A priori et a posteriori

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La locution a priori[1] désigne les connaissances logiquement antérieures à l'expérience, et aussi "indépendantes de l'expérience" (Kant). Cela s'oppose à a posteriori, empirique, factuel, à ce qui est "issu de l'expérience" (Kant).

Dans le français courant, a priori, substantif masculin invariable, ou apriori (ex. avoir des a priori (ou aprioris), signifie « préjugé ».

A priori, locution latine signifie : "à partir de ce qui vient avant"[2]". L'expression a d'abord servi à désigner un raisonnement qui va de la Principe de causalité [réf. nécessaire]. Ce sens se rencontre au Moyen Âge, chez Descartes et encore chez Gottfried Wilhelm Leibniz ; par exemple, une preuve a priori de l'existence de Dieu est une démonstration propter quid (à cause de quoi), une preuve qui part de ce qui est premier selon la nature (natura), les causes.

Sommaire

Usage

Graphies

La locution possède aujourd'hui deux orthographes : « a priori » ou « à priori » (toutes les remarques de cette partie s'appliquent aussi à « a posteriori »)[3].

La forme francisée « à priori » est utilisée notamment par Voltaire[4] et Laplace[5], et reconnue par Littré[6] et est encore largement discutée[7]. En fait, l'absence d'accent est un usage moderne. La préposition latine ab, élidée ici en « a », n'a rien à voir avec la préposition française « à », mais la langue française actuelle réserve le « a » sans accent au verbe avoir[7].

Cette forme francisée est supprimée du dictionnaire de l'Académie française dans sa neuvième édition, en 1992.

Le statut actuel est qu'aucune des deux graphies n'est fautive. Mais il est considéré comme plus cohérent d'utiliser l'italique pour la graphie sans accent et uniquement pour celle-là[7].

L'utilisation des termes

Les termes a priori et a posteriori sont utilisés en philosophie pour distinguer deux types différents de connaissances, la justification et l'argument: «une connaissance a priori "est indépendante de l'expérience", et "une connaissance a posteriori est prouvée par l'expérience". Ils sont principalement employés comme substituant au terme "connaissance", ou encore faisant référence à des types de connaissances (par exemple, «une connaissance a priori"). L'«a priori» est parfois utilisé pour substituer au terme «vérité». En outre, les philosophes en donnent differents sens.

La distinction intuitive

Bien que les définitions et l'utilisation des termes aient varié dans l'histoire de la philosophie, ils ont constamment marqué deux notions épistémologiques distinctes. La distinction intuitive des connaissances a priori et a posteriori est plus facilement observable dans les exemples. En empruntant à Jerry Fodor (2004), prenons par exemple la proposition exprimée par la phrase "George V souverain de 1910 à 1936." C'est une connaissance (si elle est vraie) qu'il faut tenir pour savoir a posteriori, car elle exprime un fait empirique inconnaissable par la raison seule. Par contre, considérons la proposition: "Si George V régna sur tous, alors il aura régné au moins une journée." C'est une connaissance a priori, parce qu'elle dérive d'une déclaration que l'on peut déduire par la seule raison.

L'opposition a priori / a posteriori

"Aristote est le premier à avoir thématisé cette distinction qu'il recoupe avec celle de 'ce qui est antérieur et mieux connu par nature' et 'ce qui est antérieur et mieux connu pour nous'. Il entend par la première ce qui est plus éloigné de la sensation (l'universel), et, par la seconde, ce qui est le plus proche de celle-ci (les individus)" (Encyclopédie de la philosophie, Le livre de poche, 2002, p. 1).

"J'appelle antérieur et mieux connu pour nous ce qui est plus proche de la sensation, alors que ce qui est antérieur et mieux connu absolument en est plus éloigné. Or ce qui est le plus universel en est le plus éloigné, alors que les individus en sont le plus proche" (Aristote, Seconds analytiques, I, 2, 71b33).

Leibniz oppose les vérités de fait (a posteriori) aux vérités de raison (a priori).

"Il y a deux sortes de vérités, celles de raisonnement et celles de fait. Les vérités de raisonnement sont nécessaires et leur opposé est impossible, et celles de fait sont contingentes et leur opposé est possible. Quand une vérité est nécessaire, on en peut trouver la raison par l'analyse, la résolvant en idées et en vérités, plus simples jusqu'à ce qu'on vienne aux primitives" (Leibniz, Monadologie, § 33).

Hume oppose les "données concrètes" (a posteriori) aux "relations d'idées" (a priori). Les relations philosophiques, qui assemblent les idées, sont sept : ressemblance, contrariété, degrés d'une qualité, rapports de quantité, identité, contiguïté, causalité. Ressemblance, contrariété, degrés d'une quantité et rapports de quantité ne consistent qu'à comparer des idées, sans apport de l'expérience ; identité, contiguïté, causalité ne sont connues que grâce à l'expérience (Traité de la nature humaine, 1739-1740).

Le grand théoricien demeure Kant. L'a priori désigne ce qui est pensé comme nécessaire et universel et qui, à ce titre, peut être conçu « indépendamment/indépendant de l'expérience ». La nécessité et l'universalité sont en effet, selon la Critique de la raison pure (1781), deux critères certains d'une connaissance pure, c'est-à-dire a priori (Introduction à la Critique de la raison pure, II : « Nous sommes en possession de certaines connaissances a priori, et même l'entendement commun n'en est jamais dépourvu. »

"Nécessité et universalité rigoureuses sont donc des caractéristiques certaines d'une connaissance a priori, et sont aussi inséparables. Mais comme dans l'usage de ces caractéristiques il est parfois plus facile de montrer la limitation empirique que la contingence dans les jugements, ou qu'il est plus éclairant de montrer l'universalité illimitée que nous attribuons à un jugement que sa nécessité, il est opportun de se servir séparément des deux critères en question, dont chacun est par soi infaillible. »

Une connaissance est a priori si elle peut être prouvée sans référence aucune à l'expérience. Par exemple, l'espace et le temps sont des formes d'intuition a priori, inhérentes au sujet transcendantal. Ce qui signifie qu'il n'y a pas d'expérience possible, pour un être raisonnable, hors du cadre de l'espace et du temps. Kant distingue les connaissances a priori (elles portent sur des éléments dont l'un n'est connu que par l'expérience) et les "connaissances pures a priori" (elles ne contiennent aucun élément empirique, venu de l'expérience).

"Pour Husserl, l'a priori est ancré dans ce qu'il appelle une intuition eidétique spécifique qui nous met en présence d'essences universelles (par exemple le coq ou le nombre deux), de la même façon que l'intuition sensible nous met en présence d'objets individuels (comme une chose jaune particulière, une paire d'objets particuliers). L'exemple le plus significatif de propositions a priori fondées sur cette intuition éidétique est fourni par les lois logico-mathématiques, à propos desquelles Husserl parle d'une ontologie formelle comme 'science eidétique de l'objet en général' (Idées directrices pour une phénoménologie et une philosophie phénoménologique pures, 1913). A cette ontologie formelle se joignent ensuite de multiples ontologies régionales, dont chacune se fonde sur un a priori dit matériel et qui constitue une science a priori de telle ou telle zone ou 'région' de la réalité (par exemple, de la sphère des objets matériels, ou bien des phénomènes de conscience, et ainsi de suite)" (Encyclopédie de la philosophie, p. 2).

Pour Friedrich Nietzsche et l'épistémologie évolutionniste, particulièrement d'après les études èthologiques de Konrad Lorenz[8], l'a priori devient synonyme d'inné dans l'individu (et donc maintenant a priori) des catégories mentales qui a posteriori dérivent phylogénétiquement de l'interaction évolutionniste de l'espèce avec l'environnement: notre "appareil cognitif" (appareil qui fournit une image du Monde).

"Quelque chose qui reste à la réalité extérieure, comme l'ajustement du sabot du cheval au sol de la steppe ou des nageoires du poisson à l'eau." (Konrad Lorenz "L'Envers du Miroir")

L'archétype selon C. G. Jung

L'archétype est, dans la psychologie analytique de Carl Gustav Jung, une « forme de représentation donnée a priori », une « image primordiale » renfermant un thème universel, commun à toutes les cultures humaines mais figuré sous des formes symboliques diverses, et structurant la psyché inconsciente. Ce processus psychique est important car il renferme les modèles élémentaires de comportements et de représentations issus de l'expérience humaine à toutes les époques de l'histoire.

Notes et références

  1. Voir partie #Graphies
  2. La philosophie de A à Z, éditions Hatier
  3. Marc-Albert Moriamé, Outils d'orthographe: une méthode simple à l'usage de tous, Presses universitaires de Namur, 2003, 199 p. (ISBN 2-930378-07-7) [lire en ligne], p. 164 
  4. Voltaire, Candide ou l'Optimisme, 1759
  5. Pierre-Simon Laplace, Exposition du système du monde, Bachelier, Paris, 1836
  6. Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, Hachette, 1863 même si cette graphie est considérée comme ancienne par l'édition 2009
  7. a, b et c Variations Sur « À Priori » Et « À Postériori »
  8. Evolutionary Epistemology

Voir aussi


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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article A priori et a posteriori de Wikipédia en français (auteurs)

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