Chateau de Maulnes


Chateau de Maulnes

Château de Maulnes

Château de Maulnes

Château de Maulnes (20).JPG
Vue générale de l'édifice

Présentation
Période ou style Renaissance
Type Palais
Architecte inconnu
Début construction 1566
Fin construction 1573
Propriétaire initial Louise de Clermont et
Antoine de Crussol
Destination initiale Résidence seigneuriale,
pavillon de chasse
Propriétaire actuel Conseil Général de l'Yonne
(depuis 1997)
Destination actuelle Ouvert à la visite
Classement Monument historique (1942)[1]
Site internet Consulter
Géographie
Latitude
Longitude
47° 53′ 25″ Nord
       4° 12′ 53″ Est
/ 47.890408, 4.214736
 
Pays France France
Région Bourgogne
Département Yonne
Commune Cruzy-le-Châtel
  Géolocalisation sur la carte : France
France location map-Regions and departements.svg
Château de Maulnes

Le Château de Maulnes, situé à Cruzy-le-Châtel dans l'Yonne est un château de style Renaissance construit au XVIe siècle.

Ce château ne connait pas d'équivalent en France, sinon dans le monde. Il présente plusieurs particularités qui le rendent unique. Ainsi, construit d'une seule traite entre 1566 et 1573 sur un plan pentagonal, il a été très peu occupé. Il est bâti autour d'un escalier central et d'un puits alimenté par trois sources.

Inoccupé au XXe siècle, dans un état de dégradation avancé, il est acquis par le Conseil Général de l'Yonne en 1997. Depuis, il a fait l'objet d'études historique et archéologique, ainsi que de travaux de restauration qui doivent se prolonger sur de nombreuses années. Il est ouvert au public depuis 2007.

Sommaire

Histoire

La "motte de Maulnes"

Le site, qui semble avoir été occupé depuis le néolithique, est cité dans un texte de 863 sous le nom de « Molnitum ».

Une maison-forte, connue sous le nom de "motte de Maulnes", avait été édifiée par les comtes de Tonnerre dans une clairière de la forêt de Maulnes, certainement au XIIIe siècle. On en trouve la trace dans les écrits de l'époque ainsi que sur les photos aériennes. Elle permettait aux comtes de s'adonner à la chasse, parfois en compagnie d'invités de marque, tel le duc de Bourgogne Philippe le Hardi, qui vint chasser en 1366 et 1374.

A la suite d'une querelle entre le comte de Tonnerre Louis II de Chalon et le duc Jean-sans-Peur, les troupes bourguignonnes envahissent le comté en 1411. En 1414, elles détruisent les châteaux du Tonnerrois, dont ceux de Tonnerre, Tanlay et Maulnes.

Le projet

Articles détaillés : Antoine de Crussol et Louise de Clermont.

Un siècle et demi plus tard, la comtesse de Tonnerre Louise de Clermont et son époux Antoine de Crussol, duc d'Uzès, sont des personnages importants, proches de la cour de France et de la reine Catherine de Médicis. C'est en 1556 que Louise de Clermont, veuve de François du Bellay, avait épousé Antoine de Crussol.

10 ans plus tard, en 1566, le couple décide la construction d'un château dans la forêt de Maulnes. Louise a alors 62 ans, c'est une femme intelligente et cultivée, formée à la cour de François Ier, roi féru d'architecture. Son propre frère, Antoine III de Clermont, a confié en 1541 à l'architecte Sebastiano Serlio la construction d'un château à Ancy-le-Franc, non loin de Maulnes.

La France traverse alors une période d'accalmie qui succède à la première guerre de religion, grâce à la signature de la Paix d'Amboise en 1563. C'est une période propice à la réalisation de ce projet architectural, auquel le couple songe sans doute depuis plusieurs années.

Car Antoine de Crussol, qui vient d'être fait duc d'Uzès en mai 1565, ne possède pas de résidence digne de son rang dans le comté. Or il se doit d'affirmer son autorité par un édifice capable de frapper l'imagination. Le château, symbole de son pouvoir, doit pouvoir rivaliser avec ses voisins d'Ancy-le-Franc et de Tanlay, alors en construction. S'il ne le peut par sa taille, ce sera par sa beauté et son originalité architecturale.

L'emplacement du futur château dans une forêt se justifie d'abord par sa fonction de relais de chasse. Mais également - et peut-être surtout - par le rôle qu'il aura dans l'exploitation des vastes forêts de la région. La vente de bois de chauffage à Paris est alors la ressource la plus importante du comté et le couple entend en améliorer la gestion.

La construction (1556 - 1573)

C'est le 7 mai 1566 qu'Antoine de Crussol signe devant notaire les contrats qui le lient à un maître maçon et à un maître charpentier. Il leur fournit des plans détaillés du bâtiment à construire. Jean Cosquino, seigneur de Fulvy et témoin de la signature, se voit confier la gestion du chantier, avec le titre de Gouverneur du château de Maulnes.

Rapidement, dès l'été 1567, une nouvelle période de trouble s'ouvre pour le royaume. En février 1568, l'armée du prince de Condé occupe les faubourgs de Tonnerre et assiège la ville, qui doit finalement payer une rançon. En novembre, les troupes catholiques s'emparent de Noyers tandis que les huguenots prennent Vézelay début 1569, bientôt assiégés par les troupes royales. En mars, l'armée du duc des Deux-Ponts traverse la Bourgogne pour venir au secours de la garnison de Vézelay. Et en juillet, c'est l'armée du maréchal de Cossé qui passe pas le tonnerrois.

Malgré le climat peu sûr, le chantier progresse. En septembre 1569, Louise de Clermont s'installe à Maulnes, qu'elle fait meubler. Elle est rejointe par Antoine de Crussol en janvier 1570. Le logis est alors terminé, mais pas les bâtiments annexes. Le second chantier pourrait avoir commencé en août 1570, après le départ des Crussol qui ont rejoint la cour dans sa vie itinérante.

En 1572, Antoine de Crussol est fait pair de France, pour son duché d'Uzès. Pourtant l'avenir est sombre, la tension est particulièrement forte entre catholiques et protestants. Le 24 août 1572, Galiot de Crussol, frère d'Antoine, fait partie des victimes du massacre de la Saint-Barthélemy. En octobre, Antoine et Louise séjournent un mois à Maulnes. Louise part en Languedoc, tandis qu'Antoine regagne Paris. De janvier à juillet 1573, il participe au siège de La Rochelle. Mais il en revient épuisé et malade. Il meurt le 14 août 1573.

Les Clermont-Tonnerre (1573 - 1697)

Louise de Clermont (collection ducale d'Uzès)

Veuve pour la seconde fois, Louise de Clermont poursuit sa vie itinérante entre Paris, Tonnerre, Ancy-le-Franc et Maulnes, dont le chantier est désormais abandonné. A partir de mai 1575, elle ne revient plus à Maulnes, mais elle y installe deux hommes de confiance.

En 1576, Jacques Androuet du Cerceau publie le premier volume des « Plus Excellents Bastiments de France » qui présente 30 édifices qu'il juge exceptionnels. Le château de Maulnes, dont il publie les plans, est l'un d'eux.

Dans les années qui suivent, Louise doit faire face à de longs procès de succession, engagés contre elle aussi bien par la famille de son premier mari que par celle du second.

Âgée de 92 ans, elle meurt en mai 1596 dans l'Hôtel-Dieu de Tonnerre fondé par Marguerite de Bourgogne.

Louise de Clermont est morte sans enfant, alors que les problèmes d'héritages plus anciens ne sont pas réglés. Enfin, en mars 1606, son petit-neveu Charles-Henri de Clermont, héritier le plus direct et légataire de Louise, parvient à un accord avec les différentes parties. Moyennant le versement d'un fort dédommagement, il devient comte de Tonnerre, de Cruzy et de Maulnes.

Prenant possession de Maulnes, il engage quelques travaux en 1610, avec la création du plafond de la grande salle.

gravure d'Israël Silvestre vers 1650

Il prépare sa succession en séparant Maulnes et Cruzy, érigé en marquisat qu'il donne à son fils cadet, des comtés de Clermont et de Tonnerre, qu'il destine à son ainé.

Pourtant, dès sa mort en 1640, son fils ainé François de Clermont devenu comte de Tonnerre revendique une partie des possessions de son frère Roger, comme ayant toujours appartenu au comté de Tonnerre. La même année, son représentant prend symboliquement possession du château de Maulnes. On ne sait si Maulnes est alors habité et entretenu par l'un ou l'autre frère. Une gravure d'Israël Silvestre vers 1650 le montre dans un état d'abandon. Un arrêt du parlement de 1658 donne raison à Roger, marquis de Cruzy. Malgré tout, François et ses descendants persisteront à s'intituler Seigneurs de Maulnes.

Entre 1650 et 1670, des modifications et réparations sont entreprises à Maulnes, très certainement par Roger de Clermont qui est revenu des armées de Flandres en 1647.

Les Louvois (1697 - 1844)

De 1683 à 1685, le marquis de Louvois achète le comté de Tonnerre à François-Joseph de Clermont, petit-fils de François.

Louvois meurt en 1691 et sa veuve, Anne de Souvré, poursuit les acquisitions. Le 8 juin 1697, elle achète Maulnes et Cruzy à la veuve du second marquis de Cruzy, fils de Roger, qui rencontre des difficultés financières. L'héritage de Louise de Clermont est à nouveau réuni entre ses mains.

La nouvelle propriétaire fait alors dessiner un plan détaillé de la forêt de Maulnes et dresser une liste précise des terres, bois et prés qui le composent. Ces documents ont ensuite disparu dans le courant du XIXe siècle. Femme intelligente et appréciée de ses contemporains, la marquise de Louvois meurt en décembre 1715. La succession n'est réglée que six ans plus tard, et Maulnes est à nouveau laissé à l'abandon.

En 1721, c'est le fils ainé de Louvois, Michel-François Le Tellier marquis de Courtanvaux, qui hérite du comté de Tonnerre. Mais il meurt aussitôt et sa bru Anne-Louise de Noailles en reçoit la tutelle jusqu'à la majorité de son fils âgé de deux ans.

Un arrêt du conseil royal des finances autorise en 1723 le flottage du bois de Maulnes vers Paris, par l'Armançon, l'Yonne et la Seine. Le château et ses dépendances accueillent dès lors une petite communauté concernée par cette activité : gardes forestiers et voituriers. A sa majorité en 1744, François-César Le Tellier de Courtanvaux poursuit l'entreprise de sa mère.

Maulnes sur la carte de Cassini

En 1775, les marchands de bois qui occupent le château obtiennent du marquis l'autorisation d'ouvrir une verrerie, activité plus rentable que la vente du bois qu'il est coûteux d'acheminer jusqu'à l'Armançon. Ils fabriquent du verre à vitre, puis des bouteilles. En 1779, il est fait mention de la Verrerie de Maulnes. Cette transformation affecte notablement Maulnes, avec la modification des communs, la construction d'annexes, le défrichement progressif de la forêt.

En 1781, le marquis meurt sans héritier direct. Son cousin Louis Le Tellier de Souvré devient comte de Tonnerre. Mais il meurt couvert de dettes en 1785. Sa veuve M.J. Henriette Victoire de Bombelles exerce la tutelle au nom de son fils âgé de deux ans. Elle parvient à traverser la Révolution et à retrouver ses biens qu'elle administre jusqu'à sa mort en 1822.

En 1806, une note rédigée par le sous-préfet de Tonnerre décrit la qualité du travail de la verrerie de Maulnes, tant dans les procédés que dans la production, qui s'élève à 300 000 bouteilles par an. Mais elle ne peut fonctionner que six mois par an, car elle manque de bois, la forêt de Maulnes n'en fournissant pas suffisamment.

Lorsqu'il prend en main la direction de la verrerie en 1819, Louis Le Tellier de Souvré est un personnage important : devenu pair de France sous la Restauration, il a épousé en 1814 Athénaïs Grimaldi, fille de Joseph Grimaldi et nièce du prince de Monaco Honoré III Grimaldi.

En 1819, la production a doublé et la verrerie emploie une centaine d'ouvriers, sans compter les bucherons et les voituriers.

A partir de 1824, Maulnes est loué à un maître-verrier venu de Bayel, François Vallory. En 1834, le marquis de Louvois, ruiné, vend Maulnes et son domaine, qu'il partage en trois lots. François Vallory achète le château et une partie de la forêt. Mais, ruiné à son tour, le maître-verrier doit fermer Maulnes en 1844, l'année même de la mort du marquis.

L'abandon (1844 - 1997)

Maulnes au début du XXe siècle

Le château, la ferme attenante et les terres sont vendus en 1851 à Gabriel Chevalier, un banquier de Châtillon-sur-Seine, qui délaisse le château. A sa mort en 1866, les actes de la succession décrivent des bâtiments en très mauvais état. Dans les années 1880, quelques travaux de réparation sont entrepris. Après la faillite d'Adrien Chevalier, le domaine de Maulnes est acheté par la famille Prunier, qui le conserve de 1898 à 1918. Il passe ensuite entre les mains de l'industriel Ferdinand Serres et de son fils, de 1918 à 1960. Ces propriétaires successifs sont sans aucun doute plus intéressés par les terres et les bois, que par le château qui tombe lentement en ruines.

Le 11 juillet 1942, le château est classé par le Service des Monuments Historiques , qui tente en vain d'entreprendre des travaux de première urgence en 1943 et 1944. Au fil des ans, le château se dégrade. En 1960, l'acte de vente indique « un château et des dépendances, le tout en ruine ». Le château, sans les terres, est acheté par la Société des amis de Maulnes, fondée par Philippe Vallery-Radot. Pour la première fois, un grand plan de sauvegarde financé par l'état est mis en place : début 1964, les travaux permettent de consolider les façades en ruine, notamment la façade sud prête à s'effondrer. Puis ils se poursuivent en 1966 et de 1967 à 1969.

Mais le comportement du propriétaire met brusquement un terme à cette campagne. La dégradation reprend, aggravée par des tempêtes en 1979 et 1981-1982. En 1985, un arrêté met en demeure le propriétaire d'effectuer des travaux ; ils sont menés d'office en 1987. Puis une nouvelle décennie s'écoule avant qu'enfin, en 1997, le Conseil Général de l'Yonne n'acquière Maulnes, après une procédure d'expropriation.

La redécouverte (1997 - )

Dès 1997, un comité scientifique est mis en place afin d'organiser les recherches pluridisciplinaires nécessaires à la compréhension de Maulnes. Tandis que des historiens étudient les archives qui concernent le château et ses commanditaires, des archéologues du Centre d'études médiévales d'Auxerre entreprennent des fouilles et des études, aussi bien dans le château et les communs que dans leur environnement proche. Au long de ces quatre années, les recherches portent sur des thèmes variés, tels que les relations entre le château et la forêt de Maulnes, ou l'étude hydrogéologique du site.

Cette meilleure compréhension guide également les nécessaires travaux de sauvegarde et de restauration, un éclairage qui avait probablement fait défaut lors des campagnes précédentes. Si les travaux d'urgence ont permis de sauver Maulnes et de l'ouvrir aux visites, de nombreuses années seront encore nécessaires afin de pouvoir le présenter aux visiteurs dans les meilleures conditions.

Description

La situation

Maquette d'après les plans de Jacques Androuet du Cerceau

Maulnes est à 25 km de Tonnerre, principale ville de la région, et à 15 km des châteaux de Tanlay et d'Ancy-le-Franc.

Il se situe sur le bord d'un grand plateau, jadis couvert de forêts qui ont cédé la place à des terres agricoles. La carte de Cassini, postérieure de deux siècles, montre le château entouré d'une vaste forêt, dans une clairière située au carrefour de cinq allées forestières. Ces allées permettaient de gérer l'exploitation forestière, de s'adonner à la chasse, mais aussi de dégager de grandes perspectives sur le château. L'emplacement est alimenté par trois sources à débit annuel, connues depuis très longtemps.

Le château est un ensemble de trois bâtiments. On entrait par des communs édifiés en demi-cercle, dont il ne reste qu'une partie. Puis on franchissait une galerie couverte qui a totalement disparu. Par un pont dormant, on accédait enfin au logis pentagonal.

Les communs et la galerie

Les communs, vus du sommet du château

Les communs, construits vers 1570-1572, formaient un bâtiment en hémicycle entourant la cour d'entrée, avec un étage et des combles. Ils ont subi de nombreuses transformations pour les adapter à un usage industriel, à l'époque de la verrerie. Un plan de 1942 les représente encore complets. Aujourd'hui, la moitié de l'hémicycle a disparu. La charpente d'origine, à la Philibert Delorme, a été remplacée entre 1662 et 1674 par une charpente traditionnelle, démontée en 2000-2001.

Les communs ont été restaurés en priorité et font désormais office de lieu d'accueil du public et de salle d'exposition.

La pièce centrale des communs, qui existe encore, était bâtie dans l'axe de la galerie et en constituait le vestibule d'entrée. Le dessin de Du Cerceau montre une galerie à étage avec cinq arcades, menant à un pont dormant soutenu par quatre colonnes puis à une passerelle, sans doute mobile. De là, par dessus les douves sèches, on accédait au logis par une porte située dans la tour nord.

Le logis

Château de Maulnes.jpg

Il s'agit d'un bâtiment pentagonal, à cinq côté égaux de 17 m environ. Il s'articule autour d'un cylindre creux en forme de puits, qui sert d'axe à un grand escalier à vis à la française, escalier également sur plan pentagonal qui dessert l'ensemble des cinq niveaux et la terrasse située au sommet. Les angles du pentagone sont occupés par des tours, dont trois comportent un escalier, prévu sans doute pour les domestiques afin de réserver l'escalier central aux maîtres des lieux. Quatre tourelles sont de forme pentagonale ; tandis que la cinquième - la tourelle nord par laquelle on accède au logis - a été ajoutée une fois l'édifice terminé, peut être dans un soucis de sécurité face à la reprise de la guerre.

Le bâtiment possède un axe de symétrie qui passe par la tourelle nord et le milieu de la façade sud.

Dans tout le logis, on compte 21 cheminées, ce qui devait être appréciable étant donnée la rigueur des hivers sur le plateau de Maulnes.

Le puits

Le puits

La cage du puits est ajourée de grandes baies disposées régulièrement. Il était possible de puiser de l'eau à tous les étages, comme le prouvent les nombreuses traces d'usure dues aux cordes, en particulier au niveau 3.

Les niveaux 1 et 2

De plein-pied côté sud, ils sont enterrés côté nord, à cause de la pente naturelle du terrain. Une source captée alimente une vasque, qui constitue la base du puits. Le trop plein de la vasque, ainsi que deux autres sources, se déversent dans un bassin ou nymphée, pour partie intérieur et pour partie extérieur. Ces niveaux comportent des pièces qui pouvaient faire office de lieux de stockage, caves et celliers.

Le niveau 3

Le vestibule
Une colonne dorique

L'accès par la galerie et le pont donnait sur ce niveau, dans une pièce vestibule. Du Cerceau décrit le raffinement du château : « En ce bastiment y a poelle, estuves, bagnoirs, fort bien pratiques à cause de la fontaine ». L'étude de de ce niveau a effectivement mis en évidence l'aménagement d'une pièce comme appartement de bain, ainsi que d'une étuve, avec local de chauffe et hypocauste. Ces pièces étaient accessibles directement par un petit escalier depuis l'une des chambres de l'étage supérieur, qui pourrait être celle d'Antoine de Crussol. Dans la salle de bain, on a retrouvé des fragments d'un décor mural peint, avec une peinture à l'huile appliquée sur un mortier. Les traces encore visibles montrent un décor de forêt et plusieurs silhouettes féminines, évoquant peut-être la légende de Diane.

Le niveau 4

Ce niveau constituait l'étage noble, reconnaissable à la plus grande hauteur des pièces et aux deux colonnes doriques qui l'ornent. D'après la description d'Androuet du Cerceau, les plafonds de cet étage étaient remarquables, en particulier les plafonds dits à enrayure, avec des caissons alignés sur les diagonales de la pièce. Une petite pièce, identifiée comme un cabinet de toilette, est reliée à la chambre que dut occuper Louise de Clermont. Une évacuation d'eau, prévue à travers l'allège de la fenêtre, laisse supposer la présence d'une baignoire ou d'un baquet.

La terrasse

Au sommet du château se trouve la terrasse, cernée par cinq souches de cheminées, formant belvédère sur la forêt. Elle dut posséder en son centre un lanternon, capable de protéger de la pluie tout en laissant la lumière pénétrer dans le puits. Elle fut plus tard couverte par un toit pyramidal, supprimé au XXe siècle.

Les façades

A la base de la toiture, une corniche à modillons alterne les têtes de chiens et les têtes de lions. A l'exception de cette décoration, qui évoque la chasse, les façades sont d'une grande sobriété, voir même d'une grande pauvreté architecturale qui tranche avec les usages de l'époque.

Les deux façades nord, situées de part et d'autre de la tourelle d'entrée, forment un ensemble ; tandis que la façade sud avec le nymphée et les deux tourelles qui l'encadrent forment un autre ensemble.

Le choix des pierres

Les moellons de petit appareil, utilisés pour les parements intérieurs, proviennent de gisements de calcaire à astartes situés à quelques centaines de mètres du château.

La majorité des pierres de taille de moyen appareil appartiennent à une même couche géologique de calcaire blanc crayeux et tendre, la pierre de Tonnerre. Elle a été employée en intérieur, pour le puits, les encadrements. Un autre faciès proche, non crayeux et plus dur, a été utilisé pour les murs extérieurs.

Une pierre roussâtre a été employée dans les maçonneries du château, notamment près du nymphée. Elle pourrait provenir de carrières de calcaire à entroques situées à Massangis et Coutarnoux, dans l'Avallonnais.

Les extérieurs

Le jardin

Les traces des jardins, depuis le sommet du logis

Dès les premiers travaux de construction, toute la zone du futur jardin est déboisée et décapée. Puis les murs de clôture et les murs des douves sèches sont édifiés. Les murs de clôture, dont la partie la plus éloignée du château est en hémicycle, sont entourés d'une haie et d'un glacis gazonné. Le plan d'origine semble avoir prévu la construction d'un grand rempart extérieur avec bastions, qui n'a pas été réalisé. Sur le mode du « palazzo in fortezza » italien (un palais dans une forteresse), il s'agissait probablement de se protéger des troubles fréquents, en ces temps de guerre civile.

Le jardin que représente Du Cerceau, dont on sait qu'il a le goût des jardins, est relativement petit (5000 m2), composé d'un carré de 50 m de côté et d'un demi-cercle de 25 m de rayon. Le carré comporte le bassin encaissé et 8 parterres bordés de buis et plantés de fleurs ou de plantes aromatiques. Le duc d'Uzès a fait un choix original : celui de ne permettre qu'un accès unique au jardin, passant par l'escalier jusqu'au niveau le plus bas du château, longeant le nymphée et remontant le long du talus : c'est alors seulement qu'on découvre le jardin. Autant que le château, le jardin de Maulnes occupe une place à part dans l'histoire de la Renaissance française.

La nature argileuse du sol et le présence d'une nappe aquifère semblent avoir posé des problèmes dans ce jardin encaissé, malgré la mise en place d'une évacuation de l'eau qui devait avoir tendance à s'engorger. Dès le XVIIe siècle, les parties basses du jardin sont rehaussées de 10 à 20 cm, sans résoudre le problème comme le montre la gravure de 1650, avec la présence d'une nappe d'eau qui paraît inonder le niveau 1 du logis. Après un abandon du jardin, un nouvel apport de terre est fait au XVIIIe siècle, avec 30 cm de limon puis 20 cm d'argile.

Avec l'installation de la verrerie, les douves ont été progressivement comblées par les déchets industriels. Après l'abandon du site, le jardin s'est couvert de broussailles, qui ont déposé une couche de désagrégation.

Le nymphée

Le nymphée est un trait d'union entre les jardins et le château, dont il reflète l'image. Sur le plan de Du Cerceau, il est représenté entouré de gradins formant un petit théâtre. Pourtant les fouilles archéologique ne confirment pas cette vision.

L'hypothèse actuelle consiste en un mur de terrasse séparant le bassin encaissé du reste du jardin, percé d'un escalier d'accès. Le plan de Du Cerceau pourrait correspondre à un projet d'aménagement ultérieur qui n'aurait jamais vu le jour, avec l'abandon du chantier à la mort d'Antoine de Crussol.

La voute du bassin est faite de voussoirs en alternance de teinte. La façade extérieure, de même que les linteaux du niveau 1, est traitée en bossage rustique.

Les énigmes de Maulnes

Le parti architectural semble s'être structuré autour de quatre idées, sans qu'on puisse dire si l'une est à l'origine des autres :

  • construire sur une fontaine et alimenter une vasque
  • utiliser le trop plein du puits pour alimenter un nymphée intérieur / extérieur
  • construire le château autour d'un escalier à vis s'enroulant sur le puits ouvert
  • utiliser un plan pentagonal

Le plan

Pour inhabituelle qu'elle soit, la forme pentagonale de Maulnes n'est pas unique. Le bastion a en effet remplacé la tour dans les fortifications de l'époque et les ingénieurs militaires connaissent bien le pentagone. Or, le duc d'Uzès est le petit-fils d'un grand-maître de l'artillerie, Jacques Galiot de Genouillac, qui lui a fait bénéficier d'une éducation poussée. Nul doute qu'il ait eu maintes fois l'occasion d'observer des fronts bastionnés de forme pentagonale.

Un exemple illustre à l'époque se trouve en Italie : le palais Farnèse de Caprarola, commencé entre 1521 et 1534 à partir d'un projet de Baldassare Peruzzi et achevé à partir de 1556 sous la direction de Vignole. C'est un élève de Peruzzi, Sebastiano Serlio, venu en France en 1541 qui présente dans son Livre VI les plans d'un palais pentagonal. Et c'est cet architecte que choisit Antoine de Clermont, le frère de Louise de Clermont, pour construire un château à Ancy-le-Franc dans les années 1541-1550. On ne peut exclure que le couple Du Bellay ait eu connaissance de ces plans. Toutefois, Maulnes n'est en aucun cas la copie du palais Farnèse, qui est un vaste bâtiment entourant une cour centrale.

En effet, il a fallu surmonter à Maulnes une difficulté majeure, celle de disposer des pièces rectangulaires dans un pentagone de dimension réduite, sans aucun angle droit. La solution, qui témoigne d'une grande maitrise de la géométrie, a été de disposer le pentagone du puits dans un triangle très aplati, assurant l'orthogonalité des pièces. Pour alléger les larges épaisseurs de maçonnerie, on a tracé des couloirs tortueux, des petites pièces de formes diverses. Cette technique, alors peu connue en France, est très italienne et se retrouve dans les traités de Serlio.

Le seul plan de Maulnes qui nous soit parvenu est celui d'Androuet du Cerceau[2]. Une étude comparée entre ce plan, la gravure de Silvestre, les plans actuels et les données archéologiques, fait ressortir de nombreuses et significatives différences. On peut imaginer qu'Androuet du Cerceau serait entré en possession de plans du projet initial ; qu'il les aurait corrigés à partir d'observations faîtes à Maulnes entre 1570 et 1573, par lui ou par d'autres ; et qu'enfin il aurait anticipé l'achèvement de travaux en cours ou même seulement prévus, tout cela avec un degré d'exactitude plutôt approximatif.

L'architecte

Les historiens qui ont étudié Maulnes depuis les années 1930 se sont interrogé sur l'architecte qui en était l'auteur. Certes, on connaît le nom du maître maçon et celui du maître charpentier qui ont œuvré, ce sont des artisans de la région. Certes, le couple ducal possédait sans-doute une solide culture architecturale. Mais il peut sembler inconcevable qu'une construction architecturale aussi originale et aboutie que Maulnes, qui dénote une telle maîtrise géométrique, n'ait été conduite par un grand maître de l'époque.

Dès 1938, on a évoqué le nom de Sebastiano Serlio, architecte du château voisin d'Ancy-le-Franc et élève de Peruzzi, premier constructeur du palais Farnèse [3]. Pourtant Serlio était mort depuis 12 ans quand s'ouvrit le chantier de Maulnes. Il pouvait être l'auteur d'un hypothétique projet initial mais certainement pas le maître d'œuvre.

Dans les années 1970, le nom de Serlio est repris puis écarté. La thèse avancée alors est celle de la séparation entre le projet, dû à un maître manifestement italien, et la réalisation laissée au maçon Jean Verdot, signataire du contrat de 1566[4]. L'architecte serait alors Francesco Paciotto, un élève de Vignole.

Mais aux influences très nettement italiennes s'opposent de nombreux "gallicismes", et l'on rejette dans les années 1980 le nom de Paciotto, dont rien ne prouve qu'il ait séjourné en France[5].

La dernière hypothèse en 2000 propose le nom d'un architecte français bien au courant des techniques italiennes. Il s'agit de Philibert Delorme, inventeur d'une charpente "à petit bois", du même type que celle qui couvrait les communs en 1570[6]. Delorme est l'architecte du château de Saint-Maur, de 1541 à 1570, date de sa mort. Or le commanditaire de ce château est le cardinal Jean du Bellay, cousin de François du Bellay, qui n'est autre que le premier mari de Louise de Clermont.

Dans l'état des recherches actuelles, on ne peut avancer un nom avec certitude. Tout au plus est-il possible d'émettre l'idée d'une réalisation composite, avec un plan d'origine dû à un maître, peut-être commandé par le couple du Bellay, repris et modifié 10 ou 20 ans plus tard par Louise et Antoine de Crussol, avec un chantier évoluant en fonction du contexte politique, des difficultés rencontrées ou des idées nouvelles.

La poésie de Maulnes

En ce début de XXIe siècle, c'est un château meurtri que le visiteur découvre. Car, s'il n'est heureusement plus à l'état de ruines, il a au cours des siècles perdu son cadre forestier, la moitié des communs, sa galerie, ses jardins, ses plafonds et ses boiseries. Malgré cela, ou peut-être à cause de cela, il suscite un sentiment insolite d'étrangeté et d'attirance. Mais comment expliquer le charme qui se dégage de ce château, comme réduit à l'essentiel : son ossature ?

De loin, la silhouette massive de Maulnes émerge des forêts et des champs. Puis, à l'austère simplicité des façades succède la beauté de l'escalier central enroulé autour du puits, où le visiteur est doublement attiré vers la bas par la fraicheur de l'eau, vers le haut par la lumière du soleil. Désorienté par la succession des pièces, on revient toujours à l'escalier : axe central et repère absolu.

Lorsqu'on descend vers le niveau le plus bas, on y découvre la magie de l'eau, cette eau qui est au cœur de Maulnes. Fraicheur, obscurité, bruit de l'eau qui s'écoule ; puis c'est la sortie vers la lumière et l'éblouissement face à la beauté des jardins qu'admira Androuet du Cerceau et qui lui fit retenir Maulnes dans les « trente plus excellents bâtiments de France ».

Annexes

Articles connexes

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Bibliographie

  • sous la direction de Monique Chatenet et Fabrice Henrion, Maulnes : Archéologie d'un château de la Renaissance, Éditions Picard, 2004 (ISBN 2-7084-0725-2) 

Cette publication est le fruit des recherches archéologiques et des enquêtes historiques menées pendant quatre ans par l'équipe pluridisciplinaire missionnée par le Conseil Général de l'Yonne. Très complète, elle constitue la source majeure de cet article.

  • M. de Cossé-Brissac, "Châteaux de France disparus", Paris 1947
  • "L'Énigme de Maulne" auteur Hervé GANDSART, pp.100-107, revue Connaissance des Arts, n° 477, novembre 1991.
  • Le Château de Meaulnes en Bourgogne, catalogue d'exposition édition bilingue allemand et français, auteur (collectif) Institut d'Histoire de l'Architecture Aix-la Chapelle /Aachen, 1999 Aachen, 53 pages. Ce document rassemble les plans de niveaux et les élévations de façades avant restauration effectués par des étudiants d'Aix-la-Chapelle. Ces dessins sont d'une précision remarquable, sauf l'axonométrie de l'escalier qui est fausse.
  • "Maulnes appartenant à Louise de Clermont-Tallart" étude critique et enquête[7] sur les recherches et travaux en cours. Auteur Alain Oudin architecte-urbaniste, Enseigne-des-Oudin, Paris 2009.

Liens externes

Notes et références

  1. Notice no  PA00113666, sur la base Mérimée, ministère de la Culture, consulté le 1er août 2009
  2. Le premier volume des plus excellents bastiments de France, Paris, Gilles Beys, 1576-1579.
  3. thèse soutenue par Pierre du Colombier et Pierre d'Espézel
  4. Naomi Miller, 1976
  5. Jean-Pierre Babelon, 1989
  6. Jean-Marie Pérouse de Montclos, 2000
  7. L'hypothèse est que 3 projets se succèdent 1)"manifeste maniériste" de Serlio? vers 1550? pour les Bellay 2)sur la base du même "parti savant" une construction "hédoniste" pour les Crussol de 1566 à 1573 par Primatice et/ou Delorme 3)Par Louise veuve une seconde fois, qui ne reviendra plus à Maulnes bien qu'elle vive jusqu'en 1596, des modifications banalisantes entre 1573 et 1575-76 pour une "occupation bourgeoise", et paradoxalement, ceci au moment précis de la publication prestigieuse de Jacques Androuet du Cerceau en 1576. L'histoire compliquée de MAULNES, très perturbée par les guerres de religion est comparable à celle de Chambord qui a fait l'objet d'une réalisation originelle par Léonard de Vinci qui a été démontée et saccagée par son agrandissement, sans doute à l'instigation d'une jeune maîtresse de François I, Claude de Rohan-Gié qui était l'épouse de Julien de Clermont, justement le jeune frère d'Antoine III et de Louise qui font au même moment, construire Ancy-le-Franc et dessiner par Serlio, architecte du roi le projet primitif de MAULNES.


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47°53′25″N 4°12′52″E / 47.89028, 4.21444

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