Bataille Des Thermopyles (-480)

Bataille des Thermopyles

Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne la bataille des Thermopyles de 480 av. J.-C.. Pour autres dates, voir Bataille des Thermopyles (homonymie).
Bataille des Thermopyles
Jacques-Louis David 004.jpg

Léonidas aux Thermopyles, par Jacques-Louis David (1814)
Informations générales
Date -480
Lieu Thermopyles
Issue victoire tactique perse mais victoire symbolique grecque
Belligérants
Sparte
Athènes, Thèbes
Thespies et Phocée
Perse
Commandants
Leonidas Ier Xerxès Ier
Forces en présence
7 000[1] 200 000[2]
Pertes
1 500 morts 20 000 morts
Guerres médiques

La bataille des Thermopyles en -480 oppose une alliance des cités grecques à l'empire achéménide. C'est l'un des plus célèbres faits d'armes de l'histoire antique. L'armée grecque (7 000 fantassins et aucun cavalier) avec la flotte de 271 trirèmes en soutien, tentèrent de retenir la grande armée perse du Grand Roi Xerxès Ier (130 000 fantassins, 20 000 cavaliers et 1 200 trirèmes) à l'entrée du défilé des Thermopyles qui commande l'accès de l'Attique, le long de la mer Égée.

Suite à une manœuvre de contournement, pris sur leurs arrières, la plupart des Grecs abandonnèrent la bataille, et seuls les 300 hoplites spartiates commandés par le roi Léonidas Ier, ainsi que 700 soldats des cités de Thèbes et de Thespies, décidèrent de combattre jusqu'au sacrifice, malgré une infériorité numérique prononcée, pour laisser aux Grecs le temps d'organiser leur défense. Cependant Athènes, peu protégée, fut prise, saccagée, et l'incendie réduisit en cendres les édifices de l'Acropole. D'après certaines sources, Éphialtès aurait trahi les Grecs, et aurait montré un sentier à travers les montagnes aux troupes perses, ce qui entraîna la fuite de la plupart des Grecs.

Le courage et le sacrifice des mille Spartiates, Thébains et Thespiens sont devenus légendaires et ont été repris maintes fois par la culture populaire. Cette bataille deviendra l'emblème de la résistance grecque à l'envahisseur, car grâce à cette bataille, et malgré la prise d'Athènes par les Perses, les Grecs purent faire reconnaître leur indépendance, après leurs triomphes à Salamine, le 22 septembre -480, et à Platées, en -479.

Au sommet du Kolonós, théâtre de l'ultime résistance spartiate, sur lequel fut érigé le mausolée, une inscription du poète Simonide de Céos (-556, -467), commémore cette action : « Étranger, va dire à Sparte qu'ici nous sommes morts pour obéir à ses lois. »

Sommaire

L'invasion perse

Carte du monde grec pendant les guerres médiques (v. -500/-479)

Le « grand roi » Perse, Xerxès, fils de Darius Ier, ne voulait pas subir une nouvelle défaite contre les Grecs, comme son père à Marathon, dix ans plus tôt. Après quatre ans de préparation minutieuse, il parvint à réunir une armée considérable. La Grèce du Nord, terrifiée, plia sous le choc et se rendit.

Selon le célèbre historien Hérodote, les forces perses engagées dans les guerres médiques à cette période dépassaient les cinq millions d'hommes. Au début du vingtième siècle, un officier britannique, Sir John Frederick Maurice, se basant sur la topographie du terrain et le relevé des ressources d'eau potable des divers cours d'eau et rivière en Grèce, conclut qu'il est impossible qu'une armée beaucoup plus nombreuse qu'environ 200 000 personnes et 70 000 animaux ait pu bivouaquer aussi longtemps[3]. Il estime qu'Hérodote aurait confondu les termes perses « chilliarchie » (10 000) et « myiarchie » (1 000), évaluant ainsi les forces comme étant dix fois plus importantes qu'elles ne l'étaient. En conséquence, Maurice évalue à environ 210 000 hommes et 75 000 animaux les forces perses présentes à la bataille des Thermopyles (Maurice, 1930).

L'historien Nicholas Geoffrey Lemprière Hammond estime quant à lui les forces navales perses présentes quelques mois plus tard (en septembre -480) à la bataille de Salamine à environ 408 000 hommes répartis sur 4 800 navires de guerre (Hammond, N. G. L. 2000).

Le congrès de Corinthe

Mouvements

Les préparatifs perses ne sont évidemment pas passés inaperçus et un congrès des différentes cités grecques se réunit à Corinthe à la fin de l'automne -481. Pour une fois, les intérêts immédiats de Sparte et d'Athènes se confondent. Athènes craint la vengeance des Perses pour ses succès antérieurs et Sparte constate que sa grande rivale dans le Péloponnèse, Argos, est contactée par les envoyés de Xerxès.

Toutes les grandes cités grecques, si l'on excepte Cyrène, Argos, Syracuse, Corcyre et Phocée, envoient des représentants au temple de Poséidon à Corinthe. Sparte, en tant que plus puissante des cités, préside le congrès. Une réconciliation générale intervient, comme par exemple entre Athènes et Égine, et 31 cités s'engagent par serment dans une ligue défensive contre les Perses et préparent des contingents de soldats. Le commandement des troupes est confié à deux Spartiates, le roi Léonidas Ier pour les fantassins et Eurybiade pour la flotte grecque. Mais durant l'hiver -481/-480, les Grecs tergiversent sur le plan de campagne et ne peuvent s'opposer à la conquête de la Thessalie par les troupes perses au printemps -480.

Les Grecs choisissent alors en août, tandis que les Perses envahissent la Piérie, une position défensive très forte aux Thermopyles qui commande l'accès à la Béotie et à la Grèce centrale. Quant à la flotte, elle s'installe au nord de l'Eubée en un lieu nommé l'Artémision afin d'empêcher la flotte perse de contourner cette position. En effet, les Perses, pour garder le contact avec leur flotte, doivent emprunter la seule route importante qui passe par les Thermopyles (les « Portes chaudes », à cause des sources thermales qui s'y trouvent). Là, entre le golfe maliaque et la montagne, l'étroite chaussée passe dans un défilé dont certains passages n'excèdent pas dix mètres de largeur et est, de plus, barrée par les vestiges d'un mur construit en zigzag. Enfin, les marais sont nombreux et forment un obstacle supplémentaire.

Entre les 6 000 hommes environ dont dispose Léonidas et la flotte d'Eurybiade (avec Thémistocle à la tête du contingent des navires athéniens, de loin le plus nombreux), les liaisons sont constantes.

La tempête de l'Artémision

Article détaillé : Bataille de l'Artémision.

Au sortir de la Thessalie, les troupes de Xerxès font mouvement vers le sud. Les fantassins quittent la cité de Therma et arrivent treize jours plus tard dans la plaine trachinienne (entre la vallée de l'Asopos et la cité d'Anticyre). La flotte perse s'élance une dizaine de jours après, afin que l'arrivée des troupes terrestres et navales soit conjointe. Eurybiade, devant l'ampleur de la flotte perse, quitte l'Artémision et longe le canal d'Eubée pour occuper l'étranglement de Chalcis, laissant Léonidas à la merci d'un débarquement sur ses arrières. Mais cette manœuvre, si elle n'apparaît pas très audacieuse, encourage les Perses à progresser plus au sud que prévu et à mouiller au cap Sépias, près d'une côte rocheuse et escarpée où ils ne peuvent hâler leurs navires sur la terre ferme et où la profondeur des eaux empêche de nombreux navires de s'amarrer solidement. Une violente tempête de trois jours va détruire environ quatre cents navires. Plusieurs milliers d'hommes sont noyés. La principale conséquence est que Xerxès, bien que gardant la supériorité numérique, n'est plus en mesure de diviser ses forces navales de manière à convoyer l'armée tout en livrant combat à la flotte grecque. À Chalcis, Eurybiade reprend confiance et remonte prendre sa garde à l'Artémision. Mais malgré la tempête, la supériorité numérique perse apparaît si imposante qu'Eurybiade et son adjoint, le corinthien Adimantos, font demi-tour.

C'est alors qu'Achéménès, l'un des demi-frères de Xerxès et amiral de la flotte perse, détache une escadre de deux cents navires et 40 000 hommes environ pour contourner l'Eubée par la haute mer pendant que le reste de la flotte s'installe au mouillage des Aphètes, mouillage plus sûr que celui du cap Sépias. Prévenus de cette diversion qui leur interdit la fuite par le canal de l'Eubée au sud, et de ce nouveau mouillage, les Grecs tentent un coup de force et lancent une attaque surprise sur les Ioniens, alliés des Perses, et leur coulent une trentaine de navires avant de regagner leur point d'attache de l'Artémision. Enfin, une nouvelle tempête éclate et fait de nouveaux dégâts sur une flotte perse dont les navires sont sur leurs ancres, alors qu'à l'Artémision les Grecs, à leur habitude, tirent les navires sur la terre ferme, ce qui les met à l'abri. Surtout, cette nouvelle tempête cause la destruction totale de l'escadre envoyée pour contourner l'Eubée.

La bataille et ses conséquences

Épitaphe de Simonide

Xerxès attend quatre jours, pensant que les Grecs fuiraient de peur, mais au cinquième jour il s'aperçoit avec stupeur qu'ils lui tiennent toujours tête ; irrité, il lance sur eux une partie de son armée constituée de Mèdes et de Cissiens.

Dans un premier temps, sur terre, les troupes de Léonidas tiennent fermement leur position en phalange dans un défilé et repoussent les Perses, leur infligeant de lourdes pertes. Xerxès décide d'envoyer ses troupes d'élite, les Mélophores (ou Immortels), emmenés par Hydarnès, qui connaissent bientôt le même sort que leurs alliés, ne profitant pas de leur supériorité numérique (dans le défilé trop étroit) et moins bien armés que les Grecs (notamment de lances plus courtes que leurs adversaires). Mais Léonidas est trahi par un certain Éphialtès, fils d'Eurydémos, un citoyen de Malia, qui livre aux Perses le moyen de contourner l'armée grecque, par le sentier d'Anopée. Léonidas décide alors de se sacrifier avec les 300 hoplites spartiates, ainsi que 700 soldats de Thespies[4], pour laisser aux Grecs le temps d'organiser leur défense et à l'armée de se retirer en bon ordre. Les 400 combattants de Thèbes (probablement des otages pris par Léonidas lui-même pour s'assurer l'engagement au côté des Grecs de cette cité) avaient aussi reçu l'ordre de participer à cette dernière action, mais ils désertent à la première occasion. Dès que les Spartiates se replient sur la butte, ils les abandonnent et vont dire aux Perses qu'ils sont à leur côté. Ces derniers les laissent en vie[4].

Les Grecs changent de stratégie et avancent hors de leur position. Ils résistent héroïquement autour du roi spartiate Léonidas, qui est tué. Pour son corps, les Spartiates se battent sans relâche et parviennent, en repoussant avec acharnement les assauts perses, à le récupérer. Leur infériorité numérique est accrue avec l'arrivée des Perses menés par Ephialtès et Hydarnès. Ils se replient avec le peu d'armes qui leur reste sur une butte, mais l'intervention perse leur est fatale et ils sont tous massacrés sur ordre de Xerxès. À l'issue de la bataille, ce dernier ordonne qu'on décapite Léonidas et qu'on mette sa tête au bout d'un pieu, ce qui est étrange puisqu'en ce temps, les Perses accordaient de la valeur aux soldats héroïques qu'ils avaient combattus. Cette bataille devint l'emblème de la résistance grecque à l'envahisseur et de l'esprit de sacrifice des Spartiates. Au sommet du Kolonós, théâtre de l'ultime résistance spartiate, sur lequel fut érigé un mausolée, une inscription du poète Simonide de Céos (-556 ; -467), commémore cette action :

« Ὦ ξεῖν’, ἀγγέλλειν Λακεδαιμονίοις ὅτι τῇδε κείμεθα, τοῖς κείνων ῥήμασι πειθόμενοι  »

— Hérodote, 7, 228

« Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts ici pour obéir à ses lois. »

Dans la culture populaire

Plusieurs œuvres artistiques célèbrent cette bataille.

Chants

Livres et écrits

Bandes dessinées

Films

Notes

  1. initialement 7 000, mais 1 400 seulement le troisième jour.
  2. Hérodote prétend que les forces perses étaient de 1 700 000 à terre et 517 000 sur mer.
  3. Autrement, elle aurait épuisé toutes ces ressources, ce qui n'est mentionné nulle part. Cependant, Hérodote stipule bien que les armées perses asséchaient les rivières pour se désaltérer. Selon lui, il y avait un ravitaillement qui arrivait par la mer.
  4. a  et b Peter Connoly, Greece and Rome at War, 1998 Greenhill Books.

Voir aussi

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Liens externes

Bibliographie

  • Apostolos Dascalakis, Problèmes historiques autour de la bataille des Thermopyles, École française d'Athènes, éd. E. De Boccard, 1962  ;
  • Jean-Nicolas Corvisier, Guerre et société dans les mondes grecs (490-322 av. J.-C.), Armand Colin, 1999  ;
  • Hérodote, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne], Livre VII, 204-239 ;
  • (en) F. Maurice, « The size of the army of Xerxes in the invasion of Greece 480 B.C. », dans Journal of Hellenic Studies, no 50, 1930, p. 210-235  ;
  • (en) Hammond, N. G. L., The Expedition of Xerxes: Persian Preparations and the Advance to Therma in Macedonia, Cambridge University Press, coll. « The Cambridge Ancient History / IV Persia, Greece and the Western Mediterranean », 2000 (ISBN 0521228042), p. 532-534  ;
  • Jean Malye, La Véritable histoire de Sparte et de la bataille des Thermopyles, Les Belles Lettres, 2007 .
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