Bataille du Yarmouk
Bataille du Yarmouk
Image of the Battlefield of Yarmouk.
Le champ de bataille se trouve à travers les ravins de Yarmouk, photo prise en Jordanie à 8 miles du champ de bataille.
Informations générales
Date 15-20 août 636
Lieu Rivière Yarmuk, au sud de la mer de Galilée en Palestine,
32° 48′ 51″ N 35° 57′ 17″ E / 32.81411, 35.9548232° 48′ 51″ N 35° 57′ 17″ E / 32.81411, 35.95482
Issue Victoire des musulmans qui occuperont, en 638, Jérusalem
Belligérants
Empire byzantin Arabes musulmans
Commandants
Théodore Trithyrius, trésorier de l'empereur Héraclius Khalid ibn al-Walid,
Abu Ubayda ibn al-Jarra,
Amr ibn al-As,
Shurahbil ibn Hassana,
Yazid ibn Abi Sufyan
Forces en présence
près de 40 000 puis 28 000 après défection des ghassinides près de 20 000 puis 32 000
Pertes
3 000 à 4 000 autant de prisonniers 3 000 à 4 000
Guerres arabo-byzantines
Batailles
Mu'ta - Tabouk – Dathin – Firaz - Yarmouk

En 636, l'Empire byzantin affronte les armées musulmanes lors de la bataille du Yarmouk, dans le Sud de la Syrie.

Sommaire

Contexte

Le 20 août 636, quatre ans seulement après la mort de Mahomet, les cavaliers arabes triomphent d'une nombreuse armée byzantine et s'emparent sans coup férir du Proche-Orient et de ses richesses.

Le prophète de l'islam avait, de son vivant, commencé les hostilités avec l'Empire romain qui venait fraîchement de reconquérir la Palestine et la Syrie après des décennies de guerre avec l'Empire perse (bataille de Tabouk, bataille de Mu'ta). La position romaine était encore précaire, dû à des révoltes de la communautée chrétiennes monophysites (doctrine qui professe une unique nature du Christ, quand la doctrine catholique professe que Jésus-Christ est à la fois vrai Dieu et vrai homme, pour les monophysites la nature Divine englobe la nature humaine). Cette situation provoque une fracture entre cette population et le pouvoir central qui cherche à imposer la doctrine catholique, ce qui explique le fait que les musulmans aient été accueillis favorablement par les arabes chrétiens. En effet, les musulmans laissaient les chrétiens pratiquer librement en échange du versement d'une dîme.

À Médine, le calife Omar, énergique quadragénaire, avait été prévenu de l'approche d'une armée romaine venue rétablir les frontières. Celui-ci réunit l'ensemble des combattants et l'affrontement décisif a lieu sur les rives du Yarmouk, un affluent du Jourdain à une centaine de kilomètres au sud de Damas.

Fort de cette victoire inespérée, Khalid (général de Omar) occupe Damas, capitale de la Syrie. Seule une quinzaine d'églises sont laissées aux chrétiens. Il occupe par ailleurs Antioche, métropole prestigieuse de l'Orient hellénistique. C'est ainsi que la riche Syrie tombe sous la domination arabe.

Deux ans plus tard, c'est au tour de Jérusalem de tomber aux mains des musulmans. Dans l'immédiat, les chrétiens sont tolérés dans la Ville Sainte, moyennant tribut, car le patriarche de Jérusalem avait ouvert les portes de la ville en refusant le combat, d'après la doctrine chrétienne ; à ce moment la présence byzantine avait été réduite à néant et la Ville Sainte était dirigée par un conseil. En revanche les juifs, s'étant vivement opposés à la reddition sans combat de la Ville Sainte, en ont été chassés suite à sa conquête. Ils seront par la suite très rapidement autorisés à y séjourner de nouveau.

Rapport de force

L'armée byzantine était une coalition regroupant des Grecs mais aussi des Arméniens, des Slaves et des arabes chrétiens. Les chiffres les plus divers ont été avancés à propos des effectifs engagés de part et d’autre dans cette bataille (jusqu'à 120 000 hommes pour les Byzantins). Il est cependant assez certain que les effectifs byzantins étaient au début de cette campagne de loin supérieurs à ceux des troupes musulmanes mais pour finir la victoire de ces derniers fut sans appel.

Les chiffres les plus vraisemblables (il s’agit d’un ordre de grandeur) seraient au départ :

– 40 000 hommes pour la coalition byzantine, dont 12 000 guerriers ghassanides, des contingents arméniens et slaves ;
– 20 000 hommes du côté des musulmans. Le double selon R.G.Grant.

Le rapport de force était donc de 1 pour 2 au début de la bataille ce qui explique le fait que ce soit les forces de l'empire byzantin qui ont pris l’initiative.

Après deux jours de combat, le statu quo est maintenu sur le terrain. Lors des combats médiévaux, en bataille rangée, les pertes humaines sont généralement comprise entre 10 % et 20 % des effectifs engagés.

En pleine bataille de Yarmouk opposant les Byzantins aux musulmans, Les 12 000 cavaliers ghassanides (des arabes chrétiens dans l'armée byzantine) qui n’avaient pas été payés depuis plusieurs mois, auraient fait défection (les musulmans leur ayant offert de payer leurs arriérés) privant ainsi les Byzantins de leur cavalerie légère. Cette défection aurait fait ainsi passer le nombre des armées musulmanes de 20 000 à 32 000.

Ils contribuent largement à la défaite byzantine en faisant passer le nombre de Byzantins de 40 000 à 28 000 hommes et les privant de cavalerie légère pour les attaques de flanc. Ils manqueront notamment aux cavaliers lourds cataphractaires qui désormais ne pouvaient plus fixer les cavaliers arabe plus légers qui avaient tout le loisir de les harceler sur des kilomètres. Ironie de l'histoire, cette bataille conduira au démantèlement du royaume de Ghassan, le pouvoir réel leur échappait depuis l'invasion perse de 614. Même si certains se convertirent à l'islam, la plus grande partie des Ghassanides conservèrent la foi chrétienne.

La défection des guerriers ghassanides provoque un bouleversement dans les rapports de force et donne un avantage net a l'armée musulmane qui avait bien soutenu l’assaut byzantin jusqu'à présent. Ces derniers donnent alors un assaut général qui provoque la retraite précipitée des troupes impériale, laissant environ 3 000 hommes se faire prisonniers pour retenir les forces ennemis (ce qui est d'usage pour les armées romaine dans de telles situations) pendant que le reste des troupes se dirige vers Antioche ; permettant ainsi au gros des troupes de se retirer en bonne ordre. Malheureusement pour les soldats byzantins, alors qu'ils pouvaient espérer être rançonnés, ce qui se faisait avec l'ennemi perse, les musulmans exigèrent d'eux de renier leur foi et de se convertir à l'islam, ce qu'ils refusèrent pour la plupart et subirent donc le martyr[réf. nécessaire] ; ceci s'explique par le fait que ces soldats prisonniers (à la différence des civils qui ne combattent pas) sont considérés par la jurisprudence islamique comme ennemis d'Allah, du prophète et de la religion et par conséquent passible de la peine de mort une fois entre les mains d'un musulman à moins que le kouffar (mécréant qui a donné le mot « cafard », la blatte, en français) ne se convertisse, à ce moment il sera considéré comme un « frère » et libéré. Cet épisode tragique explique pourquoi lors des deux siècles suivant, les prisonniers des guerres arabo-byzantine sont systématiquement massacrés de part et d'autre. Il faut attendre le Xe siècle pour retrouver une certaine courtoisie à ce niveau et la possibilité de rançonner les prisonniers ; ceux qui ne peuvent payer et refusent d'abjurer finiront par la suite sur les marchés d'esclaves du Moyen-Orient.

L'armée byzantine était commandée par le propre frère de l'empereur, Théodore, par l'arménien Georges et par un dénommé Bannes ou Behan. L'armée musulmane était commandée par Khalid ibn al-Walid, considéré comme le plus grand stratège musulman et de tous les temps. Parmi les musulmans il y avait alors depuis peu des arabes chrétiens récemment convertis à l'islam, et comme ils avaient le teint clair, ils purent se mêler aux troupes byzantines et ramener à Khalid la nouvelle de l'imminence de l'attaque. Khalid mit aussitôt ses troupes en place. Les fantassins furent disposés en trois lignes, une première composée d'archers, la deuxième d'hommes armés de sabres, la troisième de porteurs de lances. Des cavaliers furent disposés dans les intervalles. Pour encourager ses hommes Khalid donna également à certains vétérans, soigneusement choisis à cet effet, l'ordre de réciter les versets du Coran appropriés, au moment du combat.

Le déroulement des combats

Le 20 août à l'aube la coalition byzantine avança en ordre de bataille. La première journée commença par quelques escarmouches ou des combats singuliers. Le combat du deuxième jour débuta par une attaque de l'aile gauche byzantine sur l'aile droite musulmane. Mais les musulmans tinrent bon et les Byzantins durent être renforcés par un deuxième bataillon puis un troisième. À ce moment-là une partie de l'aile droite musulmane se replia vers le centre et l'autre recula. Lorsque Khalid remarqua la chose, il lança une contre-attaque sur l'aile gauche ennemie et parvint, après plusieurs furieux assauts, à rétablir la situation. Le troisième jour, l'aile gauche musulmane connut le même sort. Le quatrième jour est appelé « la journée des borgnes » et débuta par des combats singuliers au cours desquels les musulmans prirent l'avantage. La perte de plusieurs de ses capitaines parmi les plus valeureux mit le généralissime byzantin dans une rage folle et il ordonna à ses archers de tirer « cent mille flèches d'un seul trait ». Elles tombèrent comme de la grêle sur les musulmans qui comptèrent plusieurs centaines d'éborgnés et d'aveuglés.

Le cinquième jour un événement (tempête de sable ou brouillard) handicapa gravement les mouvement de la lourde coalition byzantine. Khalid donna alors aux commandants du centre et des deux ailes le signal de l'attaque générale, puis ordonna à Qaiss Ibn Habirah (le commandant de son deuxième corps de cavalerie) d'attaquer l'aile gauche byzantine, afin, par cette manœuvre, de priver l'infanterie ennemie de son appui. L'aile gauche byzantine était composée de Slaves qui se défendirent pied à pied mais, faute d'être appuyés par leur cavalerie, ils se rabattirent sur leur centre composé d'Arméniens. Le généralissime byzantin essaya de rassembler ce qui restait de sa cavalerie pour contre-attaquer mais sa cavalerie lourde ne put rivaliser avec la rapidité et la légèreté de la cavalerie musulmane.

« les troupes du Sacellaire se retirèrent alors et les musulmans, profitant de l'occasion, engagèrent le combat. Un fort vent du sud soufflant au visage des Romains, une épaisse poussière les empêcha de voir l'ennemi, et cela fut la cause de leur défaite. Ils se précipitèrent dans les ravins du Yarmouk et y périrent presque tous[1]. »

— De Goeje citant Théophane à propos de la bataille, Fragmenta historicorum Arabicorum, Mémoires sur la conquête de la Syrie

Cette version est néanmoins contestée, tout comme celle qui veut que l'infanterie byzantine ait combattu enchaînée par groupe de dix. Il semble que ceci vienne en effet d'une banale erreur de traduction. Les hommes enchaînés sont peut-être tout simplement des hommes regroupés en formation serrée. Certains historiens estiment à 70 ou 120 000 morts les pertes byzantines (contre 3 ou 4 000 musulmans). D'après Tabari plus de 120 000 byzantins périrent dans le ravin de Yakouça et se noyèrent. Théodore, le frère de l'empereur Héraclius, fut tué. L'infanterie fut complètement anéantie et il ne resta que des cavaliers éparpillés dans toutes les directions, vers Damas, vers Césarée, vers Antioche et même vers Jérusalem. La défaite de Yarmouk bien que très nette n'affecta pas outre mesure les dirigeants de Constantinople, qui s'inquiétaient davantage du péril perse ou encore bulgare. Ce fut quand même la première d'une longue suite de victoires qui allaient finir par livrer aux musulmans tout le bassin méridional et oriental de la Méditerranée. La bataille du Yarmouk scella la suprématie arabe en Syrie du Nord, où la population chrétienne monophysite perçut l'avancée musulmane comme une libération du joug byzantin.

Conséquence

cette bataille a pour conséquence directe la perte de la Syrie et de la Palestine, et quelques décennies plus tard, celle de l'Égypte et de toute l'Afrique du Nord. Ces territoires, qui avaient été si difficilement reconquis sur les Perses par Héraclius, furent aussitôt perdus. Cette bataille montre donc l'état d'impuissance dans lequel se trouvait cet empire pour ne pouvoir lever une armée supérieure à 40 000 hommes, alors que lors des campagnes contre les Perses, Héraclius avait soulevé jusqu'à 80 000 hommes. Le centre d'action des armées romaines ne se trouve plus désormais à Antioche, et les frontières de l'Empire ne sont plus le Tigre et l'Euphrate, mais se situent du côté du Taurus, et le centre d'action des armées est Césarée de Cappadoce. L’Empire devient surtout un empire grec, recentralisé qui est, du coup, plus à même de défendre ces frontières orientales, et feront de cet empire, dit « byzantin », une des premières puissances des siècles durant. Le Moyen-Orient, qui se trouvait sous influence grecque puis romaine depuis Alexandre le Grand, se trouve désormais sous influence arabe qui vont imposer progressivement leur langue et favoriser leur religion au détriment des populations syriaque, phénicienne, grecque et celles descendant des colons romains. Les populations des grandes villes sont remplacées par des colons arabes qui viennent s'installer avec leurs tribus et créer une élite, laquelle nécessite de devenir musulman pour pouvoir y participer ; mais malgré cela les populations de Syrie, de Palestine et d'Égypte demeurent majoritairement chrétiennes pendant les siècles suivants, jusqu'à l'avènement des mamelouks au XIIIe siècle qui entameront une politique de conversion forcée.

Les chrétiens orientaux (orthodoxes) sont encore appelés aujourd’hui « Roum » par les musulmans, en référence à leur origine romaine (et se considèrent de même catholiques romains jusqu'à maintenant alors que le schisme avec la papauté a eu lieu en 1054, le pape étant considéré par ces chrétiens comme uniquement l'évêque de Rome, successeur de saint Pierre, mais n'ayant pas de vocation universelle, car cette vocation ne peut se faire que dans la communion de toutes les églises, d'un point de vue orthodoxe).

Pour le califat, cette bataille permet les premières conquêtes hors de l'Arabie, suivront la destruction de l'Empire perse, tout aussi épuisé que l'Empire romain. Ce qui ouvrira la voie aux conquérants musulmans qui imposeront leur hégémonie depuis l'Atlantique jusqu'au bord de l'Indus en moins de 150 ans, mais le califat se divisera tout aussi vite et lorsqu'au Xe siècle Nicéphore Phocas reviendra du côté du Jourdain pour récupérer ces territoires jadis perdus, à ce moment, la grande puissance est de nouveau l'Empire romain d'Orient.

Bibliographie

  • R.G. Grant, (dir.), Batailles, Paris, Flammarion, 2005

Héraclius Empereur d'Orient

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al-Tabari, Histoire, V (traduction anglaise par C. E. Bosworth, State University of New-York Press, 1999)

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Articles connexes

Références

  1. Mémoires sur la conquête de la Syrie, Théophane cité par De Goeje, p. 113


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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Bataille du Yarmouk de Wikipédia en français (auteurs)

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