Bataille de la Lys (1940)
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Bataille de la Lys
1940FranceBlitz.jpg
Carte de l'offensive allemande à la veille de la bataille
Informations générales
Date 23 - 28 mai 1940
Lieu Belgique
Issue Victoire allemande
Belligérants
Drapeau de la Belgique Royaume de Belgique Drapeau : Allemagne Reich allemand
Commandants
Drapeau de la Belgique Léopold III Drapeau de l'Allemagne Walther von Reichenau
Drapeau de l'Allemagne Georg von Küchler
Pertes
3 000 morts 1 500 morts
Seconde Guerre mondiale,
Bataille de France
Batailles
Bataille de France et campagne des 18 jours
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La Bataille de la Lys est la plus importante bataille de l'armée belge en 1940 pendant la campagne des 18 jours, avait pour enjeu d'interdire le franchissement de la Lys par l'armée allemande, et dura du 23 au 28 mai 1940, jour de la capitulation belge dont l'issue de cette bataille fut un facteur décisif.

Sommaire

Généralités

Le 10 mai 1940, au tout début de ce qui sera la bataille de France, l'Allemagne envahit la Belgique au mépris des traités. Son but principal est de percer rapidement le front français en franchissant la Meuse à Sedan et plus au nord à Dinant, Houx, Yvoir. Dès les premiers combats de diversion menés plus au nord, le long du Canal Albert, les forces spéciales allemandes s'emparèrent du fort d'Ében-Émael, réputé imprenable. Cette défaite et la percée sur la Meuse (les 13 et 14 mai : mais le 12 mai des éléments allemands ont franchi la Meuse à Houx) amenèrent l'armée belge à se replier sans quasiment combattre sur la ligne Anvers-Wavre puis sur l'Escaut et enfin sur la Lys.

Derrière cette rivière et son prolongement par le canal de la dérivation du sud-ouest de Gand à la mer, coupure pourtant peu propice à ce type de combat, l'armée belge tente de stopper l'armée allemande (bataille d'arrêt).

En quelques jours, périrent trois mille soldats belges et un nombre mal connu d'Allemands (de 1500 à plus de 3000). Le simple combat de Vinkt fit plus de 150 morts et 1 500 blessés chez les Allemands le 27 mai. Même si les belges ne concèdent que quelques kilomètres de terrain, leur front est enfoncé et le roi Léopold III décide de capituler.

Déroulement de la bataille

Les soldats belges occupaient la rive ouest de la Lys de Menin à Deinze (près de Gand), et se tenaient aussi au sud d'un canal dit "de la dérivation" de Deinze à la mer (parallèlement à la frontière belgo-néerlandaise)[1]

Sur la Lys, en amont de Courtrai et en aval jusqu’à l’est de Wielsbeke

C’est à cet endroit du front belge que les combats furent au départ les plus violents et le plus d’hommes engagés. Les troupes allemandes entrent en contact avec l’armée belge le 23 mai (premiers bombardements d’artillerie). En amont de Courtrai se tiennent la Kuurne, non loin de Courtrai célèbre cette unité, et en particulier le 12e régiment de ligne où Francis Walder combat comme officier supérieur). La violence des combats a frappé les historiens flamands locaux : Hadden onze soldaten geweten dat ze met twee povere divisies de mokerslagen van vijf zegeroes verkerende Wehrmacht Divisionnen zouden moeten opvangen, dan was de moed hen zeker in de schoenen gezonken. (tr.fr. Si nos soldats avaient su qu'avec deux pauvres divisions, ils allaient recevoir le coup de massue de cinq divisions de la Wehrmacht marchant enivrées par la victoire, leur courage se serait enfoncé dans leurs chaussures.[3] Soixante ans plus tard, l'héroïsme de ces régiments est encore célébré : De Waalse regimenten die hier aan de Leie dapper vochten spreken dan ook vaak en terecht over "La Lys Sanglante"] (Tr.fr. Les régiments wallons qui se battirent ici, à la Lys, avec vaillance, parlent souvent et à juste titre de "la Lys sanglante"[4]).

Une attaque lancée par les Allemands contre la 8e division échoue le 25 mai[5]. Le lendemain les divisions allemandes attaquent en force la 8e DI qui recule de quelques centaines de mètres à partir de la rive ouest de la Lys. Au soir du 26 mai une contre-attaque du major Leclercq, avec des éléments épars de la 8e DI repousse les Allemands sur la rive droite du Canal de Roulers-Courtrai[6]. Mais ces troupes (de la 8e division) sont arrivées à la limite de leurs possibilités de résistance. Le major Leclercq est tué et la contre-attaque repoussée.

Les trois divisions malmenées (1re, 3e et 8e), sont relevées par la 10e division (1re réserve) commandée par le général Pire. Le futur chef de l’armée secrète belge tient la ligne Ledegem-Izegem (un peu en retrait de la Lys)[7]. À la 10e DI s’ajoute également la Roulers à la Lys (qui rejoint la Lys un peu au-dessous de Wielsbeke).

De Wielsbeke à Deinze et Nevele

La résistance de la 2e division de Chasseurs ardennais (1re réserve) à gauche des positions de la 8e DI est efficace dans un premier temps : le Vinkt, rendant impossible la percée du front. Il y a des centaines de morts dans les rangs allemands. Les troupes allemandes, particulièrement celles du fusillent une centaine d’habitants de ce petit village flamand le 27 mai. C’est dans la direction de Deinze à Tielt que s’effectue la percée allemande qui amène la capitulation de l’armée belge le 28 mai.

De Nevele à Eeklo

C’est cette partie du dispositif belge qui est le moins sous pression, au moins au départ. Sur cette partie du canal de la dérivation, prennent position du sud au nord : la 2e DI (d’active), la 11e DI, la 12e DI (divisions de 1re réserve), la 6e DI (d’active) et la 17e DI (2e réserve). Ici, la pression allemande se fait sentir moins fort au départ. D’ailleurs plusieurs unités de la 6e DI font mouvement vers le sud du front belge en direction de Courtrai en vue d’y épauler la résistance efficace des 9e, 10e, 15e DI renforcées par la cavalerie. Le 24 mai, les Allemands parviennent à franchir le Canal de la dérivation et établissent une tête de pont à Ronsele, sur la rive ouest de cette coupure. Une contre-attaque est menée par des éléments de cette 12e DI, notamment son bataillon-cycliste divisionnaire : les Allemands sont repoussés le 25 sur la rive est. Mais le 26 et le 27 la 12e DI disparaît du combat. Le 27 mai, d’autres unités comme le Knesselare, dans le secteur que tenait la 12e DI.

La capitulation

Le front dans sa totalité à la veille de la défaite

Le chef d’état-major de l’armée belge estime que le 27 mai au matin, il existe toujours un front continu face aux Allemands[9]. Mais constate ensuite que ce front est percé à peu près au milieu dans la direction Deinze-Tielt, et à la fin de l’après-midi : une brèche de 7 km s’est ouverte qu’il semble impossible de colmater. C’est ce qui amène le roi Léopold III à envoyer un plénipotentiaire au général Von Reichenau. Il reviendra dans la soirée porteur des exigences allemandes d’une capitulation sans condition de l’armée ‘’dans sa totalité’’ avec nécessité de livrer passage aux armées allemandes vers la mer. Cette décision (sur un plan militaire strict) est contestée par différents auteurs dont le général Wanty qui aurait voulu, lui, que la capitulation ne soit pas générale, mais soit la décision des unités les plus menacées d’effondrement. Le professeur Henri Bernard considère, lui, que la lutte aurait pu continuer, que l’armée belge aurait dû se joindre aux armées française et britannique qui défendirent le périmètre autour de Dunkerque qui permit le rembarquement de centaines de milliers de soldats britanniques et français[10]. Le général Van Overstraeten aurait voulu que l’armée tienne au moins encore un jour[11]. Selon Henri Bernard, c’est déjà avant la bataille de la Lys qu’il aurait fallu chercher à coopérer avec les armées britannique et française et se retrancher, non derrière la Lys mais derrière l’Yser, celle-ci étant une meilleure « coupure » que la Lys (aux nombreux méandres, à l’étiage bas, à la largeur insuffisante, avec le désavantage de constructions sur la rive ennemie permettant aux Allemands de s’abriter du feu belge). La bataille de la Lys fit entre 2 500 et 3 000 morts du côté belge et un nombre mal connu de morts côté allemand (1500 morts, ou peut-être plus que du côté belge).

Les prisonniers

La plupart des prisonniers de guerre belges furent capturés par les Allemands après la capitulation (250 000 sur les 600 000 hommes de l’armée belge, d’autres ayant déjà fui plus loin, n’étant pas emmenés par les Allemands etc.). Mais on estime à 50.000 le nombre de soldats belges faits prisonniers dans les combats proprement dits, soit en Ardenne (suite à l’opération de Witry), soit sur le Canal Albert, soit sur la Lys, principalement. Une partie des soldats capturés à la bataille de la Lys ou peu avant son déclenchement le furent à la suite de redditions volontaires, soit à Gand le 23 mai (de 8 à 10 000 hommes selon les sources, appartenant surtout à la 16e DI), soit à Deinze (la dizaine de milliers d’hommes de la 4e division).

Dunkerque

Pendant les deux derniers jours de la bataille la Luftwaffe garda la maîtrise des airs. Il semble que pour le rembarquement de Dunkerque cette armée de l’air allemande fut moins efficace pour deux raisons : 1) ce point était encore plus éloigné de ses bases ; 2) l’aviation britannique était, elle, au contraire, plus proche de ses bases de départ et non dépourvue d’efficacité. Il semble que la capitulation sans conditions de l'armée belge découvrit le flanc droit des troupes britanniques en train de commencer les opérations de rembarquement à la bataille de Dunkerque. Et il est vrai aussi que ces troupes britanniques et des troupes françaises tinrent encore jusqu'au 4 juin le périmètre autour de Dunkerque, donc bien longtemps après la capitulation de l'armée belge sur un théâtre d'opérations relativement proche. Telle est l'opinion d'Henri Bernard, professeur honoraire à l'École royale militaire[10].

Citation

L'écrivain wallon Willy Bal qui commandait un peloton dans le 12e Régiment de Ligne (3e Division d'Infanterie) a écrit dans Au soya dès leus (Au soleil des loups), la détresse des soldats (langage wallo-picard de Jamioulx):

la Lys! lès-awènes froncheneut au vint dou Sud,
lès tchans d'lin,
èl soyaz d'mé... èn'don, mès camarâdes,
què ç'ît vrèmint bièsse dè s'fé tuwer pa dou si bia tins!
lès près câsimint bons a fautchî,
més si on intindeut come dès mârtias su l'aglèmia,
c'ît lès mitrayeûses...
lès mitrayeûses qui cruwodint pas-t't-avau no djonèsse,
qui cruwôdint...

tr.fr. La Lys! Les avoines ondulent au vent du Sud,
Les champs de lin,
Le soleil de mai...hein, mes camarades,
Que c'était vraiment bête de se faire tuer par un si beau temps!
Les prés quasiment bons à faucher,
Mais si on entendait comme des marteaux sur l'enclume,
C'étaient des mitrailleuses,
Les mitrailleuses qui sarclaient à travers notre jeunesse,
Qui sarclaient...
[12]

Lien externe

Notes et références

  1. Voir notamment Francis Balace Fors l’honneur. Ombres et clartés sur la capitulation belge, in Jours de Guerre, t. 4, Jours de défaite, II, Crédit Communal, Bruxelles, 1991, pp. 7-50, puis les autres auteurs cités ci-dessous
  2. F. Balace, Fors l'honneur... op. cit., p 13
  3. Marie-Christine Martens, Mei 1940, de zware beproeving in Leie Sprokkels, Jaarboek 1991, Juliaan Claerhout-Kring, Wielsbeke, 1991, pp. 51-82: les deux divisions dont elle parle sont la 3e Division et la 8e Division, sa vision locale ne concernant que les combats proches de Wielsbeke et ne concernant pas le front tenu par les chasseurs ardennais (2e DI) entre Zulte et Deinze
  4. Un soldat wallon à la bataille de la Lys in TOUDI, n°69, octobre 2005, pp. 33-38, p. 33 cite un site flamand disparu qui était intitulé Pandora/Historia.
  5. Colonel BEM, A. Massart, Historique du 13e de Ligne, Centre de documentation historique des forces armées, Bruxelles, 1982
  6. A. Massart, op. cit., p. 141. Philippe Destatte, Ceux-ci se sont battus vaillamment, pp. 9-16 in Les combattants de 40, Hommage de la Wallonie aux prisonniers de guerre, IJD, Namur, 1995, p. 13. Voir aussi De Fabribeckers, La campagne de l’armée belge en 1940, Rossel, Bruxelles, 1978 op. cit.
  7. Henri Bernard, Panorama d'une défaite, Duculot, Gembloux, 1984.
  8. L'effort principal de la 6e Armée allemande est marqué dans la région de Kortrijk [Courtrai] et la situation y devient critique. En conséquence, c'est toute la 2e DC qui reçoit l'ordre de se porter du Nord vers la limite Sud de l'Armée Belge dès le 24 au soir... [1]
  9. Michiels Dix-huit jours de guerre en Belgique, Berger-Levrault, Paris, 1947, p. 215
  10. a et b Panorama d’une défaite, Duculot, Gembloux, 1984
  11. Raoul Van Overstraeten, Dans l’étau, Paris, 1960
  12. Willy Bal, Œuvres poétiques wallonnes, Association littéraire wallonne de Charleroi et Société de langue et de littérature wallonne, Charleroi, 1991, traduction Maurice Piron

Bibliographie

On peut consulter aussi :

  • Livre Blanc établi par le Secrétariat du roi (1946).
  • De Fabriebeckers La campagne de l’armée belge en 1940, Rossel, Bruxelles, 1972 (avec nombreuses cartes et croquis).
  • Jean Stengers, Léopold III et le Gouvernement, Duculot, Gembloux, 1980 (pour la question de la liaison avec l'armée britannique)
  • Richard Boijen De taalwetgeving in het Belgische Leger, Musée royal de l’armée, Bruxelles, 1992
  • Philippe Destatte, Ceux-ci se sont battus vaillamment in Les combattants de 40. Hommage de la Wallonie aux Prisonniers de Guerre, Institut Destrée, Namur 1995.
  • Témoignages du lieutenant Delplanque in Toudi, no 70, pp. 62-63, janvier-février-mars 2006. Le lieutenant Delplanque, officier de réserve hennuyer, commandait la 8e Compagnie du 43e de Ligne de la 15e DI commandée par le Général Raoul de Hennin de Boussu-Walcourt est cité à l'ordre du joiur de cette division dans les termes suivants: Officier méritant, qui s'est particulièrement distingué le 27 mai 1940 à Passchendaele [ancienne orthographe de cette localité] où, malgré des pertes sévères, il résiste héroïquement. Cet officier a recueilli, principalement en mai 1940 des témoignages d'autres officiers sur les défections de troupes flamandes, à Gand (16e DI), à Deinze (4e DI), ainsi que sur le flanc droit du 13e de Ligne à Wielsbeke (défections de régiments de la 9e DI dont, selon lui, le 8e de Ligne). Il témoigne aussi de fraternisations d'officiers ou soldats avec les Allemands le 28 mai et les jours suivants. Ce manuscrit fut gardé par devers lui durant la captivité en Allemagne et conservé ensuite par lui puis par son fils.
  • Le roman de Xavier Hanotte, De secrètes injustices qui est un roman policier dont l'intrigue se noue autour d'un épisode de la bataille de la Lys: le combat de Vinkt, livré par les chasseurs ardennais.

Autres lectures

  • (fr) Buffetaut, Yves, Blitzkrieg à l'Ouest: Belgique et Nord, 1940, Magazine Militaria HS no.8, 1993.
  • (fr) Taghon, Peter, L'aéronautique militaire belge durant la campagne de mai-juin 1940 (1), revue Ciel de Guerre no.8, 2006.
  • (fr) Taghon, Peter, L'aéronautique militaire belge en mai-juin 1940, revue Avions HS no.18, 2006.

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