Bastide (maison)
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Une bastide sur le plan de Canjuers

Une bastide (de l'occitan bastida) avait à l'origine le sens d'exploitation agricole communautaire, pour prendre le sens de maison durant le XIXe siècle.

Sommaire

Historique et définition

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la bourgeoisie urbaine, enrichie par le commerce et la fonction publique, acquiert des terres où elle installe des villégiatures champêtres. Ces nouveaux domaines sont de véritables entreprises agricoles à l'activité bien définie : élevage, vigne, cultures maraîchères, etc. Ils comportent la maison du maître et la maison de l'intendant ou régisseur, ainsi que des dépendances considérables et des logements en grand nombre (pour les ouvriers). Lorsque la maison du maître est non pas sous le même toit que la maison du fermier ou du métayer mais nettement séparée de cette dernière, il s'agit d'une « bastide ». Ce type, répandu dans le pays d'Aix et la région de Rognes, se rencontre également à l'extérieur de cette zone, jusqu'à Pertuis, Jouques et le haut Var. Au sens propre, la bastide est la maison du maître, la résidence secondaire, et au sens élargi l'ensemble de cette dernière et de l'exploitation agricole avec sa maison de ferme[1].

La bastide, où seul réside le maître, se présente comme un bâtiment isolé, généralement imposant sous une couverture à quatre eaux. Sa façade, à l'ordonnance symétrique, est traitée dans le goût noble de son époque[2].

Avec le temps, la bastide et ses bâtiments ruraux ont subi des transformations importantes sur un siècle ou deux, comme l'atteste l'étude de leurs archives. Il arrive que la bastide elle-même se soit transformée en exploitation rurale lorsque le propriétaire urbain n'a plus eu que la ressource d'exploiter lui-même son domaine[3].

Structure

Au Revest-du-Bion, maison à terre à la sortie du village près de Notre-Dame de l'Ortiguière

Compartimenté dans le sens de la longueur, ce type de maison représente un stade d'évolution plus que Fernand Benoit a défini comme une maison à terre par opposition à la maison en hauteur spécifique du village ou de la ville. Il est caractéristique de l'habitat dispersé[4]. C'est l'habitation traditionnelle des pays de « riche culture »[5].

Ce type de maison est divisé en deux parties très distinctes dans le sens de la longueur. Le rez-de-chaussée est occupé par une salle commune dans laquelle est intégrée la cuisine. Très souvent se trouve à l'arrière un cellier contenant la réserve de vin et une chambre. Un étroit couloir, qui permet d'accéder à l'étage, sépare cet ensemble de la seconde partie réservée aux bêtes. Celle-ci se compose, dans la plupart des cas, d'une remise qui peut servir d'écurie et d'une étable. L'étage est réservé aux chambres et au grenier à foin qui correspond par une trombe avec l'étable et l'écurie[5].

À cet ensemble s'ajoutaient des annexes. Une des principales était la tour du pigeonnier, mais la maison se prolongeait aussi d'une soue à cochons, d'une lapinière, d'un poulailler et d'une bergerie[5].

Les lieux d'aisance ont été installés, symboliquement le pot de chambre est exposé aux regards de tous

Alors qu'aucune maison en hauteur ne disposait de lieu d'aisance, même en ville, la maison à terre permet d'installer ces « lieux » à l'extérieur de l'habitation. Jusqu'au milieu du XXe siècle, c'était un simple abri en planches recouvert de roseaux (canisse) dont l'évacuation se faisait directement sur la fosse à purin ou sur le fumier[5].

La construction d'un tel ensemble étant étalée dans le temps, il n'y avait aucune conception architecturale pré-établie. Chaque propriétaire agissait selon ses nécessités et dans l'ordre de ses priorités. Ce qui permet de voir aujourd'hui l'hétérogénéité de chaque ensemble où les toitures de chaque bâtiments se chevauchent généralement en dégradé[6].

Maison à terre à Simiane avec son pigeonnier

Chaque maison se personnalisait aussi par son aménagement extérieur. Il y avait pourtant deux constantes. La première était la nécessité d'une treille toujours installée pour protéger l'entrée. Son feuillage filtrait les rayons de soleil l'été, et dès l'automne la chute des feuilles permettait une plus grande luminosité dans la salle commune. La seconde était le puits toujours situé à proximité. Il était soit recouvert d'une construction de pierres sèches en encorbellement qui se fermait par une porte de bois, soit surmonté par deux piliers soutenant un linteau où était accrochée une poulie permettant de faire descendre un seau. L'approvisionnement en eau était très souvent complété par une citerne qui recueillait les eaux de pluie de la toiture[6]. Le pigeonnier devint après la Révolution la partie emblématique de ce type d'habitat puisque sa construction signifiait la fin des droits seigneuriaux, celui-ci étant jusqu'alors réservé aux seules maisons nobles. Il était soit directement accolé à la maison soit indépendant d'elle. Toujours de dimension considérable, puisqu'il était censé anoblir l'habitat, il s'élevait sur deux étages, le dernier étant seul réservé aux pigeons. Pour protéger ceux-ci d'une invasion de rongeurs, son accès était toujours protégé par un revêtement de carreaux vernissés qui les empêchait d'accéder à l'intérieur[5].

Notes et références

  1. Jean-Luc Massot, Maisons rurales et vie paysanne en Provence. L'habitat en ordre dispersé, Éditions SERG, Paris, 1975 , pp. 50-51 (ISBN 2-85869-005-7).
  2. Jean-Luc Massot, Maisons rurales et vie paysanne en Provence, op. cit., pp. 162 et 166.
  3. Jean-Luc Massot, Maisons rurales et vie paysanne en Provence, op. cit., p. 166.
  4. Fernand Benoit, op. cit., p. 54.
  5. a, b, c, d et e Fernand Benoit, op. cit., p. 55.
  6. a et b Fernand Benoit, op. cit., p. 56.

Bibliographie

Voir aussi

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