A day in the life

A Day in the Life

A Day in the Life
Chanson par The Beatles
extrait de l’album
Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band
Sortie Royaume-Uni 1er juin 1967
Enregistrement en janvier et février 1967
aux studios EMI
Durée 5:33
Genre(s) Rock psychédélique
Auteur(s) John Lennon et Paul McCartney
Producteur(s) George Martin
Label Parlophone
Pistes de
Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band
Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (reprise)

A Day in the Life est une chanson du groupe britannique The Beatles. Écrite par John Lennon et Paul McCartney[1], elle clôt l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band sorti en 1967. Cette chanson est en fait un « collage » de deux morceaux inachevés, l’un de John Lennon et l’autre de Paul McCartney, le dernier morceau étant ajouté au centre de celui de Lennon.

A Day in the Life est très souvent considérée comme le joyau de Sgt. Pepper, en tant que morceau le plus remarquable dans sa conception et le plus riche dans son contenu. La chanson est notable pour ses paroles surréalistes, son aspect musicalement impressionniste, ses techniques de production innovantes et son arrangement complexe incluant un crescendo d’orchestre cacophonique et partiellement improvisé.

Marquée par l'atmosphère psychédélique qui règne autour de la conception de Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, A Day in the Life est aussi citée comme liée au genre rock progressif[2],[3],[4] et a fortiori à l'émergence de celui-ci.

Sommaire

Genèse et composition

John Lennon commence à écrire la chanson après avoir lu deux articles dans le Daily Mail. L’un porte sur la mort de Tara Browne, l’héritier des brasseries Guinness et ami des Beatles, qui a été victime d’un accident mortel, heurtant un camion au volant de son coupé sportif (une Lotus Elan) en décembre 1966[1]. L’autre article parle d’un projet consistant à remplir 4 000 nids-de-poule dans les rues de la ville de Blackburn, dans le Lancashire[1]. Lennon ajoute aussi une information à propos d’un film dans lequel « l’armée anglaise a gagné la guerre », référence à son rôle dans le film How I Won the War, qui est sorti en octobre 1967[5].

Paul McCartney apporte ensuite la seconde partie, au milieu de la chanson, une courte pièce au piano qu’il avait travaillée précédemment — cette section était supposée devenir une chanson à part entière —, à propos d’un garçon qui se réveille et s’empresse de se préparer pour aller au travail. McCartney expliquera qu’il a écrit cette partie en se remémorant ses jeunes années : « C’est juste moi me rappelant ce que c’était de courir dans la rue pour prendre le bus jusqu’à l'école, fumer une cigarette et aller en classe... C’était une réflexion sur mes jours d’école. Je fumais une cigarette, quelqu’un parlait et je tombais dans un rêve »[1].

« Paul et moi travaillions ensemble, particulièrement sur A Day in the life », explique John Lennon, « Notre façon d'écrire, c'était bien souvent que l'un de nous avait trouvé le bon passage, la partie facile du style j'ai lu les nouvelles aujourd'hui ou quelque chose du genre. Et quand il coinçait ou que ça devenait difficile, plutôt que d'insister, il laissait tout simplement tomber. Et puis on se reconcentrait. Je chantais la moitié de la chanson et ça l'inspirait pour écrire l'autre moitié et vice-versa. »[6]

Ainsi, en dehors de sa propre section musicale, l'apport de McCartney à la chanson de Lennon sera la phrase de liaison I'd love to turn you on, que ce dernier appréciera particulièrement, assumant pleinement sa connotation psychédélique et les conséquences prévisibles — « J'aimerais te brancher », allusion explicite à la drogue — [6], et bien sûr, la fameuse montée orchestrale sur 24 mesures. McCartney raconte : « On pouvait faire tout ce qu'on voulait avec cette chanson là. Ca partait à tous les coups dans des directions énormes. J'ai commencé par essayer de vendre une idée à John : « On prend quinze mesures, ce n'est qu'un nombre arbitraire, et puis on tente quelque chose de nouveau »(...) »[6]. Ce qui aboutira à la décision de convoquer un orchestre symphonique pour assurer la transition entre les trois premiers couplets chantés par John Lennon et la partie de Paul McCartney.

Toutefois, l'idée est dans un premier temps rejetée par leur producteur George Martin, qui juge que le coût (un orchestre entier de 90 musiciens) sera trop élevé pour une section si courte jouée une seule fois. Ringo Starr a le dernier mot : « On a qu'à engager la moitié d'un orchestre et le faire jouer deux fois ! » [7]. Ainsi sera donc fait, la montée étant effectivement répétée à la fin du morceau.

Enregistrement

Les Beatles commencent l’enregistrement de la chanson le 19 janvier 1967 au studio n°2 d’Abbey Road, sous le titre de travail In the Life of...[5],[8]. Quatre prises d’accompagnement sont enregistrées : John Lennon à la guitare acoustique (et au chant-témoin), Paul McCartney au piano, George Harrison aux maracas et Ringo Starr aux bongos[7]. Selon l'ingénieur du son Geoff Emerick, Lennon et McCartney sont déjà très au point concernant leur chanson et les parties instrumentales qu'ils doivent interpréter, et n'ont pas assigné de rôle particulier à George Harrison. C'est la raison pour laquelle on le retrouve ici avec une paire de maracas en mains[7]. La première prise de la chanson, dans cette configuration, se retrouve sur l'album Anthology 2 publié en 1996. On remarque à cette occasion que pour donner le décompte, au lieu de dire « One, two, three, four », un facétieux John Lennon prononce « Sugarplum fairy, Sugarplum fairy »[9]...

Le lendemain, 20 janvier 1967, le mixage des quatre prises est assemblé sur une seule piste, transférée sur un autre magnétophone[10], ce qui donne les prises 5, 6 et 7. A partir de la prise 6, considérée comme la meilleure, sont enregistrés de nouveau vocaux de John (toujours avec beaucoup d'écho renvoyé dans son casque à sa demande), la basse de Paul et la batterie de Ringo[11].

Le travail reprend le 3 février. Paul et Ringo recommencent. Le premier refait sa partie de basse, le second réenregistre la batterie, effaçant leurs tentatives précédentes. « Ringo jouait sur ses toms, donnant à ce titre ce son de percussions distinctif », se souvient George Martin, « et c'était son idée à lui. Il avait un feeling extraordinaire pour cette chanson et il nous a aidé avec un tempo parfait, dès le départ »[11].

Le 10 février, un orchestre de 41 musiciens (pour la plupart membres des Royal Philarmonic et London Symphonic orchestra, dont le trompettiste David Mason et le corniste Alan Civil, des habitués)[12],[11] est enregistré pour remplir le « blanc » de 24 mesures entre les deux sections du morceau et son final.

L’orchestre est conduit par Paul McCartney, qui demande aux musiciens de jouer la note la plus basse de leur instrument et de monter jusqu’à la plus haute qu’ils puissent jouer, à la vitesse qu’ils désirent. Un point de départ, un point d’arrivée[5]. Pour mettre à l'aise ces musiciens classiques nullement habitués à « improviser » et à ne pas jouer sur partition, les Beatles ont une idée farfelue. Ils vont faire de l'énorme « Studio 1 » d'Abbey Road une véritable salle de fête, invitant de nombreux amis du « Swinging London » (dont les Rolling Stones) et proposant aux membres de l'orchestre de se travestir avec des faux-nez, des grandes oreilles, des chapeaux haut-de-forme etc... qu'ils leur fournissent[7]. L’orchestre est enregistré sur les quatre pistes vierges d’une bande pendant que l’accompagnement et les voix des Beatles tournent sur la bande 4-pistes précédemment enregistrée sur un premier magnétophone. Les deux magnétophones sont synchronisés par une fréquence émise de la première vers la seconde. Mais ce système marchant une fois sur deux, il y a un léger désynchronisme entre l’instrumentation des Beatles et celle de l’orchestre au moment où celui-ci paraît[10].

Lorsque les Beatles ont commencé l’enregistrement de la chanson, ils n’avaient pas encore décidé comment remplir le « blanc » de 24 mesures entre ses deux parties. Le « quelque chose de nouveau » proposé par Paul McCartney restait donc à définir. Pour les premières sessions d’enregistrement (que l’on peut entendre sur la compilation Anthology 2), cette section ne contient qu’un accord de piano répété et la voix de Mal Evans comptant les mesures. De l’écho a été ajouté à la voix d’Evans ; le groupe, et particulièrement John Lennon, aimait beaucoup utiliser l’écho[11].

Paul McCartney raconte : « Quand on a amené la chanson en studio, j’ai suggéré que notre assistant Mal Evans compte à très haute voix les 24 mesures vides. Ils m’ont demandé ce que j’allais mettre dedans. J’ai répondu qu’il n’y aurait rien pour l’instant, que ça fera juste « un, tong, tong, tong, deux, tong, tong, tong, trois », etc. On peut effectivement entendre sur le disque Mal faire ça dans le fond. Il a compté, et à la vingt-quatrième mesure, il a fait démarrer un réveille-matin. L’étape suivante consista à remplir ces mesures vides. Sur l’enregistrement, on avait plaqué sur la voix de Mal Evans en train de compter en écho qui s’amplifiait jusqu’à devenir très envahissant à la vingt-quatrième mesure. J’ai rajouté les accords dissonants d’un piano derrière la voix de Mal »[13].

L’accord de piano entendu à la fin remplace en fait une expérimentation vocale : le soir précédant l’enregistrement de l’orchestre, le groupe enregistre, pour la fin, ses voix chantonnant l’accord, mais même après de multiples overdubs, ils concluent qu’ils veulent un effet qui ait plus d’impact[11]. Ils monopolisent donc tous les pianos disponibles à Abbey Road le 22 février. John Lennon, Paul McCartney, Ringo Starr, George Martin et Mal Evans jouent simultanément un accord de mi majeur sur quatre pianos différents et recommencent neuf fois l'attaque de cette note, jusqu'à ce qu'ils soient parfaitement synchronisés. Ils atteignent au final une longue décroissance sonore d'une durée de 53 secondes (qui en feront 47 sur le disque). Ce jour là, George Martin ajoute également une partie d'harmonium, à la demande de Paul McCartney qui souhaite apporter une texture supplémentaire à la chanson. Le producteur met ainsi en boîte le tout dernier des nombreux overdubs[11].

En tout, 34 heures ont été requises pour enregistrer la seule chanson A Day in the Life, ce qui donne un certain contraste avec le premier album du groupe, Please Please Me, qui avait été enregistré, au complet, en moins de 10 heures[14],[15]. L’enregistrement de l’orchestre est combiné avec la prise 6, ce qui donne la prise 7. Pour finir, le 22 février 1967, le mixage est effectué, et neuf nouvelles prises sont éditées. Le mixage final est réalisé à partir des prises 6, 7 et 9[11].

Au final, ce n'est qu'à deux reprises que les Beatles auront enregistré deux chansons distinctes de John Lennon et Paul McCartney mises bout à bout et jouées d'une seule traite : A Day In The Life, et Polythene Pam/She Came in Through the Bathroom Window au cœur du medley de l'album Abbey Road[11].

Techniques de production

Pour réussir à enregistrer l'orchestre symphonique « par dessus » la bande musicale des Beatles, pour, également, multiplier cet enregistrement par quatre, ce qui aboutit à l'équivalent de 160 musiciens, le personnel technique d'EMI devra de nouveau inventer des solutions particulières. Ainsi, le producteur George Martin va demander à l'ingénieur Ken Townsend de faire tourner deux magnétophones 4-pistes ensemble, ce qui n'a encore jamais été fait. Ce dernier trouve la solution en les synchronisant à travers un procédé particulièrement inventif leur permettant de se renvoyer le signal, le principe étant « d’enregistrer un signal de 50 Hz sur une piste libre du premier magnétophone, d’envoyer ce signal dans le second magnétophone à synchroniser tout en augmentant sa tension à l’aide d’un amplificateur jusqu’à ce que le moteur du cabestan du second magnétophone démarre (...) Comme toutes ces sortes de choses, cette idée pouvait fonctionner du premier coup, ou pas. Celle-là a marché. Durant la session, nous avons joué la bande rythmique des Beatles sur une machine, enregistré l'orchestre sur l'autre, rejoué le tout, et recommencé encore jusqu'à ce que nous ayons quatre orchestres en boîte », détaille Ken Townsend, « Le seul problème est survenu durant le mix sur deux machines différentes. L'une d'elles était un peu lente à démarrer et nous n'arrivions pas à synchroniser le tout, ce qui ennuyait profondément George », mais ce dernier ajoute « la synchronisation n'a pas été terrible, et l'orchestre se décale légèrement par endroits. Mais ça n'a aucune importance »[11]

Structure musicale

A Day in the life est jouée dans la clé de sol majeur[16], mais comme l’explique le musicologue Alan W. Pollack, « son vrai centre de gravité est le parallèle mineur de sol et la clé de mi majeur »[17]. Les couplets sont en sol majeur/mi mineur et le pont est en mi majeur. La mesure est en 4/4 tout du long. Le morceau est constitué de six sections : la première partie du morceau de John Lennon (trois couplets), un crescendo d’orchestre, une courte partie de Paul McCartney, la seconde partie du morceau de Lennon suivie d’une seconde montée d’orchestre, un long accord de piano long de 47 secondes, et un « sillon » appelé le run-out groove, qui, sur le 33 tours original en mono, jouait sans fin. Cette composition très complexe a été écrite par John Lennon et Paul McCartney qui, par ailleurs, ne savaient pas lire la musique. Ils ont été aidés par leur producteur George Martin, qui, lui, savait lire et écrire une partition[18].

Première partie (0:00 – 1:40)

La chanson commence avec le bruit de la foule provenant de la chanson précédente, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (Reprise), qui termine à cinq secondes du début, laissant place à une guitare acoustique jouant l’introduction suivie d’un piano et de la basse qui entrent à sept secondes. À 13 secondes, la partie vocale commence (I read the news today oh boy/About a lucky man who made the grade) et des maracas se font entendre. L’ensemble est très calme, souligné par les accords de piano qui donnent l’intensité à la chanson. Après une trentaine de secondes, la batterie commence à jouer, faisant quelques riffs de toms espacés, puis jouant un rythme normal soutenu par la caisse claire et les toms. À travers les couplets, la mélodie est la même, à quelques exceptions près, jusqu’à 1:38, où Lennon chante I'd love to turn you on..., sa voix se perdant dans l’orchestre qui entre dans un fade in.

Première montée de l'orchestre (1:41 – 2:15)

Après la première partie du morceau de Lennon, un orchestre de 41 musiciens entame un crescendo, tous les instruments partant de la note la plus basse et grimpant jusqu’à la plus haute, à sa propre vitesse. Le tout est soutenu par un accord de piano venant de la première partie.

La montée se termine par le bruit d’une sonnerie de réveil programmé par Mal Evans. Le réveil servait originellement à marquer la fin des 24 mesures et de la montée de l’orchestre, puis devait être enlevé du mixage, mais comme le son du réveil concordait parfaitement avec la première phrase du morceau de McCartney (woke up, fell out of bed... / « je me réveille et je tombe du lit »), le groupe a décidé de garder le son sur la bande[11].

Deuxième partie (2:16 – 3:18)

La montée de l’orchestre s'interrompt brusquement, ne laissant que l’accord de piano et de basse. Le réveil se fait entendre et la partie vocale chantée par McCartney commence. Elle prend la forme d’une petite chanson simple, soutenue par un riff de piano. Elle continue jusqu’à 2:49, laissant place à un « break » où la voix de John Lennon est accompagnée en fond sonore par l’orchestre, puis arrête de nouveau pour laisser place au dernier couplet de la chanson de Lennon.

Troisième partie et seconde montée de l'orchestre (3:19 – 4:20)

On revient aux débuts avec un piano, une basse, une guitare acoustique et des maracas. Lennon chante de nouveau I read the news today, oh boy..., mais cette fois, les paroles traitent de nids-de-poule dans les rues du Lancashire. Finalement, à 3:44, il chante encore une fois I'd love to turn you on..., puis sa voix se perd dans la seconde montée de l'orchestre, à peine différente de la première. Tout s’arrête brusquement à 4:19, puis vient un long accord de piano.

L’accord de piano (4:21 – 5:05)

Après la montée finale de l’orchestre, la chanson se termine avec l’un des plus fameux accords de piano de l’histoire de la musique populaire[19]. L’accord a été traité pour sonner aussi longtemps que possible — près d’une minute. Vers la fin de la décroissance sonore, on entend des feuilles de papier se tourner, une chaise craquer et quelqu’un dire « Shhh! » (chut!), comme si l’on avertissait le groupe ou les ingénieurs du son de ne pas faire de bruit.

Le « run-out groove » (5:06 – 5:33)

Sur les premiers pressages mono de l’album, juste après l’accord de piano, un sillon enregistré et revenant sur lui-même pouvait être écouté. Il l’est à nouveau depuis la réédition en CD. Il s’agit en fait d’une « chanson » cachée, et non créditée, qui a été enregistrée le 21 avril 1967, et est composée d’une bande-son inversée et d’un sifflement de 20 Khz, inaudible par l’homme et impossible à reproduire sur la plupart des électrophones de l’époque, mais dont John Lennon espère qu’il fera aboyer les chiens de ceux qui possèdent une bonne chaîne Hi-Fi[15].

Une fausse légende affirmait que les Beatles prononcent « I never know the end » (« je ne connais pas la fin »). Le groupe prononce deux ou trois phrases. Une première phrase en premier plan pouvant être entendue aussi bien à l’endroit qu’à l’envers, disant quelque chose comme « He never kissed me any other way / is he any other way » ou encore « it will be like this again » dans un sens, dans l’autre « very soon ». La deuxième phrase, en arrière-plan, est enregistrée à l’envers et seule sa deuxième partie est compréhensible : Supermen. Ce sillon a alimenté de nombreuses spéculations participant à la légende des Beatles.

Analyse des paroles

A Day in the Life débute par une phrase très sobre de John Lennon : « I read the news today, oh boy... » (« J’ai lu le journal aujourd’hui, dis donc »), sur un petit air de guitare acoustique qui arrive aux oreilles du spectateur juste après la fin des applaudissements pour la représentation du Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. La chanson consiste donc en une sorte de rappel dramatique après un spectacle divertissant.

Le deuxième couplet évoque un homme qui « s’explose le crâne en voiture » (« He blew his mind out in a car »). Ce passage fut co-écrit avec Paul McCartney et provient d’un article extrait du Daily Mail daté de la mi-décembre 1966. On y apprend qu’un accident de la circulation avait coûté la vie à Tara Browne, futur héritier de la famille Guinness. Ce dernier était un proche des Beatles et des Rolling Stones. Il avait entre autres assisté aux séances d'enregistrement de l’album des Beatles Revolver quelques mois avant son décès, alors qu’il n’avait que 21 ans. Néanmoins, John Lennon reconnut qu’il n’avait pas repris les véritables circonstances de l’accident pour écrire les paroles. Ainsi, Tara Browne ne s’est pas réellement fracassé le crâne, bien qu’il soit mort sur le coup de multiples lacérations du cerveau dues aux fractures de la boite crânienne, selon le rapport d’autopsie. De même, le fait qu’« il n’avait pas vu que le feu de circulation avait changé de couleur » est une fiction. Ce couplet alimenta beaucoup la rumeur lancée en 1969 de la mort de Paul McCartney, selon laquelle il perdit la vie dans un accident de voiture avant les séances de Sgt. Pepper[1].

Dans le troisième couplet, Lennon évoque son expérience récente au cinéma dans le film de Richard Lester How I Won the War (1967) en y faisant un petit clin d'œil avec la phrase « I saw a film today oh boy, the English army had just won the war » (« J’ai vu un film aujourd’hui, dis donc, l’armée anglaise venait de gagner la guerre »)[20].

Le quatrième et dernier couplet de la chanson, pour la partie signée Lennon, est encore directement inspiré d’un autre article du Daily Mail. C’est dans cette nouvelle qu’il trouva l’histoire des « 4 000 trous qui parsèment les chaussées de Blackburn, dans le Lancashire ». En effet, ce chiffre impressionnant était le résultat d’une enquête commandée par le conseil municipal de la ville relative à l’état des chaussées. Dans l’article suivant du journal, il était évoqué le passage d’un chanteur de l’époque au Royal Albert Hall. Lennon eut donc l’idée de réunir les deux parties : d’un côté les 4 000 nids-de-poule, et de l’autre cette mythique salle londonienne, mais il eut quelque peu de mal à les assembler. Il explique : « Il manquait encore un mot dans un vers quand on a voulu l’enregistrer... Je savais que la phrase devait être « Now they know how many holes it takes to » — quelque chose — « the Albert Hall » (« On sait maintenant combien de trous il faut pour ... l’Albert Hall »). C’était un vers qui ne voulait rien dire, en fait, mais pour une raison quelconque, je n’arrivais pas à trouver un verbe. Qu’est-ce que les trous pouvaient bien faire à l’Albert Hall ? C’est Terry Doran qui a suggéré « to fill the Albert Hall » (« remplir l’Albert Hall ») »[1].

Pour ce qui est de la partie centrale écrite par Paul McCartney, et qui contraste totalement avec la chanson de base de Lennon, il s'agit d’un souvenir de son enfance à Liverpool : lorsqu’il se levait le matin pour aller à l’école en autobus, et qu’il fumait une cigarette avant d’entrer en classe[13]. Dans le bus, chante-t-il, « somebody spoke and I went into a dream » (« quelqu'un a parlé et je me suis retrouvé dans un rêve »).

Bien évidemment, les références à la fumée et au rêve font immanquablement penser à des allusions à la drogue. D’autant plus que le vers « I’d love to turn you on » (« J’aimerais te brancher ») eut pour conséquence l’interdiction de la chanson sur les ondes de la BBC en particulier, et un peu partout dans le monde plus généralement, alors qu’en réalité, cette phrase était plutôt inspirée du slogan de Timothy Leary « Turn on, tune in, drop out » (« branche-toi, écoute, lâche-toi »). On pourrait même rajouter à cette liste les cigarettes de McCartney qui auraient pu être confondues avec des joints, ou encore les 4 000 trous qui, tout comme dans Fixing a Hole, auraient pu être amalgamés à des fix d’héroïne[1].

Réception

A Day in the life est incontestablement une des chansons des Beatles qui a eu le plus d'influence. Paul Grushkin, dans son livre Rockin' Down the Highway : The Cars and People That Made Rock Roll, décrit la chanson comme « une des œuvres les plus ambitieuses, influentes et innovatrices de l’histoire de la pop musique »[21]. Dans l’ouvrage From Craft to Art : Formal Structure in the Music of the Beatles de John Covach, A Day in the Life est considérée comme « le morceau peut-être le plus important de l’histoire du rock, malgré une durée de seulement quatre minutes et 45 secondes »[22]. Sur Allmusic, le critique Richie Unterberger note : « A Day in the Life est la coda inattendue et incisive d’un album considéré comme un remarquable résumé du Summer of love (...) Après ça, il n'y a plus eu aucune règle à suivre, les groupes de pop et de rock ont pu tout essayer, pour le meilleur ou pour le pire. Ironiquement, très peu ont réussi à atteindre la plénitude musicale proposée ici par les Beatles. » [19]

La chanson apparaît sur de nombreuses listes de « meilleures chansons » de la musique populaire du XXe siècle. Elle figure à la première place du classement de Q Magazine des « 50 plus grandes chansons britanniques de tous les temps »[23] et des « 101 plus grandes chansons des Beatles » de Mojo Magazine, en l’occurrence élue par un panel de musiciens et de journalistes[24]. Elle est en 12e position du classement de la radio canadienne CBC, « 50 Tracks », ce qui en fait la 2e chanson des Beatles après In My Life.

A Day in the life fut également nommée pour un Grammy Award en 1967 dans la catégorie Best Arrangement Accompanying Vocalist Or Instrumentalist[25].

Le 27 août 1992, le manuscrit original des paroles de John Lennon fut vendu par les ayants-droit de Mal Evans à Sotheby's, Londres, pour 100 000 dollars. Il fut de nouveau mis en vente en mars 2006 par Bonhams à New York, les enchères démarrant à 2 millions de dollars[26].

Personnel

Un orchestre de 41 musiciens classiques — violon, vielle, violoncelle, contrebasse, harpe, hautbois, flûte, trompette, trombone, tuba, clarinette, basson, cor d'harmonie, percussions diverses — a été enregistré dans le studio 1 d'Abbey Road pour remplir les 24 mesures au milieu de la chanson, selon les indications de Paul McCartney et George Martin.

Reprises

Cette chanson a souvent été évoquée ou reprise, en partie ou en totalité, par de nombreux artistes[27].

Du côté des artistes jazz, on peut citer le guitariste Wes Montgomery qui en a fait la chanson-titre de son album instrumental, A Day in the Life, où il reprend aussi Eleanor Rigby. A noter que l'enregistrement de cet album commence seulement quelques jours après la sortie de Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, début juin 1967[28]. En 1970, un autre guitariste de jazz, Grant Green, a également repris la chanson sur son album Green is Beautiful[29].

Les décennies suivantes, des groupes et musiciens de tous horizons ont aussi repris la chanson, dont les Bee Gees en 1978, The Fall en 1988, Sting en 1993 et Phish en 2002[27]. En 2007, les Libertines se reforment pour un hommage aux Beatles organisé par la BBC et reprennent la chanson[30]. Les Rutles, habitués du répertoire des Beatles, ont parodié la chanson pour leur titre Cheese and Onions. Le groupe Devo lui rend un hommage sur son titre Some Things Never Change, dont la structure est similaire et reprend les I read the news today oh boy, tels quels, ou en les déclinant[31]. David Bowie reprend les mêmes lignes dans sa chanson Young Americans sur l'album du même nom en 1975[32], tout comme Zack de La Rocha et DJ Shadow sur leur titre March of Death[33].

Malgré sa structure particulière, A Day in the Life est aussi jouée en concert, à commencer par Paul McCartney lui-même : le 1er juin 2008, pendant le Liverpool Sound Festival, il interprète la chanson à Anfield. La chanson résonne comme un hommage à Lennon, puisqu'elle est immédiatement suivie de Give Peace a Chance, titre enregistré par ce dernier[34]. Un mois après cette performance, Neil Young joue A Day in the Life lors de sa tournée européenne[35].

En 2009, les Easy Star All-Stars interprètent la chanson dans le cadre de leur reprise intégrale de Sgt Pepper's en reggae sur le disque Easy Star Lonely Hearts Dub Band. La section "Mcartneyenne" du titre, chantée par Menny More, comporte des paroles légèrement différentes. Au lieu de « fell out of bed, drag a comb across my head » (je tombe du lit, je passe un peigne sur ma tête), on entend « fell out of bed, ran my fingers thru my dreads » (soit : je passe mes doigts dans mes dreadlocks).

Notes et références

  1. a , b , c , d , e , f  et g (fr) Steve Turner, L’Intégrale Beatles: les secrets de toutes leurs chansons [« A Hard Day’s Write »], Hors Collection, 1999, 285 p. (ISBN 2-258-06585-2), p. 133-134 
  2. (en) « A Day in the Life set a standard for every symphonic rock song that has been made ever since » : The Beatles:Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band. Consulté le 16 janvier 2009
  3. (en) What is Progressive Rock ? sur progarchives.com. Consulté le 24 janvier 2009
  4. (fr) Le Rock Progressif. Consulté le 24 janvier 2009
  5. a , b  et c (en) A Day in the Life sur Songfacts. Consulté le 21 mars 2008.
  6. a , b  et c (fr) The Beatles Anthology, Seuil, 2000, 368 p. (ISBN 2-02-041880-0), p. 247 
  7. a , b , c  et d (en) Geoff Emerick, Here There and Everywhere, My Life Recording The Music of The Beatles, Gotham Books, 2006 (ISBN 1-59240-179-1), p. 147-164 
  8. Le mensuel Salut les copains donne à cette chanson, alors en cours d'enregistrement, le nom de Good News Today, et attribue à John Lennon la paternité de ce titre ainsi que l'expression Psychodelic music (sic), alors encore inusitée.
  9. A écouter sur le disque Anthology 2.
  10. a  et b (fr) Révolution en studio sur Lucy in the Web, octobre 2001. Consulté le 21 mars 2008.
  11. a , b , c , d , e , f , g , h , i  et j (en) Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions: The Official Story of the Abbey Road Years, Hamlyn, Londres, 1988 (ISBN 0-600-55784-7), p. 94-95-96 .
  12. David Mason joue de la trompette picolo sur Penny Lane et Alan Civil du cor français sur For No One.
  13. a  et b (fr) Barry Miles, Paul McCartney Many Years From Now : les Beatles, les sixties et moi, Flammarion, 2004 (ISBN 2-0806-8725-5) 
  14. L'album Please Please Me a été enregistré dans la seule journée du 11 février 1963 en 585 minutes, soit 9h45.
  15. a  et b Notes à l’intérieur de la pochette de l’album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band.
  16. (en) Partition de A Day in the Life sur musicnotes.com. Consulté le 24 janvier 2009
  17. (en) Notes d'Alan W. Pollack sur A Day in the Life. Consulté le 24 janvier 2009
  18. (fr) Dans les studios d’Abbey Road. Consulté le 22 mars 2008.
  19. a  et b (en) Richie Unterberger, « A Day in the Life - Song review », Allmusic. Consulté le 15/10/2008
  20. (fr+en) How I Won the War sur l’Internet Movie Database
  21. (en) Paul Grushkin, Rockin' Down the Highway : The Cars and People That Made Rock Roll, MBI Publishing Company, 2008 (ISBN 0760322929), p. 135 
  22. (en) Kenny Womack et Todd F. Davis, Reading the Beatles, SUNY Press, 2006 (ISBN 0-7914-6715-5), p. 48 
  23. (en) Top Ten British Songs Of All Time. Consulté le 12 janvier 2009.
  24. (en) he-one-mojo-filter. Consulté le 12 janvier 2009.
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