Basilique du Vatican

Basilique Saint-Pierre

41° 54′ 08″ N 12° 27′ 12″ E / 41.90222, 12.45333

Basilique
Saint-Pierre du Vatican
Vue générale de l'édifice
Vue générale de l'édifice

Nom local Basilica di San Pietro in Vaticano (it)
Basilica Vaticana (la)
Latitude
Longitude
41° 54′ 08″ Nord
       12° 27′ 12″ Est
/ 41.90222, 12.45333
 
Pays Vatican Vatican
Ville Cité du Vatican
Culte Catholique romain
Type Basilique
Rattaché à Saint-Siège
Début de la construction 1506
Fin des travaux 1614
Style(s) dominant(s) Renaissance
Baroque

La basilique Saint-Pierre (en latin Sancti Petri) ou plus exactement Saint-Pierre du Vatican (San Pietro in Vaticano) est le plus important édifice religieux du catholicisme, tant en termes de volume (193 m de long, 120 m de haut) que de renommée. Elle accueille la Cathedra Petri. Située sur la rive droite du Tibre, sa façade s'ouvre sur la Place Saint-Pierre.

Classée au patrimoine mondial de l'UNESCO (dans la liste des édifices du centre historique de Rome et des biens du Saint-Siège), la basilique Saint-Pierre est considérée comme la plus grande conception architecturale de son temps et demeure un des monuments les plus visités au monde. Sa construction, à l'emplacement de l'ancienne basilique construite sous l'empereur Constantin, débuta le 18 avril 1506 et fut achevée en 1626. Ses architectes les plus significatifs furent Michel-Ange, Bramante et Le Bernin.

La basilique Saint-Pierre est en outre un important lieu de pèlerinage puisqu'au minimum 150 000 catholiques se retrouvent sur sa place chaque dimanche lors de l'angélus pontifical. Ce n'est pas la cathédrale du diocèse de Rome puisque l'évêque de la ville siège à Saint-Jean de Latran, en revanche, c'est l'église du Pape et de l'État pontifical. La tombe de l'apôtre Pierre, premier chef de l'Église Chrétienne, est située sous l'autel.

Vue panoramique,
photographie de Altobelli, 1874

La basilique Saint-Pierre, bâtiment le plus visible à l'intérieur de la Cité du Vatican, est la principale église de Rome, de par sa taille, son importance pour les catholiques et sa proximité avec la résidence papale.

Elle est la première des quatre basiliques majeures avec Saint-Jean de Latran, Sainte-Marie-Majeure et Saint-Paul-hors-les-murs.

Avec une superficie de 2,3 ha et une capacité de plus de 60 000 personnes, elle est la plus grande église de la chrétienté. Elle est aussi un des lieux les plus saints du christianisme, puisqu'elle abrite la sépulture de saint Pierre qui, selon la tradition catholique, fut le premier évêque d'Antioche et le premier évêque de Rome, donc, le premier pape.

Bien que le Nouveau Testament ne mentionne pas la présence de Pierre à Rome ou son martyre dans cette ville, la tradition catholique indique que son tombeau est situé au-dessous du baldaquin et de l'autel ; pour cette raison, beaucoup de papes, à commencer par les premiers, ont été enterrés à cet endroit. La construction de la basilique actuelle, à l'emplacement de l'ancienne basilique construite sous l'empereur Constantin, a commencé le 18 avril 1506 et a été terminée en 1626.

Sommaire

Historique de la construction

Le site sous l'Empire romain

Situation du Circus Vaticanus, par rapport à la basilique constantinienne et la Basilique actuelle.

Au début de l'Empire romain, peu avant la naissance du Christ, le site actuel était occupé par quelques villas, bâties autour de "jardins impériaux" qui furent propriété d'Agrippine.
Le fils de cette dernière, l’empereur Caligula (37-41 ap. JC) y fit réaliser un cirque privé, le Circus Vaticanus, dont l'actuel Obélisque du Vatican constitue un des seuls vestiges.
C’est là, ainsi que dans les jardins adjacents, qu’eut lieu le martyre de bien des chrétiens de Rome à l’époque de Néron (54-68).
C'est ainsi qu'une tradition immémoriale place le martyre de l'apôtre Pierre dans l'enceinte même du cirque : inter duas metas - entre les deux bornes - de la spina, dont le centre était marqué par l'Obélisque du Vatican, qui se trouvait donc à l'époque à un emplacement différent de celui qu'il occupe actuellement (pour l'explication des termes « metas » et « spina », voir l'article : Cirque romain). Saint Pierre fut crucifié la tête en bas par humilité, car il ne se jugeait pas digne de mourir comme le Christ (vers 65).

Sépulture de saint Pierre

La tradition localise l’emplacement de la tombe de l'apôtre, indiquée par une pierre rouge, au sein d'une nécropole située au nord du Circus Vaticanus, dont elle est séparée par une route secondaire, la via Cornelia.

Déjà, du vivant de Pierre, après la crucifixion du Christ, les Actes des Apôtres relatent le fait que ce dernier prend une place importante dans l’Église chrétienne naissante. En effet le Christ lui avait dit : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église. » (évangile selon Matthieu) d’où la reconnaissance de la primauté de Pierre et l’institution de l’ordre pontifical, donc l'importance du lieu de son martyre et celui de sa sépulture.

Le 23 décembre 1950, lors d'une émission de radio, le pape Pie XII annonce la découverte d’une sépulture sous la crypte de la basilique, inaccessible depuis le IXe siècle. Cette découverte couronne dix ans de recherches archéologiques menées par le Saint Siège mais il n’est pas absolument certain que les ossements découverts soient ceux du saint martyr.

L'ancienne basilique constantinienne

Une vue d’ensemble de l’ancienne basilique par H. W. Brewer, 1891

L'ancienne basilique est l'œuvre de l'empereur Constantin. Commencée entre 326 et 333 ap. JC elle nécessite la démolition du Circus Vaticanus qui se situe sur la partie sud du chantier.

C'est une basilique en forme de croix latine classique avec une nef, un chœur, une abside (construite autour de la tombe de Saint Pierre), et deux doubles bas-côtés. Sa longueur est d'environ 103 mètres, elle occupe la majeure partie de la superficie de l'édifice actuel.

L'entrée est précédée d'un grand péristyle qui se situe sur la partie ouest de la place Saint-Pierre.

Au début du XIVe siècle, lors du départ des papes pour Avignon, la basilique menace de tomber en ruine.

La reconstruction

Après le retour des papes avignonnais à Rome en 1378, le premier pape qui, au milieu du XVe siècle, semble avoir pensé sérieusement à une reconstruction de la basilique fut Nicolas V qui se fit exposer par Bernardo Rossellino le projet d'un nouvel édifice ou de rénovation complète de l'ancien bâtiment. Mais il ne put venir à bout de ces projets à cause de problèmes politiques.

En 1505, le Pape Jules II décida de faire détruire l'ancien édifice pour construire à la place un bâtiment plus grand et plus moderne, donc plus à même de remplir les fonctions de la basilique papale. Ce projet donna alors lieu une compétition d'architectes à laquelle prirent part un grand nombre d'artistes qui se succédèrent pendant environ 120 ans sous les nombreux exercices du ministère pontifical.

Les travaux se poursuivirent alors que le Saint-Siège était successivement occupé par Léon X (1513 - 1521), Adrien VI (1522 - 1523), Clément VII (1523 - 1534), Paul III (1534 - 1549), Jules III (1550 - 1555), Marcel II (1555), Paul IV (1555 - 1559), Pie IV (1559 - 1565), Pie V (le saint) (1565 - 1572), Grégoire XIII (1572 - 1585), Sixte V (1585 - 1590), Urbain VII (1590), Grégoire XIV (1590 - 1591), Innocent IX (1591), Clément VIII (1592 - 1605), Léon XI (1605), Paul V (1605 - 1621), Grégoire XV (1621 - 1623), Urbain VIII (1623 - 1644) et Innocent X (1644 - 1655).

Plan de Bramante
Plan de Raphaël

Projet de Bramante

Le projet du Pape Jules II suscita un grand nombre de propositions émanant de nombreux architectes. Ce fut finalement le plan de Donato Bramante qui fut choisi pour celui de la future basilique ; la première pierre fut posée en 1506. Le plan de Bramante était en forme de croix grecque, inspiré du plan du Panthéon de Rome[1], à la différence que le dôme du Panthéon est soutenu par un mur continu tandis que celui du projet de Bramante était uniquement soutenu par quatre piliers, suivi en cela par l'actuelle coupole construite par Michel-Ange. Ce dôme devait être surmonté d'une lanterne sur le modèle de celle de la cathédrale florentine conçue par Michelozzo pour Brunelleschi[2].

Bramante avait envisagé que le dôme central soit entouré de quatre dômes plus bas dans les axes diagonaux. Le chœur, la nef et les transepts étaient conçus pour être faits de deux baies finissant en une abside. À chaque coin du bâtiment une tour serait érigée pour que le plan général soit carré, avec la projection d'absides. Chaque abside étaient pourvue de deux grands contreforts radiaux, qui devaient équarrir sa forme demi-circulaire[3].

Sangallo et Raphaël

Après la mort du Pape Jules en 1513, Bramante fut remplacé par Giuliano da Sangallo, Fra Giocondo et Raphaël. Sangallo et Fra Giocondo moururent en 1515, Bramante lui-même étant mort l'année précédente. Le changement principal dans le plan de Raphaël fut la nef à cinq baies, avec une série de chapelles absidiales dans les allées latérales. Le plan de Raphaël pour le chœur et les transepts renforçait encore davantage l'aspect carré des murs extérieurs en réduisant les tours, et soulignait les absides semi-circulaires en les entourant chacune d'un déambulatoire[4].

Peruzzi

En 1520 Raphaël mourut à son tour, à l'âge de 37 ans, et son successeur Baldassarre Peruzzi maintint les changements que Raphaël avait proposés pour l'arrangement intérieur des trois absides principales, mais apporta d'autres modifications, plus proche du plan en croix grecque et d'autres détails du plan de Bramante[5]. En 1527, Rome fut pillée par l'empereur Charles-Quint. Peruzzi mourut en 1536 sans voir l'achèvement de son plan[1].

Sangallo le Jeune

Projet de Sangallo : façade très ornée, avec deux hautes tours et un nouveau dôme de structure complexe

Antonio da Sangallo le Jeune soumit alors un plan combinant dans son apparence les caractéristiques de Peruzzi, Raphaël et Bramante et dynamisant la perspective de l'édifice en le prolongeant par une nef courte avec une large façade et un portique. Par rapport à celui de Bramante, son nouveau dôme était beaucoup plus compliqué, tant au niveau de la structure qu'à celui de la décoration et il comportait des côtes à l'extérieur. Comme Bramante, Sangallo proposa une lanterne au-dessus du dôme, conçue sous une forme plus grande et beaucoup plus compliquée. L'essentiel du travail de Sangallo fut finalement de renforcer considérablement les piliers centraux, qui commençaient à donner des signes de faiblesse[6].

L'oeuvre déterminante de Michel-Ange

Le 1er janvier 1547, sous le règne du pape Paul III, Michel-Ange, déjà septuagénaire, succéda à Sangallo comme Capomaestro, le surintendant de la construction de la basilique[7]. Il est celui qui doit être considéré comme le principal auteur des bâtiments tels qu'ils se présentent aujourd'hui et grâce à qui le projet fut mené à bien. Ce n'est pas de gaîté de coeur qu'il s'engagea dans ce projet, presque contraint par le pape Paul III, contrarié àla fois par la mort du candidat qu'il avait choisi, Giulio Romano, et par le refus de Sansovino de quitter Venise. Michel-Ange a d'ailleurs écrit : Je n'entreprends cette tâche que pour l'amour de Dieu et en l'honneur de l'Apôtre. Et il exigea carte blanche pour achever le projet par tous moyens qu'il jugerait utiles[6].

Michel-Ange reprit le chantier de construction au moment où quatre énormes piliers, surpassant par leur taille tous ceux bâtis depuis la Rome ancienne, s'élevaient derrière la nef restante de la vieille basilique. Il hérita également des nombreux projets conçus par quelques-uns des plus brillants architectes et ingénieurs du XVIe siècle. Certains éléments étaient communs à tous ces projets : le dôme devait rivaliser en grâce avec celui conçu par Filippo Brunelleschi un siècle plus tôt pour la cathédrale Santa Maria del Fiore, qui dominait la Florence de la Renaissance, et le plan devait adopter une forme fortement symétrique, celle de la croix grecque, à l'exemple de la Basilique Saint-Marc à Venise, ou bien de la croix latine, avec des transepts et un chœur de forme identique, à l'exemple de la cathédrale de Florence.

Même si le travail avait peu progressé depuis quarante ans, Michel-Ange ne rejeta pas les idées des architectes précédents, mais s'attacha plutôt à les inclure dans le développement d'une vision globale du projet. Avant tout, Michel-Ange reconnut la qualité essentielle du dessin original de Bramante. Il abandonna cependant le plan en croix grecque[8].

La basilique telle qu'on peut la voir aujourd'hui a été prolongée par une nef conçue plus tard par Carlo Maderno. C'est le chœur, dominé par l'immense dôme, qui est proprement l'œuvre de Michel-Ange. À cause de son emplacement à l'intérieur de la cité du Vatican et parce que la perspective de la nef et de la façade cache le dôme depuis la place Saint-Pierre, le travail de Michel-Ange est mieux apprécié à une certaine distance. Il est toutefois évident est que l'architecte a beaucoup réduit les formes géométriques du plan de Bramante, clairement inscrites dans un plan carré, et aussi celles dessinées par Raphaël, sur plan carré à projections semi-circulaires[9].

Michel-Ange a estompé la disposition géométrique d'origine en établissant une maçonnerie externe massive et en comblant les angles par des sacristies ou des cages d'escaliers. L'effet créé donne l'impression d'une surface de mur continue, seulement fractionnée de saillies et de décrochements, mais les angles droits qui définissent habituellement le changement de direction aux coins d'un bâtiment ont bel et bien disparu. Cet agencement extérieur est ponctué de pilastres corinthiens. Au-dessus d'eux, l'énorme corniche se déroule en une bande continue qui comprime l'ensemble du bâtiment[10].

Le dôme et ses plans successifs

Les énormes piliers qui soutiennent le dôme, vus de la coupole

La coupole s'élève à une hauteur totale de 136,57 m, depuis le sol de la basilique jusqu'au sommet de la croix qui la surmonte. C'est le plus haut dôme du monde. Son diamètre intérieur est de 41,47 mètres, donc légèrement inférieur à celui du Panthéon de Rome ou de la cathédrale Santa Maria del Fiore de Florence. Ce diamètre est cependant supérieur à celui de la coupole de la basilique byzantine de Sainte-Sophie à Constantinople, édifiée en 537. Les architectes successifs de la basilique se sont largement inspirés des coupoles préexistantes de la cathédrale de Florence et du Panthéon pour définir les plans du dôme, qui était déjà annoncé pour être le plus grand de la Chrétienté et du monde.

La coupole du Panthéon, avec ses 43,3 mètres de diamètre (la plus grande coupole du monde jusqu'au XIXe siècle), est soutenue par un mur circulaire sans autre ouverture qu'une simple porte. Le diamètre est égal à la hauteur. Au sommet, un oculus répand la lumière vers l'intérieur.

Bramante et Sangallo

Projet du dôme de Bramante, profil et coupe

Le plan de Bramante pour la coupole de Saint-Pierre suit de près celui du Panthéon. Elle était conçue pour être construite, comme lui, en béton de tuf, dont Bramante avait retrouvé une formule. À l'exception de la lanterne, le dôme de Saint-Pierre était en coupe assez semblable à son modèle, à ceci près qu'à Saint-Pierre, le mur de soutien devait céder la place à un tambour reposant sur quatre piliers massifs.

Concernant la cathédrale de Florence, de nombreux architectes avaient déjà pensé à un dôme surélevé avant que Brunelleschi ne rende sa construction réalisable[11]. La coupole de Florence, à double coque, fut élevée sans l'aide de cintres, grâce à la technique des briques montées en spirale, inspirée de l'architecture byzantine. Alors que son aspect, à l'exception des détails de la lanterne, est entièrement gothique, son ingénierie était extrêmement innovante, produit d'un esprit qui avait étudié en détail les voûtes et coupoles subsistant de la Rome antique[2].

La coupole de Sangallo s'inspirait à son tour tout autant de celle du Panthéon que de celle de Florence, mais à Rome, la forme assez délicate de la lanterne, imitant celle de Florence, devait toutefois se commuer en une structure beaucoup plus massive.[12].

Michel-Ange et Giacomo della Porta

Vue de la basilique Saint Pierre et de son immense dôme du Château Saint-Ange

Michel-Ange reprend la conception du dôme, en tenant compte de tout ce qui avait été fait auparavant. Son dôme, comme celui de Florence, est constitué de deux coques, l'extérieure en pierre comportant 16 côtes, deux fois plus qu'à Florence, mais moins que dans le projet de Sangallo. Comme dans les plans de Bramante et Sangallo, le dôme est élevé sur un tambour supporté par des piliers. Le péristyle de Bramante et l'arcade de Sangallo sont ramenés à 16 paires de colonnes corinthiennes, chacune de 15 mètres de haut. Visuellement, elles semblent supporter chacune des côtes du dôme, mais structurellement elles sont probablement tout à fait surabondantes. La raison en est que le dôme est de forme ovoïde, montant abruptement, à l'imitation de la coupole florentine, et exerçant donc moins de poussée vers le sol que ne le fait un dôme hémisphérique, comme celui du Panthéon, qui doit être soutenu par un solide mur de soutènement[1],[6].

Le profil ovoïdal du dôme a été le sujet de beaucoup de spéculations et de débats universitaires durant les siècles passés. Michel-Ange mourut en 1564, ayant achevé le tambour du dôme et considérablement renforcé les piliers de Bramante. Après sa mort, le travail fut poursuivi par son assistant Vignola, assisté de Giorgio Vasari, chargé par le pape Pie V de veiller au strict respect des plans de Michel-Ange. En 1585, l'énergique pape Sixte Quint désigna Giacomo della Porta, aidé de Domenico Fontana. Son pontificat de cinq ans devait voir l'avancement rapide de la construction[6].

Michel-Ange a laissé des plans, dont une des premières esquisses du dôme et quelques dessins de détail. On a aussi les gravures très détaillées publiées en 1569 par Étienne Dupérac, qui les présentait comme le dernier jet voulu par le maître. Michel-Ange, comme Sangallo, a laissé un grand modèle en bois. Giacomo della Porta a modifié par la suite ce modèle, conformément aux changements qu'il a effectués dans l'architecture de la basilique. Ces changements ne dénaturaient pas, pour la plupart, l'œuvre originale et consistaient en de petites améliorations, comme l'ajout d'impostes de lions sur le tambour en l'honneur de pape Sixte Quint et celui d'un bandeau de pinacles autour de la flèche au sommet de la lanterne, ainsi que le proposait Sangallo. Le seul changement important apporté au modèle par della Porta, - à moins qu'il ne l'ait été par Michel-Ange lui-même juste avant sa mort, - fut la décision d'élever la coque extérieure du dôme extérieur plus en hauteur[6].

Achèvement du dôme

Le dôme achevé par Fontana et della Porta

Giacomo della Porta et Domenico Fontana achevèrent la construction du dôme en 1590, dernière année du pontificat de Sixte V. Le pontificat de son successeur, Grégoire XIV, vit la réalisation de la lanterne par Fontana et la gravure de l'inscription en l'honneur de Sixte Quint. Le pape suivant, Clément VIII, fit mettre en place la croix, événement qui prit toute une journée durant laquelle sonnèrent les cloches de toutes les églises de la ville. Les bras de la croix renferment deux coffrets de plomb, l'un contenant un fragment de la Vraie Croix et une relique de saint André, l'autre contenant des médaillons de l'Agneau Saint.

Au milieu du XVIIIe siècle, quatre chaînes de fer furent installées entre les deux coques, pour maintenir la cohésion du dôme dans lequel des fissures étaient apparues.

Sur le pourtour interne du dôme est écrit, en lettres de 2 mètres de haut :

TV ES PETRVS ET SVPER HANC PETRAM AEDIFICABO ECCLESIAM MEAM. TIBI DABO CLAVES REGNI CAELORVM
(Tu es Pierre et sur cette pierre je construirai mon Église. Je vous donnerai les clés du royaume des cieux." ) (Mt 16,18-19)

Sous la lanterne est l'inscription :

S. PETRI GLORIAE SIXTVS PP. V. A. M. D. XC. PONTIF. V.
(À la gloire de saint Pierre, Sixte V, pape, en 1590, cinquième année de son pontificat.)

La basilique a célébré son 500e anniversaire en avril 2006.

Changement de plan et achèvement de la basilique par Maderno

Plan de Carlo Maderno

Sous le pape Paul V, le 18 février 1606, premier jour du Carême, fut achevée la démolition de la partie restante de la basilique constantinienne. Les croix de marbre fixées à la partie supérieure du fronton par le pape Sylvestre et l'empereur Constantin furent abattues. Les poutres furent récupérées pour la construction du toit du Palais Borghese, et deux colonnes de marbre noir, les plus grandes connues de cette nature, furent soigneusement mises de côté pour être plus tard réutilisées dans le narthex. Les tombeaux de plusieurs papes furent ouverts, et les trésors qu'ils contenaient retirés avant leur réinhumation dans la nouvelle basilique[6].

Le pape nomma Carlo Maderno en 1602. Maderno était un neveu de Domenico Fontana, qui s'était montré lui-même comme un architecte dynamique. L'idée de Maderno était d'entourer de chapelles le bâtiment de Michel-Ange, mais le pape hésitait à s'écarter du plan du maître, même si celui-ci était mort depuis quarante ans. Pour la Fabbrica ou Comité de la construction, qui regroupait des experts de diverses nationalités, généralement méprisés par la Curie, qui voyait la basilique comme appartenant à Rome plutôt qu'à la chrétienté, c'était un dilemme de décider de la façon dont on devait continuer la construction. L'un des facteurs qui influençait leur pensée était le courant de la Contre-Réforme, qui de plus en plus associait le plan en croix grecque avec le paganisme et voyait dans la croix latine le véritable symbole du christianisme[6].

Ce qui influait aussi sur la pensée à la fois de la Fabbrica et de la Curie, c'était un sentiment de culpabilité à la suite de la démolition de l'ancien bâtiment. Le terrain sur lequel lui-même et ses différentes chapelles, vestries et sacristies avait résisté si longtemps était sanctifié. La seule solution était de construire une nef qui engloberait tout l'ancien espace. En 1607, un comité de dix architectes fut convié, et il fut décidé de prolonger le bâtiment de Michel-Ange par une nef. Les plans de Maderno, à la fois pour la nef et la façade, furent acceptés. La construction commença le 7 mai 1607, avec une armée de 700 travailleurs. La construction de la façade commença l'année suivante et, en décembre 1614, la touche finale fut ajoutée par la décoration en stuc de la voûte, puis, au début de 1615, le mur de séparation entre les deux tranches de travaux fut mis à bas. Les gravats furent évacués juste à temps pour le dimanche des Rameaux[6].

Architecture de la basilique

Le plan de Saint-Pierre est une croix latine à trois nefs. Lors de la rénovation les plans furent sans cesse remis en question pendant près de 200 ans. C'est dans la nef centrale que s'est tenu le concile Vatican II de 1962 à 1965. Dans les piliers de la nef centrale, du transept et de l'abside sont creusées 39 niches, chacune contenant une statue de saint. La voûte est décorée des paroles (en grec ancien et en latin) que le Christ aurait adressé à saint Pierre et qui, selon les catholiques, fondent le pouvoir pontifical : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux » (Mt 16:18).

Façade

Façade de la basilique, masquant le dôme

L'immense façade conçue par Maderno s'étend sur une longueur de 144 m sur 45 m de hauteur. Elle a été réalisée en travertin, avec des colonnes corinthiennes géantes et un fronton central qui émerge d'un attique surmonté de statues du Christ, de Jean-Baptiste et de onze des apôtres.

L'inscription dit :

IN HONOREM PRINCIPIS APOST PAVLVS V BVRGHESIVS ROMANVS PONT MAX AN MDCXII PONT VII
En l'honneur du Prince des Apôtres, Paul V Borghese, grand pontife romain, l'an 1612, 5e année de son pontificat.

Cette façade est souvent citée comme la partie architecturale la moins satisfaisante de toute la basilique, construite en toute hâte, entre la contrainte de ne pas revenir sur l'oeuvre de Michel-Ange et la volonté d'ajouter de hautes tours aux deux extrémités. Ces tours ne furent jamais exécutées, mais il en est résulté un alourdissement considérable des ailes et une augmentation de la hauteur de l'ensemble au niveau de l'attique, qui masque la vue du dôme depuis la place Saint-Pierre[6].

Le narthex et les portails

Narthex, portails

Derrière la façade de Saint-Pierre s'étend un long portique ou "narthex" qui rappelle ceux des grandes églises romanes ou byzantines et dont Maderno fut le plus satisfait. La longue voûte décorée de stucs et de dorures reçoit la lumière de petites fenêtres situées entre les pendentifs, tandis que le sol de marbre reflète la lumière de la place. Elle est fermée à chaque extrémité par des espaces théâtraux encadrés de colonnes ioniques montrant les statues équestres de Constantin par le Bernin (1670) au nord et de Charlemagne par Cornacchini (XVIIIe siècle) au sud.

Cinq portails, dont trois sont encadrés de colonnes antiques, donnent accès à la basilique. Le portail central a des vantaux de bronze créés par Antonio Averulino par l'élargissement des panneaux de la porte principale de l'ancienne basilique constantinienne.

Nef

Nef de la basilique : le plan apparaît légérement désaxé.

Maderno ajouta au plan en croix grecque de ses prédécesseurs une nef à trois baies, de dimensions différentes de celles déjà réalisées par Michel-Ange. Il désaxa légérement cette nef de l'ensemble du choeur, non par accident ou erreur de calcul, comme l'ont suggéré ses détracteurs, mais semble-t-il afin d'aligner rigoureusement l'ensemble avec l'obélisque de Caligula réérigé devant la basilique par Domenico Fontana, quelques années plus tôt, en 1586[6].

La nef repose sur d'énormes pilastres jumelés, conformément au projet de Michel-Ange. Le visiteur est tellement stupéfait des dimensions intérieures qu'elles l'empêchent de se faire une idée juste des proportions du bâtiment[6]. Les quatre anges qui survolent les premiers piliers de la nef, portant l'eau bénite, semblent de taille tout à fait normale, jusqu'à ce qu'on s'en approche. Il devient alors évident que chacun mesure plus de deux mètres de haut. Les déambulatoires comportent chacun deux petites chapelles et une plus grande rectangulaire, la chapelle du Sacrement, et la chapelle du Chœur. Elles sont richement décorées de marbres, de stucs, de dorures, de sculptures et de mosaïques. Étonnamment, il y a très peu de peintures, mais certains tableaux, comme la Madonne peinte par Raphaël pour la Chapelle Sixtine, ont été reproduits ici en mosaïque. La peinture la plus précieuse est une petite icône de la Vierge, provenant de l'ancienne basilique[6].

Ajouts du Bernin

Baldaquin

Le baldaquin du Bernin

Le premier travail du Bernin à Saint-Pierre fut la réalisation de l'immense baldaquin qui surmonte le maître-autel, pièce de bronze de 30 m de haut, donnée pour la plus grande structure de bronze au monde. Le baldaquin est inspiré des ciboires présents dans de nombreuses églises de Rome, visant à créer un espace sacré au-dessus et autour de l'autel, lieu où s'opère le mystère de l'Eucharistie. Ces ciboires (ou ciboriums) sont généralement faits de marbre blanc incrusté de pierres de différentes couleurs. Le Bernin a conçu quelque chose de complètement différent, qui s'inspire à la fois du baldaquin ou canopée des processions papales et des colonnes qui formaient une sorte d'écran dans l'ancienne basilique. La torsion donnée immenses colonnes de bronze est réputée rappeler la forme même de la colonne où Jésus fut lié avant d'être crucifié. Les quatre colonnes sont décorées de feuillages d'oliviers et d'abeilles, emblème du pape Urbain VIII.

Le baldaquin est surmonté non pas d'un fronton architectural, comme dans la plupart de ces structures, mais de pièces courbes soutenant un dais retombant à la manière des brocarts qui surmontent souvent les canopées des dais portant les icônes et images saintes lors des processions. Dans le cas présent, le drapé de la Canopée est en bronze, et tous les détails, y compris les rameaux d'olivier, les abeilles, et les portraits de la nièce du pape Urbain et de son fils nouveau-né, sont relevés à la feuille d'or.

Le baldaquin est un vaste objet sculptural qui se dresse au centre de la basilique, encadré par le plus grand espace de tout le bâtiment. Il est si important qu'il parvient à créer l'effet visuel d'un lien entre l'immense coupole qui semble flotter au-dessus de lui, et l'assemblée des fidèles au niveau du sol. Le regard peut le traverser de toutes les directions, et il est visuellement lié à la Cathedra Petri de l'abside, autant qu'aux quatre piliers et aux statues gigantesques qu'ils abritent à chaque diagonale[6], [3].

Niches des piliers centraux

Dans le cadre de l'aménagement de l'espace central de l'église, le Bernin creusa, dans les énormes piliers commencés par Bramante et achevés par Michel-Ange, d'immenses niches, comprenant des escaliers et des balcons. Il y eut beaucoup d'inquiétude de la part de ceux qui pensaient que le dôme pourrait s'écrouler, mais cela ne s'est pas produit. Au-dessus des balcons, le Bernin créa des espaces encadrés des huit colonnes torsadées de l'ancienne basilique, pour l'exposition les quatre plus précieuses reliques de la basilique : la lance de Longinus, qui aurait percé le flanc du Christ, le voile de Véronique, à l'image miraculeuse du visage du Christ, un fragment de la Vraie Croix à Jérusalem, découverte par Hélène, mère de Constantin, et une relique de saint André, frère de saint Pierre. Chacune des niches contient une énorme statue associée de la sainte relique placée au-dessus d'elle. Seule la statue de saint Longin est l'oeuvre du Bernin[6].

Trône de saint Pierre et chapelle du Saint-Sacrement

Place Saint-Pierre

L'arrangement actuel de la place Saint-Pierre, dû à l'inspiration baroque du Bernin, a vu sa réalisation entre 1656 et 1667, à l'est de la basilique, dans l'axe qu'elle forme avec l'obélisque de Caligula réérigé en 1586 par Domenico Fontana[6]. Préexistait aussi la fontaine monumentale aménagée par Maderno en 1613, qui déterminait avec l'obélisque un second axe, parallèle à la façade de la basilique. Le Bernin a donc dessiné autour de ces deux axes une place aussi grande que possible, destinée à accueillir et rassembler les fidèles vers le centre de la chrétienté. Un plan rectangulaire eût entraîné la démolition d'un trop grand nombre de bâtiments du Vatican, et un plan en trapèze aurait eu l'inconvénient de souligner encore la largeur de la façade de la basilique, déjà perçue à cette époque comme une faute de conception.

Cela conduisit l'architecte à concevoir une place composée de deux sections : l'une en trapèze inversé s'élargissant vers la basilique, visant à en rétrécir visuellement la largeur jugée excessive, l'autre en forme de cirque elliptique organisé autour de l'obélisque, l'unité de l'ensemble étant assurée par la continuité des portiques à colonnes toscanes disposés en deux branches ouvertes à l'orient. Pour achever cet ensemble, le Bernin ajouta en 1675 une seconde fontaine, symétrique à celle de Maderno.

Place et basilique Saint-Pierre, 1909

Trésors artistiques

La basilique abrite également un grand nombre de trésors artistiques, parmi lesquels la Pietà de Michel-Ange, le baldaquin du maitre-autel (commandé en 1624 par Urbain VIII au Bernin il a été coulé avec le bronze ornant initialement le fronton du Panthéon, sa hauteur est de 29 mètres) et le tombeau d'Alexandre VII par Gian Lorenzo Bernini, le tombeau d'Innocent VIII d'Antoine del Pollaiolo ou encore la statue de saint Pierre d'Arnolfo di Cambio.

Tombeaux et reliques

Oeuvres d'art

Façade, portails

Nef

Aile nord

Aile sud

Archéologie et découvertes récentes

Tombeau de saint Pierre

Relique de Pierre dans la basilique Saint-Pierre de Rome
Article détaillé : Pierre (apôtre).

Les fouilles archéologiques dans les Grottes du Vatican situées sous la basilique Saint-Pierre, entreprises à l'initiative du pape Pie XII, ont consolidé la tradition de la présence de la tombe de l'apôtre à cet endroit : sous les autels superposés de Clément VIII, Calixte II et Grégoire le Grand, un modeste monument du IIe siècle, inséré dans les vestiges de la première basilique édifiée par l'empereur Constantin au IVe siècle, a été retrouvé sur l'emplacement d'une tombe datée du premier siècle. Sur l'un des murs, on a pu lire le nom de Pierre griffonné en caractères grecs (ce qui prouve l'ancienneté de l'inscription) et, dans une cavité creusée dans un autre mur, on a recueilli des reliques, peut-être celles du prince des apôtres.

Découverte d'une esquisse de Michel-Ange

Un fragment d'un dessin à la craie rouge d'une section de la coupole de Saint-Pierre, de la main de Michel-Ange presque certainement, a été découvert le 7 décembre 2007 dans les archives du Vatican[13]. Le dessin montre une petite section, esquissée avec précision, du plan de l'entablement qui surmonte deux colonnes radiales du tambour de la coupole. On sait que Michel-Ange a détruit des milliers de ses dessins, avant sa mort[14]. La survie de cette esquisse est probablement due à son état fragmentaire et au fait que des calculs mathématiques détaillés ont été effectués dans la partie supérieure du dessin[13].

Archiprêtres

Comme pour les trois autres basiliques majeures, la fonction d'archiprêtre de Saint-Pierre est assurée par un cardinal.

Liste depuis 1896 :

Images

Notes et références

  1. a , b  et c (en) Banister Fletcher, The History of Architecture on the Comparative Method
  2. a  et b (en) Frederick Hartt, A History of Italian Renaissance Ar
  3. a  et b Bramante's plan, Modèle:Harvnb
  4. Raphael's plan, Modèle:Harvnb
  5. Peruzzi's plan, Modèle:Harvnb
  6. a , b , c , d , e , f , g , h , i , j , k , l , m , n  et o Modèle:Harvnb
  7. Modèle:Harvnb
  8. Helen Gardner, Art through the Ages (en)
  9. Michelangelo's plan, Helen Gardner p.478 (en)
  10. Eneide Mignacca, Michelangelo and the architecture of St. Peter's Basilica, lecture, Sydney University, (1982) (en)
  11. On peut voir une représentation d'un dôme pointu dans les fresques de Santa Maria Novella, cent ans avant la construction de celui de Florence
  12. (en) Sangallo's plan, Banister Fletcher p. 722
  13. a  et b Michelangelo 'last sketch' found, BBC News, 7/12/2007
  14. Rare Michelangelo sketch for sale, BBC, 14/10/2005

Voir aussi

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Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

  • Guide des musées et de la Cité du Vatican, publications du Vatican, 1986
  • Andrea Bacchi et Stefano Tumidei - Bernin, La Sculpture à Saint-Pierre, (Actes Sud / Motta), 1998, ISBN 2-7427-1913-X
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