Bataille De Hattin

Bataille de Hattin

Bataille de Hattin
Hattin.jpg
Informations générales
Date 4 juillet 1187
Lieu Hattin à proximité de Tibériade
Issue Victoire musulmane
Belligérants
Armoiries de Jérusalem.svg Royaume de Jérusalem
Cross of the Knights Templar.svg Ordre du Temple
Cross of the Knights Hospitaller.png Ordre de l’Hôpital
Flag of Ayyubid Dynasty.svg Ayyoubides
Commandants
Armoiries de Jérusalem.svg Guy de Lusignan
Armoiries Tripoli.svg Raymond III de Tripoli
Flag of Ayyubid Dynasty.svg Saladin
Forces en présence
25 000 hommes environ 60 000 hommes
Pertes
au total 30 000 (francs et musulmans)
Guerres contre Saladin
Batailles
Montgisard — Marj Ayoun — Gué de Jacob — Belvoir — Al-Fule — Hattin — Jérusalem — Saint-Jean-d'Acre — Arsouf

La bataille de Hattin ou bataille de Tibériade eut lieu le 4 juillet 1187 aux Cornes de Hattin (ou fourches de Hattin) (Kouroun-Hattin) (à proximité du lac de Tibériade en Galilée) entre les armées du royaume de Jérusalem, dirigées par Guy de Lusignan, et de Saladin.

Sommaire

Le contexte

Après le décès, à Acre, du jeune roi Baudouin V de Montferrat, âgé de sept ans, le régent Raymond III de Tripoli est destitué, le trône de Jérusalem échoit à Guy de Lusignan, nouvel époux de Sybille, la sœur du roi Baudouin IV le Lépreux, décédé le 16 mars 1185 .

Fin 1186 ou début de 1187, Renaud de Châtillon, seigneur d'Outre-Jourdain et de Montréal, brise la trêve en vigueur depuis près de quatre ans, entre Francs et musulmans, en s'emparant d'une caravane, pourtant sous forte escorte, qui se rend du Caire à Damas. Il en massacre les hommes en armes et emprisonne les commerçants et les caravaniers dans sa citadelle de Kérak (Al-Karak). Puis il attaque d'autres caravanes de pélerins allant à La Mecque, et projette même de détruire le lieu sacré de l'Islam.

Saladin (Salâh Ad-Dîn) essaie de se montrer patient et fait preuve de diplomatie, préférant se consacrer entièrement à la gestion de son pays. Son empire est délabré par de nombreuses années de guerre civile entre seigneurs arabes et les croisés. Il vient d'achever l’unification des musulmans, et même la ville de Mossoul, qu’il a assiégée à plusieurs reprises, a signé la paix (en 1186). La trêve, qu'il a personnellement signée avec Raymond de Tripoli, doit lui permettre de préparer le jihad, et il estime que le moment de la rompre n'est pas encore arrivé. Il envoie donc des émissaires porteurs de messages d’indignation à Renaud de Châtillon, mais le somme de respecter la trêve, de relâcher les prisonniers et de restituer les biens saisis. Méprisant, Renaud, lui conseille de demander à Mahomet de venir les sauver.

Ne pouvant laisser cet affront impuni, Saladin réunit un peu plus de 12 000 soldats à Damas, puis dès le mois de mars assiège la citadelle de Al-Karak puis la citadelle de Shaubak, avant de se diriger vers Banias près de Tibériade. Les troupes musulmanes rencontrent par hasard une délégation de barons francs, qu'elles tuent ou font prisonniers.

De leur côté, les croisés s’enlisent dans leurs querelles internes. En mars 1187, Raymond de Tripoli, fort de la trêve de quatre ans, signée avec Saladin, et sûr de son soutien, refuse de prêter hommage au nouveau roi de Jérusalem, Guy de Lusignan. Celui-ci, désireux de se débarrasser de son rival, qu’il accuse de complaisance envers les musulmans, se prépare à attaquer Tibériade, qui appartient à la femme du comte de Tripoli. Alerté, ce dernier conclu une alliance avec Saladin qui débloque la ville.

Le 30 avril 1187, conformément à leur alliance, Saladin demande à Raymond de Tripoli, de laisser ses éclaireurs faire une reconnaissance du côté du lac de Tibériade. Le comte, embarrassé, ne peut refuser. Il exige cependant que les soldats musulmans quittent son territoire avant le soir et ne s’en prennent ni aux biens, ni aux personnes. Le 1er mai, 7 000 cavaliers passent sous les murs de la ville. Le soir même, alors qu'ils font le chemin en sens inverse, ils rencontrent 150 chevaliers de l'Ordre du Temple qui ont attaqué une colonne près de Saffuriya (l'ancienne Sepphoris ou Tzippori au nord de Nazareth). C'est le massacre. Seuls trois d'entre eux parviennent à s'enfuir, dont le maître de l'Ordre du Temple : Gérard de Ridefort.

Suite à ce désastre Raymond se repent et met ses forces à la disposition de Guy de Lusignan. Le 24 juin, les Francs sont prêts. Ils ont réuni une grande armée constituée de 2 000 chevaliers (dont 1 200 chevaliers de l'Ordre du Temple et des Hospitaliers) et 13 000 fantassins. Ils sont soutenus par 40 000 mercenaires, en majorité des musulmans, dont 2 500 cavaliers et 7 000 fantassins payés et armés par les Templiers. En face, de nouvelles troupes ont rejoint Saladin qui dispose au total de plus de 60 000 soldats.

Le début de la bataille

Aux alentours de la ville de Séphorie (Saffuriya), environ 25 000 hommes, dont 1/5 de cavalerie, sont regroupés sur la colline. Ils sont à l'abri de toute attaque et disposent là de vivres en quantité et d'eau à volonté, grâce aux fontaines de la cité.

Pour forcer les Francs à venir à lui, Saladin imagine un stratagème astucieux. Il fait attaquer la cité de Tibériade où se trouve toujours la comtesse Echive de Bures, l'épouse de Raymond de Tripoli. Ses troupes réussissent à prendre la ville basse, qui est incendiée, et poussent la population à se réfugier dans la forteresse, tout en laissant passer des messagers qui rejoignent l'armée franque, à Saffuriya distante de Tibériade d'environ vingt-sept kilomètres. Saladin espère ainsi pousser les Francs à l’affrontement avant que ses propres troupes ne se débandent.

Dans un premier temps, les Francs ne se précipitent pas. Raymond de Tripoli pense que la forteresse peut résister le temps de battre les troupes de Saladin, de plus, il considére qu'une telle entreprise est périlleuse. La route était difficile et l’eau peu abondante. Renaud de Châtillon accuse Raymond de lâcheté : « Je ne doute pas un seul instant que tu aimes les musulmans et que tu cherches à nous effrayer par leur nombre » et le maître des Templiers, Gérard de Ridefort, finit par convaincre le roi de Jérusalem de mettre l'armée en branle.

L'armée franque, divisée en trois corps, se met en route le 1er juillet. Les hommes souffrent de la chaleur et les réserves d'eau sont vite épuisées. Saladin avait pris soin de faire combler les puits et d'empoisonner les trous d'eau. Sans jamais engager le combat, des cavaliers les harcelèrent de tous côtés de leurs flèches, et ralentissent la marche. Cette tactique réussit si bien, qu'au soir du 3 juillet, Guy de Lusignan propose de rejoindre le village de Hattin où se trouve l'un des rares points d'eau. Mais Saladin devine le projet et lui barre la route. À la nuit tombée, les Francs sont obligés de bivouaquer parmi les pierres brûlantes, sur le sable desséché. Leurs outres sont vides. Toute la nuit, ils sont harcelés, et doivent veiller pour la troisième nuit consécutive.

La bataille décisive

Au matin du 4 juillet, la journée s'annonce encore plus chaude que la veille. De plus les Francs se trouvent sous le vent. Saladin positionne ses troupes afin de bloquer toute tentative de sortie, et fait mettre le feu aux broussailles. Le vent pousse la fumée et le feu vers les croisés. Sans eau pour se rafraîchir, les Francs étouffent sous leur imposantes cuirasses. Avec l'énergie du désespoir, ils mènent cependant des combats pour tenter de percer les lignes ennemies et de gagner les rives du lac de Tibériade.

Peu à peu, les Francs sont repoussés et contraints de se rassembler sur une élévation appelée les Cornes de Hattin, un piton basaltique dominant la plaine voisine. Raymond de Tripoli réussit à se créer une sortie vers Saffuriya en emmenant avec lui le fils du prince d'Antioche, ses chevaliers et quelques barons syriens. Quelques détachements réussissent également à s'enfuir vers Tyr.

Le reste des forces défendent leur position élevée sur les Cornes de Hattin. Selon les récits des chroniqueurs la bataille est terrible, il y a beaucoup de morts, aussi bien du côté des croisés que du côté des musulmans. Çà et là agonisent des milliers de blessés enchevêtrés dans les cadavres des chevaux. La chute de la tente royale symbolise la défaite franque, alors que le roi et ses grands barons parviennent à trouver réfuge dans la forteresse de Tibériade.

La victoire de Saladin

Éxécution de Renaud de Châtillon
Guillaume de Tyr, Historia (BNF, Mss.Fr.68, folio 399)

Le lendemain, 5 juillet, sans espoir de secours, ils sortent de la forteresse et se rendent. Parmi les prisonniers de marque :

Le roi de Jérusalem est conduit à Damas, avec les autres nobles capturés, en vue d'être libérés contre rançon.

Les conséquences de cette bataille

Les États latins d'Orient en 1190 : trois ans après Hattin, les possession franques sont réduites à Tyr, Antioche et Tripoli.

Un peu plus de 30 000 soldats (Francs et musulmans), en une journée, meurent lors de cette bataille. La fine fleur de la chevalerie franque est anéantie. Les musulmans infligent aux croisés, une dure défaite psychologique, car ils ont perdu la relique de la Vraie Croix, emblème de la chrétienté.

La Palestine passe sous l’emprise de Saladin. Lors du seul mois de juillet, il prend la citadelle de Tibériade (le 6 juillet), les cités de Saint-Jean-d'Acre, de Césarée de Sidon et de Jaffa. Cette dernière résiste plus longtemps à l’armée d’al-Adel, venue d’Égypte mais finit par tomber, et ses habitants sont vendus en esclavage. Le 6 août c'est au tour de Beyrouth, avant Ascalon le 4 septembre, et Gaza le 5. Le 20, Saladin commence le siège de Jérusalem, qui n'est plus défendue que par 6 000 soldats (levés en hâte parmi les habitants car seulement quatre chevaliers avaient été laissés sur place lors de l'entrée en campagne; c'est le fait d'avoir engagé tout le potentiel militaire du royaume qui rendit la défaite si désastreuse) dirigés par Balian d'Ibelin. La ville sainte tombe le 2 octobre 1187.

La ville n'est pas pillée, les habitants qui en ont les moyens sont libérés contre des sommes modiques. Les autres finiront esclaves. Les Templiers négocient leur sortie. Saladin conclut un marché avec notamment Balian d'Ibelin qui promettait de détruire les lieux saints musulmans si la ville et ses habitants n'étaient pas épargnés. Cependant, Saladin en tenant sa promesse a évité de verser inutilement du sang. De même qu'il avait permis aux chevaliers d'Acre et d'Ascalon de s'exiler à Tyr, ceux de Jérusalem rejoignent aussi Tyr, qui forte de tous ces renforts devient très bien défendue.

En novembre Saladin commence le siège de Tyr défendue par le baron Conrad de Montferrat, frère du défunt Guillaume de Montferrat (le 1er époux de Sybille, la sœur de Baudouin IV le Lépreux et la mère du défunt Baudouin V de Montferrat, qui avait ensuite épousé Guy de Lusignan). Les Francs réussissent à incendier une partie de la flotte musulmane, et oblige Saladin à abandonner le siège, son importante armée devant être démobilisée à l'entrée de l'hiver. Sur le chemin du retour, il s'empare encore des villes de Lattaquié, Tartous, et Safed en territoire syrien.

Cette défaite franque, marque le début de l'écroulement des États latins d'Orient. Seules résistent jusqu'en 1189-1190 les puissantes citadelles frontalières que les Francs n'ont pas dégarnies, et que Saladin néglige dans un premier temps.

Fin 1187, les Francs ne possèdent plus que les cités de Tyr, Antioche et Tripoli (dans l'actuel Liban), auxquelles s'ajoutent les trois forteresses isolées. Le sage Raymond III de Tripoli meurt à l'âge de quarante-huit ans des suites d'une pleurésie.

Cette bataille met un terme à la deuxième croisade, mais ne met pas un terme aux guerres entre musulmans et croisés, qui vont se poursuivre encore pendant près d'un siècle. Elle modifie considérablement l'équilibre des forces au détriment des chrétiens. Cependant, cette défaite des croisés, une fois connue en Occident, va provoquer un vigoureux sursaut des principaux souverains de la chrétienté : l'empereur Frédéric Barberousse, le roi de France Philippe Auguste et le roi d'Angleterre Richard Cœur de Lion, étant le seul qui obtiendra quelques résultats. Des renforts considérables vont commencer à affluer. La troisième croisade commence peu après.

Personnages

Les acteurs
Guy de Lusignan
Saladin
Renaud de Châtillon
Gérard de Ridefort
Raymond de Tripoli

Filmographie

Sources

  • Histoire de Saladin, sulthan d'Egypte et de Syrie - Par François-Louis-Claude Marin - 1758
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