Bataille d’Azincourt

Bataille d'Azincourt

Bataille d'Azincourt
Agincour.JPG
Azincourt, miniature du XVe siècle.
Informations générales
Date 25 octobre 1415
Lieu Clairière entre le bois d'Azincourt et celui de Tramecourt
Issue Victoire anglaise décisive
Belligérants
Blason France moderne.svg France England Arms 1405.svg Angleterre
Commandants
Armoiries Albret moderne.svg Charles Ier d'Albret
Boucicaut.svg Jean II Le Meingre
England Arms 1405.svg Henri V d'Angleterre
Thomas Erpingham
Forces en présence
12 000 hommes approx. 9000 hommes :
1000 chevaliers,
6000 archers,
2000 fantassins
Pertes
5000 chevaliers 112 morts, dont 13 chevaliers
Guerre de Cent Ans
Batailles
Arnemuiden (navale) — L’Écluse (navale) — Crécy — Calais —

Guerre anglo-écossaise
Neville's Cross —


Jacquerie
Grande Jacquerie — Meaux — Révolte des Tuchins — Révolte paysanne anglaise —


Guerre de Succession de Bretagne
La Roche-Derrien — Combat des Trente — Mauron — Auray —


Winchelsea — Poitiers — Cocherel —


Première guerre civile de Castille
Nájera — Montiel —


Pontvallain — La Rochelle  — Roosebeke —


Guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons
Révolte des Cabochiens —


Azincourt — Rouen — Baugé — Cravant — Brossinière — Verneuil — Journée des Harengs — Gerberoy —


Campagne de Jeanne d'Arc
Orléans — Jargeau — Meung-sur-Loire — Patay — Montépilloy — Compiègne —


Campagne de Bretagne et de Normandie en 1448-1449
Fougères — Formigny —


Campagne de Guyenne
Castillon

La bataille d'Azincourt (Artois) (Battle of Agincourt en anglais) se déroule le vendredi 25 octobre 1415 pendant la guerre de Cent Ans. Les troupes françaises, de quelque 50 000 hommes, y tentent de barrer la route de Calais à l'armée du roi anglais Henri V, forte d'environ 12 000 hommes, et débarquée dès septembre au lieu-dit Chef-de-Caux, près de la ville d'Harfleur, ville qui d'ailleurs sera prise et occupée pour leur sécurité. La bataille qui s'ensuivra se soldera par une défaite importante pour le camp français: la cavalerie lourde, rendue moins efficace par un terrain boueux et les retranchements anglais, est transpercée par les archers en majorité gallois, équipés de grands arcs (long bows) à très longue portée.

Cette bataille, où la chevalerie française est mise en déroute par des soldats anglais inférieurs en nombre, sera souvent considérée comme la fin de l'ère de la chevalerie et le début de la suprématie des armes à distance sur la mêlée, suprématie qui ne fera que se renforcer par la suite grâce à l'invention des armes à feu. Elle sera, en réaction, une cause majeure de l'épopée de Jeanne d'Arc, puis de l'investissement dans l'artillerie qui deviendra une spécialité française.

Pour les Anglais, cette bataille restera l'une des victoires les plus célébrées, notamment par William Shakespeare.

Sommaire

Configuration du terrain et conditions météorologiques

La bataille a lieu dans la clairière entre le bois d'Azincourt et celui de Tramecourt, dans l'actuel Pas-de-Calais (62). Au nord, au pied de la colline et dans des champs fraîchement labourés, se trouve l'armée commandée par Charles Ier d'Albret, connétable de France, qui s'y est placé pour interdire le passage vers Calais aux forces anglaises qui ont mené une campagne sur la Somme. La nuit du 24 octobre se passe sur le terrain pour les deux camps. Une lourde pluie tombe toute la nuit sur les deux armées peu abritées. Le champ de bataille, tout en longueur, est fortement détrempé, particulièrement côté français, placés dans le bas de la colline où coule un ruisseau et où l'eau a ruisselé toute la nuit.

Disposition des armées

Au point du jour, le 25 (la Saint-Crépin), Henri V dispose sa petite armée (environ 2 000 chevaliers, 6 000 archers et quelques milliers de fantassins). Il est probable que les trois forces habituelles aient été placées sur une ligne, chacune avec ses archers sur les flancs et les hommes d'armes démontés occupant le centre ; les archers étant placés en avant dans des avancées en forme de coin, presque exactement comme à la bataille de Crécy.

Les Français, en revanche, sont groupés sur trois lignes et en masse. Ils sont significativement plus nombreux que les Anglais, mais à Azincourt, ils ne peuvent utiliser la puissance de leur charge. Le terrain boueux fait glisser les chevaux lourdement chargés. Les quatre vagues d'attaque successives s'empêtrent les unes dans les autres.

L'artillerie notamment ne peut être déployée dans la boue épaisse et les arbalétriers comme d'habitude sont derrière les chevaliers et les hommes d'armes. Tous sont à pied, sauf quelques chevaliers sur les flancs, pour éventuellement charger les archers de l'adversaire. Les commentateurs français estiment que les chevaliers ont peu à craindre car, s'ils sont capturés, une rançon sera versée pour les libérer. Ce n'est pas le cas de la piétaille, composée de simples soldats. Ceux-ci ont intérêt à défendre chèrement leur peau et à bien se battre.

Déroulement de la bataille

Pendant les trois premières heures après le lever du soleil, il n'y a aucun combat. Henri V d'Angleterre fait alors avancer ses hommes vers les lignes françaises, d'une part pour les provoquer et les faire attaquer, d'autre part pour occuper la partie la plus étroite de la plaine, entre deux forêts. De plus, en se plaçant ainsi, il met les Français à portée des flèches des arcs anglais. Les archers se réfugient derrière des pieux qu'ils ont apportés et plantés dans le sol pour parer les charges de cavalerie. Les chevaliers français essuient une volée de flèches, puis, devant les provocations des Anglais, décident de charger, sans tenir compte du rapport des éclaireurs et oubliant les leçons des batailles de Crécy et de Poitiers.

Une première charge de cavalerie est anéantie en quelques instants par les traits des archers. Les chevaliers à pied prennent alors le relais. Les archers anglais les accueillent par plusieurs volées de flèches, qui immobilisent les premiers rangs.

déroulement de la bataille

Le connétable lui-même dirige la ligne principale d'hommes d'armes démontés. Sous le poids de leurs armures, ils s'enfoncent profondément dans la boue à chaque pas. Ils atteignent cependant les lignes anglaises et engagent le combat avec les hommes d'armes anglais. Pendant un court moment, le combat est intense. La mince ligne des défenseurs anglais recule. Henri V est presque mis à terre. À ce moment-là, les archers, prennent leurs haches, épées et autres armes, et pénètrent dans les rangs désordonnés des Français. Embourbés, ceux-ci ne peuvent se mouvoir pour faire face à leurs assaillants. Leurs hommes sont tous tués ou capturés. La deuxième ligne du camp français s'avance, pour être engloutie dans la mêlée et subit le même sort, suivie de la troisième ligne, dont les commandants cherchent et trouvent la mort. Le seul succès du camp français sera obtenu par Sally, Ysambart d'Azincourt seigneur du château d'Azincourt, situé derrière le camp anglais, qui parvient à capturer les bagages du roi anglais.

Contrairement aux ordres d'Henri V, les hommes d'armes anglais profitent de la victoire et font de nombreux prisonniers espérant en tirer rançon comme c'est alors l'usage, estimant en outre qu'il serait peu chrétien de les tuer. Menacé sur ses arrières par des renforts français, et craignant de perdre le contrôle des centaines de captifs que ses hommes ont pris, le roi ordonne alors à ses propres hommes d'armes de massacrer tous les prisonniers. Revenant même le lendemain matin sur le champ de bataille, il fait supprimer les blessés français qui ont survécu.

Facteurs de l'issue de la bataille

En dehors de l'indiscipline et la conviction de remporter la victoire des Français, malgré leur nombre supérieur par rapport aux Anglais, ces derniers n'étaient pas en manque de facteurs défavorables. Les Français se créèrent eux-mêmes certaines difficultés.

Il avait plu toute la nuit précédent la bataille.

  • Terre boueuse (bourbier)
  • Arbalètes : arbalètes françaises mouillées et donc souvent hors fonctionnement. De plus, les arbalétriers étaient mal placés pour tirer.
  • Placement en hauteur des Anglais
  • Tactique de placement des lignes anglaises occupant toute la clairière : plus moyen de les attaquer des côtés, tous les attaquants français étaient à découvert[1], et les archers anglais n'avaient qu'à tirer sans cesse devant eux puisque sur les côtés se trouvaient les deux bois (grâce à ceux-ci, leur cible était restreinte)
  • Armes de jet : le long bow, un des arcs les plus puissants (pouvant transpercer une armure jusqu'à 100 mètres, bien que les arbalètes soient encore plus puissantes)
  • Cadence de tir des archers anglais : jusqu'à 10 flèches par minute (les arbalètes ne pouvant tirer que 2 carreaux par minute)
  • Le nombre des cavaliers français à la charge en rangs serrés. Lorsqu'un cheval tombait pendant la charge, le suivant écrasait ou trébuchait fréquemment sur le précédent.

Bilan

Les pertes totales des Anglais sont de 13 chevaliers (dont le duc d'York, petit-fils d'Édouard III, tué par le duc d'Alençon) et une centaine de simples soldats. Les Français perdent 6 000 chevaliers dont le connétable, plusieurs ducs (Jean Ier d'Alençon, Édouard III de Bar, Charles d'Orléans est lui fait prisonnier) ; 5 comtes (dont Philippe de Bourgogne et le comte Robert de Marle), 90 barons et un millier d'autres chevaliers furent faits prisonniers. A signaler également la mort d'Antoine de Bourgogne, venu participer à la bataille malgré la neutralité affichée de son frère et suzerain Jean sans Peur, duc de Bourgogne. Les seuls à survivre seront ceux qui auront préféré ne pas participer : « À ce combat, le duc de Bretagne, Jean, bien qu'il eût été appelé, n'assista pas. Étant venu à Amiens avec un grand nombre de ses Bretons, communément estimés à dix mille hommes, il aima mieux attendre là l'issue de la guerre, plutôt que de s'exposer de trop près aux dangers. La bataille terminée, il reprit le chemin de son duché, sans même avoir vu les ennemis, mais non sans quelque dommage pour les localités où il passait. »[2]

Une paix désastreuse pour la France sera signée à Troyes, cinq ans plus tard.

La débâcle de la chevalerie française d'Azincourt, qui fait suite à celles de Crécy, de Poitiers et de Nicopolis, prive momentanément la France de cadres administratifs et militaires en grand nombre du fait des nombreux tués chez les baillis et les sénéchaux du roi. Elle met également en évidence la conception dépassée que se font de la guerre les armées françaises en particulier une partie de la chevalerie alors qu'Anglais et Ottomans ont déjà organisé des armées unies et disciplinées: les Français, supérieurs en nombre, mais incapables d'obéir à un chef unique et placés dans l'impossibilité de faire manœuvrer les chevaux, comme à la bataille de Poitiers, soixante ans auparavant, auraient eu intérêt à négocier avec Henri V, qui avait abandonné son rêve de revendiquer la couronne de France.

Cette bataille marqua un tournant dans l'art de la guerre en Europe : des armées plus maniables et plus articulées, (comme l'était déjà celle d'Édouard III et la préfiguration de ce que sera le déroulement des batailles dès la fin du XIVe siècle) défont des masses hétéroclites pleines d'inutile bravoure.

Voir aussi

Bibliographie

  • Dominique Paladilhe, La bataille d'Azincourt - 1415, Librairie académique Perrin, Collection Pour L'histoire, Paris, 2002. ISBN 2-26201-493-0
  • Gérard Bacquet, Azincourt, Auxi-le Château, G. Bacquet, 1977
  • Thomas Basin, Histoire de Charles VII, Éd. Charles Samaran, Paris, Belles lettres, 1964
  • René de Belleval, Azincourt, Paris, Dumoulin, 1865
  • Philippe Contamine, Azincourt Paris Julliard 1964
  • John Keegan, Anatomie de la Bataille : Azincourt 1415, Paris , Robert Laffont, 1993 ISBN 2221074017
  • Pierre-Yves Millot, Azincourt, Paris, Millot, 2005 ISBN 2914797052
  • Berthold Zeller, La France anglaise, Azincourt et le traité de Troyes, 1413-1422, Paris, Librairie Hachette et cie, 1886
  • Christophe Gilliot, "Azincourt et la vie quotidienne en 1415", Paris, Editions Heimdal, 2007

Liens internes

Liens externes

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Notes

  1. Ne sont évidemment pas comptés les soldats d'Ysambart qui attaquèrent le camp anglais vers la fin de la bataille de l'autre côtés des bois.
  2. Thomas Basin, Histoire de Charles VII, pp.45-47.
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