Bataille de Dien-Bien-Phu

Bataille de Điện Biên Phủ

21°23′13″N 103°0′56″E / 21.38694, 103.01556 (Bataille de Dien Bien Phu 1954)

Bataille de Điện Biên Phủ
Dien bien phu castor or siege deinterlaced.png
Paras sautant d'un Flying Boxcar fourni par les américains.
Informations générales
Date Du 13 mars au 7 mai
1954
Lieu Ðiện Biên Phủ
(province de Lai Châu, Nord Viêt Nam)
Issue Victoire du Việt Minh
Belligérants
Flag of North Vietnam 1945-1955.svg Việt Minh Drapeau de la France Union française
Commandants
Võ Nguyên Giáp Christian de Castries
Forces en présence
Au 13 mars : 48 000 combattants, support logistique de 15 000
7 mai 1954 : 80 000 hommes en comprenant les services et la chaîne logistique.
Au 13 mars : 10 800
7 mai 1954 : 14 014 hommes (services et logistique)
Pertes
Estimations françaises: entre 23 000 et 25 000 morts. Puis environ 15 000 blessés.

Chiffres vietnamiens:
4 020 morts, 9 118 blessés[1].

2 293 morts, 5 195 blessés, 3 290 prisonniers, sur 11 721 soldats reviennent vivants en France. Manquent 7 801 hommes.
Guerre d'Indochine

Ðiện Biên Phủ est une petite plaine au nord-ouest du Viêt Nam dans la province de Lai Châu dans le haut Tonkin, et dans laquelle se trouve la petite ville de Ðiện Biên Phủ. Elle se trouve à proximité des frontières chinoise et laotienne, en plein pays thaï. Ðiện désigne une administration, Biên un espace frontalier et Phủ un district, soit, en termes francisés, « chef lieu d'administration préfectorale frontalière ». En thaï, la ville se nomme Muong Tanh. Elle se présente comme une grande plaine couverte de rizières et de champs, avec le village proprement dit, et une rivière ( La Nam Youn ) qui traverse la plaine. C'est le seul endroit plat à des centaines de kilomètres à la ronde, il comporte un ancien aérodrome aménagé par les Japonais durant la Seconde Guerre Mondiale.

Après sa conquête en novembre 1953 au cours de l'opération Castor, elle fut, l’année suivante, le théâtre d'une violente bataille entre le corps expéditionnaire français, composé de troupes de la Légion étrangère, de troupes coloniales parachutistes, d'artilleurs, de cavaliers, de troupes aéroportées parachutiste métro, régiment du génie, santé, groupes de chasse de l'armée de l'air. Sans oublier les troupes d’Afrique, ainsi que le bataillon parachutiste vietnamien, qui composent les pays membres de l'Union française, sous le commandement du colonel de Castries (nommé général durant la bataille) et l'essentiel des troupes Việt Minh sous les ordres du général Giáp.

Cette bataille vit la victoire du général Giap le 7 mai 1954 et fut la dernière de la guerre d'Indochine, exceptée l'embuscade du Groupe Mobile 100 à An Khé quelques jours avant les Accords de Genève. La France quitta la partie nord du Viêt Nam (le Tonkin), après les accords de Genève, signés en juillet 1954, qui instauraient une partition du pays le long du 17e parallèle.

Sommaire


Ordre de bataille des belligérants de novembre 1953 à mai 1954

L'Armée populaire vietnamienne

Flag of North Vietnam 1945-1955.svg Việt Minh

Commandement

Général Võ Nguyên Giáp (Muong Phang)
Chef d'état-major : Général Hoang Van Thaï

Infanterie

  • Division 304, Général Hoang Sam :
    • Régiment d'Infanterie 9 (Bataillons 353, 375, 400)
    • Régiment d'Infanterie 57 (Bataillons 265, 346, 418)
    • Bataillon d'Artillerie 345
  • Division 308, Général Vuong Thua Vu :
    • Régiment d'Infanterie 36 (Bataillons 80, 84, 89)
    • Régiment d'Infanterie 88 (Bataillons 23, 29, 322)
    • Régiment d'Infanterie 102 (Bataillons 18, 54, 79)
    • Bataillon d'Artillerie
  • Division 312, Général Le Trong Tan :
    • Régiment d'Infanterie 141 (Bataillons 11, 16, 428)
    • Régiment d'Infanterie 165 (Bataillons 115, 542, 564)
    • Régiment d'Infanterie 209 (Bataillons 130, 154, 166)
    • Bataillon d'Artillerie 154
  • Division 316, Général Le Quang Ba :
    • Régiment d'Infanterie 98 (Bataillons 215, 439, 933)
    • Régiment d'Infanterie 174 (Bataillons 249, 251, ?)
    • Régiment d'Infanterie 176 (Bataillons 888, 970, 999)
    • Bataillon d'Artillerie 980
  • Régiment indépendant 148 :
    • Bataillon 900 (incomplet)
    • Bataillon 910
    • Bataillon 920
    • Compagnies d'armes 121
    • Compagnies de transmissions 523

Artillerie

  • Division lourde 351, General Vu Hien :
    • Régiment d'Artillerie 45 (Bataillons 950, 954) (24 canons de 105 mm)
    • Régiment d'Artillerie 675 (Bataillons 83, 175, 275) (18 canons de 75 mm et 20 mortiers de 120 mm)
    • Régiment de Mortiers lourds 237 (30 mortiers de 82 mm)
    • Régiment de DCA 367 (100 mitrailleuses antiaériennes de 12,7 mm et 80 canons soviétiques de 37 mm mod. 1939)
    • Régiment de Génie 151
    • Unité de lance-roquettes (12 lance-roquettes Katioucha)

L'ensemble représente environ 80 000 hommes en comprenant les services et la chaîne logistique.
On estime, tout confondu, les pertes à 23 000 hommes.

Le GONO (Groupement Opérationnel du Nord-Ouest)

Drapeau de la France Union française

Commandement

  • GONO, Colonel Christian de Castries
    • Sous-secteur nord (Anne-Marie, Gabrielle), Lieutenant Colonel André Trancart
    • Sous-secteur centre (Béatrice, Claudine, Dominique, Eliane, Huguette), Lieutenant Colonel Jules Gaucher puis Lieutenant Colonel Lemeunier
      Groupe Mobile 9 (GM 9)
      (I/13 DBLE, III/13 DBLE, I/2 REI, III/3 RTA)
    • Sous-secteur sud (Isabelle), Lieutenant Colonel André Lalande
      Groupe Mobile 6 (GM 6)
      (III/3 REI, II/1 RTA, V/7 RTA)
    • Groupement Aéroporté 2 (GAP 2), Lieutenant Colonel Pierre Langlais
      (1 BEP, 8 BPC, 5 BPVN)
    • Artillerie, Colonel Charles Piroth
      Groupement A, Major Alliou
      (III/10 RAC, 1 CEPML, 2 CMMLE)
      Groupement B, Major Guy Knecht
      (II/4 RAC, 11/IV/4 RAC, I GAACEO, 1 CMMLE)

Parachutistes

Infanterie

Légion étrangère :

Armée d'Afrique :

Troupes coloniales :

  • 2e Bataillon Thaï (BT 2), Chef de bataillon Maurice Chenel
  • 3e Bataillon Thaï (BT 3), Chef de bataillon Léopold Thimonnier

Armée vietnamienne :

  • 301e Bataillon Vietnamien

Supplétifs :

  • 2 Compagnies de Thaïs Blancs, Capitaine Michel Duluat
  • Reliquats des Compagnies de Supplétifs Militaires (CSM) du 1er Groupement Mobile de Partisans Thaïs (GMPT 1), Capitaine Bordier, provenant de Lai Châu
    • Groupement Wième, Lieutenant Réginald Wième
      • 431e Compagnie de Supplétifs Militaires (CSM 431)
      • 432e Compagnie de Supplétifs Militaires (CSM 432)
      • 434e Compagnie de Supplétifs Militaires (CSM 434)
    • 413e Compagnie de Supplétifs Militaires (CSM 413)
    • 414e Compagnie de Supplétifs Militaires (CSM 414)
    • 415e Compagnie de Supplétifs Militaires (CSM 415)
    • 433e Compagnie de Supplétifs Militaires (CSM 433)
    • 272e Compagnie de Supplétifs Militaires (CSM 272)
    • 341e Compagnie de Supplétifs Militaires (CSM 341)
    • 416e Compagnie de Supplétifs Militaires (CSM 416)
    • 424e Compagnie de Supplétifs Militaires (CSM 424)
    • 248e Compagnie Muletière (CM 248)

On notera que nombre d'unités ont été aérotransportées avec au moins une partie de leurs supplétifs.

Arme blindée et cavalerie

Artillerie

  • 2e Groupe du 4e Régiment d'Artillerie Coloniale (II/4 RAC), Chef de bataillon Guy Knecht, avec 12 obusiers de 105 mm M2A1
  • 3e Groupe du 10e Régiment d'Artillerie Coloniale (III/10 RAC), Chef de bataillon Alliou, avec 12 obusiers de 105 mm M2A1
  • 11e Batterie du 4e Groupe du 4e Régiment d'Artillerie Coloniale (11/IV/4 RAC), Capitaine Déal, avec 4 obusiers de 155 mm M114
  • 1 Section du 1er Groupe Antiaérien d'Artillerie Coloniale d'Extrême-Orient (1 GAACEO), Lieutenant Paul Redon, avec 4 affûts quadruples de mitrailleuses de 12,7 mm
  • Groupe de marche du 35e Régiment d'Artillerie Légère Parachutiste (GM/35 RALP), Chef de bataillon Millot, avec canons de 75 mm sans recul (SR)
  • Bataillon Artillerie Autonome Laotienne (BAAL), Capitaine Ladous
  • 1re Compagnie Etrangère Parachutistes de Mortier Lourds (1 CEPML), avec 12 mortiers de 120 mm
  • 1re Compagnie Mixte de Mortiers de la Légion Etrangère du 3e Régiment Etranger d'Infanterie (1 CMMLE), avec 8 mortiers de 120 mm
  • 2e Compagnie Mixte de Mortiers de la Légion Etrangère du 5e Régiment Etranger d'Infanterie (2 CMMLE), avec 8 mortiers de 120 mm

Génie

Transmissions

  • 2e Compagnie du 822e Bataillon des Transmissions (2/822 BT)
  • 2e Compagnie du 823e Bataillon des Transmissions (2/823 BT)
  • 342e Compagnie Parachutiste des Transmissions (342 CPT)

Santé

Médecin-Chef : Capitaine Le Damany

  • Antenne Chirurgicale Mobile n°29 (ACM 29), Commandant Paul Grauwin
  • Antenne Chirurgicale Mobile n°44 (ACM 44), Lieutenant Jacques Gindrey
  • Antenne Chirurgicale Parachutiste n°3 (ACP 3), Lieutenant Louis Résillot
  • Antenne Chirurgicale Parachutiste n°5 (ACP 5), Capitaine Ernest Hantz
  • Antenne Chirurgicale Parachutiste n°6 (ACP 6), Lieutenant Jean Vidal

Services

  • 71e Compagnie de Commandement
  • 6e Compagnie de Commandement et des Services
  • 9e Compagnie de Commandement et des Services
  • 3e Compagnie de Transport de Quartier Général (3 CTQG)
  • 3e Compagnie de Munitions (3 CM) (détachement)
  • 730e Compagnie de Ravitaillement (730 CR) (Service des Essences) (Dépôt 81) (détachement)
  • 712e Compagnie de Circulation Routière (712 CCR)
  • 2e Section de la 5e Compagnie Réparation Matériel Légion Etrangère (2/5 CRMLE)
  • 3e Légion de Marche/Garde Républicaine Gendarmerie Mobile (3 LM/GRGM) (détachement)
  • Groupe d'Exploitation Opérationnel n.1 (GEO 1) (Service de l'Intendance)
  • 403e Boîte Postale Militaire (403 BPM) (antenne)

Renseignement

  • Groupement Commandos n.8 du Groupe de Commandos Mixtes Aéroportés (GC 8/GCMA) (Partisans Méo), Capitaine Hébert
  • Détachement Opérations-Patrouilles (DOP)

Aviation

  • Groupe de Chasse 1/22 Saintonge (GC 1/22), équipé de Grumman F8F Bearcat
  • 21e Groupe Aérien d'Observation d'Artillerie (GAOA 21), équipé de Morane Criquet
  • 23e Groupe Aérien d'Observation d'Artillerie (GAOA 23), équipé de Morane Criquet (Muong Saï)
  • Détachement de Base Aérienne n.195 (DB 195)

En outre, le camp retranché bénéficie des moyens aériens de l'armée de l'air et de l'aéronavale.

L'effectif de la garnison au 7 mai 1954 se monte à 14 014 hommes comprenant les compagnies de services puis de logistique. L'armée française compte 2 293 morts dans ses rangs, et, sur les 11 721 soldats faits prisonniers, seulement 3 290 reviennent vivants en France.

La bataille

L'opération Castor

Au matin du 20 novembre 1953, dans le cadre de l'opération Castor, deux bataillons de parachutistes français, le 6e BPC (Bataillon de Parachutistes Coloniaux) du commandant Bigeard et le 2/1er RCP (2e Bataillon du 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes) du commandant Bréchignac s'emparent de Ðiện Biên Phủ, défendue par un détachement peu important de l'armée Việt Minh. D'autres unités parachutistes sont larguées en renfort dans l'après-midi ou les jours suivants et dans les semaines qui suivent, après rénovation de la piste d'atterrissage construite par les Japonais, les Français acheminent par avions hommes, matériel, armes et munitions à Ðiện Biên Phủ. Cette noria aérienne fonctionne pendant quatre mois pour créer, ravitailler et renforcer le camp retranché. Le matériel lourd (artillerie et blindés) est démonté à Hanoï, transporté en pièces détachées, puis remonté à l'arrivée.

La préparation Việt Minh

Le Việt Minh fait acheminer dans le plus grand secret des canons et du matériel lourd en pièces détachées, transportées à dos d'homme sur une route tracée par l'armée Viet-Minh à travers la jungle et les flancs des montagnes qui entourent Ðiện Biên Phủ, positionnant ainsi des pièces d'artillerie qui permettront un pilonnage des positions françaises.

Il enverra régulièrement des patrouilles pour tester les défenses françaises avant l'assaut. Les Français feront de même en tentant quelques sorties hors du camp. Ils s'apercevront qu'au delà d'un certain périmètre, ils ne peuvent plus avancer du fait de la pression ennemie. Dès lors ils ont l'impression d'être complètement encerclés[2]. De plus, quelques obus ont atterri dans l'enceinte du camp et certains militaires français évoquent alors l'existence possible d'un ou plusieurs canons isolés du côté ennemi.

Ces escarmouches épisodiques n'inquiètent pas l'état major, qui attend un assaut massif.

L'assaut

L'assaut est déclenché le 13 mars contre le point d'appui « Béatrice » tenu par le 3/13 DBLE (3e bataillon de la 13e demi-brigade de Légion étrangère) commandé par le commandant Pégot. Le point d'appui est écrasé par les obus de canons et de mortiers lourds. Pendant plusieurs heures il reçoit des milliers d'obus. Les abris, n'étant pas conçus pour résister à des projectiles de gros calibre, furent pulvérisés. La surprise est totale dans le camp français.

Le Viêt-Minh utilisant une énorme capacité en bras, a pu creuser des tunnels en travers des collines, hisser ses obusiers et s’offrir plusieurs emplacements de tir sur la garnison sans être vu. Des terrasses furent aménagées et dès que les canons avaient fini de tirer, ils regagnaient leur abri. De ce fait jamais l'artillerie française ne fut en mesure de faire taire les canons Viêt-Minh, pas plus que les chasseurs-bombardier de l'aéronavale.

En une nuit, c'est une unité d'élite de la Légion qui est supprimée. Nul n'a imaginé un tel déluge d'artillerie. La contre batterie française se révèle inefficace. Constatant cet échec, le Colonel d'artillerie Piroth se suicide en dégoupillant une grenade, quelques jours après le début de la bataille.

Puis les artilleurs viêts se sont appliqués à bombarder la piste d'atterrissage, vite devenue inutilisable. Dès lors le cordon ombilical qui reliait le camp à Hanoï était coupé. Le ravitaillement et l'évacuation des blessés s'en retrouva durement affecté. Le Viêtminh lança alors des vagues d'assaut humaines pour prendre les positions françaises, mais elles se heurtèrent à une résistance acharnée et subirent de lourdes pertes du fait des mines et des mitrailleuses. Le Général Vo Nguyen Giap changea alors de stratégie et parla de " grignoter le camp ", en faisant un travail de sape. La bataille fut alors une suite ininterrompue d'offensives et de contre-offensive sanglantes, où les objectifs étaient de reprendre les positions perdues. Le terrain fut transformé en champ de boue du fait des pluies de la mousson, inondant les tranchées, noyant les blessés. On a souvent comparé Dien Bien phu à un " Verdun tropical ".

Les avions venant de Hanoï (des Douglas A-26 Invader, des Grumman F6F Hellcat) étaient gênés de surcroît par une météo capricieuse (mousson). Jamais ils ne purent identifier les emplacements de tir. Ils larguaient les bombes et le napalm quasiment au hasard, guidés seulement par radio. Ils pouvaient aussi faire des passes au dessus des crêtes pour tirer avec leurs mitrailleuses de 12,7 mm et leur roquettes.

Il y avait un écran nuageux quasi permanent en période de mousson rendait l'accès aérien difficile à vue ( et les radars de vol n'existaient peu ou presque pas). Dans ce contexte, les missions d'attaque des avions français étaient dangereuses, du fait du terrain, du climat et surtout de la DCA. Ces avions devaient faire plus de 600 km avant d'arriver sur Dien Bien Phu : ils étaient à la limite de leur réserve de carburant. Ils avaient par conséquent très peu de temps pour leur mission de combat. Les assauts Viêt-Minh eurent lieu essentiellement de nuit, lorsque l'aviation française était inopérante.

Les Français disposaient de 10 chars légers M24 Chaffee armés de canons de 75 mm, mais ils étaient relativement inadaptés à une guerre de siège. Certains ont été sabotés par leur équipage, sur avarie ou bien pour éviter la capture par l'ennemi. Ils étaient souvent utilisés pour soutenir l'infanterie lors de contre-attaques.

La garnison ne pouvait compter que sur des contre-attaques de parachutistes à pied, qui ne manquaient pas de courage ni d’héroïsme. En particulier les parachutistes du Lt Col Marcel Bigeard. Leur mission étaient de s'emparer des positions adverses et des canons, armés de lance-flammes. Mais ces contre-attaques ne pouvaient dépasser la ligne des sommets et durer longtemps par l’incapacité de les ravitailler et de les soutenir d’un appui–feu. Lorsqu'un point d'appui était atteint, les soldats étaient parfois à court de munitions. C'est donc une mêlée à l'arme blanche et à la grenade qui attendait les soldats.

Les Français firent preuve de combativité, sans pouvoir se reposer ou être relevé. On entendit des hommes se battre et mourir en chantant La Marseillaise, au milieu du fracas des explosions. Il y eut nombreux cas de morts d'épuisement. Même lorsqu'on sollicitait les blessés pour retourner au combat - faute de combattant - il y avait encore des volontaires. La nuit, les explosions, les balles traçantes et les fusées éclairantes faisaient que le champ de bataille était visible comme en plein jour. Les canons français tiraient tellement qu'ils étaient chauffés au rouge. [3]

Concernant la logistique, l'aviation française fut nettement dépassée par l'ampleur de la tâche et dut faire appel aux Américains pour des parachutages de troupes et d’équipements avec les avions C-117 Flying Boxcar du CAT (Civil Air Transport) du Général Claire Chennault. Plusieurs de ces avions furent abattus. C'est en fait à Dien Bien Phu que les Américains eurent leurs premiers militaires tués dans la péninsule indochinoise.

Le Général Giap donne une analyse des combats : Les militaires français " selon leur logique formelle, avaient raison ". " Nous étions si loin de nos bases, à 500 kilomètres, 600 kilomètres. Ils étaient persuadés, forts de l’expérience des batailles précédentes, que nous ne pouvions pas ravitailler une armée sur un champ de bataille au-delà de 100 kilomètres et seulement pendant 20 jours. Or, nous avons ouvert des pistes, mobilisé 260 000 porteurs - nos pieds sont en fer, disaient-ils - des milliers utilisant des vélos fabriqués à Saint-Étienne que nous avions bricolés pour pouvoir porter des charges de 250 kg. Pour l’état-major français, il était impossible que nous puissions hisser l’artillerie sur les hauteurs dominant la cuvette de Diên Biên Phu et tirer à vue. Or, nous avons démonté les canons pour les transporter pièce par pièce dans des caches creusées à flanc de montagne et à l’insu de l’ennemi. Navarre avait relevé que nous n’avions jamais combattu en plein jour et en rase campagne. Il avait raison. Mais nous avons creusé 45 km de tranchées et 450 km de sapes de communications qui, jour après jour, ont grignoté les mamelons. "[4]

En manque de troupes, les Français organisèrent des recrutements de volontaires à Hanoï destinés à être parachuté sur Dien Bien Phu, alors que tout le monde savait la situation désespérée et la chute du camp imminente. Des centaines de personnes ont répondu présents à l'appel. L'ensemble était hétéroclite : de simples citoyens anonymes, militaires ou civils, des marchands, des employés, des fonctionnaires ont alors reçu leur équipement opérationnel. La plupart n'ayant jamais sauté en parachute de leur vie, voire jamais tenu une arme. Leur motivation était d'aller se battre "pour aider les copains" , "pour l'honneur". [5] Dans la fureur des combats, et la confusion, certains ont raté leur largage et ont atterri chez l'ennemi.

Les défenseurs du camp ont jusqu'au bout espéré une intervention massive de l'aviation américaine pour briser l'encerclement, qui n'est jamais arrivée. Au mois de mai, les Viêt-Minh utilisent massivement des lance-roquettes multiples Katioucha sur la garnison, dont les effets sont dévastateurs.

Les soldats viêt-minh creusèrent sous Éliane 2 une longue galerie, pour y faire exploser plus de 900 kg de TNT. Le manque de munitions se fit criant au sein des troupes françaises, et la situation sanitaire était catastrophique. Un ordre écrit de cessez-le feu du Lieutenant Colonel Bigeard, fut porté au Lieutenant Allaire le 7 mai 1954 à Diên Biên Phu, sur position Eliane3 à 17h00; puis fut donné l'ordre général de détruire toutes les armes.

Il appartenait à la division 308 du Général Vuong Thua Vu de donner le coup de grâce à la garnison française, division d'infanterie qui a été de toutes les batailles en « hautes régions », des « désastres » de Cao Bang et Lang Son en 1950 jusqu'à celui de Điện Biên Phủ. Ce fut aussi cette division 308 qui est entrée la première dans Hanoi libéré en 1954. Au bout de 57 jours de combat, l'armée Viêtminh vient à bout de la garnison du camp retranché, le 7 mai 1954, à 17h30.

On notera que les troupes françaises ont bien reçu un ordre de cessation de combat faute de munitions et qu'elles ne se sont pas rendues.

Le rôle des alliés de la France

Les Américains ont proposé aux Français dès le début de la bataille un soutien aérien par des bombardiers lourds. Cette option fut rejetée par l'état major français qui estimait maîtriser la situation.

Plus tard devant la tournure dramatique des événements, les militaires français s'empressèrent de réclamer des bombardements massifs sur les collines avoisinantes. Acculé à des positions défensives, l'état-major français avait pour ordre de résister en attendant une éventuelle « Opération Vautour » qui consistait à faire intervenir des bombardiers B-29. Les états-majors des deux pays ont même envisagé d'utiliser la bombe atomique pour arriver à leurs fins, si les bombardements conventionnels venaient à échouer.

Mais l'attitude des Américains avait changé entre temps. Ils ont abandonné cette option, à l'approche de la conférence de paix de Genève afin de ne pas aboutir à une situation de non-retour. Ils redoutaient par dessus tout une escalade avec la Chine. A titre personnel, le président américain Eisenhower était un anti-colonialiste notoire et voyait mal la présence française en Indochine. De plus il était convaincu qu'"il n'y avait pas de victoire possible de l'Homme blanc dans cette région " [6]

Mais ce n'est pas la seule raison : en effet, les États-unis avaient besoin de l'autorisation du Congrès pour intervenir massivement sur Diên Biên Phù et, d'après le général Bedell Smith (qui répondait aux suppliques de l'ambassadeur de France outre-Atlantique) « le succès dépend de l'acceptation de Londres »[7]. Churchill reçoit M. Massigli (ambassadeur de France) dans la matinée du 27 avril, (...) et lui dit : « Ne comptez pas sur moi. (...) J'ai subi Singapour, Hong-Kong, Tobrouk. Les français subiront Diên Biên Phù. »[7].

Enfin, les États-Unis commençaient à s'intéresser de près à la péninsule indochinoise, et avaient noué des contacts avec certains militaires vietnamiens via la CIA, au Sud du pays. Les Français gardaient l'espoir de rester en Indochine mais les Américains avaient d'autres projets en préparation. Ils avaient en fait hâte que les Français partent.

L'Amérique se sentait investie d'une mission globale de lutte contre le communisme en Asie du Sud-Est. Un combat où l'on estimait que la France n'avait aucun rôle à jouer. En effet, le président Eisenhower avait élaboré dès le mois d'Avril la Théorie des dominos, selon laquelle si l'Indochine tombait dans le giron communiste alors les pays voisins tomberaient aussi: Thaïlande, Malaisie, Birmanie...

Le bilan

Ce fut la bataille la plus longue, la plus furieuse, la plus meurtrière de l'après Seconde Guerre Mondiale, et l'un des point culminants de la Guerre Froide. On estime à près de 25 000 le nombre des vietnamiens tués pendant la bataille. L'armée française compte 2 293 morts dans ses rangs mais, sur les 11 721 prisonniers de l'Union Française, valides ou blessés faits par le Vietminh, plus de 71% décèdent en captivité [citation nécessaire]. L'ensemble des prisonniers(ainsi que les bléssés) devra en effet, marcher à travers jungle et montagnes sur 700 km, et de nuit pour échapper aux avions français. Ceux qui étaient trop faibles mourraient ou étaient achevés. Puis ils ont été installés dans des villages sanctuaires, au confins de la frontière chinoise, hors d'atteinte du Corps Expéditionnaire.

La vie en camps de rééducation

Là un autre calvaire attendait les prisonniers. Ceux qui auront le mieux survécu étaient les blessés lourds car ils n'eurent pas à subir la marche forcée de 700 km et furent pris en charge par la Croix-Rouge. Les autres ont été internés dans des camps et avaient des conditions de survie effroyables. Ainsi leur alimentation quotidienne se limitait à une boule de riz pour ceux qui étaient valides, et pour ceux agonisants, une soupe de riz. Un grand nombre de soldats sont morts de dénutrition et de maladies. Ils n'avaient droit à aucun soin médical, puisque les quelques médecins captifs étaient tous assignés dans la même paillotte, avec interdiction d'en sortir.

Les prisonniers devaient également subir un matraquage de propagande communiste, avec enseignements politiques obligatoires. Cela se traduisait par des séances d'autocritique où les prisonniers devaient avouer les crimes commis contre le peuple viêtnamien (réels ou supposés), implorer le pardon, et être reconnaissant de la "clémence de l'Oncle Ho qui leur laisse la vie sauve".

La majorité des tentatives d'évasion ont échoué, malgré l'absence de barbelés ou de miradors de surveillance. Les distances à parcourir étaient trop grandes pour espérer survivre dans la jungle, surtout pour des prisonniers très diminués physiquement. Ceux qui étaient repris étaient exécutés.

Suite aux accords de paix signés à Genève qui reconnaissent un Viêt Nam libre et indépendant, La France et le Viêt-Minh acceptent le principe d'un échange général de prisonniers. Les prisonniers de Dien Bien Phu seront livrés à la Croix Rouge Internationale.

La France ne récupérera que 3 290 rescapés, exténués, dans un état squelettique.

Le destin exact des 3 013 prisonniers d’origine indochinoise reste toujours inconnu[8].

En France

Le conflit indochinois suscitait peu d'intérêt en France, pour plusieurs raisons. La France était sous le régime de la Quatrième République, marquée par une grande instabilité politique. Le pays était en pleine reconstruction économique, et cette guerre était lointaine. De plus le Corps Expéditionnaire n'avait que des engagés volontaires, perçus souvent comme des baroudeurs en quête d'aventures (la France n'avait pas envoyé le contingent en Indochine), et l'Europe entière était en pleine Guerre Froide.

Du point de vue budgétaire, ce sont les États-Unis qui prennent en charge le coût matériel de la guerre,

Du point de vue économique l'Indochine avait toujours été une colonie à vocation essentiellement agricole, organisée par et pour une communauté de riches planteurs. Mais dans les années 1950, bon nombre d'entreprise déjà étaient parties. Son poids économique n'était plus le même.

D'un point de vue démographique, non seulement il y a toujours eu peu de Français en Indochine, mais en plus Ia plupart étaient revenus en France, il ne restait que quelques milliers de colons, et quelques entreprises, ce qui contraste avec la situation d'avant la Seconde Guerre Mondiale. En effet les Japonais ont éliminé toute l'administration coloniale en 1945, et 9 ans de guerre ont suivi, ce qui a convaincu bon nombre de Français de partir.

La France gaullienne et progressiste de 1954 n'avait plus rien à voir avec la France colonialiste de Jules Ferry du XIXème siècle. En Indochine, la même volonté de rupture était présente chez les Vietnamiens. Une page d'histoire commune entre la France et le Viêt-Nam avait été tournée, avant même la bataille de Dien Bien Phu.

Tous ces éléments font que cette guerre était le plus souvent ignorée en France. Il y eut aussi une certaine lassitude d'une guerre qui n'en finissait pas, dont les motifs étaient obscurs pour la plupart des Français. Dès lors les défenseurs de Dien Bien Phu avaient le sentiment légitime d'être abandonnés par la métropole.

On a pu qualifier la Guerre d'Indochine de "sale guerre", notamment dans les milieux syndicalistes et des partis d'extrême gauche. La CGT ayant même organisé une campagne de sabotage d'envoi de matériel à destination des combattants de Dien Bien Phu.

Il y eut très peu de nouvelles du camp retranché durant les combats, du fait de la censure. Ce n'est qu'à la chute de camp retranché qu'une vague de stupeur s'abattit sur la population francaise. La surprise laissa la place à la colère, puisque certains membres du Parlement furent violemment pris à parti sur l'Avenue des Champs Elysées par la foule. Il fallait à tout prix trouver les responsables du désastre.

La province actuelle de Ðiện Biên (en vert) était très éloignée de Saïgon, siège des forces aériennes françaises, ce qui pénalisa le pont aérien.

Les stratégies

Du point de vue français

Carte de la bataille de Điện Biên Phủ

Le choix de Điện Biên Phủ était judicieux sur le plan stratégique, au carrefour des pistes pédestres et équestres vers le Laos, et aussi sur le plan tactique d’une piste d’atterrissage qui permettait un ravitaillement massif par pont aérien depuis Hanoi. De plus, cela privait le Viêt-Minh d'un approvisionnement en nourriture, puisque toute la plaine était une zone agricole.

Pour les stratèges français, l’armée populaire vietnamienne ne pouvait pas placer son artillerie. Cet ancien terrain d’aviation japonais était entouré d'un terrain difficile : de hautes collines empêcheraient l’adversaire d’utiliser son artillerie avec le choix:

- de tirer sur la pente montante (le versant caché pour la garnison) mais d’une forte flèche, et donc de courte portée qui l’empêcherait d’atteindre les cibles potentielles ou

- de tirer sur la pente descendante (à vue de la garnison) qui la révélerait aux tirs de la contrebatterie française.

D’autre part, une telle artillerie ne disposerait que d’une faible quantité de munitions fournie par une logistique jugée inapte, car basée sur des hommes à pied. De ce fait, le risque d'une artillerie adverse a bel et bien été pris en compte par les Français, mais considéré comme irréaliste d'un point de vue technique. De plus, d'un point de vue purement militaire, on a douté de la capacité des Viêt-Minh à utiliser des canons, ce qui revenait à les sous-estimer de façon flagrante.[2]

La stratégie de Điện Biên Phủ est inspirée des techniques Chindits : une enclave dans la jungle, au milieu du territoire ennemi, une base opérationnelle entièrement dépendante du transport aérien pour l’insertion et le ravitaillement, permettant le contrôle d'une large zone. Les Français vont adapter le concept en ajoutant une artillerie conséquente, des mortiers, des mitrailleuses lourdes et une quantité énorme de munitions. Cette tactique du camps-hérisson fortement protégé avait été employée avec succès à Na-San en octobre-décembre 1952.

Pour comprendre la stratégie Viêt-Minh et l'état d'esprit des Français à Dien Bien Phu, il est indispensable se rappeler les événements de Na-San.

Durant cette bataille, un camp retranché du Corps Expéditionnaire, dans une zone reculée et difficile d'accès, fut attaqué par une armée Viêt-Minh, commandée par le Général Giap. C'était la seule fois où le Viêt-Minh s'est livré à une guerre conventionnelle. Ayant été formé en URSS il a utilisé la tactique des vagues d'assaut humaines, en plein jour, sur terrain dégagé. A l'image des offensives de la Première Guerre mondiale, il lance les assauts au son du clairon. Ce fut un désastre pour le Viêt-Minh: la 1ère vague sauta sur les mines, la 2ème s'empêtra dans le réseau de barbelé, la 3ème se fit hacher par les mitrailleuses[9]. Devant l'ampleur des pertes il n'eût d'autre choix que de lever le siège. Cet échec le rendit longtemps réticent à attaquer les Français en organisant un assaut frontal et massif. Il revint donc à des technique de guérilla contre les Français. Le succès de Na-San conforta l'état major, et le Général Navarre fut décidé à utiliser la même stratégie pour le Plan Castor en 1954: fixer les troupes Viêts autour d'un camps retranché, et broyer les vagues d'assaut. Toute la conception du camp de Dien Bien Phu, du choix des armes à la configuration des abris découlait des acquis de la bataille de Na-San, c'est à dire qu'on occultait volontairement l'artillerie adverse, et qu'on n'a donné aucun ordre de s'enterrer.

Les abris étaient donc relativement sommaires: des trous des avec sac de sables et une tôle utilisée comme toiture. Ils étaient reliés par des tranchées. Il n'y eut aucun ouvrage en béton, aucun boyau souterrain, et les canons n'étaient pas protégés mais placés sur de simples plate-formes, au vu et au su de tous.

Điện Biên Phủ est proche de Hanoi par voie aérienne et très loin pour l’Armée populaire vietnamienne à travers des pistes de jungle. Les calculs logistiques de la recherche opérationnelle donnaient un rapport très favorable pour le côté français, en termes de tonnage quotidien.

Quelques mois avant le début des combats, une délégation gouvernementale s'est rendue à Dien Bien Phu pour se rendre compte de la situation, et fut rassurée par les officiers du camp qui leur ont exposé leur stratégie. De même, les journalistes, les observateurs étrangers, en particulier les militaires américains, n'ont rien trouvé à redire contre le plan français.

La garnison attendit l'assaut pendant plusieurs semaines, impatiente d'en découdre et persuadée qu'elle allait " casser du Viêt ". Certains officiers ont déclaré : " Pourvu qu'ils attaquent ! ".[2]

À l’origine, Điện Biên Phủ devait être la base d’unités mobiles pour rayonner dans tout le district de Lai Chau avec ses chars légers Américains M24 « Chaffee » (surnommés « Bisons » par la garnison). C’est pour cette raison qu’un cavalier, le colonel de Castries, était à la tête du GONO (Groupement opérationnel du Nord-Ouest). Le camp était protégé par un réseau de points d’appui aux noms féminins : Dominique, Eliane, Gabrielle.. L'autre raison de choisir cet endroit était de couper la route du Laos au Viêt Minh qui voulait en faire une base arrière.

Une fois le terrain d’aviation détruit par l’artillerie vietnamienne dès les premiers jours de la bataille, le sort de la garnison française de Điện Biên Phủ était réglé. N'allait suivre qu'une guerre d'usure entre un Viêt-Minh nombreux et ravitaillé et une garnison qui ne pouvait se permettre la moindre perte.

Du point de vue Viêt-Minh

Pour le Viêt-Minh, la bataille de Điện Biên Phủ fut une bataille d’artillerie pour immobiliser l’adversaire et le priver de logistique qui ravitaille les troupes au combat. Les Français ont cru l’adversaire incapable d’utiliser son artillerie et n’ont pas caché et protégé leurs installations détruites dès les premières salves (cf. Jules Roy).

Sur le plan stratégique, le choix de se battre à Điện Biên Phủ était l’argument militaire en vue de la conférence de Genève qui s’ouvrait pour débattre sur la Corée, mais dont le sujet principal était l’Indochine, comme tout le monde le savait.

Le siège de Dien Bien Phu a un but qui est à la fois militaire et diplomatique pour forcer l’adversaire à négocier en position défavorable. L'état major viêt-minh était commandé par le Général Vo Nguyen Giap, mais il fut secondé par des conseillers militaires russes et chinois. L'essentiel de l'armement Viêt-Minh était de fabrication chinoise et était acheminé depuis la Chine voisine, de même que les munitions et les uniformes. En effet, la victoire des troupes communistes de Mao zedong en Chine en 1949 a rendu possible une aide chinoise massive au Viêt-Minh. Cela contraste avec la situation logistique d'avant-1949 où le Viêt-Minh devait attaquer les convois français pour avoir armes et munitions. Pour la première fois depuis le début de la Guerre d'Indochine, le Viêt-Minh disposait enfin de moyens lourds, de troupes régulières bien entraînées et d'un armement moderne et performant.

L'artillerie était principalement constituée de canons de récupération : des 105 mm (M 105 Howitzer) de fabrication américaine, d'obusiers en provenance des prises de guerre chinoises en Corée ou durant la guerre civile contre les nationalistes chinois. Ayant tiré les enseignements de sa cuisante défaite de Na San, Giap bénéficia de l'aide chinoise massive sur le plan de l'artillerie, tant sol-sol que sol-air, ce qui eut une importance capitale dans l'interdiction du support aérien. Ce sont des canons de DCA de 37,5 mm ainsi que des centaines de mitrailleuses de 12,7 mm qui ont joué un rôle d'interdiction aérienne. Les canons furent hissés à flanc de montagne à dos d'homme, en se servant de cordes.

Il était relativement facile de diriger les tirs contre la garnison, puisque les positions Viêt-Minh surplombaient le camp retranché. Les combats d’infanterie étaient destinés principalement à maintenir la pression et démoraliser les défenseurs de la garnison qui ont perdu l’initiative dès le départ des premiers tirs d’artillerie.

La logistique vietnamienne était basée sur des pistes de jungle et les solides vélos Peugeot adaptés à une charge utile de 250 kg poussés à pied. Elle préfigurait la future « piste Hô Chi Minh » qui ravitaillait plus tard les combats au Sud durant la Guerre du Viêt Nam. En parlant de ces vélos, le Général Giap déclara à son état major " ce seront nos Taxis de la Marne ! Ces fameux vélos furent aussi utilisés à des fins de propagande, car en réalité ce sont des centaines de camions Molotova de fabrication soviétique qui ont ravitaillé les troupes de Giap, en plus de milliers de coolies. Ces derniers étant par ailleurs embauchés de gré ou de force.

Il est clair que le Viêt-Minh a remporté la bataille logistique puisque la nourriture, les hommes et les munitions sont toujours arrivés sur Dien Bien Phu, malgré les raids aériens de l'aéronavale. Si les Français avaient pu arrêter le flot logistique du Viêt-Minh, le sort de bataille aurait été tout autre.

Crimes de guerre et camps de rééducation

  • Assaut des convois d'évacuations sanitaires.
  • Affaire Georges Boudarel[10]
  • 3 290 prisonniers, sur 11 721 soldats reviennent vivants en France. Le destin exact des 3 013 prisonniers d’origine indochinoise reste inconnu.
  • À Genève, on discutait. Pierre Mendès France voulait en finir dans un délai qu'il s'était lui-même fixé. Un mois. C'est pourquoi sans doute il avait renoncé à évoquer le sort futur des minorités montagnardes alliées de la France." Il ne faut pas créer de difficultés supplémentaires à nos négociateurs ", devait répondre la présidence du conseil au général Ely qui avait plaidé leur cause.
  • La France fermait les yeux. Le "cessez le feu" une fois signé, elle put faire le décompte des prisonniers de Diën Biën Phu : 11 721 soldats de l'Union Française capturés, valides ou blessés. 3 290 ont été rendus à la France. Il en manquait 7 801. Le destin exact des 3 013 prisonniers d’origine indochinoise reste inconnu.

Jeux de simulations historiques

  • Dîen Bîen Phu (Jean-Jacques Petit, Jeux Descartes, 1980)
  • Citadel (Frank Chadwick, GDW, 1977)
  • La vallée de la mort (Paul Rohrbaugh, Against The Odds, 2006)

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Références bibliographiques

  • Erwan Bergot, Les 170 jours de Dien Bien Phu, Presses de la Cité, 1992.
  • Brancion Henri de, Dien Bien Phu : artilleurs dans la fournaise, Presses de la Cité, 1993.
  • Bruge Roger, Les hommes de Dien Bien Phu, Perrin, 1999.
  • Fall Bernard B., The Viet-Minh Regime, 1954.
    (Traduction française : Le Vietminh, Armand Colin, 1960)
  • Fall Bernard B., Street without joy, Stackpole, 1961.
    (Traduction française : Indochine 1946-1962. Chronique d'une guerre révolutionnaire, Laffont, 1962)
  • Fall Bernard B., The Two Vietnams. A Political and Military Analysis, Praeger, 1965.
    (Traduction française : Les deux Vietnams, Payot, 1962)
  • Fall Bernard B., Hell in a Very Small Place. The Siege of Dien Bien Phu, J. B. Lippincott, 1966.
    (Traduction française : Dien Bien Phu, un coin d’enfer, Laffont, 1968)
  • Fall Bernard B., Vietnam Witness, 1953-66, Praeger, 1966.
  • Fall Bernard B., Anatomy of a Crisis. The Laotian Crisis of 1960-1961, Doubleday, 1969.
  • Fall Bernard B., « Dien Bien Phu un coin d'enfer », spécial Nam n°45, éditions Atlas, 1989
  • Galabru André, La victoire avortée, Atlante Editions, 2004.
  • Gallard Geneviève (de), Une femme à Dien Bien Phu, Les Arènes, 2003, ISBN : 2912485541
  • Võ Nguyên Giáp, Mémoires 1946-1954 : Tome 1, La résistance encerclée, Anako ,2003
    http://www.bibliomonde.net/pages/fiche-livre.php3?id_ouvrage=2647
  • Giap Vo Nguyen, Mémoires 1946-1954 : Tome 2, Le chemin menant à Diên Biên Phu, Anako ,2003
    http://www.bibliomonde.net/pages/fiche-livre.php3?id_ouvrage=2648
  • Giap Vo Nguyen, Mémoires 1946-1954 : Tome 3, Diên Biên Phu le rendez-vous historique, Anako ,2004
    http://www.bibliomonde.net/pages/fiche-livre.php3?id_ouvrage=2649
  • Grauwin Paul, médecin commandant, J'étais médecin à Diên Biên Phu, France Empire, 1954, coll. Presses Pocket N° 42/43, 1962.
  • Langlais Pierre, Diên Biên Phu, France Empire, 1963.
  • Le Mire Henri, Epervier. Le 8e Choc à Diên Biên Phu, Albin Michel, 1988.
  • Mengelle André, Diên Biên Phu. Des chars et des hommes, Lavauzelle, 1996.
  • Muelle Raymond, Combats en pays thaï. De Lai Chau à Diên Biên Phu, 1953-1954, Presses de la Cité, 1999.
  • Nordell John R., The undetected enemy. French and American miscalculations in Diên Biên Phu, 1953, Texas A&M University Press, 1995.
  • Pouget Jean, Nous étions à Diên Biên Phu, Presses de la Cité, 1964.
  • Rocolle Pierre, Pourquoi Dien Bien Phu ?, Flammarion, 1968.
  • Roy Jules, La bataille de Dien Bien Phu, Julliard, 1963; Albin Michel, 1989.
  • Tertrais Hugues et Journoud Pierre, Paroles de Dien Bien Phu. Les survivants témoignent, Paris, Tallandier, 2004, 413 pp.
  • Windrow Martin, The last valley, Weidenfeld & Nicolson, 2004.
  • Hommes de guerre n°18, spécial Dien Bien Phu, Histoire & Collections, 1989.
  • (en) Ban tổng kết-biên soạn lịch sử, BTTM, Lịch sử Bộ Tổng tham mưu trong kháng chiến chống Pháp 1945-1954, Nhà xuất bản Quân Đội Nhân Dân, Ha Noi, 1991, p. 799 ((en) Service Historique de L'État Major, La Histoire de L'État Major dans la Guerre de Resistance contre La France 1945-1954, Éditions Armée Populaire, Ha Noi, 1991, p. 799 )

Notes et références

  1. La Histoire de L'État Major dans la Guerre de Resistance contre La France 1945-1954, p. 799
  2. a , b  et c Dien Bien Phu, le rapport secret
  3. Dien Bien Phu, Le rapport secret
  4. L'Humanité, 7 Mai 2004
  5. Dien Bien Phu, Pierre Schoendorffer
  6. Grandes batailles de l'Histoire, John McDonald
  7. a  et b in Secrets d'État, secrets et sortilèges de la guerre d' Indochine, J.-R. Tournoux, 1960
  8. Jean-Jacques Arzalier, Les Pertes Humaines, 1954-2004: La Bataille de Dien Bien Phu, entre Histoire et Mémoire, Société française d’histoire d’outre-mer, 2004
  9. Dien Bien Phu, documentaire d'Henri de Turenne
  10. L'affaire Boudarel sur le site de l'ANAPI
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