Bataille de Châteaudun
Bataille de Châteaudun
Informations générales
Date 18 octobre 1870
Lieu Châteaudun (Eure-et-Loir)
Issue victoire allemande (retraite française)
Belligérants
Drapeau français République française drapeau du Royaume de Prusse en 1803 Royaume de Prusse
Confédération de l'Allemagne du Nord Confédération de l'Allemagne du Nord
Commandants
Colonel Ernest de Lipowski Général Ludwig von Wittich
Guerre franco-prussienne
Batailles
Wissembourg (08-1870)Forbach-Spicheren (08-1870)Wœrth (08-1870)Borny-Colombey (08-1870)Mars-la-Tour (08-1870)Siège de Toul (08-1870)Gravelotte (08-1870)Siège de Metz (08-1870)Siège de Strasbourg (08-1870)Beaumont (08-1870)Noisseville (08-1870)Sedan (08-1870)Siège de Paris (09-1870)Bellevue (10-1870)Châteaudun (10-1870) - Dijon (10-1870) - Siège de Belfort (11-1870)Bouvet et Météor (navale) (11-1870)Coulmiers (11-1870) - Amiens (11-1870)Beaune-la-Rolande (11-1870)Orléans (12-1870)Loigny (12-1870)l’Hallue (12-1870)Bapaume (01-1871) - Villersexel (01-1871)Le Mans (01-1871)Héricourt (01-1871)St-Quentin (01-1871)

La bataille de Châteaudun fut un fait marquant de la guerre franco-prussienne de 1870, et opposa une armée allemande à une armée française le 18 octobre 1870.

Châteaudun fut investi une première fois, le 10 octobre 1870, par des unités de l'armée bavaroise du Ier corps d'armée (22e Division d'infanterie prussienne, 1re et 4e Divisions de cavalerie), sous le commandement du général Ludwig von der Tann-Rathsamhausen.

Après la prise d'Orléans, la 22e Division d'infanterie prussienne et la 4e Division de cavalerie se retirent, étant appelées en renfort pour le siège de Paris.

C'est alors que le colonel Ernest de Lipowski à la tête de francs-tireurs et de gardes nationaux reprend la ville au faible contingent restant, tue quelques bavarois et capture les autres. Informé de ce coup de main, le général Ludwig von Wittich, à la tête de la 22e Division de cavalerie et quelques autres unités, revient à Châteaudun le 18 octobre. La première tentative de prise de la ville échoue, car la ville est fortement défendue. Wittich prépare alors minutieusement la deuxième attaque en attaquant au soleil couchant, qui aveugle les défenseurs.

Les Prussiens atteignent la ville, et s'ensuit une longue et sanglante bataille de maisons en maisons contre les unités régulières et les corps francs. Le combat dure jusque tard dans la nuit, avant que les Français ne s'échappent.

Des francs-tireurs ayant été faits prisonniers von Wittich exercent des représailles disproportionnées à l'encontre de la population civile (viols, exécutions, tueries, incendies…)[1]. Moltke couvrira son subordonné.

Récit de J.B. Bernot, ancien principal du Collège de Châteaudun, officier de l’Instruction publique, qui a vécu ces événements : "Le matin du 18 octobre à cinq heures du matin, un messager, venant d’Orgères, rapporta que les Prussiens lui avaient dit qu’ils viendraient ce jour même bombarder Châteaudun à six cents ; cette information fut transmise au Commandant Lipowski. Il déclara : « Nous restons ».

Mais au lieu de six cents, les prussiens arrivèrent douze mille, avec vingt quatre pièces de canon et des mitrailleuses, plus de six mille hommes en réserve en cas de besoin. Vers midi, sans sommation, sans déclaration préalable, comme des voleurs de grand chemin…leur présence fut signalée sur la route de Beaugency sous le commandement du Général Witisch.

A cette nouvelle « Les prussiens sont à la gare », toute la ville est en tumulte…Le Lieutenant Cabrillat cria à ses hommes : « Mes amis, aux Canons ! Aux canons ! » A une heure, l’ennemi tira son premier coup de canon.

Mais on voyait chez lui malgré sa force numérique une hésitation…il avançait lentement, dissimulant sa marche dans les plis du terrain. Les Francs-Tireurs avec leur chassepots ajustaient les artilleurs ennemis, mais les gardes nationaux n’avaient que des fusils à piston et n’avaient à opposer, que leurs barricades ; A deux heures, le feu commence à prendre dans le quartier de St Valérien où les Francs-Tireurs tiraient du clocher.

L’incendie se propage poussé par un vent du sud-est et le manque d’eau n’a pas permis de l’éteindre au début. Vers sept heures, les défenseurs de la rue de Chartres, croyant qu’ils étaient tournés, se replièrent et donnèrent passage à l’ennemi qui se précipita dans la ville en poussant d’horribles hourras. Les Francs-Tireurs de Nantes au nombre de cent vingt réunis depuis quelques jours à ceux de Paris s’étaient signalés dans le combat par des prodiges de valeur… Une femme cantinière, Mme Jarrethout, qui s’était déjà signalée dans l’affaire d’Ablis, fit des prodiges de valeur en portant des munitions aux barricades et en portant les blessés sur son dos quand ils ne pouvaient pas marcher… La durée du combat avait fatigué nos hommes. Pendant neuf heures de résistance héroïque et sans trêve, il n’avait pris ni nourriture, ni repos, tandis que l’ennemi se renouvelait sans cesse et réparait ses pertes. L’horreur.

C’est ici que l’horreur se présente. Pour retrouver un spectacle semblable, il faut retourner aux Huns, où Attila et les hordes de Genseric pour donner une idée de ce que vécu Châteaudun quand l’invasion prussienne y fut installée…. Des officiers d’un grade élevé entre à l’Hôtel du Grand Monarque demandent à boire et à manger et quand ils sont ivres ils incendient la maison, malgré les pleurs et les supplications à genoux de Mr et Mme Sénéchal. Des propriétaires, le pistolet sous la gorge, ont été contraints de mettre le feu à leurs propre maison et d’être ainsi , sous peine de mort , les instruments de leur propre ruine.

Un vieillard, qui n’a pu fuir, est impitoyablement brûlé dans son lit, malgré ses cris et ses prières. Dix personnes sont asphyxiées dans leurs caves, d’autres égorgées en voulant s’échapper. Une femme impotente et couchée n’échappe à la mort que par le dévouement et l’énergie de sa fille, qui l’arrache aux flammes et aux mains des soldats d’un roi qui se dit l’Elu de Dieu… Au milieu de cette désolation, de ces toits qui s’effondrent, de ces flammes qui tourbillonnent, et dont la vue porte l’épouvante à quarante kilomètres, s’élèvent les hourras des vainqueurs qui continuent jusqu’au matin, avec l’acharnement du tigre sur sa proie, son œuvre de destruction, et deux princes étaient là qui y présidaient, le prince Albert et le prince de Saxe contemplant avec une satisfaction marquée le spectacle que l’incendie dévore. Jamais la force brutale ne se joua avec plus de cruauté et d’insolence des droits de l’humanité.

La lutte était terminée ; mais elle a coûté cher à l’ennemi dont les pertes sont évaluées à plus de deux mille cinq cents hommes....

Dans la matinée du 19 octobre, la route de Logron à Brou était couverte d’une foule qui avait marché toute la nuit et qui gémissait…La plupart s’imaginaient encore poursuivis par les uhlans… Nogent le Rotrou reçu un grand nombre de réfugiés, ainsi qu’Arrou, Droué, La Bazoche et Mondoubleau. On se dissémina dans le Perche croyant être ainsi à l’abri de l’ennemi, mais quelques semaines plus tard, le Perche comme la Beauce fut aussi saccagé.

A Châteaudun, tout n’était pas fini ; des gardes nationaux qui se rendirent furent fusillés sans miséricorde… Les quatre vingt dix sept prisonniers furent emmenés hors de la ville dans un terrain boueux et sans vives et seraient mort de faim sans l’intervention de Mg Dupanloup(2)...

Cinquante chevaux furent parqués dans les classes du collège transformées en écurie… D’autres officiers pénétrèrent dans le cabinet de physique, brisèrent les piles. Pour justifier leur brigandage, les Prussiens disent : « C’est la guerre !» Les Vandales disaient aussi ; « C’est la guerre ! »…

Lors d’une réunion du Conseil Municipal sous la présidence du M.Lumière, maire et sur réquisition du sous-Préfet, devait être livré à l’occupant : -1500 couvertures -100 kg de sel -100 kg de café -400 litres d’eau de vie -20.000 litres d’avoines et de mettre à la disposition de l’armée prussienne les fonds se trouvant dans les caisses de l’Etat : la même réquisition fut faite au receveur des Postes et aux percepteurs de Marboué et Châteaudun ainsi qu’au receveur de l’enregistrement et des domaines. Mais une faible partie de tout cela fut, en fait donné à l’ennemi.

Deux cent soixante trois maisons devinrent la proie de flammes et ont été atteints aussi des édifices publics : L’Hôtel de Ville, la Sous-Préfecture et l’Hôtel Dieu sur lequel flottait le drapeau blanc et qui fut traversé par un obus qui éclata dans la salle des malades, l’église de la Madeleine, le collège, la gendarmerie, la fontaine monumentale de la place, le clocher de St Valérien et la gare du chemin de fer.

Les prussiens partent le 19 octobre 1870. Le 20 octobre, le quartier le plus riche et le plus commerçant de cette petite ville, naguère si propre et si coquette est presque anéantie. La mort a remplacé la vie. Mais les journaux d’Europe notamment le « Times » la célébrèrent comme le plus beau fait d’armes de la campagne."

La ville de Châteaudun a été décorée de la Légion d’Honneur qui figure dans ses armes.


Le 21 octobre 1870, les Prussiens prirent Chartres sans combats.

Déroulement

Le comte Ernest de Lipowski adressa un rapport au ministre de la guerre, M. de Freycinet, dans lequel il expose les faits de la journée du 18 octobre 1870.

Notes et références

  1. cité par François Roth in La Guerre de 1870

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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Bataille de Châteaudun de Wikipédia en français (auteurs)

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