Bataille de Mogadiscio

Bataille de Mogadiscio (1993)

Super 6-4, l'hélicoptère de Mike Durant, photographié peu après le décollage pour la mission le 3 octobre 1993.

La bataille de Mogadiscio est une bataille qui s'est déroulée les 3 et 4 octobre 1993 à Mogadiscio, en Somalie, entre un détachement interarme américain appelé Task Force Ranger et les milices de différents clans somaliens, lors d'une tentative d'arrestation d'un chef de guerre somalien, le général Mohamed Farrah Aidid.

Cette bataille sera traumatisante pour l'opinion publique américaine, notamment suite à la diffusion d'images télévisées de cadavres de soldats américains trainés par des voitures dans les rues de la ville. Elle deviendra célèbre avec la publication du livre Black Hawk Down: A Story of Modern War de Mark Bowden en 1999 et surtout son adaptation en film par Ridley Scott en 2001, diffusé en France sous le titre La Chute du faucon noir.

Sommaire

Historique

Contexte historique

La guerre civile somalienne

Le 26 janvier 1991, le dictateur somalien Mohamed Siad Barre est destitué et est contraint à l'exil. Ali Mahdi Muhammad lui succède, mais le général Aidid veut sa part du butin. La Somalie sombre dans la guerre civile. La famine fait son apparition du fait du manque de moyens et d'aides financières, d'une sècheresse prolongée, et de la volonté des chefs de guerre de priver de nourriture les clans rivaux.

L'opération Restore Hope

Article détaillé : Restore Hope.

Le 3 décembre 1992, les Nations unies lancent l'opération Restore Hope, sous le contrôle des États-Unis. Cette opération a pour but la reconstruction d'infrastructures, l'apport de denrées alimentaires et la réconciliation politique. Pour cela, 25 000 Marines débarquent. Les combats diminuent en intensité et la reconstruction progresse. En janvier 1993, Bill Clinton, devenu président des États-Unis, remarque que la réconciliation politique n'avance pas, et pire, que les affrontements reprennent. Le 4 mai 1993, les États-Unis ne prennent plus part à l'opération Restore Hope et 2 000 soldats sont laissés sur place, sous le contrôle de l'ONU.

Suite au départ des Marines, la situation va se dégrader. Le 5 juin 1993, vingt-quatre soldats pakistanais sont massacrés lors de l'inspection d'une maison appartenant à Aidid. Le 12 juillet 1993, des hélicoptères onusiens outrepassent les ordres, attaquent et détruisent des immeubles, causant la mort de nombreux Somaliens. En réponse, quatre journalistes occidentaux observant la scène, sont battus à mort. Le commandant américain des troupes de l'ONU s'engage dans une lutte contre Aidid et offre une récompense qui a été fixée à 25 000 dollars pour la capture d'Aidid.

L'opération Gothic Serpent

Les troupes des Nations unies n'étant pas adaptées pour mener la traque d'Aidid, le commandement américain demande l'envoi de renforts spécialisés. Cette opération dépasse le cadre de l'opération Restore Hope ; nommée Opération Gothic Serpent et confiée au JSOC (Joint Special Operations Command), son commandement est entièrement sous contrôle états-uniens et échappe à celui de l'ONU. Le JSOC créé une unité interarmes appelée Task Force Ranger (abrégée en TF Ranger) regroupant des éléments de la «Delta Force», du 75th Ranger Regiment, du 160th Special Operations Aviation Regiment (Airborne) [160th SOAR (A)], ainsi que de renforts du 24th STS de l'US Air Force et du DEVGRU de l'US Navy, placée sous le commandement du général William F. Garrison, le commandant du JSOC.

Les combats des 3 et 4 octobre

Carte de Mogadiscio avec en rouge les zone de combats et les lieux de crash des hélicoptères.

La préparation

En date du 3 octobre 1993, la Task Force Ranger a déja mené six opérations contre le général Aidid ou contre ses lieutenants. Elles se sont déroulées sans histoire, ne faisant qu'un blessé léger, mais avec des succès limités par défaut de renseignements.

Le 3 octobre, un informateur somalien de la CIA apprend aux Américains qu'une importante réunion du clan d'Aidid doit réunir deux des principaux lieutenants de celui-ci, Omar Salad et Abdi «Qeybdid» Hassan Awale. La réunion a lieu dans l'après-midi, près du marché de Bakara situé dans un quartier tenu par les milices d'Aidid, appelé «le quartier de la Mer Noire». Le commandement américain met sur pied une opération visant à capturer les hommes participant à cette réunion.

Le plan prévoit que la «Delta Force» prendra d'assaut le bâtiment de la réunion et capturera tous les hommes présents sur place, pendant que des Rangers sécuriseront la zone autour du bâtiment. Les deux unités seront héliportés par les hélicoptères du 160th SOAR (A).

Un convoi terrestre de humvees et de camions de cinq tonnes, mené par un autre groupe de Rangers renforcé de Delta et de quatre SEAL du DEVGRU, est chargé de récupérer les troupes héliportées et leurs prisonniers. Le commandement compte sur l'effet de surprise et la rapidité des troupes pour prendre de vitesse les milices du quartier.

Le raid

Le raid débute peu après 15h30, et commence par se dérouler comme prévu. Les Delta capturent 24 personnes dans le bâtiment, dont Omar Salad, Mohamed Hassan Awale (que l'informateur somalien de la CIA avait confondu avec Abdi « Qeybdid » Hassan Awale). Le principal accroc est qu'un des Rangers, Todd Blackburn, chute d'un hélicoptère et tombe de plus de dix mètres de hauteur. Cependant, les miliciens somaliens, bien que pris de court par l'attaque-surprise, réagissent avec une rapidité et une efficacité inattendues, aidés en cela par les Américains qui mettent plus de temps que prévu pour effectuer la jonction entre le convoi et les unités héliportées. Très rapidement les deux groupes subissent des tirs nourris ; plusieurs soldats américains sont blessés, et un camion est même mis hors service par un tir de roquette.

Todd Blackburn est transporté par des membres de son groupe jusqu'au convoi, qui détache trois humvees pour l'évacuer d'urgence à la base de la TF Ranger. Ces trois véhicules subissent des tirs nourris pendant leur retour, au cours duquel le mitrailleur d'un des véhicules, le sergent Dominick Pilla, est tué, et deux autres Américains sont blessés.

Hélicoptères abattus

L'équipage du Super 6-4 un mois avant cette bataille.

Vers 16h20, alors que le reste du convoi n'a pas encore quitté les lieux, un des hélicoptères MH-60 Black Hawk, indicatif Super 6-1, est touché par un tir de roquette. Son rotor de queue atteint, l'hélicoptère touché s'écrase à quelques rues du bâtiment-cible des Américains. Le commandement américain réagit en envoyant d'abord une unité de sauvetage placée dans un autre hélicoptère orbitant au-dessus de la ville pour un pareil cas, renforcé d'un des détachements de Rangers héliportés. Le pilote et le copilote de Super 6-1 ont été tués sur le coup lors du crash, mais les soldats en cabine ont survécu. L'un d'entre eux, Daniel Busch, a été gravement blessé en résistant autour de l'épave. Un des MH-6 Little Bird se pose à proximité de l'épave et parvient à embarquer Busch et l'évacue vers la base américaine - il décèdera avant d'y arriver. Entre temps, les troupes envoyées atteignent le lieu de l'épave et établissent un périmètre de sécurité d'où ils repoussent comme ils le peuvent les miliciens.

Un MH-6 Little Bird.

Les Rangers et Delta héliportés se trouvant encore au bâtiment-cible décident de rejoindre le site de crash à pied. En même temps, le convoi quitte la zone et tente également de rallier le site de crash. Gêné par des barrages établis à la va-vite par les Somaliens, ne pouvant être guidé efficacement par les aéronefs orbitant au-dessus de la ville, le convoi se perd et subit de lourdes pertes. Vers 17h00, soit moins de trente minutes plus tard, le convoi compte trois morts, plus de la moitié de son effectif blessé (dont deux ne survivront pas à leurs blessures), et est passé à deux reprises à hauteur de la rue où Super 6-1 s'est crashé sans pouvoir s'en approcher plus, celle-ci étant trop étroite. Son commandant décide d'abandonner et de rentrer à la base. Les troupes ayant cherché à atteindre le site à pied rencontrent également une résistance trop importante, un des Delta étant tué. Seule une partie parvient à rejoindre leurs camarades, l'autre en restant séparée par une rue où le volume de feu est tel qu'elle est infranchissable. Au total, près de cent soldats sont encerclés autour de l'épave et occupent plusieurs bâtiments contigus.

Entretemps, vers 16h40, une roquette touche l'hélicoptère Super 6-4 piloté par Michael Durant, qui s'écrase à plusieurs centaines de mètres au sud des lieux des combats. La TF Ranger n'a presque plus de réserves à engager, et fait appel à la 10th Moutain Division. Un convoi constitué de soldats de la 10th MD et des véhicules ayant évacué Todd Blackburn est envoyé à son secours, mais il rencontre les mêmes difficultés que le premier convoi vers Super 6-1 et ne peut atteindre l'épave de l'appareil de Durant. Deux tireurs d'élite de la « Delta Force », Gary I. Gordon et Randall D. « Randy » Shughart, chargés de protéger l'épave de Super 6-4 depuis un autre hélicoptère, se portent volontaires pour être héliportés sur l'épave. L'ordre est donné après deux refus successifs et leur hélicoptère les dépose. Les deux Delta mettent à l'abri les quatre membres d'équipage, blessés mais tous encore vivants, et résistent face aux miliciens qui commencent à attaquer le second site de crash. Les deux Delta résisteront pendant environ une heure mais seront tués l'un après l'autre. Ils seront décorés de la Medal of Honor à titre posthume, décoration qui n'avait plus été remise depuis la guerre du Viêt Nam. Michael Durant, grièvement blessé, sera capturé et retenu prisonnier durant onze jours par les Somaliens avant d'être libéré. Les autres membres d'équipage de l'appareil seront tués dans des circonstances non élucidées, mais très probablement sur le site même du crash en même temps que Gordon et Shughart. Les cadavres de l'équipage des Deltas sont déshabillés et traînés dans les rues, sous les caméras de journalistes.

La centaine d'hommes encerclée autour de l'épave de Super 6-1 est forcée de passer la nuit sur place. Ils réunissent cadavres et blessés, sauf celui du pilote Cliff Wolcott, qui est coincé dans l'épave.

Comprenant la nécessité d'avoir des blindés, le commandement américain fait appel aux soldats pakistanais et malais de la force onusienne. Un convoi réunissant quatre chars pakistanais, vingt-quatre blindés Condor malais d'origine ouest-allemande chargés de fantassins de la 10th MD, ainsi que divers véhicules et soldats de la 10th MD et de la TF Ranger est organisé. Partant vers 23h30, ce convoi, séparé en deux, atteint les zones de crash à 2h00 du matin le 4 octobre. La moitié de convoi qui a atteint Super 6-1 met plusieurs heures à dégager le corps de Wolcott et charger les blessés. Vers 5h30, elle quitte les lieux. Une vingtaine de Rangers et de Delta, les derniers à embarquer, ne trouvent pas de place dans les derniers blindés du convoi qui a commencé à se mettre en route. Laissés derrière, ils préviennent le commandement du convoi par radio qui s'arrête et est rejoint par les « oubliés » qui montent à bord après une course de quelques centaines de mètres. Le convoi atteint le stade qui sert de base aux casques bleus pakistanais vers 6h30.

Suites de la bataille

Les pertes

Américains

18 soldats américains furent tués dans les combats du 3 octobre, et un 19 ème le 6 octobre, et 84 furent blessés.

Nom Action Décoration
Delta Force
SSG Daniel Busch était dans Super 6-1 lors du crash, tué en défendant le site Silver Star
SFC Earl Fillmore tué en allant à pied sur le lieu du crash de Super 6-1
MSG Gary Ivan Gordon tué en défendant l'équipage de Super 6-4 Medal of Honor (à titre posthume)
SFC Randall « Randy » David Shughart tué en défendant l'équipage de Super 6-4 Medal of Honor (à titre posthume)
MSG Tim « Griz » Martin gravement blessé dans le convoi égaré, décède des suites de ses blessures
SFC Matt Rierson tué le 6 octobre par un tir de mortier sur la base américaine1 Silver Star
160th Special Operations Aviation Regiment (Airborne) "Nightstalkers"
CW4 Clifton P. Wolcott pilote de Super 6-1, tué dans le crash de son appareil Distinguished Flying Cross,
Bronze Star,
Air Medal with Valor Device
CW3 Donovan « Bull » Briley copilote de Super 6-1, tué dans le crash de l'appareil Distinguished Flying Cross,
Bronze Star,
Air Medal with Valor Device
CW4 Raymond Frank copilote de Super 6-4, tué lors de l'envahissement de l'épave Silver Star,
Air Medal with Valor Device
SSG William Cleveland chef de cabine de Super 6-4, tué lors de l'envahissement de l'épave Silver Star,
Bronze Star,
Air Medal with Valor Device
SSG Thomas Field chef de cabine de Super 6-4, tué lors de l'envahissement de l'épave Silver Star,
Bronze Star,
Air Medal with Valor Device
75th Ranger Regiment
SGT Dominick Pilla tué dans le convoi évacuant Todd Blackburn Bronze Star with Valor Device
PFC Richard « Alphabet » Kowalewski tué dans le convoi égaré Bronze Star with Valor Device
SGT James « Casey » Joyce tué dans le convoi égaré Bronze Star with Valor Device
SPC James Cavaco tué dans le convoi égaré Bronze Star with Valor Device
CPL James E. « Jamie » Smith blessé à l'artère fémorale autour de l'épave de Super 6-1, décède des suites de ses blessures Bronze Star with Valor Device
SGT Lorenzo Ruiz blessé dans le convoi égaré, décède des suites de ses blessures Bronze Star with Valor Device
10th Mountain Division
SGT Cornell Houston blessé dans le convoi de sauvetage, décède des suites de ses blessures le 6 octobre Bronze Star with Valor Device,
De Fleury medal
PFC James Martin tué dans le convoi de sauvetage Purple Heart

1 : bien que n'ayant pas été tué lors des combats mais deux jours après la bataille, Matt Rierson est souvent inclus dans la liste des soldats tués au cours de la bataille de Mogadiscio.

Malais

Un soldat malais du 19 bataillon du Rejimen Askar Melayu DiRaja (RAMD, régiment malais royal mécanisé) fut tué dans le convoi de sauvetage :

  • soldat Mat Aznan Awang (promu caporal à titre posthume)

Somaliens

Il n'existe pas de bilan précis des pertes somaliennes, en raison de l'absence d'État fonctionnel à la tête du pays et du chaos engendré par la guerre civile. Les données de certains hôpitaux de Mogadiscio et d'ONG permettent d'estimer à au moins 150 morts les pertes somaliennes, dont environ un tiers serait constitué de non-combattants. L'ambassadeur américain Robert Oakley déclarera par la suite que plus de 200 Somaliens auraient été tués dans les combats du 3 et 4 octobre.

Suite

Le 6 octobre 1993, au cours d'une intervention télévisée, le président Bill Clinton annonca la fin des opérations contre Aidid. Le 25 mars 1994, la quasi-totalité des soldats américains quittèrent la Somalie. Seuls quelques centaines de soldats restèrent pour assurer le retrait des forces américaines. En mars 1995, tout le personnel américain avait quitté la Somalie.

Le 1er août 1996, Mohamed Farrah Aidid fut tué au cours d'un affrontement entre clans rivaux. Le général Garrison, commandant la TF Ranger, prit sa retraite le lendemain.

Voir aussi

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