Enseignement dans la région autonome du Tibet

La République populaire de Chine a commençé à mettre sur pied un enseignement moderne au Tibet au début des années 1950.

En 2005, la région autonome comptait 1 010 écoles où étudiaient 486 000 élèves et étudiants.

Sommaire

Instauration d'un enseignement moderne

La Chine commença à instaurer un système éducatif laïque au début des années 1950[1].

Période 1951-1959

Dans la seconde moitié de 1951, l'armée populaire de libération mit sur pied un cours de langue tibétaine pour ses personnels à Lhassa. Un des enseignants en était Qangngoiba Doje Ngoizhub, un ancien responsable du gouvernement tibétain[2].

En 1952 s'ouvrit la première école moderne du Tibet, l'école primaire de Lhassa. Elle comportait 20 administratifs, 30 enseignants et 300 élèves, chiffre par la suite porté à 500. Lorsque le comité préparatoire à l'établissement de la Région autonome du Tibet vit le jour en 1956, l'école comptait plus de 1 000 étudiants. Par la suite, d'autres éoles primaires s'ouvrirent dans diverses villes du Tibet, notamment à Chamdo et Xigaze. Fin 1958, il y avait 13 écoles primaires publiques au Tibet, avec un effectif de 2 600 élèves[3].

Le premier collège de la région, le collège de Lhassa, ouvrit ses portes en septembre 1956, accueillant plus de 50 professeurs et 650 élèves dont les frais de scolarité étaient entièrement pris en charge[3].

Période 1959-1965

La période 1959-1965 fut marquée par de nouvelles réalisations. À la date de 1965, la région comptait plus de 1 800 écoles primaires accueillant 66 000 élèves, 4 collèges et une école normale accueillant plus de 1 500 élèves. Une étape importante de cette période fut la création de l'école des nationalités du Tibet, forte de plus de 3 000 étudiants et dispensant, entre autres, des cours de langue tibétaine, de comptabilité et d'agriculture. Une autre étape fut l'édition de manuels en langue tibétaine[3].

Révolution culturelle (1966-1976)

Selon le sociologue chinois Rong Ma, le nouveau système, mis en place entre 1959 et 1966, fut toutefois interrompu pendant la révolution culturelle. Ce n'est qu'en 1976 qu'il fut rétabli[4].

L'enseignement monastique, qui jusque là avait continué en parallèle avec les écoles publiques, fut fermé par les gardes rouges (Han aussi bien que tibétains) en 1966 lorsque la révolution culturelle gagna la région autonome du Tibet[5].

Années 1980

Le système scolaire tibétain connut des développements importants au début des années 1980. En 1984, le gouvernement central exigea que les écoles de la région se concentrent sur la langue tibétaine en accord avec le développement économique et culturel local. De même, il décida de créer, dans des provinces et municipalités de l'intérieur, trois collèges et 16 classes spéciales pour les Tibétains[3].

L'année 1985 vit la fondation d'une université du Tibet avec, comme sections ou départements, langue et littérature tibétaines, langue et littérature chinoises, langue et littérature anglaise, histoire, art, médecine tibétaine traditionnelle, physique et chimie[3].

La loi de 1986 instaura le principe d’une scolarité obligatoire de 9 ans.

En septembre 1989, s'ouvrit un nouvel institut d'enseignement supérieur, l'école de médecine tibétaine du Tibet.

Années 1990-2000

En 2000, il y avait plus de 2 500 écoles primaires, dispensant un enseignement principalement en tibétain. Mais les élèves étudiaient également le chinois. Le nombre de collèges était monté à 68, et celui de lycées techniques à 18. Les élèves sortant d'un lycée technique doivent maïtriser le tibétain et bien connaître le chinois[3]

En 2005, la région autonome comptait 1 010 écoles où étudiaient 486 000 élèves et étudiants[6].

Nombre d’établissements d’enseignement

En 2006, selon des sources gouvernementales, le nombre d'établissements d'enseignement dans la région autonome était le suivant :

  • 890 écoles primaires et 1 568 « centres d'enseignement » avec 329 500 élèves ;
  • 93 collèges avec 127 900 élèves, 13 lycées avec 37 700 élèves et 10 lycées professionnels avec 14 775 élèves ;
  • 6 établissements d'enseignement supérieur avec 23 327 élèves (dont l'Université du Tibet, l'Institut des nationalités, l'Institut d'agronomie et de techniques d'élevage et l'Institut de médecine).

Fin 2006, seuls 49 districts sur les 73 de la région autonome assuraient l'enseignement obligatoire sur 9 années, les autres n'en assurant que 6 années[7].

Enseignement supérieur

L'Université du Tibet, l'Institut des nationalités, l'Institut d'agronomie et de techniques d'élevage et l'Institut de médecine constituent les piliers de l'enseignement supérieur dans la région autonome du Tibet[8].

Université du Tibet

Auditorium de l'Université du Tibet (2007)
Article détaillé : Université du Tibet.

L'université du Tibet est la principale université de la région autonome du Tibet. Ouverte officiellement en 1985, elle a son campus à Lhassa, capitale de la région autonome du Tibet. Elle est financée par le gouvernement central chinois.

En 2004, elle accueillait 8 000 étudiants, le plus grand nombre d'entre eux se rencontrant à la Faculté des études tibétaines[9].

L'examen d'entrée à l'université du Tibet s'effectue en chinois et non en tibétain. Nicolas Tournadre souligne que cet examen exclusivement en chinois n'incite pas les élèves à étudier le tibétain. Par ailleurs, l'ensemble des matières scientifiques et la majorité des sciences sociales sont enseignées en chinois[10].

Selon le Quotidien du Peuple en ligne, en 2011 on compte 30 000 étudiants dans les universités au Tibet, soit 14 fois de plus qu'il y a 30 ans. Et 80% d'entre eux sont tibétains[9].

Discrimination positive

Le Tibet bénéficie de la politique institutionalisée de discrimination positive mise en place pour les minorités ethniques en Chine : son application se traduit par « des taxes (droits) universitaires moins élevés et des examens d'entrée moins sévères[11] ». En 1997, Barry Sautman indiquait que la barre d'admission est placée plus bas pour les minorités ethniques que pour les autres étudiants[12].

Selon Anne-Marie Blondeau, l’enseignement est exclusivement en chinois à partir du collège ainsi qu'à l'université de Lhassa, la seule du Tibet[13].

Notes et références

  1. (en) Asianinfo.
  2. (en) Qangngoiba Doje Ngoizhub, Tibetan education as l see it, site Witness to Tibet, c. 1999.
  3. a, b, c, d, e et f Qangngoiba Doje Ngoizhub, op. cit.
  4. (en) Rong Ma, Population and Society in Tibet, Hong Kong University Press, 2010, 350 p., p. 325 : « Education in Tibet has experienced great changes since 1952. [...]. The new school system was established from 1959 to 1966 but it was interrupted during the Cultural Revolution. The schools were rebuilt when the political riots ended in 1976. »
  5. (en) Rong Ma, Population and Society in Tibet, Hong Kong University Press, 2010, 350 p., p. 286 : « During this period, monastic education continued in parallel with public schools. It was closed by Red Guard (both Han and Tibetans) when the cultural revolution moved in the TAR in 1966. »
  6. Source : Chine : développement de l'enseignement au Tibet, Les nouvelles à travers la Chine et le monde, Xinhuanet, 2005-08-27.
  7. (en) Tibet Facts & Figures 2007, Education.
  8. (en) Xiaoming Zhang, China's Tibet, Éditeur 五洲传播出版社, 2004, 148 p., (ISBN 7508506081 et 9787508506081), p. 118.
  9. a et b (en) University of Tibet brought into China's key education project, in People's Daily Online, 17 décembre 2008.
  10. Nicolas Tournadre, Le bilinguisme tibétain-chinois : situation et enjeux, in Perspective chinoises, n° 74, novembre-décembre 2002.
  11. Benito Perez, Les coulisses de la révolte tibétaine, Le Courrier, 28 mars 2008 : « A contrario, Elisabeth Martens vante la politique de discrimination positive menée, selon elle, par Pékin, qui « facilite l'enseignement aux minorités ethniques par des taxes universitaires moins élevées et des examens d'entrée moins sévères ». »
  12. (en) Barry Sautman, Preferential Policies for Ethnic Minorities in China: The Case of Xinjiang, ln Working Papers in the Social Sciences, No 32, The Hong Kong University of Science and Technology, 30 septembre 1997, p. 14 : « Universities are adjured to "give ethnic minorities priority over others with equal qualifications." In fact, minorities are eligible for admissions with lower entrance examination scores as a matter of course. »
  13. Source : Anne-Marie Blondeau, La question du Tibet.

Voir aussi

Bibliographie

  • (en) Aiming Zhou, Tibetan education, Series of basic information of Tibet of China, China Intercontinental Press (五洲传播出版社), 2004, (ISBN 7508505700 et 9787508505701), 167 p.
  • (en) Nicolas Tournadre, The Dynamics of Tibetan-Chinese Bilingualism. The Current Situation and Future Prospects, in China perpectives, 45, 2006.
  • (en) Protection and Development of Tibetan Culture (White Paper), China Daily, 25 septembre 2008 – (fr) La protection et le développement de la culture tibétaine (livre blanc), Beijing Information, 22 octobre 2008.
  • (en) Rong Ma, Population and Society in Tibet, Hong Kong University Press, 2010, 350 p.
  • Livre blanc publié par le Bureau d'information du Conseil des affaires d’État en juillet 2011.

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Liens externes


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