Bataille de Teruel

40° 21′ 00″ N 1° 06′ 00″ W / 40.35, -1.1

Bataille de Teruel
Espagne guerre octo.png
Carte de l'Espagne en novembre 1937, peu de temps avant la bataille de Teruel
Informations générales
Date 15 décembre 1937 au 22 février 1938
Lieu Teruel, Espagne
Issue Victoire franquiste
Belligérants
Flag of Spain 1931 1939.svg République espagnole
Flag of the International Brigades.svg Brigades internationales
Flag of Spain under Franco 1938 1945.svg Camp nationaliste
Troisième Reich Reich allemand
Commandants
Juan Hernández Saravia
Enrique Fernández Heredia
Juan Ibarrola
Enrique Lister
Valentín González
Karol Świerczewski
Francisco Franco
Antonio Aranda
José Enrique Varela
Juan Yagüe
Domingo Rey d'Harcourt
Forces en présence
77 000 hommes
env. 120 avions
100 tanks
22 000 hommes
env. 6 000 combattants volontaires
env. 140 avions
500 pièces d'artillerie
Pertes
35 000 morts
50 000 prisonniers
un tiers de l'équipement perdu
17 000 morts
36 000 blessés
quelques avions abattus
Guerre d'Espagne
Batailles

La bataille de Teruel est une des plus importante de la guerre civile espagnole, entre les forces républicaines et les troupes soulevées de Franco. Elle se déroula dans les environs de la ville aragonaise de Teruel, entre le 15 décembre 1937 et le 22 février 1938. Les combats ayant lieu pendant l'hiver, les conditions climatiques furent extrêmement rudes, l'hiver 1937-1938 étant le plus froid depuis plus de vingt ans[1]. La ville changea plusieurs fois de mains, tombant d'abord aux mains des républicains, puis reprise par les nationalistes. Elle subit de lourds bombardements de l'artillerie et de l'aviation. La récupération de la victoire par Franco, qui mit en avant la supériorité de son matériel et la valeur de ses hommes a fait de cette bataille le tournant décisif de la guerre[2].

Sommaire

Contexte

Conditions stratégiques favorables

Ce sont plusieurs conditions stratégiques majeures qui amènent les chefs de l'armée républicaine à lancer de vastes opérations sur Teruel, alors tenue par les nationalistes. D'un point de vue psychologique, ils pensent que, la ville n'étant pas bien défendue, sa capture permettrait aux républicains de reprendre l'initiative. De plus, Teruel est un symbole pour les nationalistes de leur supériorité sur le front aragonais.

D'un point de vue politique, Indalecio Prieto, ministre républicain de la Guerre, veut une victoire spectaculaire qui soit l'illustration de la valeur de l'armée républicaine et de son efficace réorganisation. Cela aiderait également le gouvernement de Juan Negrín à asseoir son autorité sur la Catalogne - et ses industries.

D'un point de vue militaire, Teruel forme en 1937 comme une coin enfoncé dans la zone républicaine, gênant les lignes de communication entre la Catalogne et le reste de l'Espagne républicaine au sud. L'opération doit également servir à éloigner les troupes de Franco, qui ont prévu des opérations de grande envergure autour de Madrid, dans le secteur de Guadalajara, à partir du 18 décembre 1937.

Champ de bataille

Article détaillé : Teruel.

Teruel est une ville moyenne de 20 000 habitants, située dans le sud de l'Aragon, chef-lieu d'un province particulièrement pauvre. À une altitude de plus de 900 mètres, ses hivers sont les plus froids d'Espagne. La ville se trouve construite sur une colline élevée au-dessus de la confluence des rivières Turia et Alfambra. Elle est entourée d'un relief tourmenté de gorges étroites, de pics aigus et de crêtes tordues, comme la crête de La Muela de Teruel, à l'ouest de la ville.

Forces en présence

Les troupes républicaines, fortes d'environ 90 000 hommes, sont placées sous le commandement de Juan Hernández Saravia, chef de l'armée du Levant et qui s'était chargé de la réorganisation de l'armée depuis 1936. Les troupes sont divisées en trois corps d'armée, le XIIe, le XVIIIe et le XXe. Sous ses ordres, on retrouve le commandant Enrique Lister, dont la division est choisie pour diriger l'attaque. Les troupes ne comprennent pas de Brigades internationales, n'étant composées que de soldats espagnols de l'armée du Levant soutenue par l'armée de l'Est. L'attaque doit être appuyée par environ 120 avions, dont des Polikarpov I-16 Mosca et Polikarpov I-15 Chato.

Du côté nationaliste, c'est le colonel Domingo Rey d'Harcourt qui se trouve à la tête des forces soulevées dans la ville de Teruel. Il commande les 3 900 hommes de la 52e division, auxquels ils faut ajouter environ 6 000 civils, les effectifs s'élevant en tout à presque 10 000 hommes.

Bataille

Offensive républicaine et siège de Teruel

Carte de la bataille de Teruel. Trait rouge : Front au début de la bataille (15 décembre 1938). Trait violet : Front lors du siège de la ville (20 décembre 1938). Trait vert : Front à la fin de la bataille (22 février 1938).

Le plan initial du général Rojo est d'encercler la ville avec six divisions qui reçoivent le soutien à l'arrière de deux divisions pour parer à toute contre-attaque nationaliste. Sous un froid intense (on atteint certains jours les -20 °C) et la neige qui tombe, les troupes républicaines, assurées d'une victoire facile au vu de la disproportion de matériel et d'hommes, commencent leur offensive le 15 décembre vers 15 h 0, après une très courte et faible préparation de l'aviation et de l'artillerie. Líster et Enrique Fernández Heredia, à la tête de la 11e division, s'empare de Concud, tandis que la 25e division occupe San Blas. Le 18 décembre, les républicains prennent position sur la crête de la Muela et attaquent le vieux cimetière. Les deux corps d'armée s'efforcent de rapidement encercler complètement la ville afin de l'isoler de tout renfort, et le 20 décembre, les républicains font leur jonction avec le XVIIIe corps d'armée. Le général Aranda, arrivé la veille se voit mis en échec.

Le 17 décembre, l'aviation républicaine cause de graves pertes à l'aviation nationaliste venue en aide aux assiégés. Les combats aériens se succèdent entre les Fiat CR.32 et les Messerschmitt Bf 109 des nationalistes et les Polikarpov I-15 e I-16 des républicains. L'aviation nationaliste, qui décolle des aérodromes de Castille et doit affronter de difficiles conditions climatiques, ne peut offrir que peu de résistance à l'avancée républicaine.

Le 19 décembre commencent les combats à l'intérieur de la ville-même, du côté du cimetière et du stade de football. Les combats se font de plus en plus acharnés, car les nationalistes défendent chaque rue, chaque maison. Les pertes sont élevées, en particulier pour les civils, qui subissent cette guerilla urbaine, malgré les recommandations d'Indalecio Prieto : les lieux des combats les plus acharnés sont les bâtiments du Banco de España, le couvent de Santa Clara et l'hôtel Aragón. Le 22 décembre, les soldats républicains atteignent le centre de la ville et les chars occupent la place du Torico, accompagnés d'Ernest Hemingway, Alfonso Sánchez Portela, ou Herbert Matthews, correspondant de guerre pour le New York Times. Le 24 décembre, la victoire semble acquise, malgré la résistance de deux réduits, le séminaire et le siège du commandement militaire de la ville, puisque Radio Barcelona annonce déjà la chute de Teruel ; le 8 janvier, les autorités de la ville se rendent officiellement.

Contre-offensive nationaliste

Fichier:T-26 tank.jpg
Char soviétique T-26 modèle 1933, largement utilisé dans la bataille de Teruel.

Engagé dans une deuxième bataille à Guadalajara, c'est seulement le 23 décembre que Franco se décide à envoyer une aide conséquente aux assiégés de Teruel. Il avait en effet déclaré qu'aucun chef-lieu de province ne devait tomber aux mains des républicains. Il se retire alors du front de Guadalajara, malgré l'opposition de ses alliés italiens et allemands, afin de tourner ses efforts sur Teruel. Il abandonne ainsi la perspective d'une fin rapide de la guerre, en prenant Madrid.

Début janvier, le jeu des forces semble assez équilibré : chacun pense que le front va se stabiliser là où il en est. Quoiqu'ayant suspendu les opérations sur Guadalajara le 23 décembre, les troupes nationalistes ne peuvent être acheminées sur Teruel avant le 29 : Franco se contente d'envoyer des messages à Rey d'Harcourt dans lesquels il lui intime de résister à tout prix. D'un autre côté, les pertes de l'armée républicaines sont élevées, car les combats et le froid ont entamé la résistance des soldats et dans les airs, la présence des chasseurs nationalistes se fait plus importante, mais il y a encore une infanterie et des blindés républicains nombreux.

La nouvelle de la reddition des hommes de Rey d'Harcourt étant connue, les franquistes décident de réorganiser leurs corps d'armée - puisqu'ils n'ont plus le souci de les libérer. Le haut commandement nationaliste ordonne la reconquête de la ville par les corps d'armée « Castille » et « Galice », avec l'appui de l'aviation, de deux divisions navarraises et de l'artillerie italienne. Le général Varela dirige les opérations au sud, le general Aranda au nord occupe quelques positions des alentours.

Le XXIIe corps d'armée républicain est chargé de défendre le centre ville, tandis que les autres unités se retirent pour occuper des positions stratégiques. Le 2 janvier, les troupes nationalistes essaient d'entrer dans Teruel, mais le général Saravia ordonne de faire sauter les ponts, brisant l'offensive nationaliste. Dans la ville, les combats sont une fois de plus extrêmement violents, les soldats se battent au corps à corps avec leurs baïonnettes. Après une semaine, les positions n'y ont pas bougé. Les pertes étant très nombreuses, le commandement républicain décident le 19 janvier de faire en fin de compte appel aux Brigades internationales, qui stationnaient non loin, mais en réserve, où elles reçoivent la visite du chanteur américain Paul Robeson[3], les hommes et femme politiques britanniques Clement Attlee, Ellen Wilkinson et Philip J. Noel-Baker.

Les bombardements aériens sur les positions républicaines sont de très grande ampleur, grâce au concours de la légion Condor. Le 17 janvier, ils prennent position sur les hauteurs qui surplombent la ville et y acheminent un demi millier de pièces d'artillerie. La rive droite de l'Alfambra tombe aux mains des nationalistes dès le 22 janvier : cette fois ce sont les républicains qui se retrouvent assiégés.

Le 25 janvier, les républicains lancent une offensive afin de briser l'encerclement. Mais si les tanks républicains T-26 se révèlent utiles, l'aviation et l'artillerie nationalistes est plus efficace encore. Le 7 février, les nationalistes brisent par une charge de cavalerie[4] le front adverse et franchissent l'Alfambra, et le 20, malgré l'arrivée du Ve corps d'armée, les républicains se retrouvent totalement encerclés dans Teruel. Ils reçoivent alors d'« El Campesino » - mais pas du commandement républicain - l'ordre de se retirer, mais toute sortie se retrouve être impossible, et ce sont plus de 14 000 soldats qui sont faits prisonniers. Le 22 février, les dernières unités républicaines abandonnent la ville.

Conséquences

La bataille de Teruel est pour l'armée républicaine la preuve de sa capacité à s'organiser et mener des opérations efficaces contre un ennemi mieux armé et plus professionnel. Mais elle met également en évidence ses insuffisances et on voit s'affirmer des dissensions entre les généraux de profession comme Saravia et des chefs plus politiques comme Líster et El Campesino. Les troupes sortent du combat épuisées et les pertes matérielles - avions et armement - ne sont pas rapidement remplacées.

D'un point de vue politique, le camp républicain ressent durement la défaite et la perte de Teruel, après les espoirs qu'a fait naître sa capture. Le contrôle des industries de Catalogne, aux mains des anarchistes, échappe définitivement au gouvernement de Negrin. Comme le dit Laurie Lee, écrivain et poète britannique qui servit dans les Brigades internationales, « Teruel fut pour les Républicains un cadeau de Noël qui se révéla empoisonné. Ce devait être la victoire qui changerait le cours de la guerre ; mais ce fut le sceau de la défaite »[5].

D'un point de vue stratégique, la route entre le sud de l'Espagne républicaine et la Catalogne reste gênée par les troupes franquistes, que la bataille de Teruel a amené en plus grand nombre dans le secteur. Au printemps 1938, la route est ouverte pour une offensive nationaliste dans le nord-est de la péninsule, afin de couper définitivement en deux le camp républicain par une course à la mer. Alors que les troupes républicaines ont été retirées du front afin de se reconstituer, Franco lance, le 7 mars 1938, l'offensive d'Aragon, sans rencontrer une grande résistance.

Bibliographie et sources


Références et notes

  1. Hugh Purcell, The Spanish Civil War, the Documentary History Series, 1973, p. 95.
  2. Paul Preston, The Spanish Civil War, an Illustrated Chronicle 1936-39, New York, 1986, p. 149.
  3. Paul Robeson, chanteur américain, de sensibilité communiste, leur interprète pour la veille de Noël un programme commençant par l'Internationale et se terminant avec Ol' Man River.
  4. L'une des dernières de l'histoire militaire moderne !
  5. Laurie Lee, Moment of War, A Memoir of the Spanish Civil War, 1991, p. 158.

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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Bataille de Teruel de Wikipédia en français (auteurs)

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