26 administrateurs du Finistère

Exécution de 26 administrateurs du Finistère sous la Terreur

Cet épisode relate l'exécution de 26 administrateurs (équivalent des conseillers généraux d'aujourd'hui) sous la Terreur au prix d'un procès mené à charge par un tribunal révolutionnaire et sans réelle possibilité de défense de la part des accusés.

Sommaire

Bataille pour le Chef-lieu du département

L'établissement du Chef-lieu du département fut un enjeu considérable durant la Révolution[1]. Trois villes furent en compétition: Quimper, Landerneau et Carhaix.

"La faiblesse de cette dernière ville l'écarte sans retour; aucune des deux autres n'est centrale, mais le plus grand nombre d'administrés, le voisinage de Brest, la surveillance qui doit toujours être active sur ce premier dépôt des forces navales du royaume ont déterminé le comité en faveur de Landerneau."[2]

La cause quimpéroise était singulièrement compromise. En fait, les esprits furent retournés par l'intervention de l'abbé Denis Bérardier.

Elu député suppléant du clergé de Paris aux Etats Généraux de 1789, Bérardier fut appelé à siéger à la Constituante en 1790 - à point nommé, par conséquent, pour y défendre les intérêts de sa ville natale, où il avait encore de la famille, en tout cas un frère.

Sa plaidoirie reprenait l'évocation , désormais traditionnelle de la pauvreté cornouaillaise : « La côte de Quimper est aussi pauvre que celle de Landerneau est opulente ; vous ne pouvez donner toutes les faveurs à une même ville et si Quimper perdait le chef-lieu vous prononceriez sa ruine totale ». Toujours est-il qu'il fit le siège des députés les plus influents et, en définitive, réussit à faire triompher la cause quimpéroise « contre toute probabilité »

La décision fut rendue en ces termes : "l'Assemblée Nationale a décrété que le chef-lieu du département du Finistère resterait définitivement fixé à Quimper."[2]

Mais Quimper, en se ralliant à l'insurrection fédéraliste, allait provoquer sa propre destitution administrative. En effet, le 6 janvier 1793, certains administrateurs dénoncent à la Convention "les factieux qui dominent la ville de Paris"[2].

Lorsque les Girondins furent expulsés de la Convention (2 juin 1793), les administrateurs du Finistère décidèrent la levée d’une force départementale de six cents hommes qui devaient se rendre à Paris pour combattre les Montagnards et rétablir une république plus modérée.

Le Tribunal révolutionnaire de Brest

Le Tribunal révolutionnaire de Brest avait été établi à l'instar de celui de Paris, pour juger tous les citoyens accusés de délits contre la liberté du peuple, la sûreté du gouvernement républicain, l’unité et l'indivisibilité de la république, de tout vol, de dilapidation tendant à opérer son dépérissement, en un mot de tout crime contre l'intérêt national[3].

Il était composé de :

  • Pierre-Louis Ragmey, ancien avocat à Lons-le-Saulnier, nommé le 26 septembre 1793, juge au tribunal révolutionnaire de Paris, puis ensuite Président du tribunal révolutionnaire de Brest établi à l'instar de celui de Paris[4].
  • l'accusateur public Joseph Donzé de Verteuil, un ancien jésuite, né à Belfort, ancien substitut au tribunal révolutionnaire de Paris auprès de Fouquier-Tinville;
  • le substitut Bonnet, ex-procureur au Châtelet et ancien secrétaire de Fouquier-Tinville;
  • le greffier Cabon arrivant du tribunal révolutionnaire de Paris;
  • l'huissier Le Lièvre arrivant du tribunal révolutionnaire de Paris;

Parmi les douze jurés:

  • Trois officiers du vaisseau L'América;
  • Trois membres du bataillon des Montagnards de Paris dont le caporal Combar, âgé de 21 ans
  • Deux membres du Comité révolutionnaire de Brest

La défense des accusés étaient assurée par:

  • les avocats Le Hir et Riou-Kersalaun

Le Procès

Malheureusement, les fédérés furent battus, le 13 juillet 1793, à Pacy-sur-eure, et la Convention victorieuse ordonnait l’arrestation des administrateurs du Finistère, décrétait leur mise en accusation et leur remplacement par une commission administrative siégeant à Landerneau. Les trente administrateurs furent inculpés " d’avoir conspiré contre la République ".

Le 3 prairial an II (22 mai 1794), en représailles de cette fronde Girondine, vingt-six administrateurs du département du Finistère étaient guillotinés à Brest, place du Château à l'époque rebaptisée: " Place du triomphe du Peuple ". Les quatre autres eurent la vie sauve.

L'accusateur public Douzé-Verteuil tenta de justifier ces exécutions: il écrivit le 6 prairial an II, au Journal de Paris, n.° 520, une lettre où on lit qu'« Avant-hier, vingt-six administrateurs du Finistère ont porté leurs têtes sur l'échafaud. Ces Messieurs voulaient donner la ci-devant Bretagne aux Anglais »[1]

L'exécution

A mesure que les condamnés sortaient du tribunal, le bourreau Ance[5], arrivé de Rochefort, leur faisait couper les cheveux, leur liait les mains derrière le dos et les entassait dans les charrettes. Le cortège se dirigea vers la place du château où devait avoir lieu l’exécution.

La liste des guillotinés est la suivante[6]:

  • François Louis de Kergariou du Cosquer , ancien maréchal de camp et chevalier de Saint-Louis, né le 13 juin 1725 à Plounévez-Moedec, arrondissement de Lannion. Il avait présidé l'administration départementale depuis les élections de 1790. Il fut le premier guillotiné[7];
  • Yves-Joseph Le Denmat de Kervern, avocat au Parlement de Bretagne, maire de Morlaix en 1790, né en 1751 à Callac, demeurant à Morlaix, âgé de quarante- trois ans;
  • Olivier-Jean Morvan, avocat et poète, né le 15 mai 1754 à Pont-Croix,
  • Louis Derrien, cultivateur, illettré, premier maire de Saint-Thurien,
  • Louis-Joseph-Marie Le Prédour, ancien Notaire Royal, ancien avocat au Parlement, juge au Tribunal de Châteaulin, député suppléant de la Convention, né à Pleyben le 2 juillet 1758.
  • Mathieu Michel Marie Brichet, homme de loi et ex-procureur général syndic du département du Finistère, âgé de trente-six ans, né à Landerneau, demeurant à Ouimper;
  • Jacques Rémy Aymez, négociant, ex-secrétaire général de l'administration départementale, né à Brest, le 14 juin 1764, demeurant à Quimper
  • Louis Jean Marie Guillier, marchand,
  • Pierre Marie de Bergevin, homme de loi, né à Brest le 2 janvier 1750, demeurant à Lanildut, conseiller du Roi, son procureur au siège de Brest[8], membre de l’Heureuse Rencontre, une loge maçonnique[9]
  • Joseph Marie Dubois, juge au tribunal[10]
  • Thomas Bernard Doucin, avocat né en 1755,[11]
  • Yves Postic, cultivateur, illettré, né le 19 juin 1754 à Keriquel, Scaër, cultivateur, âgé de trente-neuf ans ;
  • Antoine Cuny, ancien capitaine d'artillerie, négociant, âgé de quarante-cinq ans, né à Bordeaux, demeurant à Quimperlé ;
  • Guillaume Le Roux, marchand de toile, âgé de vingt-sept ans, né à Pleyber-Christ, domicilié à Landivisiau;
  • Yves Daniel Kersaux, âgé de quarante-cinq ans, né et demeurant à Penmarch;
  • Guillaume Herpeu, avocat, juge au tribunal du district de Pont-Croix, né et demeurant dans cette ville, agé de quarante-six ans;
  • Jean Louis Mérienne, sous-chef des vivres de la Marine à Brest, né à Fougères (Ille-et-Vilaine), demeurant à Brest (Recouvrance), âgé de trente-neuf ans;
  • Charles François Malmanche, né à Verteuil, dans l'ancien Angoumois, âgé de quarante-six ans, chirurgien, ancien maire de Brest (1790-1791), demeurant à Lambézellec, membre de l’Heureuse Rencontre, une loge maçonnique[9],
  • Charles François Banéat, marchand et cultivateur, né à Carhaix, y demeurant, âgé de quarante-trois ans,
  • Jean Marie Le Pennec, homme de loi, né et domicilié à Carhaix, âgé de cinquante ans,
  • Julien Le Thoux, juge au tribunal du district de Quimper, y demeurant, né à Nouillac, district de Pontivy, âgé de soixante-douze ans;
  • François Marie Déniel, ancien maire de Lannilis[7], marchand et cultivateur, né à Landerneau, demeurant à Lannilis, âgé de trente-six ans;
  • Julien Moulin, militaire réformé,
  • Yves Le Gac, homme de loi
  • Louis Piclet, homme de loi, juge à Pont-Croix, y demeurant, né à Locronan-du-Bois, âgé de soixante-quatre ans;
  • Louis-Alexandre Expilly de La Poipe, Évêque concordataire de Quimper, né le 24 février 1742 à Brest, fut le dernier supplicié[7] et donna l’absolution à chacun avant leur exécution.

On a prétendu que le guillotineur Ance arrangea ces vingt-six têtes en couronne[12]. Ce qui est certain c’est que l’exécution eut lieu entre six heures et sept heures du soir, et que les actes de décès avaient déjà été rédigés à cinq heures.

Mémoire

Un mausolée en granite de l'Aber-lldut dans le cimetière Saint-Martin de Brest fut érigé en 1865 à la mémoire ces hommes[13].

Sources

  • les origines administratives du Finistère[2]
  • Mémoire des électeurs du district de Brest, Bibliothèque Nationale de France, 6 et 7 juillet 1790
  • Histoire de la ville et du port de Brest pendant la Terreur de Prosper Jean Levot
  • Une ville Bretonne sous la révolution, Saint-Pol-de-Léon par J. Tanguy

Références

  1. a  et b Chapitre IX - "Suite de la mission de André Jeanbon Saint André et de Pierre-Louis Prieur (de la Marne) Mise en jugement des 26 administrateurs du Finistère Leur éxécution" - Histoire de la Révolution en Bretagne de Armand Du Chatellier - Tome III - ISBN 2859680039
  2. a , b , c  et d http://passeport.cg29.fr/article/articleview/542/1/250/
  3. Le Cabinet Historique, Tome Quinzième par Louis Paris
  4. Marie-Antoinette à la conciergerie (du 1er août au 16 octobre 1793)par Émile Campardon
  5. le nom du Domingois HENTZ, guillotineur de Rochefort sous la Terreur, apparaît orthographié Ance et Anse à deux lignes de distance dans une citation du "Moniteur" du 14 novembre 1793
  6. http://www.infobretagne.com/brest.htm
  7. a , b  et c http://www.animation-lannilis.org/index.php?page=francois-marie-deniel
  8. in "Inventaire sommaire des Archives départementales antérieures à 1790"
  9. a  et b Histoire de la franc-maçonnerie en France Lettre liminaire de Me Richard Dupuy
  10. Les représentants du peuple en mission et la justice révolutionnaire par Henri Alexandre Wallon
  11. Bulletin de la Société archéologique du Finistère
  12. Histoire de la ville et du port de Brest pendant la Terreur par Prosper Jean Levot
  13. Géographie pittoresque et monumentale de la France. Gravée et imprimée par Gillot
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