Bataille de Lépante

38°12′N 21°18′E / 38.2, 21.3

Bataille de Lépante
Bataille de Lépante
Informations générales
Date 7 octobre 1571
Lieu Golfe de Lépante (proche de Patras, en Grèce)
Issue Victoire de la Sainte Ligue chrétienne
Belligérants
Sainte Ligue :
- Espagne,
- République de Venise,
- États pontificaux,
- République de Gênes,
- Duché de Savoie
- Ordre de Saint-Jean de Jérusalem
-Empire ottoman
Commandants
Juan d'Autriche Ali Pacha (commandant en chef) au centre†

Euldj Ali, commandant de l'aile gauche
Mohammed Sirocco, commandant de l'aile droite

Forces en présence
220 navires 300 navires
Pertes
9 000 morts ou blessés 30 000 morts ou blessés
8 000 prisonniers
240 navires et 450 canons perdus
Guerres entre les Ottomans et les Habsbourg

La bataille de Lépante est la grande bataille navale qui se déroule le 7 octobre 1571 au large de Naupacte — appelée alors Lépante — à proximité du golfe de Patras en Grèce. La flotte chrétienne, regroupée sous le nom de Sainte Ligue, principalement composée de Venise et de l’Espagne, y affronte la marine ottomane. La bataille se conclut par une lourde défaite pour les Ottomans, qui perdent une grande partie de leur marine et près de 30 000 hommes. L'événement a un retentissement considérable en Europe, car c’est la première fois depuis le XVe siècle qu'un coup d'arrêt est porté à la suprématie ottomane en Méditerranée, et plus généralement à l'expansionnisme ottoman.

Beaucoup d'historiens estiment qu'il s'agit de la bataille navale la plus importante depuis celle d'Actium, qui marqua la fin des guerres civiles romaines[1].

Sommaire

Contexte

Le prétexte est la prise de Chypre par les Ottomans en 1570 : La prise de cette possession de la République de Venise, au terme d'une conquête brutale (plus de 20 000 habitants de Nicosie sont mis à mort)[2], est l'élément déclencheur de la réaction européenne. Sous le nom de Sainte Ligue, le pape Pie V mobilise sur le thème de la croisade, et réussit à constituer une alliance entre Venise, les royaumes espagnols, et quelques autres puissances.

Mais, en réalité, le contexte plus général est celui d'une lutte généralisée d'influence pour le contrôle de la Méditerranée. La bataille s'inscrit sur fond de tensions géopolitiques, avec la montée de l'expansionnisme ottoman en Méditerranée, qui menace en particulier les intérêts espagnols, puissance dominante dans la région à cette époque. Depuis le début du XVIe siècle, les Turcs pratiquent des razzias en Méditerranée occidentale. Débarquant sur les côtes italiennes ou espagnoles, ils pillent les villes du littoral et emmènent certains habitants en esclavage.

À cette rivalité stratégique (le contrôle de la Méditerranée occidentale), s'ajoute en arrière-plan la rivalité religieuse traditionnelle entre chrétienté et islam.

Composition des flottes et commandants

La flotte chrétienne est composée des flottes combinées pontificales, espagnoles et vénitiennes avec des contributions mineures de Gênes, d’autres États de la péninsule italienne, du duché de Savoie qui y envoie les trois galères de Nice, et des Hospitaliers. Elle est commandée par le jeune infant Juan d'Autriche (24 ans), fils naturel de Charles Quint et demi-frère du roi d'Espagne Philippe II — qui s'avère un excellent commandant.

La flotte ottomane est commandée par le kapudan pacha Ali Pacha Moezzin, qui se place au centre. Il est assisté d'Uludj Ali (régent d'Alger) qui dirige l’aile gauche et de Mohammed Sirocco (gouverneur d'Égypte) qui dirige l’aile droite.

Déroulement

Formation des flottes juste avant le contact

Au matin du 7 octobre 1571, la flotte chrétienne en provenance de Messine rencontre la flotte turque en provenance de Lépante (aujourd'hui Naupacte) dans le golfe de Patras, au large de la Grèce.

Cette bataille est restée dans les traités d’histoire militaire comme un tournant dans la stratégie navale. En effet, c’est la première fois que les galères se voient opposées (à grande échelle) à une flotte plus manœuvrante et armée de canons. Cette combinaison technique, une stratégie qui a consisté à enfermer les Turcs dans le golfe de Lépante, une tactique consistant à faire prendre à l’abordage les galères par l’infanterie espagnole (les tercios), alliées à des défections rapides dans la flotte turque contribua grandement à la réputation de cet affrontement.

Pendant le cours de la bataille, le navire du commandant ottoman est envahi par les hommes de la galère de Juan d'Autriche[3] ainsi que par celle de l’amiral de la flotte savoyarde André Provana de Leyni entre autres, et l’amiral turc est décapité et sa tête placée au bout du mât du navire principal espagnol, ce qui contribue à saper le moral turc.

La bataille dure une grande partie de la journée et est particulièrement violente.

Bilan

Bataille de Lépante, vue par Paul Véronèse

La démesure de l’affrontement en fait un événement majeur : on dénombre au moins 7 000 morts et 20 000 blessés chez les Chrétiens, 30 000 morts ou blessés et 3 500 prisonniers chez les Turcs (sans compter ceux qui sont massacrés à terre par les Grecs révoltés), 15 000 forçats chrétiens libérés de leurs fers[4].

Les Ottomans subissent une lourde défaite : 117 galères et 13 galiotes sont capturées, et 62 galères coulées, alors que les Chrétiens ne perdent qu'une douzaine de galères[4]. 450 canons et 39 étendards sont pris aux Ottomans.

Les navires ottomans rescapés sont ramenés à Constantinople par Euldj Ali, seul amiral ottoman à s'être distingué et à avoir sauvé l'essentiel de son escadre, et qui est nommé kapudan pacha (grand amiral) le 28 octobre[5].

Conséquences

La victoire de la flotte chrétienne à dominante vénitienne, confirme l’hégémonie espagnole sur l'ouest de la Méditerranée et met un coup d’arrêt à la progression ottomane vers l'Europe. Psychologiquement, la victoire a un retentissement considérable en Europe, car c'était la première fois qu'une flotte chrétienne réussissait à vaincre la marine ottomane.

Cependant, les dissensions entre alliés empêchent de poursuivre l'avantage, et les projets de reconquête des Dardanelles, voire de Constantinople, doivent être abandonnés. Les Ottomans reconstituent rapidement leur flotte et reprennent le contrôle de la Méditerranée orientale. Venise, ruinée par la guerre et l'interruption de son commerce avec l'Orient, négocie avec les Turcs et leur reconnaît par traité le 7 mars 1573 la possession de Chypre, pourtant objet originel du conflit.

L’expansionnisme ottoman est en revanche irréversiblement marqué par la défaite de Lépante. S'ils ont rapidement remplacé les navires, les Turcs n'ont jamais vraiment pu se remettre de la perte de 30 000 hommes, souvent hautement qualifiés — marins, rameurs, archers embarqués comme "artillerie légère". Grâce à leur alliance avec la France, en lutte contre l'Espagne, les Ottomans réussissent à finaliser leur conquête du Maghreb (prise de Tunis en 1574), mais pour l'essentiel leur influence en Méditerranée occidentale prend fin avec Lépante[6].

Toutefois, le rôle prépondérant de la mer Méditerranée s’est progressivement atténué dans les années suivantes avec l’essor des flottes océaniques qui avait commencé quelques décennies plus tôt.

Militairement, la bataille montre la redoutable efficacité des galéasses vénitiennes (grosses galères à voiles armées de canons)[7]. Même si des batailles antérieures plus limitées l’avaient déjà annoncé, même si la flotte chrétienne comportait un nombre important de galères (mais la flotte turque ne comprenait pas de galéasse), et même si l’emploi du canon a été moins décisif que la légende ne l’a voulu, on considère généralement la bataille de Lépante comme la fin des flottes de galères au profit des galions armés de canons[8].

Portée

La bataille de Lépante par Andries van Eertvelt

On peut penser que cette bataille vit également l'émergence ou le renforcement d'une certaine « conscience européenne » (structurée ici autour de l'aspect religieux)[9].

Une autre analyse voit dans cette victoire « une alliance classique d'États qui craignent de ne pas faire le poids face à un ennemi plus fort que chacun d'entre eux »[10].

Autres anecdotes

L’un des participants le plus connus est l’écrivain espagnol Miguel de Cervantes, qui y perdit l’usage de sa main gauche, gagnant le surnom de « manchot de Lépante » mais il se fit capturer à son retour de Lépante par l'Amiral Algérois Mami Arnaute au large de Barcelone là ou il l’emmena à Alger (La Bien Gardée)[11].

Dans l'Église catholique, une certaine tradition attribue la victoire à la Vierge Marie: le pape Pie V avait demandé un rosaire universel pour obtenir la victoire. L'anniversaire de la bataille fut inscrite sous le nom de Notre-Dame du Rosaire dans le calendrier liturgique romain.

Cette bataille opposant des nations chrétiennes à l'Empire ottoman a donnée son nom à une tactique du jeu de stratégie Diplomatie popularisée par Edi Birsan où l'Autriche et l'Italie s'allient contre l'Empire ottoman.

Notes et références

  1. Paul K. Davis, 100 Decisive Battles from Ancient Times to the Present: The World’s Major Battles and How They Shaped History, Oxford: Oxford University Press, 1999
  2. Hitchens, Christopher. Hostage to History: Cyprus from the Ottomans to Kissinger. Verso (1997)
  3. Une réplique grandeur nature de la galère de Juan d'Autriche est visible au musée maritime de Barcelone.
  4. a et b Daniel Panzac, Histoire de la marine ottomane, de l'apogée à la chute de l'Empire (1572-1923), 2009, p 15
  5. Daniel Panzac, Histoire de la marine ottomane, de l'apogée à la chute de l'Empire (1572-1923), 2009, p 18-19
  6. Andrew C.Hess, The Battle of Lepanto and Its Place in Mediterranean History, Past and Present, No. 57. Nov. 1972
  7. Voir Actes du colloque Autour de Lépante: guerre et géostratégie en Méditerranée au tournant des XVIe et XVIIe siècles, Centre d'Études d'Histoire de la Défense, Paris, 2001
  8. Stevens, William Oliver. A History of Sea Power. New York: Doubleday, Doran & Co., 1942
  9. Wheatcroft, Andrew. Infidels: A History of the Conflict between Christendom and Islam. Penguin Books, 2004
  10. Aymeric Chauprade, Géopolitique — Constantes et changements dans l'Histoire, Ellipses, 3e édition, 2008, p. 533.
  11. Herodote.net.

Annexes

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Bibliographie

  • Henri Pigaillem, La bataille de Lépante (1571), Economica, 2003, (ISBN 978-2-7178-4561-7)
  • Actes du colloque Autour de Lépante : guerre et géostratégie en Méditerranée au tournant des XVIe et XVIIe siècles, Centre d'Études d'Histoire de la Défense, Paris, 2001.
  • Guy Le Moing, Les 600 plus grandes batailles navales de l'Histoire, Marines Editions, 2011. 
  • (en) Bicheno, Hugh. Crescent and Cross: The Battle of Lepanto 1571, Phoenix, London, 2004, ISBN 1-84212-753-5

Articles connexes

Liens externes


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