Bataille du cap Henry

37° 09′ 00″ N 75° 09′ 07″ W / 37.150, -75.152

Bataille de cap Henry
CapeHenry.jpg
Le Cap Henry
Informations générales
Date 16 mars 1781
Lieu Cap Henry, Virginie.
Issue Victoire britannique
Belligérants
Royaume de France Royaume de France Union flag 1606 (Kings Colors).svg Royaume de Grande-Bretagne
Commandants
Charles Sochet des Touches Marriott Arbuthnot
Forces en présence
7 navires de ligne
1 frégate
8 navires de ligne
Pertes
72 morts
112 blessés
30 morts
73 blessés
Guerre d'indépendance des États-Unis

La bataille du cap Henry est une bataille navale de la Guerre d'indépendance des États-Unis qui est livrée dans la baie de Chesapeake le 16 mars 1781 entre l'escadre britannique menée par l'amiral Marriott Arbuthnot et l'escadre française du capitaine Charles Sochet des Touches.

Cette bataille est également appelée 1re bataille de Chesapeake et combat de Chesapeake.

Une seconde bataille eut lieu à Chesapeake le 5 septembre de la même année.

Sommaire

Circonstances

Il avait été convenu entre les généraux des deux armées française et américaine que, pendant que La Fayette irait assiéger Arnold dans Portsmouth, une flotte française portant un millier d'hommes viendrait l'attaquer par mer.

Rochambeau fit embarquer, le 8 mars 1781, à cet effet, sur les vaisseaux de Destouches 1 200 hommes commandés par Charles du Houx de Vioménil. Ces soldats étaient tirés du régiment de Bourbonnais, sous la conduite du colonel de Laval et du major Gambs ; et de celui du régiment de Soissonnais, sous les ordres de son colonel en second, le vicomte de Noailles, et du lieutenant-colonel Anselme de la Gardette.

Il y avait sur les vaisseaux un nombre de mortiers et de pièces d'artillerie suffisant pour soutenir un siège dans le cas où l'expédition réussirait[1]

Dumas fut chargé d'aller à New London, petit port sur la côte de Connecticut, en face de la pointe de Long-Island et du mouillage de l'escadre britannique, pour l'observer de plus près pendant que celle de Destouches se disposait à sortir. Il put remarquer qu'elle était dans la plus parfaite sécurité. Aussi, Destouches profita-t-il d'un vent Nord-Est qui s'éleva le 8 mars, pour mettre à la voile. Son escadre étit composée de 7 vaisseaux de ligne, du Romulus de 44 canons pris aux Anglais et d'une frégate[2].

Il y avait à bord quatre compagnies de grenadiers et de chasseurs, un détachement de 164 hommes de chacun des régiments, et cent hommes d'artillerie, ensemble 1 156 hommes.

Une mer orageuse et inégale força le chef de l'escadre française à se porter au large pour se rapprocher ensuite de la côte aussitôt qu'il fut à la latitude de la Virginie. Un instant ses vaisseaux furent dispersés ; mais il put les rallier à l'entrée de la baie de Chesapeake.

En même temps il découvrit l'escadre britannique, qui sous les ordres de l'amiral Graves était partie de son mouillage vingt-quatre heures après lui, mais qui en suivant une voie plus directe était arrivée deux jours avant. L'amiral britannique était monté sur le London, vaisseau à trois ponts, plus fort qu'aucun des vaisseaux français. Les autres vaisseaux britanniques étaient égaux par le nombre et l'armement à ceux de l'escadre française.

C'était le 16 mars. Destouches comprit que son expédition était manquée. Il ne crut pas toutefois pouvoir se dispenser de livrer un combat et donna l'ordre de se former en ligne de bataille.

La bataille

Plan de la bataille dressé par Mahan. Les vaisseaux anglais sont en noir, les vaisseaux français en blanc. Les positions de chaque flotte et l'évolution du combat sont signalés par les lettres :
*A: position des deux escadres en vue l'une de l'autre *B: premier engagement *C: second engagement *D: retraite

Le feu commença de part et d'autre avec vivacité. La tête de la ligne anglaise arriva et l'avant-garde Française fit le même mouvement pour le prolonger.

L'amiral Français voyant que la manoeuvre des Anglais ne lui permettait plus de prolonger leur ligne, se détermina à la faire défiler en entier par une manœuvre hardie sur la tête de l'ennemie. Ce mouvement eu un succès complet, et leur chef de file eut à peine essuyé le feu du cinquième vaisseau qu'il arriva et se mit sous la protection d'une frégate.

Le combat fut très-vif et dans lequel se distinguèrent surtout le Conquérant, le Jasonet l'Ardent. Le premier perdit son gouvernail. Presque tout son équipage fut mis hors de combat ; de Laval lui-même y fut blessé[3]. Un combat d'arrière-garde eut lieu ensuite.

Le feu ayant cessé de part et d'autre, le Chevalier Des Touches ordonna de rétablir l'ordre de bataille. Mais les Anglais ne crurent point devoir courir les risques d'un second engagement, l'escadre britannique ayant été particulièrement maltraitée.

L'escadre britannique se retira un peut plus loin, mais elle garda la baie, et quelques jours plus tard le général Phillips, parti de New York avec deux mille hommes, put rejoindre Arnold et lui assurer en Virginie une supériorité incontestable.

Le capitaine Des Touches rentra à Newport le 18, après sa glorieuse mais inutile tentative.

Ordre de bataille

Des informations sur le nom des bâtiments et le nombre de canons embarqués sont Morrissey, en l'absence d'informations contraires[4]. Les noms des capitaines sont fournis par Mahan, en l'absence d'informations contraires, et le nombre de victimes par Lapérouse[5],[6]. Mahan et Lapérouse sont en désaccord quant au nombre de victimes; Mahan rapporte que les Anglais avaient à déplorer 30 tués et 73 blessés, et que les Français comptaient 72 tués et 112 blessés.

Les sources divergent également sur le nom du bâtiment commandé par Des Touches et sur son pavillon. Les sources en langue anglaise (Mahan, p. 492, et Morrissey, p. 51) affirme que son pavillon flottait sur Le Neptune, alors que Lapérouse (p. 170) affirme qu'il s'agissait du Duc de Bourgogne. Le Duc de Bourgogne était le navire amiral du prédécesseur de Des Touches, le Chevalier de Ternay, à l'époque où Des Touches était capitaine du Neptune. Il est donc probable que Des Touches soit passé sur le Duc de Bourgogne à la mort de Ternay[7].

Flotte anglaise
Navire Rang Canons Commandant Victimes Notes
Tués Bléssés Total
Troisième rang 64 Capitaine Phillips Cosby 15 21 36
Europe Troisième rang 64 Capitaine Smith Child 8 19 27
Troisième rang 64 Capitaine Thomas Burnet 7 24 31
Troisième rang 74 Captain William Swiney 0 3 3 Pavillon d'Arbuthnot
Deuxième rang 90 Capitaine David Graves 0 0 0 Pavillon de Sir Thomas Graves
Quatrième rang 50 Capitaine Gideon Johnstone 0 0 0
Troisième rang 74 Capitaine Edmund Affleck 0 0 0 Morrissey attribue à tort 64 canons au Bedford; d'autres sources (Mahan (1898), p. 492), affirment qu'il en embarquait 74.
Troisième rang 64 Capitaine Samuel Thompson 0 0 0
Total des pertes: 30 tués, 67 blessés, Total : 97
Autres bâtiments
  • Guadalupe (frégate, 28, Hugh Robinson)[6]
  • Pearl (frégate, 32, George Montagu)[6]
  • Iris (frégate, 32, George Dawson)[6]
  • Medea (frégate, 28, Henry Duncan)[6]
Flotte française
Navire Rang Canons Commandant Victimes Notes
Tués Blessés Total
Le Conquérant Troisième rang 74 Charles-Marie, Comte de la Grandière[8] 31 41 72
La Provence Troisième rang 64 Louis-André-Joseph, Chevalier de Lombard[9] 1 7 8
Troisième rang 64 Charles-René-Louis, Vicomte de Bernard de Marigny[10] 19 35 54
Troisième rang 74 Charles, Comte de Médine[11] 4 2 6 Morrissey et Mahan affirment que Le Neptune était le navire amiral du capitaine Des Touches.
Troisième rang 80–84 Louis Nicolas, Baron de Durfort[12] 6 5 11 Morrissey confond apparemment ce bâtiment avec 74 canons; les autres sources l'identifient unanimement comme étant Le Duc de Bourgogne. Lapérouse (p. 170) affirme qu'il ne comptait que 80 canons, et qu'il arborait le pavillon de Des Touches. Mahan (p. 492) affirme qu'il emportait 84 canons.
Troisième rang 64 Jean-Isaac-Timothée Chadeau de la Clocheterie[13] 5 1 6
L'Eveille Troisième rang 64 Armand le Gardeur de Tilley[11] 1 3 4
Cinquième rang 44 Jacques-Aimes le Saige, Chevalier de la Villébrun[9] 2 1 3 Il s'agit d'une frégate à deux-ponts, construite en 1777 et capturée à la Royal Navy[14].
Total des pertes: 69 tués, 95 blessés, Total : 164
Autres bâtiments

Notes

  1. Mais, bien que l'armée de terre fournit en vivres et en argent tout ce qui lui restait, les préparatifs du départ furent longs et l'escadre britannique eut le temps de réparer les avaries produites à ses vaisseaux par le coup de vent de la fin de février.
  2. Il était monté sur le Duc de Bourgogne et emmenait les vaisseaux: le Conquérant, commandé par de la Grandière ; le Jason, commandé par La Clochetterie; l'Ardent, capitaine de Marigny; le Romulus récemment pris, par de Tilly. En outre, le Neptune, l'Éveillé, la Provence, avec les frégates la Surveillante, l'Hermione et le Fantasque, armé en flûte.
  3. Le Conquérant eut à tenir tête, dans l'affaire du 16 mars, à trois vaisseaux ennemis. Il eut trois officiers tués, entre autres M. de Kergis. Cent matelots ou soldats de son bord furent touchés, parmi lesquels il y en eut 40 de tués et 40 autres environ qui moururent de leurs blessures. C'est sur le pont que se fût le plus grand carnage. Le maître d'équipage, le capitaine d'armes et sept timoniers furent au nombre des morts… (Journal de Blanchard.) «Le Duc de Bourgogne, à bord duquel j'étais, ajoute Blanchard, n'eut que quatre hommes tués et huit blessés. Un officier auxiliaire reçut aussi une contusion à côté de moi. Je restai tout le temps du combat sur le gaillard d'arrière, à portée du capitaine et de M. de Vioménil. J'y montrai du sang-froid ; je me rappelle qu'au milieu du feu le plus vif, M. de Ménonville ayant ouvert sa tabatière, je lui en demandai une prise et nous échangeâmes à ce sujet une plaisanterie. Je reçus de M. de Vioménil un témoignage de satisfaction qui me fit plaisir.»
  4. Morrissey, p. 51
  5. Lapeyrouse, pp. 169–170
  6. a, b, c, d, e, f et g Mahan (1898), p. 492
  7. Laypeyrouse, p. 165
  8. Gardiner, p. 129
  9. a et b Gardiner, p. 140
  10. Balch, p. 175
  11. a, b et c Gardiner, p. 112
  12. de La Jonquière, p. 95
  13. Mascart, p. 453
  14. Goodwin, p. 88
  15. Beatson, p. 273
  16. La plupart des sources affirme que La Fantasque flûte armée de 64 canons. Il s'agissait d'un ancien vaisseau de ligne, converti en navire de transport et navire-hôpital (Smith, p. 58)

Sources et bibliographie

En français:

  • Thomas Balch, Les Français en Amérique pendant la guerre de l’Indépendance des États-Unis 1777-1783, 1872 [détail de l’édition]
  • Christian de La Jonquière, Les Marins Français sous Louis XVI: Guerre d'Indépendance Américaine, Issy-les-Moulineaux, Issy-les-Moulineaux Muller, 1996 (ISBN 978-2-904255-12-0) (OCLC 243902833) (LCCN 99224856) 
  • Léonard Léonce Lapeyrouse Bonfils, Histoire de la Marine Française, Volume 3, Paris, Dentu, 1845 (OCLC 10443764) [lire en ligne] 

En anglais:

  • (en) Thomas Willing Balch, Balch, Edwin Swift; Balch, Elise Willing, The French in America During the War of Independence of the United States, 1777–1783, Volume 2, Philadelphia, Porter & Coates, 1895 (OCLC 2183804) [lire en ligne] 
  • (en) Robert Beatson, Naval and military Memoirs of Great Britain, From 1727 to 1783, Volume 6, London, Longman, Hurst, Rees and Orme, 1804 (OCLC 4643956) 
  • (en) Burke Davis, The Campaign That Won America: the Story of Yorktown, New York, Dial Press, 1970 (OCLC 248958859) 
  • (en) Asa Bird Gardiner, The Order of the Cincinnati in France, United States, Rhode Island State Society of Cincinnati, 1905 (OCLC 5104049) [lire en ligne] 
  • (en) Peter Goodwin, Nelson's Ships: A History Of The Vessels In Which He Served, 1771–1805, Mechanicsburg, PA, Stackpole Books, 2002 (ISBN 978-0-8117-1007-7) (OCLC 249275709) (LCCN 81008798) 
  • (en) Alfred Thayer Mahan, Major Operations of the Royal Navy, 1762–1783: Being chapter XXXI in The royal navy. A history, Boston, Little, Brown, 1898 (OCLC 46778589) [lire en ligne] 
  • Jean Mascart, La Vie et les Travaux du Chevalier Jean-Charles de Borda, 1733–1799, Paris, Presses Paris Sorbonne, 2000, 1919e éd. (ISBN 978-2-84050-173-2) (OCLC 264793608) [lire en ligne] 
  • (en) Michael McCarthy, Ships' Fastenings: From Sewn Boat to Steamship, College Station, TX, Texas A&M University Press, 2005, 1re éd. (ISBN 978-1-58544-451-9) (OCLC 467080350) (LCCN 2005002898) 
  • (en) Brendan Morrissey, Yorktown 1781: the World Turned Upside Down, London, Osprey, 1997, 1re éd., poche (ISBN 978-1-85532-688-0) (OCLC 39028166) 
  • (en) James Breck Perkins, France in the American Revolution, Boston, Houghton Mifflin, 1911 (OCLC 177577) [lire en ligne] 
  • (en) David Lee Russell, The American Revolution in the Southern Colonies, Jefferson, NC, McFarland, 2000 (ISBN 978-0-7864-0783-5) (OCLC 44562323) (LCCN 00056869) [lire en ligne] 
  • (en) Fitz-Henry Smith, The French at Boston during the Revolution: With Particular Reference to the French Fleets and the Fortifications in the Harbor, Boston, self-published, 1913 (OCLC 9262209) [lire en ligne] 

Liens externes


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