Barthélemy Boganda
Barthélemy Boganda
Boganda.png
Mandats
Président du gouvernement centrafricain
1er décembre 195829 mars 1959
Prédécesseur Poste créé
Successeur Abel Goumba
Député de l’Oubangui-Chari
10 novembre 194629 mars 1959
Prédécesseur Guy Baucheron de Boissoudy
Successeur Fin de représentation du territoire à l'Assemblée nationale française
Maire de Bangui
23 novembre 195629 mars 1959
Prédécesseur Édouard Dumont (en tant qu'administrateur-maire de Bangui)
Successeur René Naud
Président du Grand Conseil
de l'Afrique-Équatoriale française
17 juin 195729 mars 1959
Réélection 25 mars 1958
Prédécesseur Paul Flandre
Successeur Dissolution du Grand Conseil de l'AEF le 1er avril 1959
Vice-président de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme
avril 195129 mars 1959
Biographie
Nom de naissance Gboganda
Date de naissance 4 avril 1910
Lieu de naissance Bobangui (Oubangui-Chari)
Date de décès 29 mars 1959 (à 48 ans)
Lieu de décès Boukpayanga (Centrafrique)
Nationalité franco-centrafricaine
Conjoint Michelle Jourdain
Profession prêtre de l’Église catholique de 1938 à 1949
Chefs du gouvernement centrafricain

Barthélemy Boganda (1910-1959) fut un homme politique, député-maire de Bangui, considéré comme le « père fondateur de la République centrafricaine » (RCA), un titre tendant à rendre hommage à cet éphémère président du gouvernement, qui donna à la RCA sa dénomination, son drapeau, sa devise, son hymne.

Tribun local charismatique, Boganda a mené en Oubangui-Chari, la « cendrillon de l'empire colonial français », une lutte contre les abus de l'exploitation coloniale et un combat en faveur de l'émancipation de l'homme noir. Sa forte personnalité le rend incontournable lors du processus de décolonisation. De manière très opportune, il est approché par de nombreux Européens établis à Bangui. Cette réconciliation, en phase avec son humanisme chrétien hérité de ses années de sacerdoce, le propulse à la tête d'une société coloniale nouvellement fraternelle.

En 1957, son élection à la présidence du Grand Conseil de l'Afrique-Équatoriale française (AEF) porte sa renommée et sa popularité à l'ensemble des territoires français d’Afrique centrale. Il défend des thèses fédéralistes audacieuses, lançant l'idée d'États-Unis de l'Afrique latine, au-delà de l'AEF, vers l'Angola ou le Congo belge. Sa disparition au cours d'une catastrophe aérienne, à la veille de l'indépendance, crée un vide politique considérable en RCA, au point que la qualité revendiquée de « véritable héritier de Boganda » est restée longtemps une caution et une légitimation à diriger l'État.

Sommaire

De l’orphelinat au sacerdoce

Une enfance meurtrie

Barthélemy Boganda naît selon sa biographie officielle le 4 avril 1910 à Bobangui[1], un village de la Lobaye rattachée au Moyen-Congo[2]. Il est à noter que l'état civil n’existant pas chez les Mbaka, son ethnie d’appartenance[2], cette date lui aurait été attribuée au début de ses études, avant en 1950 d'être homologuée par un jugement supplétif[3]. En fait, il paraît plus probable que Boganda soit né en 1912[4]. Et l'année a une importante symbolique car, le 4 novembre 1911, la Lobaye est donnée à l’empire colonial allemand à la suite de la crise d'Agadir[5]. Elle reste à l'Allemagne jusqu’à sa réoccupation au mois d’août 1914 par les Français[5]. Afin de naître sujet français, Boganda se serait donc peut-être vieilli volontairement[6].

À l’origine, Barthélemy Boganda se nomme simplement Gboganda[7], ce qui signifie « je suis ailleurs, je ne suis nulle part »[1]. Issu de la famille Bonzo-Mongo du clan Mombangui[4], il est l’avant-dernier des douze enfants de Swalakpé[8], un sorcier[9] pratiquant des rites anthropomorphiques[10], propriétaire de vastes palmeraies[7], et époux de cinq femmes[7] (peut-être sept[8]). Sa naissance intervient à une époque où les sociétés concessionnaires françaises sont maîtres de la région[11]. Avec la complaisance de l’administration, elles recourent au travail forcé des autochtones pour la collecte du caoutchouc[11]. C’est dans ce contexte que Gboganda devient orphelin. Son père disparaît au cours d’une opération militaire menée contre son village[7]. Sa mère, Siribé (ou Sirilié), est battue à mort par un milicien de la Compagnie forestière Sangha-Oubangui (CFSO) pour n’avoir pas apporté assez de caoutchouc[7]. La famille de Gboganda continue d’être décimée les années suivantes. Confié à un proche, son tuteur meurt à la bataille de Verdun[7]. En 1927, son oncle maternel, le chef local Mindogon N'gboundoulou, père de Jean-Bédel Bokassa, est exécuté devant la préfecture de la Lobaye pour avoir libéré des habitants de son village jetés en prison[12].

En 1920[2], Gboganda alors atteint de la variole, est transporté chez un de ses oncles par son demi-frère aîné, Norbert Yangongo. Au cours du trajet, les deux frères rencontrent une patrouille[8]. Pris de panique, Norbert Yangongo s'enfuit, le laissant seul sur le chemin[8]. Le lieutenant Meyer, visiblement sensible à son état, le recueille et le confie à l’orphelinat de Mbaïki[2].

L’autochtone le plus instruit de la colonie

Quelques mois plus tard, le père spiritain Gabriel Herriau décide de le prendre avec lui à l’internat de la mission Saint-Jean-Baptiste de Bétou[2]. Le jeune orphelin se révèle être doté de grandes capacités ; en quelques semaines seulement, il est alphabétisé en lingala[13]. En décembre 1920, la mission de Bétou ferme[6]. Gboganda est transféré à Saint-Paul-des-Rapides de Bangui[14]. Les quatre années qu'il passe dans cette institution ont un impact considérable dans la construction de sa personnalité. Il devient chrétien le 24 décembre 1922 sous le prénom de Barthélemy en mémoire de l’apôtre du Christ qui, dit-on, fut le premier à prêcher l’Évangile sur le continent africain[15]. Il fait la rencontre de Mgr Jean-René Calloc'h qui lui apprend à lire le français deux heures par jour et l’initie le reste du temps au travail manuel[1]. Boganda voue une profonde admiration à cet ecclésiastique érudit, dévoué et laborieux, qu'il érige en modèle[16].

Ainsi à l'orphelinat, il se découvre une vocation sacerdotale. Son certificat d'études primaires en poche en 1924, il est envoyé en novembre au petit séminaire de Maydi à Kisantu tenu par les jésuites belges[15]. Mais le jeune séminariste supporte mal l’ambiance régnante[15]. Faute de pouvoir l’envoyer en France, les missionnaires le placent en octobre 1928 au petit séminaire de Brazzaville[16] où il suit sa troisième et sa seconde en compagnie d'Auguste Roch Nkounkou et d'Eugène Nkakou, les deux premiers prêtres indigènes du vicariat apostolique de Brazzaville[17]. C’est à cette époque qu’éclate au pays la guerre du Kongo-wara (1928-1931) menée par Karnou[18]. Ce dernier se déclarait investi d’une mission divine pour libérer son peuple de la servitude et de la misère dans lesquelles l’avaient placé les hommes blancs[18]. Boganda reste profondément marqué par cette personnalité[18].

En 1930, le nouveau vicaire apostolique de Bangui, Mgr Marcel Grandin, séduit par le tempérament de Boganda, décide de le retenir à Saint-Paul pour s’occuper personnellement de lui enseigner le programme de classe. Premier Oubanguien à avoir eu accès aux études secondaires, il devient également le premier à atteindre l’enseignement supérieur[19] avec son admission en octobre 1931 au grand séminaire Saint-Laurent de Mvolye à Yaoundé[20]. Il y reçoit les différentes étapes de l’ordination : tonsure le 5 octobre 1934, premiers ordres mineurs à Pâques 1935, derniers ordres mineurs à Pâques 1936, sous-diaconat le 29 mars 1937 et diaconat le 10 août 1937[20]. Dans cette institution, il rencontre le futur Premier ministre camerounais André-Marie Mbida[20] et le futur président de la République congolaise Fulbert Youlou[21], élèves comme lui. En octobre 1937, Mgr Grandin l'honore en lui confiant l’encadrement du nouveau petit séminaire Saint-Marcel à Bangui[20].

Le premier prêtre du clergé indigène d’Oubangui-Chari

Le 27 mars 1938, trois milles fidèles viennent assister en la cathédrale Notre-Dame de Bangui à l’ordination du premier prêtre du clergé indigène d’Oubangui-Chari, Barthélemy Boganda[20]. Le lendemain Boganda prononce sa première messe à Saint-Paul-des-Rapides où est fixé son sacerdoce[21]. En plus d’assurer les messes, les prédications, les confessions, il est nommé directeur du petit séminaire Saint-Marcel et reçoit la mission d’évangéliser Zongo, une localité située en face de Bangui sur la rive belge, où il construit une chapelle[21]. En 1939, la Seconde Guerre mondiale éclate. Il songe à s'engager dans l'armée française[1], premier pas selon lui dans la reconnaissance de l’égalité des droits[22]. Son évêque l’en dissuade, le nombre de missionnaires ayant été réduit par les effets de la mobilisation[1].

En octobre 1941, il est affecté à la mission Saint-Joseph de Bambari avec la charge de christianiser la population banda[23]. Il se voit pour cela confier la jeunesse des écoles et l’action pastorale dans la subdivision[23]. Contrairement à ses supérieurs pour qui la priorité est le catéchisme, Boganda conçoit son action religieuse comme inséparable de son action sociale[23] : « l’Évangile pour l’école, l’Évangile par l’école »[24]. Il semble utile de préciser qu'à cette époque, le taux de scolarisation en Oubangui-Chari est de 1,5%[25]. À Grimari, poste secondaire où toute mission spiritaine a jusque là échoué[26], il prend toute la mesure du rôle départi à l’œuvre éducative[24]. Avec la faiblesse de ses moyens, il met en pratique ses préceptes[24]. Les résultats sont plutôt concluants : l'église est pleine les dimanches et jours de fête, une économie embryonnaire se développe avec les plantations de manioc et de bananes, et des ateliers de fabrication de meubles en rotin produisent régulièrement[26].

Ce volontarisme ne plaît pas à tout le monde. Son comportement très ferme[27] vis-à-vis des familles restées attachées à l’initiation traditionnelle se heurte à l’administration qui, par le biais du chef de subdivision M. Dieu, soutient au nom de la coutume banda, les pratiques de mariage forcé et de polygamie[28]. Boganda s’aliène par ailleurs le père procureur des spiritains en exigeant la restitution de l'argent gagné grâce aux entreprises autonomes de Grimari, après que ce dernier lui a adressé une fin de non-recevoir à sa liste de besoins[26]. Enfin, ses divergences de vue avec ses supérieurs, provoquent sa mutation en juin 1946 à la mission Saint-Pierre-Claver de Bangassou[27]. Ce transfert-sanction, décidé par les pères Hemme et Morandeau proches des milieux coloniaux, marque le début de sa rupture avec les spiritains installés en Oubangui[26].

Un parlementaire et leader local dérangeant

Un ecclésiastique noir luttant pour l’émancipation des Africains

Après la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement français décide de faire participer ses colonies à l’Assemblée constituante. Il est organisé au sein d’une circonscription rassemblant l’Oubangui-Chari et le Tchad, l’élection de deux députés représentant l'un les colons, l’autre les autochtones. Aux deux Assemblées constituantes successives, les Européens élisent le vétérinaire René Malbrant[29] tandis que les indigènes plébiscitent le commandant français Guy Baucheron de Boissoudy[30]. Cette situation n’est pas sans indigner quelques Oubanguiens qui, menés par Abel Goumba, sollicitent Boganda[31]. Mgr Grandin accueille très favorablement cette démarche. La candidature de Boganda présente un double intérêt : contrecarrer l'expansion de la gauche athée dans la colonie ; défendre le point de vue des missions dans les instances de la métropole[32]. La campagne électorale de Boganda est prise en charge par Mgr Grandin[32].

Au cours des élections législatives du 10 novembre 1946, l'Oubangui-Chari devient une circonscription à part entière pour le collège des autochtones. L'Abbé est élu face à trois adversaires par 10 846 voix, 47,26 % des suffrages exprimés[1]. Tout naturellement, il est inscrit dans le groupe parlementaire démocrate-chrétien du Mouvement républicain populaire (MRP) au sein duquel il est accueilli par l’abbé Pierre[33]. Les missionnaires le font chaperonner par le député français du Cameroun Louis-Paul Aujoulat[34]. De sa rencontre avec ce dernier naît le 7 juin 1948 à Lyon, l’association des Amis de l’Afrique noire dans laquelle il occupe la fonction de vice-président[35].

Le député non-conformiste du MRP (1946-1950)

Dès son arrivée en France, l’abbé-député entreprend de nombreuses conférences et prêches dans le but de faire connaître aux métropolitains, la situation du peuple oubanguien[36]. À l’Assemblée nationale, l’Abbé se présente à ses collègues parlementaires comme le fils d'un cannibale polygame[37]. Il siège dans son habit ecclésiastique[37]. Au début, il se contente d’apposer son nom à des propositions du MRP relatives aux territoires d’outre-mer (TOM)[38]. Mais en 1949, il présente à titre personnel trois propositions. La première du 17 juin, est une résolution invitant le gouvernement à supprimer le laissez-passer administratif à l’intérieur des territoires de l’AEF[38]. La seconde du 24 novembre, est une loi visant à introduire la notion de propriété clanique dans la législation[38]. Enfin la dernière du 9 décembre, est une loi tendant à renforcer la loi Houphouët-Boigny sur le travail forcé[38], pratiqué encore à grande échelle[39]. Jugées farfelues, aucune de ces propositions n’est adoptée.

Si l’on excepte un bref passage à la Commission du ravitaillement, l’abbé-député a été un membre constant de la Commission des TOM[38]. Très actif, il est nommé le 6 octobre 1947, rapporteur de la proposition de résolution du député du Tchad Gabriel Lisette[40]. Cette proposition invite le gouvernement à relever le prix fixé pour les producteurs de coton d’AEF, payés 2,50 F le kilo contre 7 F pour ceux d'AOF[41]. Malgré un fort investissement de sa part, le texte met dix mois et demi pour passer[40]. Dépité, Boganda se désintéresse progressivement de son travail à la commission[40]. Le 1er juin 1950, le député sénégalais Léopold Sédar Senghor est obligé de le remplacer comme rapporteur sur cinq propositions de loi[40]. Cette attitude laisse sans doute perplexe certains de ses collègues africains, comme le député gabonais Jean-Hilaire Aubame, auteur de trois de ces propositions.

À ce désappointement sur l’efficacité de l’action parlementaire s'ajoute des désaccords avec le MRP. Déjà en 1947, lors de l'insurrection malgache, l’Abbé est troublé de voir son groupe soutenir la levée d’immunité des trois députés malgaches[34]. Il peine à dissimuler sa déception sur la politique coloniale menée par le ministre de la France d'Outre-mer de l'époque, le MRP Paul Coste-Floret[42]. Son protecteur Aujoulat quitte le parti en novembre 1948[34]. Boganda lui s’accroche, mais son action gène. Son journal Pour sauver un peuple, fondé le 1er juillet 1948, tiré entre 2 000 et 3 000 exemplaires par le secrétariat de l’Assemblée nationale à Paris, et dont il est le seul rédacteur[35], suscite en août 1949, l’attention des partis de gauche[43]. L’Humanité, organe du Parti communiste français (PCF) reproduit en intégralité son virulent numéro groupé 5 et 6[43]. Cette publicité lui vaut de solides inimitiés[43]. Une lettre du procureur général près de la cour d’appel de Brazzaville du 22 octobre 1949, demande la levée de son immunité parlementaire afin de le poursuivre pour diffamation[44]. En juin 1950, Boganda finit par quitter le MRP[45].

L’action coopérative et la fondation du MESAN

En 1946 est mis en place dans chaque colonie un Conseil représentatif. Celui d’Oubangui-Chari est composé de vingt-cinq conseillers territoriaux dont dix représentent les Européens et quinze les autochtones[39]. Boganda ne se présente pas mais parraine les listes d’Action économique et sociale menées par Georges Darlan[46]. Elles remportent le 15 décembre 1946 tous les sièges du second collège[47]. Le Conseil représentatif choisit à son tour ses représentants au Conseil de la République, à l’Assemblée de l’Union française et au Grand Conseil fédéral. Boganda parvient à faire élire aux deux postes métropolitains du second collège, ses amis métis Jane Vialle comme sénatrice, et Antoine Darlan comme conseiller de l’Union française[48].

En août 1947, il crée une formation politique nommée Union oubanguienne[42]. Boganda qui est le plus souvent à Paris, laisse pour des raisons pratiques, la direction à Georges Darlan résidant à Bangui[44]. Le député souhaite par ailleurs s'atteller à un autre projet : l'action coopérative[49]. La création de coopératives autochtones devait mobiliser les villageois pour la défense de leurs propres intérêts économiques[49]. Le 22 mai 1948, il fonde la Société coopérative de l’Oubangui-Lobaye-Lessé (SOCOULOLÉ)[50] dans l'objectif d'obtenir une meilleur rémunération des productions villageoises[51]. Il l'organise en quatre sections : produits vivriers, section artisanale, section forestière pour l’exploitation du bois, et section minière essentiellement pour le ravitaillement des chantiers de prospection diamantifère[51]. Pour lancer la SOCOULOLÉ, il formule auprès du Conseil représentatif une demande de subvention[50]. Elle lui est refusée, ses collègues du second collège ayant, semble-t-il, été manœuvrés par les élus européens avec qui il n’est pas en bon terme[50].

Cette décision provoque une rupture entre Boganda et le leader des autochtones au Conseil, Georges Darlan, à qui il donne sa démission le 15 octobre 1948 de l’Union oubanguienne[44]. Le 28 septembre 1949, il fonde le Mouvement d'évolution sociale de l'Afrique noire (MESAN) dont les statuts sont déposés en avril 1950[45]. Il assure seul la direction de ce parti à consonance messianique[52]. Son ambition est l’émancipation des autochtones par l'inculcation des valeurs occidentales dans un langage compréhensible[53]. Son slogan, simple mais efficace, est « Nourrir, vêtir, guérir, instruire, loger »[53]. Bien qu’ayant une vocation inter-africaine, le MESAN ne parvient à s'implanter réellement qu'en Oubangui-Chari[45].

La « bête noire » des milieux coloniaux

Les déboires administratifs du « prêtre défroqué »

Après la mort accidentelle de Mgr Grandin en 1947, les relations entre Boganda et l’Église d’Oubangui-Chari se dégradent[54]. Le nouvel évêque Mgr Cucherousset n’est pas tendre avec lui qui vit déjà durement et régulièrement le racisme[54],[55]. C'est toutefois la question du célibat qui provoque la rupture ; Boganda y est opposé, il adresse d’ailleurs au Vatican un long mémoire où il expose, selon lui, toute l’absurdité et les dangers du maintien de cette règle dans les Églises africaines[56]. Fin 1949, il avertit ses supérieurs de son intention de se marier avec sa secrétaire parlementaire, la Française Michelle Jourdain[56]. La réaction est immédiate, le 25 novembre 1949, Mgr Cucherousset le suspend ; il ne peut plus exercer ses fonctions sacerdotales en public ni porter la soutane[57]. C’est donc désormais habillé en civil qu’il se rend aux séances de l’Assemblée nationale[56]. Le 13 juin 1950, il se marie à Montmorency avec Michelle Jourdain, déjà enceinte[55].

Le clan des adversaires de Boganda s'élargit ainsi aux missionnaires. Il était déjà composé du lobby colonial mené par René Malbrant[33], des partisans du président du Conseil représentatif Georges Darlan, et de l'administration coloniale[1]. Le chef de la région de la Lobaye, l’administrateur René Bouscayrol, accuse la SOCOULOLÉ de « concurrencer de façon illégale et intolérable » la coopérative officielle que constitue la Société indigène de prévoyance (SIP) présidée et gérée par le chef de district[58]. Outre les tracasseries administratives[59], Bouscayrol le fait interpeller à son domicile en avril 1950 par une escorte de gardes armés[60]. Il procède également à l’incarcération de son secrétaire et d’un certain nombre d’employés de la coopérative, sous des motifs d’infractions mineures telles que la vente de quelques morceaux de viande de chasse fumée[61]. En novembre 1950, le procureur général près de la cour d’appel de Brazzaville formule une nouvelle demande de levée d'immunité parlementaire afin de le poursuivre pour un procès verbal de gendarmerie dressé à la suite d'une réunion publique non autorisée[44]. Cette même année, le lobby colonial organise contre le député, une grande campagne de diffamation[62].

L’affaire Barthélemy Boganda

Le 4 janvier 1951, son ami le chef coutumier Nzilakéma décède dans des conditions étranges après avoir été interrogé à Mbaïki par le juge Renaud[61]. Ému, Boganda se rend le 10 janvier sur les marchés afin de demander à la population de ne pas y participer en signe de deuil[44]. Prenant prétexte d’un attroupement, l’administration l’arrête pour « flagrant délit » avec sa femme, sa fille de six mois et les deux secrétaires de la SOCOULOLÉ. Ils sont maintenus en détention jusqu’au 12 janvier[44], un procès est programmé pour le 15 janvier[63]. Son avocat parvient à le faire reporter[63], ce qui permet à Boganda de rentrer à Paris le 20 janvier et de rédiger un long mémorandum sur les circonstances de cette arrestation[64]. Mais les autorités métropolitaines ne réagissent pas[64]. Le 29 mars 1951, le tribunal de paix à compétence limitée de Mbaïki le condamne à trente jours d’emprisonnement ferme, deux mois avec sursis et 2000 francs d’amende[44]. Son épouse et ses secrétaires sont quant à eux condamnés à des peines de prison avec sursis[44]. Sa condamnation n’est notifiée que le 26 mai, soit une vingtaine jours avant les élections législatives, afin sans doute de l’empêcher de s’y présenter[44]. Faisant appel de son jugement le 2 juin, il participe aux élections du 17 juin[44].

Boganda se lance dans la campagne sans soutien politique, face à de nombreux adversaires[44]. Avec habilité, cependant, il parvient à renverser la situation. Se présentant comme un martyr, il affirme que l'administration, l'Église, les colons s'acharnent contre lui, parce qu'il œuvre réellement en faveur des Oubanguiens, dénonçant les injustices et les abus, sans crainte des représailles[44]. Sur les 65 641 suffrages exprimés, Boganda est réélu député par 31 631 voix soit à 48,18%, loin devant les 21 637 voix[1] (32,9%) du candidat du Rassemblement pour la France (RPF), Marcel Bella, soutenu par l’administration et les missions catholiques[65]. Cette victoire est d’autant plus stupéfiante que le scrutin est entaché d’irrégularités commises par l’administration que Boganda dénonce dans le n°3 de son nouveau journal imprimé à Bangui, Terre africaine[63],[51]. Scandalisée, l'administration envisage de l'attaquer pour diffamation mais, craignant qu'une telle plainte amène à une enquête sur le déroulement de l'élection, y renonce prétextant ne pas vouloir faire le jeu de Boganda[63].

L'affaire du « flagrant délit » se poursuit le 27 novembre 1951 devant la cour d’appel de Brazzaville[44]. Sa femme et ses secrétaires sont relaxés. Son jugement en revanche est aggravé à 45 jours de prison ferme[44]. Encore une fois, sa notification officielle, datée 1er février 1952, intervient peu de temps avant des élections, en l’occurrence les territoriales de 1952 auxquelles il est candidat[44]. Le 4 février, il se pourvoit en cassation[44]. Finalement la Cour annule le 21 avril 1953 l’arrêt rendu par Brazzaville, et le relaxe entièrement le 1er décembre 1953[44]. Au cours de cette affaire, seul le journal L’Observateur dénonce dans un article paru en décembre 1951, ce « cas inouï d’illégalité »[63].

Une popularité en constante croissance

Le repli africain et l’essor du MESAN

Après sa réélection à l’Assemblée nationale, Barthélemy Boganda se détache de la vie parlementaire parisienne[1]. Nommé membre de la Commission de la marine marchande et des pêches le 20 janvier 1953, de la justice et de la législation le 19 janvier 1954, du travail et de la sécurité sociale le 18 janvier 1955, il ne dépose au total que trois propositions de loi, toutes en faveur des Africains, et n'intervient plus dans les débats[1]. Désormais, il passe la plus grande partie de son temps en Oubangui-Chari[1].

Boganda utilise son salaire de député pour financer le MESAN[52]. Au départ, son parti ne regroupe qu’une poignée d’instituteurs et de commis urbains[49]. Mais avec le ralliement des chefs de villages et des travailleurs ruraux, il acquiert une audience territoriale[49]. Boganda dirige seul : les membres du bureau sont désignés par lui et ne s’occupent de rien[52]. Lors des élections territoriales du 30 mars 1952, il établit lui-même les listes du MESAN[66]. Il prend soin d’y écarter tous les anciens conseillers, élus précédemment grâce à son concours[66]. Seule exception, le conseiller de l’Union française Antoine Darlan[67]. Lors de ces élections, le MESAN remporte 17 des 26 sièges à pouvoir pour le second collège[52]. Il est lui-même élu conseiller territorial de la Lobaye[46]. Fort de ce succès, il se fait élire le 27 avril, grand conseiller de l’AEF[68]. Le 18 mai 1952, il fait élire au poste de sénateur du second collège, le Guyanais Hector Riviérez[69]. Rencontré à Paris, ce dernier l’avait introduit à la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA)[69], dont Boganda est nommé en avril 1951, vice-président.

Début des années 1950, Boganda se fait le promoteur des plantations autochtones de café[70]. Pour lui le café est synonyme de ressources plus substantielles pour les villageois[70]. Cette nouvelle entreprise fait suite à sa grande déception du modèle coopératif. Il avait engagé dans la SOCOULOLÉ une grande partie de ses indemnités parlementaires ; or les acheteurs qui opéraient pour lui, s’empressaient de dilapider les fonds[71]. Finalement, en avril 1952, la SOCOULOLÉ est dissoute[72]. La liquidation se produit alors que Boganda a de nouveau des démêlés avec la justice. Le 4 février 1952, il avait acheté 20 000 briques à une société agricole avec un chèque non approvisionné de 55 000 francs[44]. La société porte plainte contre le député devant le tribunal de première instance de Bangui[44]. Pour la première fois, la procédure de levée de son immunité est enclenchée[44]. Le 5 novembre 1952, Boganda surprend la commission en remboursant la société agricole[44]. La faute ayant été réparée, l’Assemblée décide en dépit du maintien de la plainte, de clore l'affaire[44].

Une influence quasi mystique

L’essor du MESAN est étroitement lié à la personnalité de Boganda, à sa triple réputation. Prêtre, il est censé être en rapport avec le monde transcendant[73]. Fils de sorcier, il est craint[73]. Marié à une blanche, il est l’égal des blancs[73]. Boganda le sait, il en joue. Lors de ses tournées dans le pays, il invoque les ancêtres[74]. Ses compatriotes voient en lui l’incarnation de Karnou, voire du Christ noir[75]. Boganda croit d'ailleurs être investi d'une mission particulière :

« Libérer l'Afrique et les Africains de la servitude et de la misère, telle est ma raison d'être et le sens de mon existence »[76]

En 1954, Barthélemy Boganda a l’occasion de montrer toute l’influence qu’il exerce sur la population lors de l'émeute de Berbérati. Le 29 avril dans cette ville, est découvert chez un Européen raciste notoire, les cadavres de son cuisinier et de l’épouse de celui-ci, tués par balles[77]. Cette nouvelle provoque immédiatement un soulèvement ; le chef de région, le juge et deux autres Européens sont blessés par des jets de pierre tandis qu’un transporteur blanc de passage est mortellement touché[77]. Le mouvement menace de s’étendre à tout le pays à l’image de la guerre du Kongo-wara[77]. L’administrateur en chef Louis Sanmarco mobilise alors toutes les unités militaires disponibles mais, souhaitant éviter un bain de sang, sollicite avec insistance la médiation de Boganda[78]. Le député hésite à l’aider, d'autant que son audience à Berbérati est relativement faible[77] ; il se laisse toutefois convaincre[78]. Le 1er mai, il se rend sur place et, grâce à un discours, met fin au soulèvement populaire[78]. La troupe entre sans coup férir dans la ville[78]. À la suite de ces événements, les autorités coloniales incarcèrent le 8 mai, 158 personnes accusés de violence, de voies de fait et de rébellion[79]. L'enquête menée sur la mort du cuisinier et de son épouse, conclut à la thèse du suicide[80].

Berbérati amorce des réformes dans le monde colonial d'Oubangui. Sanmarco ordonne la stricte mise en œuvre d'une circulaire jusque là inappliquée, interdisant l'envoi de gardes territoriaux sur les champs de coton[81]. Ces gardes avaient la réputation de commettre de nombreuses exactions ; Boganda les combattait depuis longtemps[82]. Sanmarco supprime aussi la pratique du laissez-passer pour tout autochtone souhaitant se déplacer hors de son district[83]. Le laissez-passer servait à maintenir le niveau de main-d'œuvre dans les champs de coton[84]. Boganda en avait demandé l'abrogation en 1949 au Palais Bourbon, mais jugée « farfelue », sa proposition avait été rejetée[83].

Les prémices de l’indépendance

L’alliance avec les colons de la Chambre de commerce

La création de l’Intergroupe libéral oubanguien

Le 18 novembre 1955, une loi supprime le double collège pour les élections municipales[85]. La Chambre de commerce de Bangui jusque là fermement hostile à Boganda, opère un revirement spectaculaire. Un de ses membres, Roger Guérillot qui quelques mois auparavant proposait à l'administrateur en chef Sanmarco de constituer des milices anti-bogandistes[86], convainc le député d’associer les Européens à la gestion de la mairie[87]. L’accord se concrétise en 1955 au cours d’une réunion confidentielle dans un hangar où Boganda est représenté par David Dacko[87]. Il y est décidé la création de l’Intergroupe libéral oubanguien (ILO) avec comme présidents Barthélemy Boganda et le leader de la Chambre de commerce René Naud, et pour vice-présidents Antoine Darlan et Roger Guérillot[87]. Ainsi, aux élections municipales du 23 novembre 1956, les Européens obtiennent 12 des 36 sièges du conseil municipal de Bangui[88]. Boganda est élu maire de Bangui à l’unanimité[88], Naud devient le premier adjoint[87]. Pour compléter cette union et afin d'éviter les besognes prosaïques de l'administration, il délègue la quasi-totalité de ses pouvoirs à Naud[89].

Le 2 janvier 1956, le député est triomphalement réélu par 155 952 voix sur les 176 182 suffrages exprimés, soit à 88,51 %, contre son seul adversaire Jean-Baptiste Songomali[1]. Au cours de cette troisième législature, à quelques exceptions près, il ne se rend jamais au Palais Bourbon[1]. Son combat est en Oubangui-Chari où il œuvre pour l’avènement d’une bourgeoisie africaine[1]. Pour y parvenir, il préconise une « déprolétarisation », un retour à la terre, une réconciliation avec l'homme blanc. Ce nouveau discours, vécu comme une trahison par une partie de son électorat, lui vaut d'être caillassé début 1956, du côté de Mobaye[90]. Affecté par cet évènement, Boganda revient à une rhétorique plus incisive. Mais, désormais allié aux colons, il s'en prend à l'administration à laquelle il reproche avec véhémence l'entrave à la liberté de chasser, un thème qui lui est particulièrement cher[90],[91]. L'administration fédérale est également attaquée. Boganda dénonce ses larges prérogatives quasiment incontrôlées[92]. Dans une motion déposée au Grand Conseil le 6 novembre 1956, il demande la décentralisation totale des pouvoirs du gouvernement général au profit des gouverneurs des territoires[92]. L'autorité fédérale ne devait subsister, dans sa proposition, qu'au travers de simples organes de liaison : un haut-commissariat à Paris, un grand conseil restreint à Brazzaville[93].

Pour Boganda donc, en 1956, l’autonomie politique passe par la décentralisation. C'est le processus que retient également la loi-cadre Defferre : cette réforme majeure qui abolit le double collège, prévoit l'instauration d'un gouvernement local après les élections territoriales du 31 mars 1957. Lors de ces dernières, le MESAN remporte la totalité des 50 sièges à pourvoir : huit d’entre eux reviennent à des Européens[94]. Boganda offre la présidence de l’Assemblée territoriale au sénateur Hector Riviérez[95]. Le Conseil du gouvernement, conformément aux dispositions de la loi-cadre, est présidé par le haut-commissaire de la France, Louis Sanmarco[96]. En signe de protestation, Boganda refuse d’entrer au Conseil[96]. Il confie la vice-présidence à son ami Abel Goumba[94].

De la démesure au discrédit

Bien que vice-président du Conseil du gouvernement, Abel Goumba ne sert que de coordinateur à l’équipe ministérielle[97]. Barthélemy Boganda reste le véritable chef. Le député-maire choisit personnellement les six ministres du Conseil[98]. Il presse Roger Guérillot, chargé du ministère des Affaires administratives et économiques, de mettre en œuvre un ambitieux plan de développement économique[97]. Guérillot imagine la mise en culture de 100 000 hectares en café : 70 000 d’excelsa et 30 000 de robusta, par 133 000 plantations familiales, pour un coût évalué à 4 milliards de francs CFA[99]. Sa réalisation doit être supervisée par un Comité de salut économique dont Boganda prend la tête[100]. Par un appel à une « union du capital et du travail », Guérillot et Boganda espèrent financer leur projet grâce aux capitaux des colons[100]. Mais ces derniers restent sceptiques face à cette entreprise toute théorique qui ne semble pas tenir compte des conditions agrologiques, sociologiques et économiques du pays[99]. Les techniciens font d’ailleurs observer qu’il ne serait pas possible de fournir avant longtemps le matériel végétal nécessaire[101]. Dans ces circonstantes, Guérillot remanie ses plans ; désormais, il est question de doubler les superficies plantées en coton[101]. Les colons refusent toujours de participer[101]. Le Comité de salut économique se contente du concours limité accordé par les fonds publics[101].

Pour réaliser ces desseins, des chômeurs de Bangui sont recrutés afin de « stimuler » les paysans[99]. Des exactions sont commises[99]. Le projet doit faire face à l’hostilité des villageois, des chefs de village et des élus[102]. Guérillot neutralise la fronde interne en obtenant en septembre 1957, l’exclusion du MESAN d’Antoine Darlan et de plusieurs conseillers territoriaux de l’Est[97],[103]. Boganda est alors persuadé qu'Antoine Darlan, en raison de ses liens avec le Rassemblement démocratique africain (RDA) et ses origines métisses, manœuvre contre lui[104].

Les critiques affluent. Boganda est accusé par L’Émancipation oubanguienne d’Antoine Darlan d’être devenu le « jouet de Guérillot et des autres Blancs de l’ILO »[105]. En métropole, le grand reporter Max-Olivier Lacamp dénonce quant à lui, dans deux articles parus dans Le Figaro le 31 janvier et 3 février 1958, la « dictature de facto » exercée par le député-maire, conseillé désastreusement par un « colon touché par la grâce du MESAN »[105]. Face à cette situation délicate, Abel Goumba recommande à Boganda la révocation de Guérillot[101]. Mais le leader oubanguien est attaché aux idées de son ministre qu’il défend avec ferveur dans un article de mars 1958[106]. Pour lui, si problème il y a avec le plan du Comité de salut économique, il est à chercher du côté des « politiciens agitateurs » qui empêchent la population de travailler en paix[106]. La solution prônée : la répression de toute campagne politique hors des périodes électorales[106].

Le président du Grand Conseil de l’AEF

Le premier personnage politique de l’AEF

Reconduit dans ses fonctions de grand conseiller de l’AEF après les élections territoriales du 31 mars 1957, Boganda est élu à l’unanimité président du Grand Conseil le 17 juin[95]. La vice-présidence revient au Tchadien François Tombalbaye, dont le parti RDA est la principale formation à l’assemblée. En concédant la présidence à Boganda, le RDA espère obtenir l’affiliation du MESAN à leur organisation[107]. Dans ce même but, le dirigeant du Tchad Gabriel Lisette, membre du RDA, autorise la création d’une section locale du MESAN sur son territoire[107].

Boganda est le premier Africain à se hisser au poste de président du Grand Conseil de l'AEF[108]. Il entend désormais être associé à la préparation des réformes sur les colonies, au même titre que le leader du RDA Félix Houphouët-Boigny[108]. Paris n'a jamais en effet prêté beaucoup d'attention à Boganda jugé trop excentrique. Depuis plus de dix ans, il est resté à l'écart des parlementaires africains auxquels il reproche leur inféodation à des partis politiques métropolitains[95]. Pour le député-maire de Bangui, seul le MESAN est véritablement « indépendant »[108]. Au Grand Conseil, Boganda est en revanche apprécié par ses pairs pour ses critiques à l'encontre de l'administration coloniale[109]. Il accuse cette dernière de ne pas les avoir suffisamment préparés aux nouvelles prérogatives octroyées par la loi-cadre[110]. Il condamne le caractère bicéphale des Conseils de gouvernement territoriaux qui ne peut, pour lui, qu’augmenter les charges financières des contribuables[110]. Mais cet état de grâce est de courte durée ; les membres du RDA comprennent que Boganda n'a nullement l'intention de s'affilier à eux[109]. Lors de la nouvelle élection du président de l'assemblée le 25 mars 1958, le RDA présente son propre candidat, le Tchadien Ahmed Kotoko[111]. Contre toute attente, Boganda est réélu président du Grand Conseil par 10 voix contre 9, grâce au débauchage du Tchadien Mahamat Hassan par le grand conseiller MESAN Etienne Ngounio[111],[112]. Réélu, Boganda élimine Tombalbaye de la vice-présidence[113].

En mai 1958, le général de Gaulle revient au pouvoir en métropole. Un Comité consultatif chargé des questions relatives aux territoires d’outre-mer est formé par les Sénégalais Léopold Sédar Senghor et Lamine Gueye, l’Ivoirien Félix Houphouët-Boigny, le Malgache Philibert Tsiranana, et le Tchadien Gabriel Lisette[114]. Bien que première personnalité politique de l’AEF, Boganda n'est pas associé au groupe. Il semble qu'à Paris, le président du Grand Conseil de l’AEF a été discrédité par son Comité de salut économique et ses attaques contre l’administration coloniale[114]. Cette nouvelle le frustre. Lui qui avait affirmé le 21 octobre 1957 du haut de la tribune du Grand Conseil que « la France doit vivre chez nous par sa culture, sa technique, ses lois, son idéal »[115], qui clamait que « l’indépendance était une dangereuse illusion »[116], désormais il réclame la reconnaissance du droit à l’autodétermination[116]. Mais à l’instar de Léopold Sédar Senghor, il se soucie désormais de préserver les grands ensembles fédéraux[116]. En juillet 1958, une délégation du MESAN menée par Abel Goumba prend part au congrès de Cotonou où est créé, sous l'impulsion de Senghor, le Parti du regroupement africain (PRA), un nouveau rassemblement inter-africain clairement fédéraliste et concurrent au RDA[109]. Le MESAN s'y affilie.

Le leader panafricain d'Afrique équatoriale

Le projet d'États-Unis de l'Afrique latine

Dans ce contexte, le député-maire de Bangui opte initialement pour le « non » au référendum sur la Communauté franco-africaine[117]. Le 24 août 1958, le général de Gaulle en tournée à Brazzaville, convainc le président du Grand Conseil de l’AEF chargé de l’accueillir au nom des quatre territoires, de faire campagne pour le « oui » contre l’assurance que les États-membres pourront obtenir leur indépendance ultérieurement[118]. C'est un soulagement pour Boganda, partisan du maintien de la présence française pour deux raisons[119]. Elle permet de prévenir toute menace des pays musulmans limitrophes, autrefois responsables de la traite négrière dans la région[119]. Elle pallie la pénurie de cadres dans tous les domaines[119].

Afin d'enrayer le « non » qu'il a jusqu'à présent favorisé, Boganda fait distribuer massivement dans les villages, un tract rédigé en sango[120]. Ce tract n’évoque à aucun moment la Communauté[121]. Il y reproduit le texte d’un accord qu’il dit avoir obtenu du Général, selon lequel ce dernier renonce au régime de la « chicotte », de l’« indigénat et du travail forcé »[121]. Le 28 septembre 1958, le « oui » au referendum l’emporte à 98,1% en Oubangui[122].

Toute l’AEF approuve la Communauté. Pour le président du Grand Conseil rien ne s’oppose donc à ce que l’AEF devienne, avec la ratification des quatre assemblées territoriales, un État membre unique[123]. Il propose de renommer l’ensemble : République centrafricaine, idée qui lui aurait été soufflée par son ami, l’administrateur Pierre Kalck[123]. Allant encore plus loin, le 17 octobre 1958 du haut de la tribune du Grand Conseil, il lance un appel pour la création des États-Unis de l'Afrique latine[124]. Ceux-ci devaient être constitués par la grande République centrafricaine rejointe par le Congo belge, le Cameroun, le Ruanda-Urundi, et les « provinces portugaises » d’Afrique[125]. Pour promouvoir cette grande fédération de culture latine, de tradition chrétienne, francophone dans sa majorité, il avance de nombreux arguments : l’artificialité des tracés coloniaux[126], la viabilité financière et le poids économique, politique d'un tel ensemble[127]. La formation de cette fédération est présentée aussi comme un rempart au péril jaune, au communisme[128]. Boganda augure enfin : les États-Unis de l’Afrique latine ont vocation à devenir une des trois grandes zones d’influence du continent noir, ils sont destinés à faire contrepoids aux ensembles d’Afrique orientale, bientôt dominée par les forces panarabes de l’Egyptien Nasser, et d’Ouest africain en voie de passer sous contrôle britannique[125].

Impuissant face à la liquidation de l’AEF

Afin de réaliser son grand dessein, Boganda envoie une mission composée du ministre de l’Agriculture David Dacko et du président de l’Assemblée territoriale Hector Riviérez, proposer aux trois autres territoires de l’AEF d’accéder groupés à l’autonomie puis à l’indépendance[129]. Seul le Moyen-Congo dirigé par la coalition socialiste de Jacques Opangault adhère au projet[130]. Mais la coalition socialiste, bien qu’à la tête du Moyen-Congo, a perdu la majorité au bénéfice de la formation de l’abbé Fulbert Youlou en automne 1957. Or l’abbé Youlou aspire à reformer un grand État bakongo et se montre peu réceptif au projet de Boganda[131]. Dans ce contexte, le comité directeur de la section congolaise du Mouvement socialiste africain (MSA) propose le 15 octobre 1958 à Boganda, le rattachement à l’Oubangui des provinces MSA du nord du Moyen-Congo avec l’installation à Bangui des 21 conseillers MSA[132]. Boganda, favorable, envisage la nomination d’un Congolais dans son prochain gouvernement[132]. Devant les menaces de sédition et de désordre, l’administration française réagit en déclarant illégal ce rattachement[132].

Le 30 octobre 1958, le président du Grand Conseil de l’AEF organise une table ronde à Brazzaville afin que concrètement son projet soit discuté[133]. Tous les principaux chefs politiques de l’AEF y sont conviés mais seuls ceux du MESAN, du MSA et ses alliés répondent à l'appel avec les dirigeants des principales centrales syndicales[133]. Le projet d'État unitaire n’a pas entraîné l’adhésion des dirigeants de l’AEF. L'autonomie administrative accordée par la loi-cadre de 1956 n’a pas créé les conditions les plus favorables à une tentative de regroupement[134]. Par ailleurs, le projet de Boganda semble avoir été discrédité par l’entreprise séditieuse du MSA au Moyen-Congo[134]. Boganda lui-même est soupçonné d’agir par ambition personnelle[134]. Pour crever l'abcès, le gouverneur général de l’AEF Yvon Bourges force les principaux dirigeants politiques de l’AEF à se réunir à Brazzaville les 24 et 25 novembre 1958[135]. Un compromis consacre l’accession séparée des territoires à l’autonomie interne, tout en prévoyant la création entre eux d’organismes de coordination[136].

Le 1er décembre 1958, Boganda proclame à contrecœur la République centrafricaine pour le seul territoire de l'Oubangui-Chari. Le président du Grand Conseil espère encore possible le regroupement des États entrés séparément dans la Communauté en sauvant notamment les diverses structures communes[137]. Les 16 et 17 décembre, les Premiers ministres des nouvelles républiques d’AEF se réunissent à Paris sous la présidence de Boganda[138]. À l’issue de cette réunion, deux protocoles sont signés : l’un consacre l’union douanière, l’autre crée une « commission de liquidation » chargée de régler le sort des biens, services et fonctionnaires de l’AEF en vue de la suppression pure et simple du Grand Conseil fixée au 1er avril 1959[139].

Le président du gouvernement de la République centrafricaine

Le 1er décembre 1958, la République centrafricaine est proclamée, l’Assemblée territoriale devient constituante et législative, Barthélemy Boganda accède au poste de président du gouvernement[129]. Le 6 décembre, son cabinet est formé : Abel Goumba est aux Finances, David Dacko à l’Intérieur, à l’Économie et au Commerce[129], Roger Guérillot définitivement écarté[140]. Les tractations de ce dernier afin d’être élu sénateur d’Oubangui avaient fini par le décrédibiliser auprès de Boganda, mettant ainsi fin au Comité de salut économique[140]. En remerciement pour ses services, le député-maire de Bangui le nomme loin du territoire à un poste sans responsabilité dans l’ancienne délégation de l’AEF[140].

Drapeau de la République centrafricaine

Une des œuvres majeures de Boganda lors de sa présidence, est la mise en place des institutions de la République centrafricaine. Le jeune État lui doit : son drapeau - initialement conçu pour la grande République centrafricaine -, sa devise « Unité, Dignité, Travail », l'inscription du principe « Zo kwe zo » (« tout être humain est une personne » ou « un homme en vaut un autre »), et les paroles en français de son hymne national La Renaissance[141]. Par ailleurs, si la constitution du 16 février 1959 a été élaborée par un jeune auditeur du Conseil d’État, le long préambule détaillant toutes les libertés publiques reconnues aux Centrafricains est de lui[141]. Boganda établit lui-même les listes du MESAN pour les élections législatives centrafricaines du 5 avril 1959[141]. Il prend soin d’intégrer dans chacune d’entre elles un Européen[141]. Lors de ces élections organisées au scrutin de liste, soixante sièges au total sont à pourvoir dans quatre circonscriptions[141]. Seul le MESAN concoure, la commission de vérification ayant annulé dans trois circonscriptions les listes adverses « irrégulièrement déposées »[142].

Sous sa présidence, la question du devoir de réserve des fonctionnaires est abordée. Des troubles s'étaient produits à Boali-Bossembélé, fief de la section oubanguienne du MSA[143]. Accusés de « saboter l’action du gouvernement », les dirigeants de la section MSA, l’ingénieur Augustin Dallot-Béfiot et l’enseignant Antoine Bangui, sont limogés de la fonction publique[144]. Avec cette affaire, Boganda s'aperçoit que les compétences réelles de souveraineté sont toujours détenues par la France : il avait ordonné l'intervention des forces publiques à Boali-Bossembélé, il se vit rappeler que le maintien de l’ordre et de la sécurité dépendait du haut-commissaire[144]. Peu de temps après, projetant de financer ses programmes de développement grâce à des emprunts contractés auprès de la Suisse, il constate à son grand dam que l'appartenance de la République centrafricaine à la zone franc nécessite de passer obligatoirement par la Banque de France[145].

La construction d'un mythe

La disparition dans un accident d'avion

Le 29 mars 1959, Boganda en campagne électorale, se rend à Berbérati présider une cérémonie au cours de laquelle sont présentés les nouvelles institutions et le nouveau drapeau[142],[146]. L'avion régulier qu'il emprunte pour regagner Bangui, s’écrase dans la savane arborée de la Lobaye, au lieu-dit de Boukpayanga[147],[1]. Aucun des neuf occupants de l'appareil ne réchappe à l'accident[148]. Très vite, les hypothèses d'un attentat fusent[149]. Les on-dit accusent David Dacko, principal bénéficiaire du vide créé par la mort de Boganda, l’ancien vice-président du Conseil du gouvernement Abel Goumba, ou encore le Premier ministre congolais Fulbert Youlou opposé aux projets fédéralistes de Boganda[149]. On parle aussi des services secrets belges et portugais[150]. Abel Goumba, pour sa part, privilégie l’hypothèse des représentants locaux de l’administration française, puis celle des colons blancs, planteurs et industriels[150].

L'hypothèse du complot est défendue par un historien, Pierre Kalck. Dans son Barthélemy Boganda édité chez Sépia en 1995, il rapporte que Boganda aurait reçu au début de l'année 1959 des lettres de menaces de mort postées depuis le Congo belge[142]. Il évoque un « colis piégé » remis par un mystérieux jeune homme au moment du départ de l’avion[151]. Il affirme que les enquêteurs venus de Paris auraient retrouvé les traces d'une explosion survenue en plein vol[151]. Enfin, la non-publication du rapport de l'accident au Journal officiel présente pour Kalck, une anomalie suspecte[151].

La thèse du simple accident a été remise au goût du jour par M. Jacques Serre, à partir du rapport final de la Direction générale de l’Aviation civile (DGAC) daté du 20 juin 1960[152]. La commission a conclu à une dislocation en vol de l’appareil à altitude de croisière, 27 minutes après le décollage de l’aérodrome de Berbérati[153]. Les conditions météorologiques auraient provoqué une rupture dynamique brutale de la voilure : l’aile droite se serait repliée et détachée[153]. Selon M. Serre, pour provoquer par explosif une rupture de l’aile, il aurait fallu procéder lors de l'escale très courte, à un sabotage en public de la trappe d’accès vers la gouverne de l’aile[153]. M. Serre souligne par ailleurs que Boganda voyageait sur un Nord-Atlas 2502, un modèle doté de deux réacteurs d’appoint afin de décoller sur des terrains très courts[153]. Il a été constaté que ces masses additionnelles amplifiaient le flottement de la voilure par leurs vibrations induites[153]. Dans une lettre du 8 janvier 1960, Nord Aviation demande à la DGAC de rester discret sur les résultats des études de vibrations sur le Nord-Atlas 2502[154]. Pour M. Jacques Serre, ceci pourrait expliquer la non-publication du rapport d’accident du 20 juin 1960 au Journal officiel ; publication qui n’est, selon lui, pas une obligation pour le gouvernement[154].

Le « père fondateur » de la République centrafricaine

Le 3 avril, une foule immense se presse à ses obsèques, cathédrale Notre-Dame de Bangui[155]. Le soir même, à Bobangui, il est inhumé aux côtés de son père Swalakpé[156]. Les hommages se succèdent. Le 12 mai 1959, le Premier ministre français Michel Debré le cite par décret, à l’ordre de la Nation[151]. Le 21 mai suivant, le général de Gaulle le nomme à titre posthume, chevalier de la Légion d'honneur[157]. En République centrafricaine, Boganda est proclamé « père fondateur ». Le 29 mars devient férié[158]. Depuis, chaque année et jusqu’à présent, le gouvernement se rend au grand complet sur le lieu de l’accident où un village a été créé[147].

Afin de bénéficier de son prestige, de nombreux hommes politiques centrafricains ont revendiqué à titre personnel la qualité de « véritable héritier de Boganda »[159]. Cette tradition est inaugurée par David Dacko, cousin de Boganda qui, abusivement, s'est fait passer pour son neveu[160]. Mettant en avant ce lien familial, Dacko parvient ainsi à s'imposer face au président du gouvernement par intérim, Abel Goumba[161]. Élu président de la République, Dacko entreprend la création d’un musée à la mémoire de Boganda[161]. Le projet est alors bien avancé lorsqu’est perpétré par le colonel Jean-Bédel Bokassa, le coup d'État de la Saint-Sylvestre[161]. Bokassa est un cousin de Boganda et de Dacko[162]. L'historien Pierre Kalck rapporte que Boganda ne l'aurait rencontré qu'une seule fois, mais qu'il aurait décelé chez ce parent une certaine « fragilité mentale »[163]. Certainement par solidarité familiale, Dacko l’avait promu dans de hautes fonctions militaires[163]. Une fois parvenu au pouvoir, Bokassa se présente à son tour comme un neveu de Boganda[164]. Il reprend à son compte le projet d'un musée dédié à Boganda qu’il inaugure en 1966[161]. Et, dans la foulée, il lui construit à Bobangui, un mausolée, large structure blanche ancrée dans le style futuriste des années 1970[165].

Cette instrumentalisation de Boganda par les dirigeants centrafricains successifs, a terni l'image de Boganda[166]. La société centrafricaine est partagée au sujet du « père fondateur »[166]. Dans les années 1990, l'historien M. Jean-Dominique Pénel constate que certains adultes, lassés d'avoir subi la propagande et les slogans des régimes passés, préfèrent ne pas en entendre parler[159]. Quant aux jeunes centrafricains, M. Pénel observe chez eux, une méconnaissance quasi-totale de la pensée de Boganda[159].

Annexes

Sources et bibliographie

Livres édités

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  • Benoît Basile Siango, Barthélemy Boganda : premier prêtre oubanguien, fondateur de la République centrafricaine, Pierrefitte-sur-Seine, Bajag-Méri, 2004, 158 p. (ISBN 2-911147-15-4)
  • Jacques Serre, Biographie de David Dacko: premier président de la République centrafricaine, 1930-2003, Paris, Éditions L'Harmattan, 2007, 384 p. (ISBN 2-296-02318-5)
  • Pierre Biarnes, Si tu vois le margouillat : souvenirs d'Afrique, Paris, Éditions L’Harmattan, 2007, 298 p. (ISBN 2-296-03320-2)
  • Louis Sanmarco, et Samuel Mbajum, Entretiens sur les non-dits de la décolonisation, Paris, Éditions de l'Officine, 2007, 420 p. (ISBN 2-915680-73-6)
  • Abel Goumba, Les Mémoires et les Réflexions politiques du Resistant anti-colonial, démocrate et militant panafricaniste, v. 1 : De la loi-cadre à la mort de Barthélemy Boganda, Paris, Ccinia, 2007, 289 p. (ISBN 2-915568-07-3)
  • Abel Goumba, Les Mémoires et les Réflexions politiques du Resistant anti-colonial, démocrate et militant panafricaniste, v. 2 : De la succession du président Barthélemy Boganda au procès de la honte du militant Abel Goumba, Paris, Ccinia, 2009, 647 p. (ISBN 2-915568-16-2)
  • Joachim de Dreux-Brézé, L'accession à l'indépendance de l'Afrique équatoriale Française : union ou éclatement, Paris, L'Harmattan, 2010, 211 p. (ISBN 2-296-09725-1)

Articles publiés

Thèses universitaires

  • Jean-Dominique Pénel, Barthélemy Boganda, Antoine Darlan, Jane Vialle, trois représentants Oubanguiens du deuxième collège 1946-1952, Université de Bangui, 1985
  • A. C. Mazangue, Les trois campagnes législatives de B. Boganda à l’assemblée nationale française, 1946, 1951, 1956., Mémoire de maîtrise d’histoire, Université de Bangui, 1987
  • Antoine-Denis N'Dimina-Mougala, Barthélémy Boganda ou l'émancipation politique de la République centrafricaine et le grand dessein géopolitique de l'Afrique centrale, Thèse pour le doctorat de Sciences politiques, Université de Nantes, 1995, 472 p.
  • O. T. Ngapeoko, Boganda et le Mesan face aux autres partis politiques en Oubangui-Chari (1946-1959), Mémoire de maîtrise d’histoire, Université de Bangui, 2002
  • Mireille Guimali Nsakala, Barthélemy Boganda, l'homme de l'Union aéfienne, Thèse de doctorat, Université de Paris VIII, 2002, 623 p.
  • B. Simiti, La décolonisation de l’Afrique noire francophone, suivie du cas de l’Oubangui–Chari avec B. Boganda, CURDHACA, Université de Bangui, 2005

Notes et références

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o Biographies des députés de la IVe République : Barthélemy Boganda
  2. a, b, c, d et e Pierre Kalck, Barthélemy Boganda, éd. Sépia, Saint-Maur-des-Fossés, 1995, p. 18.
  3. Jean Pascal, Les ecclésiastiques parlementaires français, 1848-1977, éd. Édijac, Pontoise, 1988, p. 325.
  4. a et b Jacques Serre, Biographie de David Dacko, premier président de la République centrafricaine, 1930-2003, éd. L'Harmattan, Paris, 2007, p. 281.
  5. a et b Pierre Kalck, op. cit., p. 20.
  6. a et b Jean-Dominique Pénel, Barthélemy Boganda. Écrits et Discours. 1946-1951 : la lutte décisive, éd. L’Harmattan, Paris, 1995, p. 20.
  7. a, b, c, d, e et f Pierre Kalck, op. cit., p. 19.
  8. a, b, c et d David Gbanga, « L'interview du général Sylvestre Xavier Yangongo », Grands événements radiophoniques (programme de Radio Centrafrique), 28 mars 2008
  9. Côme Kinata, « Barthélémy Boganda et l’Église catholique en Oubangui-Chari », Cahiers d’études africaines, n° 191, 2008, p. 562.
  10. « Death of a Strongman », Time Magazine, 13 avril 1959
  11. a et b Philippe Moukoko, Dictionnaire général du Congo-Brazzaville, article « Compagnies concessionnaires », éd. L'Harmattan, Paris, 1999, p. 88-89.
  12. Géraldine Faes et Stephen Smith, « République centrafricaine : la solitude et le chaos », Politique internationale, n° 88, été 2000
  13. Pierre Kalck, op. cit., p. 40.
  14. Pierre Kalck, op. cit., p. 41.
  15. a, b et c Pierre Kalck, op. cit., p. 43.
  16. a et b Jean-Dominique Pénel, op. cit., p. 21
  17. Côme Kinata, op. cit., p. 552.
  18. a, b et c Pierre Kalck, op. cit., p. 50.
  19. Pierre Kalck, op. cit., p. 46.
  20. a, b, c, d et e Pierre Kalck, op. cit., p. 45.
  21. a, b et c Côme Kinata, op. cit., p. 555.
  22. Pierre Kalck, op. cit., p.55
  23. a, b et c Pierre Kalck, op. cit., p.56
  24. a, b et c Pierre Kalck, op. cit., p.57
  25. Pierre Biarnes, Si tu vois le margouillat : souvenirs d'Afrique, Paris, Éditions L’Harmattan, 2007, p.82
  26. a, b, c et d Côme Kinata, op. cit., p.559
  27. a et b Jean-Dominique Pénel, op. cit., p. 23
  28. Pierre Kalck, op. cit., p.59
  29. Biographies des députés de la IVe République : René Malbrant
  30. Biographies des députés de la IVe République : Guy Baucheron de Boissoudy
  31. Pierre Kalck, op. cit., p.69
  32. a et b Jean-Dominique Pénel, op. cit., p.31
  33. a et b Pierre Kalck, op. cit., p.72
  34. a, b et c Jean-Dominique Pénel, op. cit., p.42
  35. a et b Jean-Dominique Pénel, op. cit., p.44
  36. Jean-Dominique Pénel, op. cit., p.43
  37. a et b Brian Titley, Dark Age: The Political Odyssey of Emperor Bokassa, Montréal, McGill-Queen's University Press, 2002, p.12
  38. a, b, c, d et e Jean-Dominique Pénel, op. cit., p.37
  39. a et b Pierre Kalck, op. cit., p.73
  40. a, b, c et d Jean-Dominique Pénel, op. cit., p.40
  41. Pierre Kalck, op. cit., p.75
  42. a et b Pierre Kalck, op. cit., p.81
  43. a, b et c Jean-Dominique Pénel, op. cit., p.45
  44. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u et v Jean-Dominique Penel, « Sept tentatives, entre 1949 et 1953, pour lever « l'immunité parlementaire » de B. Boganda, député du deuxième collège de l'Oubangui-Chari » In Civilisations (En ligne), n°41, 1993, mis en ligne le 30 juillet 2009
  45. a, b et c Pierre Kalck, op. cit., p.90
  46. a et b Juan Fandos-Rius, « Conseil Représentatif de l'Oubangui-Chari » In Parliament of the Central African Republic, 14 novembre 2007
  47. Daniel Boisdon, Les institutions de l'Union française, Paris, Éditions Berger-Levrault, 1949, p.278
  48. Pierre Kalck, op. cit., p.74
  49. a, b, c et d Max Wallot, « Boganda et l'unité africaine », Agence Centrafrique Presse, 29 mars 2006
  50. a, b et c Pierre Kalck, op. cit., p.83
  51. a, b et c Jacques Serre, op. cit., p.284
  52. a, b, c et d Jacques Serre, op. cit., p.54
  53. a et b Didier Bigo, Pouvoir et obéissance en Centrafrique, Paris, Éditions L'Harmattan, 1988, p.39
  54. a et b Côme Kinata, op. cit., p.556
  55. a et b Côme Kinata, op. cit., p.561
  56. a, b et c Pierre Kalck, op. cit., p.89
  57. Côme Kinata, op. cit., p.560
  58. Pierre Kalck, op. cit., p.91
  59. Pierre Kalck, op. cit., p.87
  60. Pierre Kalck, op. cit., p.95
  61. a et b Pierre Kalck, op. cit., p.96
  62. Pierre Kalck, op. cit., p.92
  63. a, b, c, d et e Richard Bagouma « Les six tentatives pour la levée de l'immunité parlementaire de Barthélemy Boganda par Jean-Dominique Pénel » In Émission culturelle spéciale (Programme de Radio Centrafrique), 30 mars 2008
  64. a et b Pierre Kalck, op. cit., p.98
  65. Jacques Serre, op. cit., p.282
  66. a et b Pierre Kalck, op. cit., p.106
  67. Jacques Serre, op. cit., p.296
  68. Pierre Kalck, op. cit., p.107
  69. a et b Pierre Kalck, op. cit., p.108
  70. a et b Pierre Kalck, Histoire centrafricaine des origines à 1966, 2e édition, Paris, Éditions L'Harmattan, 1992, p.277
  71. Pierre Kalck, op. cit., 2e édition, p.276
  72. Jacques Serre, op. cit., p.285
  73. a, b et c Côme Kinata, op. cit., p.564
  74. Pierre Kalck, op. cit., 2e édition, p.278
  75. Didier Bigo, op. cit., p.40
  76. Pierre Kalck, op. cit., 2e édition, p.316
  77. a, b, c et d Pierre Kalck, op. cit., p.113
  78. a, b, c et d Pierre Kalck, op. cit., p.114
  79. Pierre Kalck, op. cit., p.115
  80. Louis Sanmarco, Le colonisateur colonisé, Paris, Éditions A.B.C., 1983, p.142
  81. Louis Sanmarco, op. cit., p.147
  82. Pierre Kalck, op. cit., p.112
  83. a et b Pierre Kalck, op. cit., p.119
  84. Louis Sanmarco, et Samuel Mbajum, Entretiens sur les non-dits de la décolonisation, Paris, Éditions de l'Officine, 2007, p.301
  85. Jacques Serre, op. cit., p.55
  86. Pierre Kalck, op. cit., p.122
  87. a, b, c et d Jacques Serre, op. cit., p.309
  88. a et b Jacques Serre, op. cit., p.56
  89. Louis Sanmarco, op. cit., p.158
  90. a et b Louis Sanmarco, op. cit., p.174
  91. Jean-Dominique Pénel, op. cit., p. 96
  92. a et b Joachim de Dreux-Brézé, L'accession à l'indépendance de l'Afrique équatoriale Française : union ou éclatement, Paris, L'Harmattan, 2010, p.12
  93. Joachim de Dreux-Brézé, op. cit., p.13
  94. a et b Jacques Serre, op. cit., p.59
  95. a, b et c Pierre Kalck, op. cit., p.136
  96. a et b Jacques Serre, op. cit., p.60
  97. a, b et c Pierre Kalck, op. cit., p.144
  98. Pierre Kalck, op. cit., 2e édition, p.289
  99. a, b, c et d Pierre Kalck, op. cit., 2e édition, p.295
  100. a et b Pierre Kalck, op. cit., p.145
  101. a, b, c, d et e Pierre Kalck, op. cit., p.146
  102. Jacques Serre, op. cit., p.310
  103. Abel Goumba, Les Mémoires et les Réflexions politiques du Resistant anti-colonial, démocrate et militant panafricaniste, v. 1, Paris, Ccinia, 2007, p.55
  104. Abel Goumba, op. cit., v.1, p.57
  105. a et b Pierre Kalck, op. cit., p.147
  106. a, b et c Pierre Kalck, op. cit., p.151
  107. a et b Virginia McLean Thompson, et Richard Adloff, The emerging states of French Equatorial Africa, Stanford University Press, 1960, p.48
  108. a, b et c Pierre Kalck, op. cit., p.137
  109. a, b et c Virginia McLean Thompson, et Richard Adloff, op. cit., p.49
  110. a et b Pierre Kalck, op. cit., p.141
  111. a et b Ahmed Kotoko, Tchad-Cameroun, le destin de Hamaï, ou, Le long chemin vers l'indépendance du Tchad, Paris, Éditions L'Harmattan, 1989, p.146
  112. Jacques Serre, op. cit., p.297
  113. Bernard Lanne, Histoire politique du Tchad de 1945 à 1958, Paris, Éditions Karthala, 1998, p.301
  114. a et b Pierre Kalck, op. cit., p.155
  115. Didier Bigo, op. cit., p.41
  116. a, b et c Pierre Kalck, op. cit., p.156
  117. Alain Foka, « Barthélemy Boganda » In Archives d'Afrique (Émission radiophonique de RFI), 3e partie, 17 avril 2009
  118. Pierre Kalck, op. cit., p.159
  119. a, b et c Abel Goumba, op. cit., v.1, p.154
  120. Pierre Kalck, op. cit., p.163
  121. a et b Abel Goumba, op. cit., v.1, p.155
  122. Pierre Kalck, op. cit., p.162
  123. a et b Pierre Kalck, op. cit., p.164
  124. Philippe Decraene, Le panafricanisme, 4e réédition, Paris, PUF, coll. « Que sais-je », 1970, p.80
  125. a et b Philippe Decraene, op. cit., p.81
  126. Abel Goumba, op. cit., v.1, p.162
  127. Joachim de Dreux-Brézé, op. cit., p.74
  128. Pierre Kalck, op. cit., p.181
  129. a, b et c Jacques Serre, op. cit., p.64
  130. Joachim de Dreux-Brézé, op. cit., p.76
  131. Joachim de Dreux-Brézé, op. cit., p.78
  132. a, b et c Joachim de Dreux-Brézé, op. cit., p.77
  133. a et b Joachim de Dreux-Brézé, op. cit., p.80
  134. a, b et c Joachim de Dreux-Brézé, op. cit., p.82
  135. Joachim de Dreux-Brézé, op. cit., p.83
  136. Joachim de Dreux-Brézé, op. cit., p.87
  137. Pierre Kalck, op. cit., p.184
  138. Joachim de Dreux-Brézé, op. cit., p.89
  139. Joachim de Dreux-Brézé, op. cit., p.90
  140. a, b et c Pierre Kalck, op. cit., p.180
  141. a, b, c, d et e Pierre Kalck, op. cit., p.185
  142. a, b et c Pierre Kalck, op. cit., p.186
  143. Abel Goumba, op. cit., v.1, p.179
  144. a et b Abel Goumba, op. cit., v.1, p.180
  145. Abel Goumba, op. cit., v.1, p.181
  146. Abel Goumba, op. cit., v.1, p.189
  147. a et b Jacques Serre, op. cit., p.147
  148. Abel Goumba, op. cit., v.1, p.191
  149. a et b Jacques Serre, op. cit., p.148
  150. a et b Jacques Serre, op. cit., p.149
  151. a, b, c et d Pierre Kalck, op. cit., p.15
  152. Jacques Serre, op. cit., p.150
  153. a, b, c, d et e Jacques Serre, op. cit., p.151
  154. a et b Jacques Serre, op. cit., p.152
  155. Pierre Kalck, op. cit., p.13
  156. Pierre Kalck, op. cit., p.14
  157. Pierre Kalck, op. cit., p.16
  158. Dominique Auzias, Jean-Paul Labourdette, Le petit futé République centrafricaine, 2e édition, Paris, Nouvelles éditions de l’université, 2009, p.193
  159. a, b et c Jean-Dominique Pénel, op. cit., p. 8
  160. Pierre Kalck, op. cit., p. 189
  161. a, b, c et d Anne Gaugue, Les états africains et leurs musées: la mise en scène de la nation, Paris, L'Harmattan, 1997, p. 92
  162. Pierre Kalck, op. cit., p.203
  163. a et b Pierre Kalck, op. cit., p.204
  164. Centre d'étude d'Afrique noire de Bordeaux, Année africaine 1966, Paris, Éditions A. Pedone, 1967, p.180
  165. Dominique Auzias, Jean-Paul Labourdette, op. cit., p.114
  166. a et b Jean-Dominique Pénel, op. cit., p. 9

Voir aussi



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