Bataille d'Alger (film)

La Bataille d'Alger (film)

La Bataille d'Alger

 
Réalisé par Gillo Pontecorvo
Produit par Antonio Musu
Yacef Saadi
Écrit par Gillo Pontecorvo
Franco Solinas
Acteurs Brahim Hagiag
Jean Martin
Yacef Saadi
Distribué par Rizzoli
The Criterion Collection
Première 1966
Temps 117 min.
Langue Français
Arabe
Anglais
Elaboration sur IMDb

La Bataille d'Alger (La Battaglia di Algeri) est un film italo-algérien de Gillo Pontecorvo, présenté au public en 1966.

Sommaire

Synopsis

Une reconstitution de la bataille d'Alger de 1957, à l'occasion du soulèvement de la population algérienne musulmane par le FLN contre le pouvoir colonial français, et de la tentative du détachement parachutiste de l'armée française de « pacifier » le secteur.

Le film retrace principalement l'histoire d'Ali La Pointe lors de « La bataille d'Alger », soit de la lutte pour le contrôle du quartier de la Casbah à Alger en 1957 entre les militants du FLN et les parachutistes français de la 10e division parachutiste du général Jacques Massu, par tous les moyens y compris l'usage de la torture.

Objectivité

Le film bien que produit par Yacef Saadi, membre du FLN, fait preuve d'objectivité : le passé de délinquant du héros du film (Ali Lapointe) est clairement présenté, et son passé de proxénète est fortement suggéré (scène de la tournée des bordels, et de l'exécution d'Hacène). Ali Lapointe est clairement présenté comme un homme d'action et pas du tout un intellectuel. Son côté romantique transparait principalement dans sa volonté de lutter sans concession (il est contre l'arrêt des attentats pendant la grève générale) et surtout par son sacrifice final, préférant la mort plutôt que la honte de la capture. Son courage, ainsi que celui de beaucoup de combattants algériens morts pour leur cause, sera salué par Massu.

Les attentats du FLN sont bien présentés comme des actes de terreur : assassinats de gendarmes et de policiers d'apparence tout à fait paisible, scène des attentats à la bombe dans le bar, la discothèque et l'agence Air France, où la caméra s'attarde longuement sur les victimes avant l'explosion : des gens tout à fait normaux, des enfants, des bébés, y compris des arabes. Après l'explosion, le calvaire des victimes est également abondamment présenté (amplifié par le fait que quelques minutes auparavant ceux-ci étaient tranquillement en train de danser ou de boire un verre).

Seul bémol que certains peuvent reprocher : les attentats contre les civils apparaissent dans le film après que des terroristes européens font sauter un immeuble de la casbah, et ses habitants avec (l'OAS?), pouvant induire le spectateur à penser que les attentats contre des civils européens auraient été une forme de réponse à des attentats contre des civils algériens.

Le général Massu est présenté comme un soldat digne qui a une mission difficile, et qui doit utiliser des moyens exceptionnels. À aucun moment il n'est présenté comme un monstre ou un tortionnaire. Dans de très nombreuses scènes le personnage a le loisir d'exprimer son point de vue et de justifier ses actions.

La question de la torture est abordée comme un fait, sans jugement moral : seules quelques scènes montrent des actes de tortures (réalistes par rapport aux témoignages et photos qui nous sont parvenus de l'époque). Cependant le film présente la torture comme ayant été efficace pour démanteler le réseau du FLN d'Alger, ce qui est aujourd'hui une position très disputée.

Les soldats ne sont pas montrés comme étant spécialement des monstres : dans une des premières scènes, après avoir torturé un homme et qu'il se soit mis à table, les soldats offrent du café et rassurent le prisonnier.

Les ambiguités de la presse de l'époque sont présentées, y compris celles du journal communiste l'Humanité : tous réclamaient une action ferme et rapide des autorités au début de l'insurrection, pour mettre fin à celle-ci et restaurer l'ordre...

En conclusion, le film est tout sauf manichéen : chaque camp s'y bat avec les moyens dont il dispose. Le FLN pour faire face à l'armée française et démoraliser l'occupant, ne semble pas avoir d'autre choix que d'utiliser le terrorisme. L'armée française pour démanteler les réseaux et protéger ses ressortissants, ne semble pas avoir d'autre choix que d'utiliser la torture. Bref, une guerre sale, trouble, comme l'a été la guerre d'Algérie.

Conception et réalisation

Le film voit le jour en 1965, trois ans après la fin des hostilités en Algérie, lorsqu'un des chefs militaires du FLN à Alger, Yacef Saadi, propose au réalisateur communiste italien l'idée d'un film basé sur son expérience dans l'ALN.

Le film est tourné avec des non-professionnels, à l'exception de Jean Martin, dans le rôle du colonel Mathieu à la tête des parachutistes français.

Réception en France

Le réalisateur-journaliste communiste Gillo Pontecorvo et l'acteur-producteur FLN Yacef Saadi, ont constitué un témoignage portant sur un épisode de la guerre d'Algérie particulièrement impitoyable[1][2].

Initialement interdit en France, diffusé brièvement en 1970 mais retiré des écrans sous la pression de manifestations d'extrême-droite, le film attendit 1971 pour sortir normalement[2]. Le film resta pratiquement inédit en France jusqu'en 2004, car considéré comme un film de propagande, brisant des tabous sur le comportement militaire français au cours de ce qui ne s'est longtemps appelé en France de simples événements, et s'attaquant à des traumatismes alors récents[citation nécessaire]. Le film fut tourné trois ans après l'indépendance de l'Algérie et le rapatriement de 800 000 pieds-noirs et juifs séfarades dont la plupart n'avaient jamais foulé le sol de la métropole, vivant en Algérie française depuis plus d'un siècle. Et à l'expatriation et expropriation de ces deux catégories de civils s'ajoute l'exode des indésirables harkis, leur internement dans des camps et leur mise à l'écart de la population métropolitaine.

Anecdotes

  • Ce film était régulièrement projeté aux stagiaires étrangers de l'École des Amériques (installée tout d'abord au Panama puis sur le territoire américain), dans le cadre des études relatives aux guerres de type révolutionnaires. Le réalisme poussé de la mise en scène et du scénario ont fait que ce film a été utilisé à contre-emploi par certains services de renseignement.
  • Selon le journal Le Monde (8 septembre 2003), des officiers d'état-major de l'Armée américaine auraient assisté, le 27 août, dans un auditorium du Pentagone à une projection de La Bataille d'Alger, afin d'avoir un aperçu de la guerre subversive menée par la France durant cette période et faire un parallèle avec les problèmes rencontrés lors de l'occupation de Bagdad durant la guerre en Irak.
  • En 2003, le film, considéré comme un modèle d'enseignement sur la guérilla urbaine, est projeté au Pentagone devant Donald Rumsfeld pour mieux comprendre les développements de la guerre en Irak.
  • Les chars de l'armée française que l'on peut voir dans le film ne sont pas français mais russes, en effet, ce sont des chars prêtés par l'armée algérienne qui se fournissait en URSS.
  • Ce film a inspiré R.A.S (1973) de Yves Boisset.

Fiche technique

Distribution

Excepté Jean Martin, aucun des acteurs de ce film n'est acteur professionnel.

  • Brahim Haggiag : Ali La Pointe
  • Jean Martin : colonel Mathieu
  • Yacef Saadi : Djafar
  • Samia Kerbash : une fille
  • Ugo Paletti : le capitaine
  • Fusia El Kader : Halima

Autour du film

  • Ce film a été tourné dans la Casbah d'Alger, caméra à l'épaule. Les combattants survivants de la Bataille d'Alger de 1957 ont servi de conseillers techniques. Certaines scènes d'intérieur, dont celle de la réception au cours de laquelle le commissaire prend congé d'une maîtresse de maison, ont été visiblement réalisées en France. Les premières images ont été tournées à la cité Climat de France, 5000 logements, construite par l'architecte Fernand Pouillon juste au-dessus de Bab-El-Oued.

Récompense

Notes

  1. « La bataille d'Alger : Victoire ou défaite ? » par Rémi Kauffer
  2. a  et b « Gillo Pontecorvo, le réalisateur de la Bataille d’Alger n’est plus » par Dominique Widemann, article du journal L'Humanité, le 14 octobre 2006.

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