situé derrière. Cet aménagement lui a été suggéré par Gérard de Nerval[60].

Le cloître comprenait aussi un certain nombre de tombes, couvertes d'une pierre tombale, parfois décorées d'une figure. Il s'agit de bourgeois de Senlis et de petits seigneurs des environs. D'autres abbés étaient enterrés dans la salle du chapitre[65].

La chapelle abbatiale Sainte-Marie

Cette chapelle réservée aux offices privés de l'abbé est construite entre 1250 et 1255 à la fin de l'abbatiat de Jean II d’Arbone. Elle comprend une courte nef à deux travées et voûte d'ogive quadripartite et d'une abside à six pans surmontés d'une voûte d'autant de nervures. Les parties hautes des murs sont entièrement composées de grandes verrières qui comprennent trois à quatre lancettes et trois quadrilobes. L'extérieur a été lourdement restauré entre 1875 et 1881 par l'architecte Édouard Corroyer à la demande de Madame de Vatry[68].

En 1541, Le Primatice intervient pour peindre les murs de la chapelle. Ces peintures murales, achevée en 1544, ont longtemps été attribuées par erreur à Nicolò dell'Abbate. Ces décors sont lourdement restaurés en 1875 par les peintres Paul et Raymond Balze. Elles sont entièrement restaurées de nouveau en 2006. Les peintures de la voûte de la nef représentent les Pères de l'Église, les apôtres et les évangélistes, sur la contre-façade on trouve l'Annonciation. Les cinq voûtains du chœur comportent des anges et les instruments de la Passion. Les parties basses, sur lesquelles ne subsistent que les peintures du XIXe siècle, comprennent les armes des abbés des origines à la Révolution[69],[70].

Dans la chapelle, on trouve la tombe de Nélie Jacquemart, enterrée ici à sa demande sous une pierre tombale signée Denys Puech, posée par l'Institut en 1925. D'autres tombeaux sont présents, dont certains venus d'Italie suite à un achat de la collectionneuse, tel que celui de Melchiorre Baldassini, provenant de l'église Saint-Augustin de Rome et datant de 1525[71].

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Le Château-musée

Les Transformations du bâtiment

Le Château, l'aile ouest au premier plan

Le bâtiment actuel est construit selon les plans de Jean Aubert entre 1739 et 1741. Il aurait du constituer l'aile nord du cloître, aile située à l'opposé de l'abbatiale. Finalement, ce sera la seule partie construite d'un projet beaucoup plus vaste. Le bâtiment, laissé inachevé jusqu'au milieu du XIXe siècle, est repris à l'initiative de Madame de Vatry qui fait combler les vides sur la façade côté nord, qui avaient été laissé pour créer la galerie devant rejoindre l'ancienne église. Il est depuis constitué d'un corps de logis principal, surmonté d'un fronton triangulaire central, encadré de deux ailes en retour qui tournent le dos aux ruines de l'abbatiale et font face au parc. Les façades des ailes et du pavillon central sont entièrement traitées en bossages[72].

À l'intérieur, le bâtiment comprenait au XVIIIe siècle, au rez-de-chaussée, les cuisines et le réfectoire des moines donnant sur la grande galerie du nouveau cloître. À l'étage, les cellules monastiques étaient aménagées par deux et donnaient sur une autre galerie[73].

Le Rez-de-chaussée

De nos jours, l'entrée du bâtiment se fait par l'aile ouest, et donne sur la salle dite des moines, aménagée en musée par Nélie Jacquemart. Dans cette salle s'accumule sur les murs et au milieu de la salle des tableaux, sculptures, vitraux, meubles et reliques de l'ancienne abbaye. La grande galerie s'étend sur toute la longueur du bâtiment côté sud, distribuant les salles de réception du palais. Elle présente la collection de coffres gothiques et Renaissance de Madame de Vatry et une collection de bustes, de la Renaissance au XVIIIe siècle[74].

Parmi les salles de réception, on voit d'abord la salle à manger, qui a gardé le même aspect qu'à l'époque de Madame de Vatry, décorée de tableaux animaliers de François Desportes et de l'atelier de Jean-Baptiste Oudry. La bibliothèque est l'ancienne salle de réception de madame de Vatry, immortalisée par une aquarelle d'Eugène Lami dans laquelle la maîtresse de maison entre dans la pièce à cheval tandis que des peintres exécutent les portraits de personnalités. Elle comprend des boiseries posées par Nélie Jacquemart abritant des éditions du XVIIIe siècle, ainsi que du mobilier signé pour partie André Charles Boulle et se fils. Lui succède le vestibule Médicis, qui reliait autrefois la galerie au parc et qui doit son nom aux objets aux armes des Médicis. La salle de billard comprend en son centre un billard d'époque Charles X et des tableaux du XVIIe siècle dont deux signés Jean-Baptiste Martin. Le salon comprend du mobilier XVIIe et XVIIIe siècles et des portraits de Nicolas de Largillière et Louis-Michel van Loo. Le rez-de-chaussée s'achève par un petit salon indien, décorés de souvenir ramenés d'un séjour en Orient de Nélie Jacquemart en 1902 ; tapis, coffres, bannières, panoplies d'armes indiennes[75].

Le Premier Étage

Au premier étage, la galerie est principalement consacrée à la peinture de la Renaissance française, italienne et néerlandaise. Le mobilier est composé de coffres et bahuts des XVIe et XVIIe siècles. Elle donne accès aux anciennes cellules des moines transformées en chambres et cabinets. Chacune comprend une décoration particulière : style Régence, style Empire (la chambre des aigles), style Restauration. L'une d'entre elles contient la galerie Jean-Jacques Rousseau. Toujours au premier étage, on trouve les anciens appartements privés de Nélie Jacquemart : outre un boudoir, ils comprennent sa chambre à coucher au lit de style Louis XV et décorée de portraits François Boucher, Van Loo, Jean-Baptiste Greuze et l'ancienne salle de bain aménagée en salon, décoré de boiseries de style Louis XVI et de glaces ainsi que de mobilier de la même époque, salon de musique[76].

Le parc

Le domaine actuel est un ensemble de 1 000 hectares comprenant une partie de la forêt d'Ermenonville, gérée par l'Office national des forêts, ainsi que des étangs et un parc autour de l'abbaye d'environ 29 ha. Il est le résultat des rachats successifs effectués par Madame de Vatry qui visait à reconstituer le domaine des moines cisterciens[23].

Un premier jardin est signalé dès l'époque d'Hippolyte d'Este. Celui-ci fait construire devant le cimetière des moines un grand mur crénelé, comportant un portail monumental frappé de ses armes, attribué à Sebastiano Serlio. Cette actuelle roseraie prend la forme d'un potager à quatre carrés. La vasque centrale remonte à la Renaissance et y a été installée par Nelie Jacquemart. Un temps abandonnée, elle est progressivement reconstituée à partir de 1997 par le paysagiste André Gamard[77],[78].

La cardinal d'Este fait aussi aménager par ailleurs des bassins d'eau autour de l'abbaye. Avec la reconstruction de l'abbaye, au cours du XVIIIe siècle, la partie du parc située en face du nouveau bâtiment est aménagé en jardin régulier. Restauré par Mme de Vatry, celle-ci y fait installer des statues et des vases de marbres toujours présents. Nélie Jacquemart le complète par de nouvelles statues. Une statue de Vénus, datant du XVIIIe siècle, entourée de deux sphynges baroques provenant du château de Gevrey-Chambertin, est ainsi située juste à l'entrée du jardin régulier, en face du palais[30].

Dans le parc se tiennent chaque année les Journées de la Rose, lors du deuxième weekend du mois de juin. Ce salon d'horticulture et du jardinage rassemble une centaine d'exposants et une dizaine de milliers de visiteurs[79].

Musée Jacquemart-André

Le palais abbatial abrite la très riche collection d'œuvres d'art léguée par Nélie Jacquemart à l'Institut de France en 1912.

Peintures

Saint Jérôme de Domenico Panetti

Parmi les peintures, on peut noter :

Ainsi que des œuvres de Cima da Conegliano, Lorenzo di Credi, Palma le Jeune, Jan Davidsz de Heem, Giovanni Paolo Pannini

Sculptures et mobilier

La sculpture est présente avec des œuvres de Mantegazza, Baccio Bandinelli, François Girardon, Jean-Antoine Houdon, Augustin Pajou, Jean-Baptiste Lemoyne ou Gois.

On trouve également du mobilier ancien, particulièrement du XVIIIe siècle, des objets d'arts et une collection d'objets indiens et birmans.

La Galerie Jean-Jacques Rousseau et la collection Girardin

En 1923, Fernand-Jacques de Girardin (1857-1924), arrière-arrière-petit-fils de René Louis de Girardin[80], vend la collection de celui-ci lié à Jean-Jacques Rousseau. René de Girardin était le propriétaire du château d'Ermenonville et dernier protecteur du philosophe. Il accumule une collection d'autographes, de livres, de documents et d'objets en lien avec Rousseau. Cette collection entre au musée de l'abbaye de Chaalis, à trois kilomètres de son lieu d'origine. La collection comprend notamment des partitions, un herbier, une bibliothèque de cinq cents ouvrages et documents. La galerie actuelle du musée présente par ailleurs des objets issus du mouvement de la « Rousseau-mania » qui a suivi sa mort, ainsi qu'un buste de Rousseau par Jean-Antoine Houdon[81].

Évocations dans la littérature et à l'écran

Gérard de Nerval a décrit le site dans Les Filles du feu. Dans une de ses Lettres à Angélique, il évoque l'abbaye de Chaalis :

« La suite des ruines amenait encore à une tour et une chapelle. Nous montâmes à la tour. De là l'on distinguait toute la vallée, coupée d'étangs et de rivières, avec les longs espaces dénudés qu'on appelle le Désert d'Ermenonville, et qui n'offrent que des grès de teinte grise, entremêlés de pins maigres et de bruyères. Des carrières rougeâtres se dessinaient encore çà et là à travers les bois effeuillés, et ravivaient la teinte verdâtre des plaines et des forêts, où les bouleaux blancs, les troncs tapissés de lierre et les dernières feuilles d'automne se détachaient encore sur les masses rougeâtres des bois encadrés des teintes bleues de l'horizon. Nous redescendîmes pour voir la chapelle; c'est une merveille d'architecture. L'élancement des piliers et des nervures, l'ornement sobre et fin des détails, révélaient l'époque intermédiaire, entre le gothique fleuri et la Renaissance. »

En 1999, un des épisodes de Sydney Fox l’aventurière est tourné à l’abbaye de Chaalis. Il s'agit du 18e épisode de la saison 1 intitulé « Le dernier chevalier ». Sydney est convoquée à Paris pour vérifier l'authenticité d'un médaillon de l’Ordre des Templiers. Selon la légende, cet objet aurait un lien avec une épée capable de donner l’invincibilité à celui qui l’utilise. Tous les signes les conduisent aux ruines de l’église abbatiale.

Voir aussi

Bibliographie

  • Jean-Pierre Babelon et Jean-Marc Vasseur, L'abbaye royale de Chaalis et les collections Jacquemart-André, éditions du Patrimoine, coll. « Itinéraires », 2007, 69 p. (ISBN 978-2-85822-883-6) 
  • Jean-Pierre Babelon, Primatice à Chaalis, Nicolas Chaudun éditeur, 2006, 163 p. (ISBN 2-35039-027-6) 
  • Eugène Lefèvre-Pontalis, L'église abbatiale de Chaalis (Oise), Caen, Henri Delesques Imprimeur-éditeur, 1903, 43 p. [lire en ligne (page consultée le 21 avril 2011)] 
  • Robert-Henri Bautier et Anne-Marie Bautier, « Chaalis, l'abbaye, les collections », dans Beaux Arts Magazine, no hors-série, 1994, p. 58 .
  • François Blary, Le domaine de Chaalis, XIIe - XIVe siècle : Approches archéologiques des établissements agricoles et industriels d'une abbaye cistercienne, CTHS, 1989, 417 p. (ISBN 2-7355-0172-8) 
  • Léon Fautrat, « Notes sur Chaalis », dans Comptes rendus et mémoires du Comité archéologique de Senlis, Société d'histoire et d'archéologie de Senlis, vol. 8, 1921, p. 1-25 [texte intégral (page consultée le 16 juin 2010)] 
  • Louis Gillet, « Le Musée Jacquemart-André à Chaalis », dans La Revue de l'Art ancien et moderne, vol. XXXV, no 1, 1914, p. 321-336 [texte intégral (page consultée le 23 juillet 2011)] 
  • Louis Gillet, Abbaye de Chaalis et Musée Jacquemart-André : Notice et guide sommaire des monuments, des collections et de la promenade du Désert, Paris, Bulloz, 1933, 3e éd., 168 p. 

Articles connexes

Liens externes

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Notes et références de l'article

  1. Coordonnées trouvées sur Google Maps
  2. Robert-Henri et Anne-Marie Bautier, « Chaalis, l'abbaye-les collections », 1994, p. 9
  3. Babelon et Vasseur, L'Abbaye royale de Chaalis, p. 2-3
  4. a et b Eugène Lefèvre-Pontalis, L'église abbatiale de Chaalis (Oise), 1903, p. 3-4
  5. a et b Léon Fautrat, « Notes sur Chaalis », 1925, p. 3
  6. Bautier, « Chaalis, l'abbaye-les collections », p. 10
  7. Babelon et Vasseur, L'Abbaye royale de Chaalis, p. 4-5
  8. Bautier, « Chaalis, l'abbaye-les collections », p. 10-11
  9. Babelon et Vasseur, L'Abbaye royale de Chaalis, p. 6-7
  10. Bautier, « Chaalis, l'abbaye-les collections », p. 11-12
  11. a et b Babelon et Vasseur, L'Abbaye royale de Chaalis, p. 13-14
  12. Babelon et Vasseur, L'Abbaye royale de Chaalis, p. 15
  13. Babelon et Vasseur, L'Abbaye royale de Chaalis, p. 16-18
  14. Léon Fautrat, « Notes sur Chaalis », 1925, p. 9-11
  15. Babelon et Vasseur, L'Abbaye royale de Chaalis, p. 17-20
  16. Babelon et Vasseur, L'Abbaye royale de Chaalis, p. 21-22
  17. Bautier, « Chaalis, l'abbaye-les collections », p. 16
  18. Babelon et Vasseur, L'Abbaye royale de Chaalis, p. 23-24
  19. Lefèvre-Pontalis, op. cit., p. 4-5
  20. Lefèvre-Pontalis, op. cit., p. 5
  21. Babelon et Vasseur, L'Abbaye royale de Chaalis, p. 24
  22. Babelon et Vasseur, L'Abbaye royale de Chaalis, p. 25-27
  23. a, b et c Bautier, « Chaalis, l'abbaye-les collections », p. 17
  24. Babelon et Vasseur, L'Abbaye royale de Chaalis, p. 27-28
  25. Babelon et Vasseur, L'Abbaye royale de Chaalis, p. 28
  26. Bautier, « Chaalis, l'abbaye-les collections », p. 41-48
  27. Babelon et Vasseur, L'Abbaye royale de Chaalis, p. 29
  28. Bautier, « Chaalis, l'abbaye-les collections », p. 48-53
  29. Babelon et Vasseur, L'Abbaye royale de Chaalis, p. 32
  30. a et b Bautier, « Chaalis, l'abbaye-les collections », p. 18
  31. a et b Babelon et Vasseur, L'Abbaye royale de Chaalis, p. 33
  32. Notice no PA00114690, sur la base Mérimée, ministère de la Culture
  33. Blary, Le domaine de Chaalis, op. cit., pp. 11-25
  34. Charles Higounet, La Grange de Vaulerent : Structure et exploitation d'un terroir cistercien de la plaine de France XIIe-XVe siècle, SEVPEN, coll. « Les Hommes et la terre », 1965, 70 p., p. 17 
  35. Blary, Le domaine de Chaalis, op. cit., pp. 41-46
  36. Blary, Le domaine de Chaalis, op. cit., pp. 46-71
  37. Blary, Le domaine de Chaalis, op. cit., pp. 73-86
  38. Blary, Le domaine de Chaalis, op. cit., pp. 87-92
  39. Higounet, op. cit.
  40. Notice no PA00080231, sur la base Mérimée, ministère de la Culture
  41. Blary, Le domaine de Chaalis, op. cit., pp. 105-116
  42. Blary, Le domaine de Chaalis, op. cit., pp. 125-139
  43. Blary, Le domaine de Chaalis, op. cit., pp. 153-169
  44. Notice no PA00114691, sur la base Mérimée, ministère de la Culture
  45. Blary, Le domaine de Chaalis, op. cit., pp. 173-211
  46. Blary, Le domaine de Chaalis, op. cit., pp. 215-231
  47. Blary, Le domaine de Chaalis, op. cit., pp. 251-264
  48. Notice no PA00114979, sur la base Mérimée, ministère de la Culture
  49. Blary, Le domaine de Chaalis, op. cit., pp. 265-284
  50. Blary, Le domaine de Chaalis, op. cit., pp. 289-302
  51. Blary, Le domaine de Chaalis, op. cit., pp. 305-315
  52. Blary, Le domaine de Chaalis, op. cit., pp. 319-323
  53. Blary, Le domaine de Chaalis, op. cit., pp. 327 et 336
  54. Eugène Müller (chanoine), Essai d'une monographie des rues, places et monuments de Senlis, t. 4, Senlis, Imprimerie & lithographie Ernest Payen, 1880 [lire en ligne (page consultée le 12 mars 2011)], p. 144-145 
  55. Blary, Le domaine de Chaalis, op. cit., pp. 329-333
  56. Blary, Le domaine de Chaalis, op. cit., pp. 333-336
  57. a et b Babelon et Vasseur, L'Abbaye royale de Chaalis, p. 8
  58. a et b Lefèvre-Pontalis, op. cit., p. 10-22
  59. Babelon et Vasseur, L'Abbaye royale de Chaalis, p. 35-36
  60. a et b Babelon et Vasseur, L'Abbaye royale de Chaalis, p. 38
  61. Notice no IM60000891, sur la base Palissy, ministère de la Culture
  62. Notice no PM60000071, sur la base Palissy, ministère de la Culture
  63. Babelon et Vasseur, L'Abbaye royale de Chaalis, p. 22
  64. Lefèvre-Pontalis, op. cit., p. 22-26
  65. a et b Lefèvre-Pontalis, op. cit., p. 26-31
  66. Lefèvre-Pontalis, op. cit., p. 39-41
  67. Babelon et Vasseur, L'Abbaye royale de Chaalis, p. 11-12
  68. Lefèvre-Pontalis, op. cit., p. 43
  69. Notice no IA60001577, sur la base Mérimée, ministère de la Culture
  70. Description des fresques sur Site du service pédagogique du domaine de Chaalis. Consulté le 29 août 2010
  71. Philippe Sénéchal, « Le tombeau de Melchiorre Baldassini retrouvé à Chaalis », dans Revue de l'Art, no 1, 1999, p. 56-61 [texte intégral (page consultée le 21 avril 2011)] 
  72. Bautier, « Chaalis, l'abbaye-les collections », p. 14-15
  73. Bautier, « Chaalis, l'abbaye-les collections », p. 22-52
  74. Bautier, « Chaalis, l'abbaye-les collections », p. 22-31
  75. Bautier, « Chaalis, l'abbaye-les collections », p. 32-44
  76. Bautier, « Chaalis, l'abbaye-les collections », p. 46-53
  77. Le parc sur Chaalis.fr. Consulté le 30 août 2010
  78. Jardin de l'abbaye royale de Chaalis sur Comité des parcs et jardins de France. Consulté le 30 août 2010
  79. Site officiel des Journées de la rose. Consulté le 30 août 2010
  80. L'arbre généalogique de la famille de Girardin dans : Geneviève Mazel, Ermenonville : l'histoire et la vie du village, le château et les jardins du marquis de Girardin, le souvenir de Jean-Jacques Rousseau : bulletin spécial n°73-75, Beauvais (60), Groupe d’Étude des Monuments et Œuvres d’art de l’Oise et du Beauvaisis (GEMOB), 1996, p. 125 
  81. Albert Schinz, « La Collection Girardin à l'abbaye de Chaalis », dans Annales de la Société Jean-Jacques Rousseau, no 24, 1923, p. 121-155 [texte intégral (page consultée le 30 août 2010)] 

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