Basilique de la Résurrection

Église du Saint-Sépulcre (Jérusalem)

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Entrée principale de l'église du Saint-Sépulcre.
Le Saint-Sépulcre vers 1910.

L'Église du Saint-Sépulcre, également appelée Basilique de la Résurrection (en grec : Ναός της Αναστάσεως, Naos tis Anastaseos ; en géorgien : Agdgomis Tadzari ; en arabe : كنيسة القيامة, Kanīsat al-Qiyāma ; en arménien : Սուրբ Հարություն , Surp Harutyun) par les Chrétiens d'Orient, est une église chrétienne située dans la Vieille ville de Jérusalem. Ce lieu est considéré comme un lieu très saint pour une grande partie des chrétiens qui y vont nombreux en pèlerinage. Il s’agit d'un sanctuaire englobant le lieu de la crucifixion (Golgotha) ainsi que la grotte où le corps du Christ fut déposé après sa mort (Le Saint-Sépulcre ou tombeau de Jésus). Par inférence c'est là qu'aurait eut lieu la résurrection (Anastasis, en grec « Résurrection »). L'église est devenue un important lieu de pèlerinage à partir du IVe siècle.

Sommaire

Histoire

Église constantinienne

L'église du Saint-Sépulcre, Vue en coupe sur la Rotonde
Plan du site au IVe siècle
Le Saint-Sépulcre sur lequel flotte le drapeau de l'Angleterre (Croix de saint Georges), et le minaret à gauche de la Mosquée d'Omar.

Eusèbe de Césarée décrit dans sa Vie de Constantin (Vita Constantini) comment le site du Saint Sépulcre, devenu un lieu de dévotion pour la communauté chrétienne à Jérusalem, fut recouvert par la suite de terre sur laquelle on édifia un temple païen dédié à Vénus. Bien qu'Eusèbe de Césarée n’en dise pas beaucoup, il se peut qu’il s’agisse d’une partie de la Jérusalem reconstruite par Hadrien en 135 et rebaptisée Ælia Capitolina, après la répression de la Révolte juive de 70 et la Révolte de Bar Kokhba de 132-135.

L'empereur Constantin ordonna vers 325/326 que le site antique soit découvert et demanda à Macaire de Jérusalem de construire une église à l’endroit même où fut crucifié et enterré le Christ.

Les pèlerins de Bordeaux (Itinerarium Burdigalense) rapportèrent les faits suivants en 333 : « Là, à présent, sur l’ordre de l'empereur Constantin, a été construit une basilique, c'est-à-dire une église de beauté merveilleuse, ayant à ses côtés des réservoirs d’où l’on tire de l’eau et un bassin à l’arrière, où les petits enfants sont baptisés »[1].

Socrate le Scolastique (né vers 380), dans son « Histoire Ecclésiastique », donne une description précise de la découverte (reprise plus tard par Sozomène et par Théodoret). Il souligne le rôle important qu’ont joué les fouilles et la construction menées par la mère de Constantin, Sainte-Hélène, à qui est aussi créditée la redécouverte de la Vraie Croix.

Constantin donna à Hélène la tâche de construire des églises sur les différents sites qui commémoraient la vie de Jésus-Christ : l'Église du Saint Sépulcre commémore la fin de la vie de Jésus, la Basilique de L'Éléona sur le mont des Oliviers est l'endroit même où Jésus serait monté au ciel, l'Église de la Nativité à Bethléem en commémore le début. Elle fit aussi construire une église à l'entrée d'Hébron.

L'Édicule du Saint-Sépulcre (tombeau du christ) avec au-dessus le dôme de la rotonde visible.

L'église de Constantin fut construite à proximité du lieu de la Crucifixion et reliait trois églises érigées sur les trois différents sites saints, incluant :

  • une grande basilique (le Martyrium visité par la religieuse Égérie vers 380),
  • un atrium fermé par des colonnes (un triportique) et construit autour du traditionnel rocher du calvaire
  • une rotonde, appelée Anastasis (« la Résurrection »), dans laquelle se trouvait une grotte identifiée par Hélène et Macaire de Jérusalem comme étant le lieu de sépulture de Jésus.

Après avoir arasé la dénivélation rocheuse dans laquelle la grotte sépulcrale se trouvait, le Tombeau mis ainsi à découvert, fut abrité au centre de la rotonde par une structure appelée Kouvouklion (en grec : chambrette) ou Édicule (ædiculum en latin, petit bâtiment). Le dôme de la rotonde fut construit vers la fin du IVe siècle.

Depuis, le pèlerinage vers le symbole le plus éminent de la chrétienté se développa : les itinéraires vers la Terre Sainte constituèrent alors le pèlerinage auquel les occidentaux attachèrent le plus d'importance.

La durée d'un pèlerinage à Jérusalem pouvait durer de quelques mois à quelques années, et les innombrables dangers faisait qu'un pèlerin sur deux n'en revenait pas.

L'église du Saint Sépulcre au Moyen Âge

Plan de l'église du Saint-Sépulcre tel qu'il existait au moment de l'arrivée des croisés. En examinant ce plan de A en B, il y a des traces de l'abside constantinienne, seuls restes de cette construction primitive. Ce mur absidal est pris aux dépens du rocher, le terrain ayant été déblayé pour faire ressortir le bloc de pierre renfermant le tombeau de Jésus-Christ, en E. Après la destruction de la basilique de Constantin, sous Chosroès II, Modeste s'était contenté de circonscrire l'édifice, en fermant toute la partie antérieure de G en H, de manière à composer une rotonde. Les chapelles I, K, L, M, furent ajoutées plus tard. Sur le Golgotha, en O, avait été élevée une nouvelle chapelle, puis en P une petite basilique à côté de la piscine S, où le bois de la croix avait été trouvé. La partie R était un des restes de la basilique de Constantin.

La splendeur des édifices constantiniens sur le terrain du jardin du Golgotha dura de 335 à 614.

L’édifice fut touché par un incendie en 614 lorsque les troupes Perses de Khosro II, conduites par le Général Romizane (surnommé Schahr-Barâz, le sanglier royal), envahirent Jérusalem et s’emparèrent de la Vraie Croix.

Le patriarche d'Alexandrie Eutychès écrit dans ses annales : « L'empereur Chosroes II envoya son général Schahrbaraz…Il détruit les églises de Constantin, celle du Calvaire et celle du Saint Sépulcre et il détruisit une grande partie de la ville. »

En 630, l'Empereur Héraclius, ayant vaincu les Perses, marcha triomphalement dans Jérusalem et restitua la Vraie Croix à l'église rebâtie du Saint Sépulcre.

La première construction put être réparée parce que les édifices, tout en étant gravement endommagés, étaient cependant restés debout.

Le patriarche Modeste réutilisa les matériaux de l’église pour construire un monument moins imposant.

Parmi les nouveautés de la restauration de Modeste il convient d'indiquer la couverture du Calvaire par une voûte à croisillons.

Le pèlerin chrétien Arculfe à réalisé des schémas à partir de tablettes de cire. Grâce à son travail, on a une description de l’édifice de 680 et un plan [2].

Sous la dynastie abbasside

En 638 l'arrivée des conquérants arabes n'entraîna pas de modifications particulières dans le sanctuaire.

Sous la domination musulmane elle resta une église chrétienne. Les premières lois Musulmanes protégeaient les différents sites chrétiens de la ville et en particulier le Saint Sépulcre. Elles interdisaient notamment leur destruction et leur utilisation comme lieu d’habitation.

Voici comment Eutychius, patriarche d'Alexandrie, décrit les événements relatifs à la conquête arabe : « Omar ibn al-Khattab et ses généraux partirent de la Syrie vers Jérusalem pour assiéger la Ville. Le Patriarche de Jerusalem Sophronius se rendit auprès d'Omar ibn al-Khattab, lequel accorda sa protection aux habitants de la Ville au terme d'une lettre remise à ce patriarche. Omar ibn al-Khattab garantit la sauvegarde des sites chrétiens et donna ordre à ses hommes de ne pas détruire ces sites ni de les utiliser comme habitations. »

Le récit d'Eutychius rapporte qu'Omar ibn al-Khattab visita l'église de la Résurrection et s'arrêta pour s'asseoir sous son porche; mais, au moment de la prière, il s'éloigna de l'église et fit sa prière en dehors. Il craignait que les générations futures interprètent et prennent comme prétexte ce geste pour transformer l'église en mosquée. Eutychius ajouta que Omar ibn al-Khattab avait écrit un décret interdisant aux musulmans de se réunir en ce lieu pour y prier.

La seconde église fut détruite par un tremblement de terre en 746.

Au début du IXe siècle un violent séisme abîma la coupole de l'Anastasis. Les dommages furent restaurés en 810 par le Patriarche Thomas.

En 841, l'église subit un incendie.

En 935 les chrétiens réussirent à éviter qu'une mosquée ne soit construite en un lieu juxtaposé à la Basilique.

En 938 Nouvel incendie. Le feu s'engouffra dans la Basilique, dans l'aprotique et même dans l'Anastasis.

En 966, en raison d'une défaite des armées musulmanes en Syrie une émeute éclata et fut suivie de représailles. La Basilique fut encore une fois incendiée. Les portes et le toit brûlèrent, le patriarche fut assassiné. Mais tous ces désastres abîmèrent surtout les structures en bois. Les dommages purent être réparés au prix de grands sacrifices de la part de la communauté chrétienne, plongeant cette dernière dans le dénuement.

Sous la dynastie fatimide

Lorsque les califes égyptiens Fatimides prirent Jérusalem en 969, la situation des chrétiens devint plus précaire.

Au début du règne de la dynastie fatimide, notamment sous le règne du calife Al-Aziz, on leur donne encore une assez grande liberté.

Mais le 18 octobre 1009, le bâtiment originel du Saint-Sépulcre fut complètement détruit par le calife Fatimide et chiite Al-Hakim bi-Amr Allah.

L'Édicule, les murs est et ouest ainsi que le toit du tombeau abrité et taillé dans la roche furent détruits ou détériorés (les versions contemporaines varient), mais les murs nord et sud furent heureusement protégés grâce aux débris occasionnés par l’ampleur des dommages.

L'historien arabe Yahia Ibn Sa'id décrit cet événement ainsi :

« Ils s'emparèrent de tous les meubles qui se trouvaient dans l'église et les détruisirent complètement; ils ne laissèrent que ce dont la destruction était très difficile. Ils détruisirent aussi le Calvaire et l'église de Saint Constantin et tout ce qui se trouvait à proximité, et ils tentèrent d'éliminer les vestiges sacrés. Cette destruction commença le Mardi cinquième jour avant la fin du mois de Saffar (15 août 1009). »

Appelé aussi le « calife fou », Al-Hakim bi-Amr Allah, persécuta les chrétiens et durant plus de onze années proscrit les pèlerinages ; il fut interdit aux chrétiens de prier dans les ruines. P.J. Vatikiotis explique que cette attitude hostile prise par al-Hâakim pouvait être expliquée par le contexte historique où la vie économique et sociale s’était détériorée (notamment la période critique de 999 à 1005 où une grande famine sévissait). Au milieu de cette situation préoccupante, plusieurs membres de la population étaient extrêmement perturbés par la prospérité croissante des Ahl al-Kitâb (Juifs et Chrétiens) et leur puissance démesurée dans l'État".

La destruction du Saint-Sépulcre provoqua de vives réactions, souvent irrationnelles en Europe. Par exemple, le moine de l'Abbaye de Cluny, Raoul Glaber, accusa les Juifs d’être la cause de ces malheurs. Il en résultat que les Juifs furent chassés de Limoges et de nombreuses autres villes françaises. Finalement, cette destruction est une des causes qui explique les croisades à venir et notamment celle dont se sert le pape Urbain II en 1095 pour appeler les chrétiens à libérer le Saint-Sépulcre.

Ce ne fut seulement que plusieurs années après que les chrétiens eurent la permission de reconstruire le sanctuaire. Ce fut le résultat d'un traité de paix entre l'empereur byzantin Jean Argyropoulos et le successeur de al-Hakim. Après la mort d'Al-Hakim, les pèlerinages reprirent. On reconstruisit le Saint-Sépulcre et nombre d’églises. Des groupes de pèlerins venaient régulièrement d’Europe. La reconstruction a sans doute eu lieu entre 1030 et 1048. Les travaux commencèrent sous le règne de l'empereur Constantin IX.

Une série de petites chapelles fut érigée sur le site en 1048, mais suivant des conditions strictes imposées par le califat.

Les architectes de l'Empire, dès leur arrivée à Jérusalem, déterminèrent l'impossibilité de restaurer tout ce qui fut construit par Constantin.

Les architectes byzantins sauvèrent la rotonde au-dessus du Sépulcre mais ils ne reconstruisirent pas l’immense basilique de Constantin le Grand, qui allait du Calvaire à la grande rue du marché. Ils décidèrent de conserver seulement l'Anastasis, en lui adjoignant une grande abside à l'Est et plusieurs chapelles sur le terrain de la place du jardin et au lieu du Martyrium. Une galerie supérieure fut ajoutée dans la rotonde. Les travaux furent achevés entre 1042 et 1048. Au cours de cette reconstruction le Porche oriental, le Martyrium et le Portique du jardin disparurent.

L’emplacement resta un champ de ruines jusqu’à l’arrivée des Croisés.

Malgré ces changements, la nouvelle architecture présentait un style artistique de grande qualité. Des mosaïques recouvraient les parois et la coupole. L'Abbé russe Daniel, qui visita Jérusalem à cette époque, en donna une description :

« L'église de la Résurrection est de forme ronde et appuyée sur douze colonnes monolithes et six pilastres. Le pavement est fait de très belles dalles de marbre. Elle a six portes et des tribunes dotées de douze colonnes représentant les saints Prophètes; de belles mosaïques sont sous le plafond et sur les tribunes. » L'autel est surmonté d'une Icône du Christ. Au-dessus de l'autel majeur, on remarque une mosaïque représentant l'exhaltation d'Adam. L'Ascension du Christ est représenté dans l'abside. L'Annonciation sur les deux pilastres voisins de l'autel. La coupole de l'église n'est pas clôturée par une voûte en pierre, mais par des poutres de bois, entrelacées entre elles. L'église a une ouverture à son sommet. Le Saint Sépulcre est placé sous cette coupole ouverte.

Le voyageur musulman Nasir-I Khusraw décrit aussi le Saint-Sépulcre en 1047 : « L’église actuelle est une très grande construction qui peut contenir 8 000 personnes. L’édifice est très habilement construit de marbres colorés, avec une ornementation et des sculptures. A l’intérieur, l’église est partout ornée de broderie byzantine travaillée avec de l’or et de tableaux. Et ils ont représenté Jésus – que la paix soit avec lui – qui est parfois montré montant un âne. Il existe aussi des tableaux représentant d’autres prophètes, Abraham, par exemple, et Ismaël et Isaac, et Jacob avec son fils – que la paix soit avec eux tous... Dans l’église on trouve une peinture divisée en deux parties représentant le Ciel et l’Enfer. Une partie montre les sauvés au Paradis, alors que l’autre décrit les damnés en Enfer, avec tout ce qu’il y a là-bas. Assurément il n’existe pas d’autre lieu au monde avec une peinture semblable. Dans l’église sont assis un grand nombre de prêtres et de moines qui lisent l’Évangile et disent des prières, jour et nuit ils sont occupés de cette façon. »[3]

Durant la période croisée (1099-1187)

La prise de Jérusalem par les croisés le 15 juillet 1099-Emil Signol, XIXe siècle, Chateau de Versailles,
1. Le Saint-Sépulcre
2. Le Dôme du Rocher
3. Les remparts

La Première Croisade était perçue comme un pèlerinage armé car aucun croisé ne pouvait considérer son voyage complet s’il n’avait pas effectué une prière au Saint-Sépulcre. En effet depuis 1090, les Turcs, qui avaient pris possession des lieux, persécutaient les chrétiens et leur en interdisaient l'accès. Pierre l'Ermite témoin d'actes de barbaries et d'atrocités à l'encontre des pélerins chrétiens, revint au pays bien décidé à inviter l'Europe à se « croiser » pour rétablir la paix dans ces lieux saints profanés. En 1096 eut lieu la Croisade des « gueux » qui fut un échec. Il fallut attendre l'arrivée des Croisés Chevaliers qui reprirent le site lors de la Première Croisade le 15 juillet 1099. Ils entreprirent ensuite sa reconstruction.

Voici le récit de la prise de Jérusalem par Raymond d'Aguilers, qui, avec les exagérations d'usage dans une chronique de ce genre, témoigne de l'importance du site pour les croisés : « Après la prise de la ville, il était beau de voir la dévotion des pèlerins devant le Sépulcre du Seigneur et de quelle façon se manifestait leur joie en chantant à Dieu un chant nouveau. Et leur cœur offrait à Dieu vainqueur et triomphant des louanges inexprimables en paroles… »[4].

Tombe de Godefroy de Bouillon dans le Saint-Sépulcre

Le chef des croisés, Godefroy de Bouillon, devint le premier monarque latin de Jérusalem mais décida de ne pas utiliser le titre de « roi » durant sa vie, se déclarant simplement : Advocatus Sancti Sepulchri (« Avoué (Protecteur ou Défenseur) du Saint Sépulcre »). Il prit alors le titre de baron. Il ne voulait pas porter une couronne d’or sur le lieu où le Christ avait porté une couronne d’épines. De plus, les clercs estimaient, que le Lieu saint appartenait à l’Église et qu’ils devaient constituer une sorte de seigneurie ecclésiastique dont les croisés n'étaient que les défenseurs laïques.

En 1100, Albert d'Aix écrivait à propos de Godefroy de Bouillon lors de la prise de Jérusalem en juin 1099 : « Tandis que tout le peuple chrétien […] faisait un affreux ravage des Sarrasins, le duc Godefroy, s'abstenant de tout massacre, […] dépouilla sa cuirasse et, s'enveloppant d'un vêtement de laine, sortit pieds nus hors des murailles et, suivant l'enceinte extérieure de la ville en toute humilité, rentrant ensuite par la porte qui fait face à la montagne des Oliviers, il alla se présenter devant le sépulcre de notre seigneur Jésus-Christ, fils de Dieu vivant, versant des larmes, prononçant des prières, chantant des louanges de Dieu et lui rendant grâces pour avoir été jugé digne de voir ce qu'il avait toujours si ardemment désiré. »

Dès son installation dans Jérusalem, il s'attacha à structurer autour du Tombeau du Christ, une communauté mixte, composée de chanoines séculiers et de chevaliers, des croisés restés en Terre sainte. Ces derniers constituaient un groupe appelé milites sancti Sepulcri (« chevaliers du Saint-Sépulcre »). L'Ordre du Saint-Sépulcre fut ainsi créé. Ces chevaliers avaient pour mission de protéger la sépulture sacrée et ses biens. Parmi les 115 chevaliers, on trouvait un seigneur du nom de Hugues de Payns qui deviendra en 1129 le premier maître d'un nouvel ordre religieux, l'ordre du Temple.

L’Higoumène Daniel visita la ville en 1106 et rapporta la description suivante : « L’église de la Résurrection est de forme circulaire; elle comprend douze colonnes monolithiques et six piliers, et elle est pavée de très belles dalles de marbre. Il existe six entrées et galeries avec soixante colonnes. Sous les plafonds, au-dessus des galeries, les saints prophètes sont représentés en mosaïque comme s’ils étaient vivants ; l’autel est surmonté d’un portrait du Christ en mosaïque. Le dôme de l’église n’est pas fermé par une voûte de pierre, mais il est formé d’une structure de poutres en bois, de façon que l’église soit ouverte dans sa partie supérieure. Le Saint Sépulcre est sous ce dôme ouvert. »[5]

Le chroniqueur Guillaume de Tyr rapporte la reconstruction du Saint-sépulcre (cf. Schéma) au milieu du XIIe siècle. Les croisés rénovèrent l'église suivant le style roman et y ajoutèrent un clocher.

Ils restaurèrent le dôme de l’église byzantine et la crypte Sainte-Hélène. En 1144, la cour intérieure est fondue dans un monument de style roman composé d’une basilique surmontée d’un dôme, entre l’église Sainte-Hélène et la Rotonde. Depuis cette période, l’église du Saint-Sépulcre possède deux dômes, et les cinq sites les plus sacrés du christianisme sont abrités. Le Saint-Sépulcre est reconstruit suivant le plan de la Croix. Le 15 juillet 1149 est consacré le chœur des croisés, qui remplace l'ancienne cour à ciel ouvert reliant la rotonde à l'église de Constantin.

Pour l'inauguration de la nouvelle basilique on grava des inscriptions en lettres d'or sur la porte de bronze. On pouvait y lire : « Ce Lieu saint a été consacré par le sang du Christ, notre propre consécration ne peut donc rien ajouter à sa sainteté. Mais l'édifice élevé autour de ce sanctuaire et au-dessus a été consacré le 15 juillet par le patriarche Foucher dans la quatrième année de son patriarcat et par d'autres prélats et pour le cinquième anniversaire de la prise de la ville qui à cette époque resplendissait autant que l'or très pur. C'était en l'an 1149 de la naissance de Notre Seigneur. » L'inauguration eu ainsi lieu le 15 juillet 1149, date symbolique de la prise de Jérusalem par les croisés 50 ans plus tôt.

Les rénovations unifièrent ainsi les différents lieux saints. Ces dernières furent réalisées durant le règne de la reine Mélisende en 1149.

C’est durant cette période que de nombreuses traditions chrétiennes liées à la vie de Jésus sont instituées, notamment celle de la Via Dolorosa.

Aucune reconstruction majeure n’a été entreprise depuis.

L'église est devenue le siège du premier Patriarche latin et le lieu du scriptorium du royaume.

Sous la période ayyoubide

L'église et le reste de la ville furent perdus pour les Croisés avec Saladin. L’historien Imad al-Din écrit d'ailleurs à ce sujet que les Francs envisagèrent un martyre collectif dans l’église du Saint-Sépulcre.

A partir de ce moment, les Chrétiens se voient interdits de séjour, à l’exception des Chrétiens orientaux, qui sont chargés de l’entretien du Saint-Sépulcre. Néanmoins, un traité établi après la Troisième croisade tolérait la visite du site pour les pèlerins chrétiens.

Alors qu’il était excommunié, l'empereur Frédéric II récupéra la ville et l'église suite à un traité signé au XIIIe siècle. Cette situation eut pour résultat curieux de frapper l’église la plus sainte de la Chrétienté d’interdit.

En 1244, les Turcs Khwarezmiens pillèrent Jérusalem, massacrèrent les Chrétiens et dévastèrent le Saint-Sépulcre.

Époque moderne

Au XVe siècle, durant la période ottomane, les conflits entre musulmans et chrétiens firent leur apparition. Le Saint-Sépulcre fut une fois de plus dévasté.

Malgré l’augmentation constante des pèlerins depuis le Moyen Âge et durant l'époque moderne, à l'instar de Jérusalem, le site n'était plus entretenu et se dégradait. Félix Fabri, un frère dominicain allemand, y fait allusion après avoir effectué deux pèlerinages en Terre Sainte, le premier en 1480 et le second en 1483 : « La ville est dans un grand état de désolation. De nombreux bâtiments sont détruits [...] la malheureuse Jérusalem a souffert, souffre encore et souffrira plus tard de plus de sièges, dégradations, destructions et terreurs qu’aucune autre ville au monde. »[6] Aussi, les moines Franciscains apportèrent des améliorations en rénovant en 1555 le Saint-Sépulcre. On rénova notamment les plaques de marbre recouvrant le Tombeau.

En 1648, le dôme fut restauré. Menacé à nouveau d'effondrement en 1719, il fut consolidé. La mosaïque qui le couvrait fut fragmentée en de petits morceaux qui furent vendus comme souvenirs.

Époque contemporaine

Plan de l'église du Saint-Sépulcre
Édicule abritant la Tombe du Christ à l'intérieur du Saint-Sépulcre

Un incendie détériora à nouveau sérieusement la structure en 1808 et provoqua l’effondrement du dôme qui brisa les décorations extérieures de l'Edicule. La Rotonde et l'extérieur de l'Edicule furent reconstruits entre 1809 et 1810 par l'architecte Komminos de Mytilène suivant un style architectural ottoman baroque.

Le feu n'atteint pas l'intérieur de l'édicule et les décorations en marbre du Tombeau.

Le dôme actuel fut construit entre 1863 et 1868 grâce aux aides financières des gouvernements français, russe et ottoman.

Les rénovations modernes les plus importantes ont commencé en 1959. Des travaux de restauration du dôme ont été effectués entre 1994 et 1997.

Le revêtement de marbre rouge plaqué contre l'édicule par Komminos a mal vieilli et se détache de la structure sous-jacente ; depuis 1947 il est maintenu en place grâce à une structure extérieure métallique installée par les britanniques. Aucun projet n'est envisagé pour sa rénovation.

Statu quo

Depuis la rénovation de 1555, le contrôle de l'église a alterné entre les Franciscains et les Orthodoxes. Sous l’empire ottoman, chaque communauté pouvait obtenir, sur fond de corruption, un firman accordé provisoirement par la « Sublime Porte » ce qui causait régulièrement des affrontements violents.

En 1767, las des querelles, la « Sublime Porte » édita un firman qui partagea l'église entre les revendicateurs. Ce fut confirmé en 1852 par un autre firman qui prit des dispositions permanentes par l’intermédiaire d’un statu quo établissant une division territoriale entre les communautés.

Les premiers gardiens sont l’Église orthodoxe grecque, l’Église catholique romaine et l'Église apostolique arménienne. Au XIXe siècle, les Coptes orthodoxes, les Éthiopiens orthodoxes et les Syriaques orthodoxes obtinrent des responsabilités moins importantes associées à des hauts lieux ainsi qu'à certaines structures dans et autour du Saint Sépulcre. En plus de cette répartition spatiale (avec des espaces propres ou communs), le partage inclut aussi une répartition des heures de prière et de procession. Ces droits de propriété et d'utilisation protégés par le Statu quo sur les lieux saints sont garantis par l'article LXII du traité de Berlin (1878).

À l'intérieur de l'édifice, les différentes chapelles et lieux saints sont meublés et décorés selon les coutumes et les rites de la communauté religieuse qui en détient la possession.

L'échelle inamovible. Ci-dessus, détail d'une photographie de l'entrée principale prise en 2005.

L'établissement du statu quo n'a pas stoppé les vieilles velléités. Par une chaude journée d'été 2002, un moine copte qui était posté sur un toit déclara au territoire éthiopien qu’on avait déplacé sa chaise de l’endroit ombragé où elle se trouvait. Ce fut considéré comme une attitude hostile par les Éthiopiens. Onze personnes furent hospitalisées suite à l'altercation. Cet exemple est révélateur du conflit perpétuel, entretenu par les autorités, entre les orthodoxes coptes et éthiopiens concernant les titres de propriété de la chapelle des Éthiopiens (située sur le toit de la chapelle de Sainte-Hélène). Depuis le début du conflit, le gouvernement (en tant qu'autorité politique) a choisi de ne pas intervenir, conservant l'espoir que les deux communautés résoudront la question entre elles.

Un autre incident eu lieu en 2004 lorsque lors des célébrations orthodoxes de l'Exaltation de la sainte Croix, une porte de la chapelle Franciscaine fut laissée ouverte. Cela fut pris comme un signe d'irrespect de la part des Orthodoxes et un pugilat éclata. Certains individus furent arrêtés mais personne ne fut sérieusement blessé. En 2008, des rixes éclatèrent entre paroissiens arméniens et grecs-orthodoxes. Des popes grecs orthodoxes et des prêtres arméniens en sont venus aux mains, le 9 novembre 2008, dans la basilique du Saint-Sépulcre. La police israélienne est intervenue pour séparer les deux camps. Certains des prêtres ont utilisé des cierges comme gourdins tandis que d'autres tentaient d'arracher les soutanes de leurs rivaux.

Conformément au statu quo, aucune partie désignée comme territoire commun ne peut être rénovée sans le consentement de toutes les communautés. Lorsque les communautés n’arrivent pas à s’entendre, cela à pour conséquence de provoquer des négligences dans les réparations de l’édifice qui en aurait pourtant grandement besoin.

Après le séisme de 1927, l'autorité politique en place (conformément aux dispositions du Statu quo) dut intervenir pour entreprendre des réparations urgentes.

Pourtant, un simple petit désaccord retarde certaines rénovations urgentes notamment celle de l'Édicule. Il faudrait modifier le Statu Quo mais un simple changement serait préjudiciable à certaines communautés qui refusent de renoncer à leurs privilèges.

Le rebord de la fenêtre de l'entrée de l'église est un signe mineur mais non moins ridicule de cette situation. Une échelle en bois fut placée à cet endroit autrefois avant 1852, au moment où le statu quo incluait alors les portes et les rebords de fenêtres dans la gestion commune. L'échelle est encore présente à ce jour et dans la même position où elle se trouvait les siècles passés, en attestent la photo et la gravure ci-contre.

Aucune des communautés ne contrôle l'entrée principale. En 637, le calife Omar confia la garde de la porte à la famille Nusseibeh. En 1192, Saladin partagea cette responsabilité à deux familles musulmanes voisines, pour éviter les conflits entre communautés chrétiennes. On a confié aux Joudeh la garde de la clé et les Nuseibeh ont eu pour tâche de garder la porte. Ces fonctions sont encore en vigueur aujourd’hui. Deux fois par jour, un membre de la famille Joudeh apporte la clé à un Nuseibeh qui ouvre et ferme la porte.

Description

Plan
Position de la tombe du Christ et le Golgotha au sein de l'église
Une foule de pèlerins qui s'engouffre dans l'entrée principale, 1898
La Pierre de l'Onction, on pense que c'est l'endroit où le corps de Jésus fut préparé avant son ensevelissement. C'est le lieu de la 13e station du Chemin de croix.
Messe catholique devant le tombeau du Christ

L'entrée de l'église est une simple porte située au niveau du transept sud. Ce chemin d’accès étroit pour une si grande structure s’est avéré être parfois dangereux. En effet, à l’occasion d’un incendie qui éclata en 1840, une douzaine de pèlerins fut piétinée à mort. En 1999, les différentes communautés se mirent d’accord pour installer une nouvelle porte de sortie dans l'église, mais il n'y eu jamais de rapport effectué pour la réalisation de cette dernière.

En 2009, le Saint-Sépulcre se divise en cinq grandes sections: le Golgotha, la Tombe, la Basilique, le Corridor et la Crypte de la Croix. Six occupants se le partagent : les Catholiques romains, les Grecs orthodoxes, les Arméniens apostoliques, les Syriaques orthodoxes, les Coptes et les Ethiopiens orthodoxes. À l’intérieur, proche de l’entrée, se trouve la Pierre de l’Onction dont on pense que c’est l’endroit où le corps de Jésus fut préparé avant d’être inhumé.

La Rotonde d’Anastasis se trouve sur la gauche de l’entrée du Saint-Sépulcre juste en dessous du plus grands des deux dômes de l'église. Située au-dessus de la tombe de Jésus, la Rotonde est formée de 18 piliers ronds en marbre, qui supportent le dôme. Les piliers sont emprisonnés dans de larges blocs carrés pour résister aux séismes. Le diamètre de la Rotonde est de 20,9 m et la coupole culmine à 21,5 m du sol. En son centre se trouve l'Édicule du Saint-Sépulcre qui abrite la Tombe de Jésus incluant la Chapelle de l’Ange (de la Résurrection).

Le statu quo donne des droits aux Orthodoxes, aux Catholiques ainsi qu’à l’Église Apostolique arménienne à l'intérieur du tombeau. Les trois communautés peuvent y célébrer la Divine Liturgie ou la Messe tous les jours.

Il est aussi utilisé dans le cadre d'autres cérémonies pour des occasions spéciales, notamment la cérémonie du Samedi saint ou bien encore la cérémonie orthodoxe du feu sacré célébrée par le Patriarche Orthodoxe grec de Jérusalem.

Une chapelle copte, sur le bas-côté occidental de l'édicule et protégée par un treillage en fer, abrite un fragment de pierre demi-circulaire taillé dans un ancien monument visible sous l’autel qui est utilisé par les coptes orthodoxes.

Derrière la Rotonde se trouve une chapelle taillée très irrégulièrement à la main et qui devait probablement être le tombeau de Joseph d'Arimathie. C’est dans cette chapelle que les Orthodoxes syriaques célèbrent leur liturgie chaque dimanche.

À la droite du Sépulcre, sur la partie sud-est de la Rotonde on peut voir la Chapelle de l'Apparition réservée aux Catholiques.

Un des autels du Calvaire.

L’arche byzantine relie la Rotonde, construction du VIe siècle, à l’ouest et l’église croisée, du XIIe siècle, à l’est. Sur le côté est, face à la Rotonde, se trouve l'église des Croisés qui constitue l'autel principal de l'église ; aujourd'hui il correspond au catholicon grec orthodoxe.

Dans l’église Sainte-Hélène, des piliers du VIIe siècle supportent le second dôme plus petit. La coupole fut restaurée par les Croisés.

L’abside de l’église, orientée vers l’est, fut restaurée en 1850, puis rénovée à nouveau dans les années 1980. Le centre de l’église est marqué d’une pierre ronde, qui représente l’Omphalos Mundi, le nombril du monde pour les Chrétiens, de la même manière que le Rocher de la Fondation sur le Mont du Temple symbolise le centre du monde pour les Juifs.

À l'est on peut voir un grand iconostase qui délimite le sanctuaire Orthodoxe grec et qui était auparavant le trône patriarcal ainsi que le trône pour les célébrations épiscopales.

La chapelle Sainte-Hélène

Sur le côté sud de l'autel, on accède, via le déambulatoire, à un escalier dont les marches sont recouvertes de plaques de marbre pour éviter les dégradations et qui mène à la Chapelle du Calvaire (ou du Golgotha). On pense que c’est le lieu de la crucifixion de Jésus. C’est la partie la plus luxueusement décorée de l'église. L'autel principal appartient aux Orthodoxes grecs et les Catholiques ont un autel juste à côté. A l'est, dans le déambulatoire il y a un escalier qui descend à la Chapelle Sainte-Hélène et qui appartient aux Arméniens. De là, treize marches conduisent à une chapelle croisée, la Chapelle de la Découverte de la Croix, qui est la cave dans laquelle la Croix de Jésus et celles des deux larrons furent retrouvées.

Notons que la partie sud, se divise en plusieurs parties : les portails principaux, le dôme du Golgotha et le clocher. Les portails principaux sont réhaussés d’archivoltes sculptées de feuilles d’acanthe et de médaillons. A droite des portails, le dôme du Golgotha surmonte les deux étages du bâtiment. A gauche des portails, les six étages originels du clocher sont aujourd'hui au nombre de quatre. On y vénère le Saint-Sépulcre et le Christ.

Répliques

Il existe trois répliques du Saint-Sépulcre de Jérusalem, l'une aux États-Unis, à Washington, l'autre en France, à Angers, la dernière en Allemagne à Görlitz

Notes et références

  1. L’Anonyme de Bordeaux, 333,page 594, il s'agit de la plus ancienne description d’un pèlerinage en Terre sainte par un chrétien d’Occident et qui remonte au début du IVe siècle
  2. Arculfe I, 2-3, 6, 7-8. Cité dans: Peters (F.E.). Jerusalem. Princeton University Press, 1985, p. 204-206.
  3. Nasir-I Khusraw. Diary of a Journey Through Syria and Palestine. Palestine Pilgrims Text Society, volume 4, 1893. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 60.
  4. Raymond d'Aguilers, Historia Francorum qui ceperunt Jerusalem (Histoire des Francs qui s'emparèrent de Jérusalem), chronique rédigée latin
  5. The Pilgrimage of the Russian Abbot Daniel in the Holy Land. Palestine Pilgrims Text Society, volume 4, 1895. Reprint: New York, AMS Press, 1971, p. 11-15
  6. The Book of the Wanderings of Felix Fabri. New York, AMS Press, 1971, vol. 2, p. 262. (Réimpression de: Palestine Pilgrims Text Society, 7-10)

Voir aussi

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