Bataille de la bérézina

Bataille de la Bérézina

Bataille de la Bérézina
Napoleons retreat from moscow.jpg
Informations générales
Date Du 26 au 29 novembre 1812
Lieu Près de la rivière Bérézina
Issue Semi-victoire russe qui ne peut couper la retraite de Napoléon
Belligérants
Drapeau de l'Empire français Empire français Flag of Russia.svg Empire russe
Commandants
Napoléon Ier Alexandre Ier
Pertes
25 000 morts 20 000 morts
Sixième coalition
Batailles
Campagne de Russie (1812)

Moguilev —Ostrovno — Klyastitsy — Smolensk — 1re Polotsk — Valutino — Moskova — Moscou — Winkowo — Maloyaroslavets — 2e Polotsk — Czaśniki — Viazma — Smoliani — Krasnoi — Bérézina


Campagne d'Allemagne (1813)
Lützen — Bautzen — Gross Beeren — Katzbach — Dresde — Kulm — Dennewitz — Leipzig — Hanau — Sehested


Campagne de France (1814)
Brienne — La Rothière — Champaubert — Montmirail — Château-Thierry — Vauchamps — Mormant — Montereau — Bar-sur-Aube — Craonne — Laon — Reims — Arcis-sur-Aube — La Fère-Champenoise — Paris

La Bataille de la Bérézina eut lieu du 26 au 29 novembre 1812 près de la rivière Bérézina, aux alentours de la ville de Borissov (dans l'actuelle Biélorussie), entre l'armée française de Napoléon Ier et les armées russes, de Koutousov, de Wittgenstein et de Tchitchagov, après l'échec de la campagne de Russie.

Sommaire

Contexte

Cinq mois après le franchissement du Niémen le 24 juin, la Grande Armée bat en retraite et se trouve devant une rivière marécageuse : la Bérézina. Les armées russes comptent sur cet obstacle naturel pour bloquer l'armée de Napoléon et ainsi l'anéantir.

La retraite de Russie se fait dans de mauvaises conditions : l’hiver est précoce et très rigoureux. Exposée sur son flanc aux coups de l'armée de Wittgenstein, poursuivie par celle de Koutousov, et bloquée par la Bérézina dont l'armée de Tchitchagov maîtrise le pont de Borisov depuis la veille, la Grande Armée se trouve, le 22 novembre 1812 au matin, dans une situation désespérée.

Déroulement

Le 23 novembre, les Russes attendent les Français à Borissov et Napoléon décide d'y organiser une manœuvre de diversion pour permettre le franchissement de la Bérézina 15 km en amont, face au village de Stoudienka, là où le général Corbineau a identifié un passage possible.

Le succès de l'opération passe par la très rapide construction de deux ponts à Stoudienka. Travaillant dans l'eau glacée les 26, 27, 28 novembre, les pontonniers néerlandais du général Eblé réalisent et entretiennent ces deux ouvrages que la Grande Armée franchit le 26, dès 13 heures, malgré l'opposition des trois armées russes.

Dans la nuit, Tchitchagov se rend compte de son erreur mais ne peut intervenir immédiatement. Lui, Wittgenstein et l'avant-garde de Koutousov prennent l'offensive le 28 vers 8 heures du matin.

Face à l'armée de Wittgenstein, devant les forces ennemies qui s'accroissent à mesure que le temps passe, le maréchal Victor avec 10 000 hommes, défend toute la journée les hauteurs de Stoudienka, tandis que 800 cavaliers de Fournier se distinguent en chargeant à de multiples reprises la cavalerie et l'infanterie russes. Alors que la traversée s'achève, la nuit interrompt les combats et Victor en profite pour passer à son tour sur la rive droite. Ce même jour (28 novembre), Tchitchagov attaque sur le côté droit. Là, la bataille se déroule dans une forêt de pins et se poursuit toute la journée du 28 : les maréchaux Oudinot et Ney à la tête de 18 000 vétérans dont 9000 Polonais commandés par les généraux Joseph Zajonchek, Jean Henri Dombrowski et Charles Kniaziewicz, culbutent l'amiral Tchitchagov qui se replie sur Bolchoi Stakhov et lui font 1500 prisonniers, ce qui permet à la Grande Armée de passer le fleuve.

Plus tard, alors que le gros de l'armée a déjà franchi la Bérézina, de nombreux retardataires sont encore sur l'autre rive. Eblé envoie plusieurs fois dire autour des bivouacs que les ponts vont être détruits dès l'aube du 29 pour protéger la retraite. Des voitures sont incendiées pour convaincre les retardataires de l'urgence à traverser, mais la plupart des traînards, épuisés, préférant attendre le jour, restent sourds à ces injonctions.

Après avoir autant que possible reporté l'échéance, les deux ponts sont incendiés sur l'ordre de Napoléon entre 8 h 30 et 9 h 00. La rive gauche de la Bérézina offre alors le spectacle tragique d'hommes, de femmes et d'enfants se précipitant à travers les flammes des ponts ou tentant de traverser la rivière à la nage.

Les cosaques russes, trouvant le passage libéré après le départ de Victor, arrivent à 9 h 30. Ils s'emparent du butin abandonné par la Grande Armée et font de nombreux prisonniers (les Russes prendront en tout environ 10000 prisonniers).

Même si la Grande Armée évite l'anéantissement, après le passage de la Bérézina sa situation est tragique. Il n'y a guère plus de quelques milliers de soldats en état de combattre (surtout des grenadiers de la Vieille Garde), alors qu'environ 50000 traînards se dirigent vers la ville de Wilno. Lors de la bataille, les soldats français et polonais ont fait preuve d'une grande bravoure et d'un esprit de sacrifice : malgré leur supériorité numérique et leurs initiatives les Russes n'ont pas réussi à stopper l'armée impériale éprouvée par la retraite.

Conclusion

Les formations combattantes, l'État-major et l'artillerie de la Grande Armée ont franchi la Bérézina, mais cet incontestable succès militaire a le goût amer des nombreuses pertes subies, qui seront évaluées à environ 45 000 morts ou prisonniers.

132 ans plus tard, en 1944, des soldats français de la Légion des volontaires français livrèrent bataille au même endroit.

La blessure

Ces œuvres et les récits terribles des soldats ont fait de la traversée de la Bérézina le symbole de la tragique retraite de Napoléon et de la débâcle que fut la campagne de Russie. Au point que, les livres d'histoire français s'étendent très peu sur les deux campagnes suivantes (Allemagne et France) où le sort de la guerre a pourtant été sur le point de basculer à plusieurs reprises. La Bérézina est ainsi restée une profonde blessure dans l'imaginaire français, un désastre national au cours duquel la neige a enseveli les rêves de conquête de Napoléon. Le mot de « bérézina » est d'ailleurs passé dans le langage courant comme synonyme de déroute, d'échec cuisant, en dépit de la victoire de l'armée française lors de cette bataille.

Littérature

Napoléon traversant la Bérézina
Huile sur toile de Janvier Suchodolski, 1866, Musée national de Poznań

Cet épisode de l'histoire a inspiré de nombreux écrivains parmi lesquels :

Honoré de Balzac : la nouvelle Adieu publié en (1830), il met en scène une femme séparée du militaire français qu'elle aimait lors du passage de la Bérézina, et devenue folle depuis. Le héros Philippe de Sucy brosse le tableau le plus effrayant du passage de la Bérézina : «  En quittant sur les neuf heures du soir les hauteurs de Stubzianka qu'ils avaient défendues pendant toute la journée du 28 novembre 1812 le maréchal Victor y laissa un millier d'hommes chargés de protéger jusqu'au dernier moment deux ponts construits sur la Bérézina qui subsistaient encore(…) ». Il décrit ensuite les soldats mourant de faim qui tuent son propre cheval (celui de Philippe), pour se nourrir et la mort du mari de Stéphanie de Vandières, tué par un glaçon[1]. La bataille de la Bérézina et la retraite de Russie sont aussi évoquées dans le roman La Peau de chagrin où le grenadier Gaudin de Witschnau a disparu. Dans le roman Le Médecin de campagne, Balzac donne la parole au commandant Genestas qui en fait un récit apocalyptique. Il décrit la débandade de l'armée : « C'était pendant la retraite de Moscou. Nous avions plus l'air d'un troupeau de bœufs harassés que d'une grande armée[2]. ». On retrouve aussi cet affreux épisode guerrier dans le récit du général de Montriveau dans un recueil de nouvelles de Balzac : Autre étude de femme « L'armée n'avait plus, comme vous le savez, de discipline et ne connaissait plus d'obéissance militaire. C'était un ramas d'hommes de toutes nations qui allaient instinctivement. Les soldats chassaient de leur foyer un général en haillons et pieds nus. [3] ».

Hugo : le poème L'Expiation, tiré de Les Châtiments, décrit la terrible souffrance de la Grande Armée, exprimée par cette complainte lancinante: "Il neigeait", qui donnera son nom à un livre de Patrick Rambaud.

Tolstoï : Guerre et paix (1864), dont l'épopée d'une famille russe au XIXe siècle est l'occasion d'illustrer l'impuissance de l'homme face aux caprices de l'Histoire.

Rambaud : Il Neigeait (2000), sur la Campagne de Russie, de l'entrée à Moscou jusqu'au retour de Napoléon à Paris.

Notes et références

  1. Adieu, Bibliothèque de la Pléiade, 1979, t.X, p. 987-1001, (ISBN 2070108686)
  2. Le Médecin de campagne, Bibliothèque de la Pléiade, 1978, t.IX p.529-534(ISBN 2070108694)
  3. Autre étude de femme, Bibliothèque de la Pléiade, 1976, t.III, p. 703, (ISBN 2070108589)

Bibliographie

  • Général Fédor Rostoptchine, (père de la comtesse de Ségur), Histoire de Napoléon et de la Grande Armée pendant l'année 1812, paru en 1824
    c'est Rostopchine qui décida de l'incendie de l'Incendie de Moscou pour résister aux assauts de Napoléon 1e
    .
  • F Beaucour, J Tabeur, L Ivtchenko La Bérézina : Une victoire militaire, Economica, 2006, 147p, ISBN 978-2717852028
  • Alain Fillion, La Bérézina racontée par ceux qui l'ont vécue : 26, 27, 28 et 29 novembre 1812, France-Empire, 2005, 322p, ISBN 978-2704810116
  • (en) 1812: Napoleon's Fatal March on Moscow, Adam Zamoyski, ISBN 0-00-712375-2

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