Cheval dans la mythologie nordique
Cavalier sur la Pierre de Tjängvide, interprété comme étant Odin sur Sleipnir.

Le cheval a un rôle important dans la mythologie nordique, aussi bien dans les Eddas que dans les sagas, où il est quasiment toujours nommé, qu'il soit associé aux dieux Ases et Vanes, aux héros ou à leurs ennemis. Cet animal n'a pas qu'un simple rôle de monture ou de véhicule puisqu'il est étroitement associé à la cosmogonie des anciens germano-scandinaves et à une profonde symbolique d'inspiration chamanique. Plusieurs études ont mis en avant le fait que le cheval se voit confier la charge d'emporter les morts au Valhalla comme psychopompe, celle de tirer le char du soleil et celui de la lune, ou encore celle d'éclairer le monde avec sa crinière. Il est lié à de nombreux éléments vitaux comme la lumière, l'air, l'eau et le feu.

Cette importance du cheval dans les textes fondateurs et les sagas mythologiques semble refléter la grande valeur qu'il possédait chez les peuples germano-scandinaves, comme l'attestent également les rituels liés à son sacrifice et à la consommation de sa viande, censés apporter protection et fertilité tandis que ses ossements sont utilisés comme instruments de magie noire dans les sagas. La lutte contre les traditions et les rituels comme la consommation de viande de cheval est un élément capital dans la christianisation des régions qui pratiquaient historiquement la religion nordique, telles que la Germanie et l'Islande.

Sommaire

Mentions dans les textes

La connaissance du cheval dans la mythologie nordique provient principalement de l’Edda en prose et de l’Edda poétique, mais aussi des sagas qui, si elles ne contiennent pas toujours beaucoup d'éléments mythologiques, permettent d'avoir une idée précise des cultes rendus à cet animal, de son importance pour les anciens Scandinaves, et par là même des raisons de sa place dans les textes fondateurs. Les Þulur, qui sont une forme d'énumération mnémotechnique dans l'Edda en prose de Snorri Sturluson, livrent un très grand nombre de noms de chevaux[1] tels que Hrafn, Sleipnir, Valr, Lettfeti, Tjaldari, Gulltoppr, Goti, Soti, Mor, Lungr, Marr, Vigg, Stuffr, Skaevadr, Blakkr, Thegn, Silfrtoppr, Fakr, Gullfaxi, Jor, et Blodughofi.

Chevaux des dieux Ases

Article connexe : Les dieux Ases.
Odin et son cheval Sleipnir d'après un dessin d'Arthur Rackham.

Les chevaux appartenant aux dieux Ases sont cités dans le Grímnismál (30) et dans la Gylfaginning (15).

Sources mythologiques

Première page du manuscrit ÍB 299 4to de l'Edda en prose, montrant entre autres Odin, Heimdall et Sleipnir.
Articles connexes : Grímnismál et Gylfaginning.

Le poème eddique Grímnismál cite les noms suivants :

Glad et Gyllir,
Gler et Skeidbrimir,
Sillfrintopp et Sinir,
Gisl et Falhofnir,
Gulltopp et Lettfeti ;
Sur ces montures les Ases
Chevauchent chaque jour
Quand ils se rendent au conseil,
À la racine d'Yggdrasill.
Grímnismál (30)[2]

La Gylfaginning dans l'Edda en prose de Snorri Sturluson reprend cette liste en y ajoutant Sleipnir « Celui qui glisse », le cheval à huit jambes d'Odin ; et Glen ou Glenr[Note 1].

« Chaque jour, les Ases chevauchent sur le pont Bifröst, que l'on appelle aussi le pont des Ases. Voici les noms des montures des Ases : Sleipnir est le meilleur, il appartient à Odin et a huit jambes. Le second est Gladr, le troisième Gyllir, le quatrième Glenr, le cinquième Skeidbrimir, le sixième Silfrintoppr, le septième Sinir, le huitième Gisl, le neuvième Falhófnir, le dixième Gulltoppr, le onzième Léttfeti. Le cheval de Baldr a été brûlé avec lui ; et Thor marche jusqu'au jugement. »

— Gylfaginning (15)[3]

Les Þulur mentionnent également les noms de tous ces chevaux. Gulltopp est attribué au dieu Heimdall dans Baldrs draumar, où le dieu monte cet animal à l'occasion du cortège funèbre pour célébrer l'incinération de Baldr[4],[5].

Sleipnir tient une place toute particulière dans les textes mythologiques[6] puisqu'il est à la fois le cheval le mieux décrit et le plus souvent mentionné parmi ceux des Ases, il apparaît ainsi dans le Grímnismál, Sigrdrífumál, Baldrs draumar, Hyndluljóð, ou encore Skáldskaparmál. Cet animal à huit jambes est capable de se déplacer au-dessus de la mer aussi bien que dans les airs, il est le fils du dieu Loki et du puissant étalon Svaðilfari. « Meilleur de tous les chevaux » et plus rapide d'entre eux selon Snorri Sturluson, il devient la monture d'Odin qui le chevauche jusque dans la région de Hel et le prête à son messager Hermóðr pour accomplir le même voyage ; toutefois, le dieu s'en sert surtout pour traverser le pont Bifröst afin de se rendre à la troisième racine d'Yggdrasil, là où se tient le conseil des dieux. L'Edda en prose donne de nombreux détails sur les circonstances de la naissance de Sleipnir et précise, par exemple, qu'il est de couleur grise. C'est aussi l'ancêtre du cheval Grani.

Article détaillé : Sleipnir.

Analyse

Selon l'Edda en prose, seuls les dieux masculins possèdent des chevaux, les douze dieux Ases s'en partagent onze et Thor est le seul qui n'en possède pas, puisqu'il effectue le trajet sur le pont Bifröst à pied[7]. Les dieux scandinaves ont la particularité d'être très « humanisés », et semblent avoir les mêmes sujets de préoccupation que les hommes sur la terre, car un bon cheval est indispensable même pour un Dieu[8]. La plupart des chevaux des Ases ne sont pas associés à une divinité en particulier, hormis Sleipnir et Gulltopp. Il n'existe aucune autre information écrite sur ces montures, mise à part celle qui est fournie par l'étymologie de leur nom. Plusieurs traductions des noms des chevaux des Ases à partir du vieux norrois ont en effet été proposées, notamment en français par Régis Boyer et François-Xavier Dillmann, en allemand par Rudolf Simek, et en anglais par John Lindow et Carolyne Larrington.

Glad, ou Glaðr signifie « Joyeux[9],[10],[11] » ou « Radieux[12],[13] » ; Gyllir « Doré » ; Glær « Clair[13],[9] » ou « Transparent[10],[11] » ; Skeidbrimir ou Skeiðbrimir « Celui qui renâcle pendant la course[9],[12] » ou « Celui qui s’ébroue pendant la course[13] » ; Silfrintopp ou Silfrintoppr « Toupet d'argent » ou « Crinière d'argent » ; Sinir « Nerveux[9],[13] » ; Gísl « Rayonnant[13],[11],[9],[10],[12] » ; Falhófnir « Celui dont les sabots sont recouverts de poils[13],[12],[10] » ou « Celui dont les sabots sont clairs[9],[11] » ; Gulltopp ou Gulltoppr « Toupet d'or » ou « Crinière d'or[5] », et Léttfeti « Pied léger ». Sleipnir signifie « planeur[14] » ou « glissant », et pourrait avoir un sens proche de « Celui qui glisse rapidement[6] ».

Autres chevaux divins et cosmogoniques

D'autres chevaux liés aux divinités ou jouant un rôle dans la cosmogonie sont mentionnés dans la mythologie nordique, ainsi, le Gylfaginning (35) dévoile l'origine de Sleipnir et mentionne longuement le cheval Svadilfari. Le cheval est aussi fréquemment l'objet d'admiration dans l’Edda poétique, sur sa forme et sa rapidité, on trouve ainsi des kennings comparant les navires et les chevaux, notamment dans l’Edda poétique, dans la section du Chant de Sigurd, tueur de dragon (16).

Árvak et Alsvid

Les loups poursuivent le char de la lune, Máni, et celui du soleil, Sól, tiré par Árvak et Alsvid.

Árvak et Alsvid (« Tôt levé » et « Très rapide ») sont les deux chevaux qui tirent le char de la déesse Sól à travers le ciel chaque jour[15],[16], leur crinière émettant la lumière du jour.

Article détaillé : Árvak et Alsvid.

Blóðughófi

Dans les Þulur de l’Edda en prose, Blóðughófi, parfois anglicisé en Blodughofi « sabot sanglant[17]», est un cheval capable de traverser le feu et les ténèbres, et appartenant à Freyr[18],[19]. Dans le Skírnismál de l’Edda poétique, Freyr donne à Skírnir un cheval capable de courir à travers le feu jusqu'à Jötunheimr pour y rencontrer la géante Gerðr, l'animal n'est pas nommé mais il est très probable que ce soit Blóðughófi[20].

Gullfaxi

Gullfaxi (« Crinière d'or ») est, dans le Skáldskaparmál (17), un cheval appartenant originellement au géant Hrungnir. Après avoir terrassé le géant, Thor offre ce cheval à son fils Magni en récompense pour son aide[21].

Article détaillé : Gullfaxi.

Hófvarpnir

Article connexe : Gná.
Gná et son cheval Hófvarpnir, à côté du trône de Frigg, illustration de 1882 par Carl Emil Doepler.

Hófvarpnir « Celui qui lance ses sabots[Note 2],[9],[13] » ou « Celui qui donne des coups de sabot[22] » est le cheval de la déesse Gná, capable de se déplacer dans l'air comme sur la mer[22]. Mentionné dans l'Edda en prose, il est le fils de Hamskerpir[Note 3] et de Garðrofa « Briseur de clôtures[23] ».

Je ne vole pas
Bien que je pense
Traverser les cieux
Sur Hofvarpnir
Celui que Hamskerpir eut
Avec Garðrofa
Gylfaginning (35)[24]

Jacob Grimm note que Gná n'est pas considérée comme une déesse ailée mais que sa monture Hófvarpnir pourrait avoir été un cheval ailé, à l'instar de Pégase dans la mythologie grecque[25]. John Lindow ajoute que Hamskerpir et Garðrofa sont totalement inconnus des autres sources de la mythologie nordique, et que s'ils avaient un mythe associé, celui-ci a pu ne pas survivre[23].

Hrímfaxi et Skínfaxi

Nótt chevauchant Hrímfaxi, d'après une peinture de Peter Nicolai Arbo au XIXe siècle.

Hrímfaxi et Skínfaxi (« Crinière de givre » et « Crinière brillante ») sont, selon Snorri Sturluson, deux chevaux cosmogoniques, l'un appartenant à la personnification de la nuit, Nótt, qui le monte durant la nuit, l'autre à celle du jour, Dag, qui chevauche donc durant le jour[16].

Article détaillé : Hrímfaxi et Skínfaxi.

Svadilfari

Svadilfari ou Svaðilfari[Note 4] « Celui qui fait de pénibles voyages[13],[12] » ou « Celui qui fait de malheureux voyages[26] » est l'étalon qui engendre Sleipnir avec Loki transformé en jument selon le Hyndluljód (40). Selon Snorri dans le Gylfaginning (42), il appartient au géant maître-bâtisseur et contribue à la construction d'Asgard[27].

Article détaillé : Svadilfari.

Chevaux des héros et des sagas

On retrouve le cheval au premier plan dans les sagas et les récits héroïques de l'Edda poétique, ainsi, dans la saga suédoise des Ynglingar, le roi peut donner trois choses très précieuses qui sont, dans l'ordre : un bon cheval, une selle en or et un beau navire[28]. Il existe aussi des parallèles entre les croyances celtes et viking, puisque dans la Laxdoela saga, écrite en Islande, le héros Kjartan (dont la grand-mère est irlandaise) refuse des chevaux blancs aux oreilles rousses[29]. Dans la littérature celtique, il s'agit de la couleur des chevaux venus de l'autre monde.

Freyfaxi

Freyfaxi « Crinière de Freyr », est le cheval dédié au dieu Freyr appartenant au protagoniste de la saga de Hrafnkell, qui avait fait serment que lui seul le monterait, et qu'il tuerait chaque personne qui essayerait de se hisser sur ce cheval. La rupture de ce serment est un élément majeur de l'intrigue de la saga, et quand le fils de son voisin monte Freyfaxi afin de récupérer ses moutons qui se sont enfuis, Hrafnkell reste fidèle à son serment et le tue[30].

Article connexe : Saga de Hrafnkell.

Chevaux de la légende de Sigurd

Grani d'après une illustration de Fredrik Sander dans une édition suédoise de l'Edda poétique en 1893.

Grani est un cheval gris descendant de la propre monture d'Odin, Sleipnir. Il est capturé puis chevauché par le héros Sigurd (ou Siegfried) dans la Völsunga saga (13) grâce aux conseils d'un vieil homme qui est en fait le dieu Odin déguisé[31]. Ce cheval accompagne ensuite Sigurd dans toutes ses aventures. Grani possède des pouvoirs merveilleux, une grande force ainsi qu'une remarquable intelligence[32] et le prouve notamment en franchissant le cercle de flammes qui entoure la valkyrie Brunehilde (27)[33], puis en pleurant la mort de son maître auprès de Gudrun, la femme de celui-ci. Dans l'opéra de Richard Wagner, Der Ring des Nibelungen, Grane est le nom du cheval de Brunehilde.

Article détaillé : Grani.

Goti, un autre cheval mentionné dans la légende de Sigurd, est la monture du frère de sang de ce dernier, Gunther. Goti se dérobe face au brasier qui entoure la valkyrie Brunehilde, obligeant Sigurd à prêter sa propre monture, Grani, à Gunther[34],[35].

Chevaux des rois

Snorri Sturluson mentionne plusieurs chevaux appartenant à des rois et met en avant leur passion pour ces animaux de nombreuses fois, ainsi, selon Heimskringla[1], le roi norvégien Adils aimait les coursiers généreux, et nourrissait les deux meilleurs de son temps. L'un était nommé Slöngvir, l'autre Hrafn, il s'agissait d'une jument qu'il avait enlevée après la mort du roi Ala, et qui donna le jour à un autre destrier du même nom qu'elle. Adils fit présent de Hrafn à Godgest, le roi d'Héligoland, mais ce chef l'ayant montée un jour et ne pouvant l'arrêter, fut désarçonné et tué en tombant[36].

De même, les rois Allrek et Kirek mettaient leur ambition à dompter des coursiers, à les dresser, à les monter, et surpassaient tous les autres dans l'art de l'équitation, ils rivalisaient entre eux à qui l'emporterait par son adresse comme cavalier ou par la beauté de ses montures. II arriva qu'un jour les deux frères, entraînés par l'ardeur de leurs chevaux, ne revinrent plus, on les chercha et on ne trouva que leurs cadavres. Ils étaient tombés victimes de leur passion favorite[37].

Symbolique

Une valkyrie d'après Émile Bayard (1837-1891).
Article connexe : Symbolique du cheval.

Les anciens peuples scandinaves formaient une civilisation à la fois cavalière et mystique, le chamanisme y avait une grande importance et c'est tout naturellement qu'ils ont attribué de nombreux pouvoirs au cheval. Cet animal n'est foncièrement ni bon ni mauvais dans les textes puisqu'on le retrouve associé aux dieux comme aux géants, et à la nuit (à travers Hrimfaxi à la crinière de givre), comme au jour. Le psychiatre suisse Carl Gustav Jung a réalisé plusieurs études sur la symbolique du cheval en psychanalyse, et note une relation d'intimité entre le cavalier et son cheval dans les contes et les légendes, où le héros et sa monture lui « paraissent représenter l'idée de l'homme avec la sphère instinctuelle à lui soumise »[38], les légendes attribuent au cheval des caractères qui reviennent selon lui psychologiquement à l'inconscient de l'homme, car les chevaux sont doués de clairvoyance, ils ont des facultés mantiques, ils voient aussi les fantômes. Le pied du cheval, souvent anthropomorphisé, relève une qualité symbolique importante et il le montre dans les moments critiques : lors de l'enlèvement d'Hadding, le pied de Sleipnir apparaît soudain sous le manteau de Wotan, par exemple, et Jung y voit l'irruption d'un contenu inconscient symbolisé[39].

Une rune est entièrement consacrée au cheval dans l'alphabet futhark, il s'agit de Ehwaz.

Article détaillé : Ehwaz.

Véhicule et psychopompe

L'une des premières symboliques du cheval semble être, comme dans la plupart des religions, celle d'un véhicule dirigé par la volonté de l'homme, comme le montre Odin en chevauchant Sleipnir entre les neuf mondes. La rune raido, présente dans le futhark, signifie ainsi à la fois « chevauchée » et « voyage »[6]. Carl Gustav Jung a noté le côté psychopompe de Sleipnir et des montures des Valkyries, et il a vu le cheval comme l'un des archétypes les plus fondamentaux des mythologies, proche du symbolisme de l'arbre de vie. Comme ce dernier, il relie tous les niveaux du cosmos : le plan terrestre où il court, le plan souterrain dont il est familier, et le plan céleste[40]. Sleipnir et le cheval volant Hófvarpnir sont cités comme des « exemples premiers » de chevaux intermédiaires entre la terre et le ciel, entre Ásgarðr, Miðgarðr et Útgarðr, et entre le monde des mortels et le monde souterrain dans la mythologie nordique, ce qui fait du cheval le meilleur animal apte à guider les morts durant leur voyage vers l'autre monde, dont la toute première qualité est la mobilité[16].

Lien avec la vie, le feu et la lumière

Chez les dieux Vanes, le cheval semble apparaître comme un être qui maintient et conserve la vie[6]. Les chevaux sont également liés à la symbolique du feu et de la lumière, et par extension à celle de l'éclair ; ainsi, Siegfried saute par-dessus le brasier Waterlohe qui entoure Brunehilde « monté sur Grani, le cheval du tonnerre, qui descend de Sleipnir et qui seul ne se dérobe pas au feu », nous dit Carl Gustav Jung[40], et la monture de Freyr est capable de traverser le feu. Le cheval s'occupe aussi fréquemment de tirer le soleil et d'éclairer le monde, ainsi Skinfaxi éclaire le monde avec sa crinière de lumière, Árvak et Alsvid tirent le char du soleil. Preuve de cette très ancienne association du cheval et du soleil, un bronze antique nommé le « char solaire de Trundholm », représentant le soleil tracté par un cheval et daté d'environ 1 400 ans avant notre ère, a été retrouvé au Danemark[6].

Article détaillé : Char solaire de Trundholm.

Lien avec l'eau

Les anciens Scandinaves de la Baltique et de la mer du Nord avaient également mis en avant un lien étroit entre le cheval et l'eau, ils seraient même être selon Marlene Baum le premier peuple à l'avoir fait. Cette association apparait au travers de kenning comme « cheval des vagues », qui désignait les plus longs bateaux utilisés par les Vikings[41].

Lien avec l'air

La chevauchée des valkyries, sur leurs « chevaux de nuage ».

Le symbolisme aérien du cheval est mis de nombreuses fois en avant, notamment à travers Sleipnir, à qui ses huit pieds permettent de courir sur terre comme dans les airs, et qui possède aussi un lien particulier avec le vent et par extension, avec la vitesse[42], Carl Gustav Jung voit dans Sleipnir une « pulsion d'angoisse, mais aussi une pulsion migratoire, le symbole du vent qui souffle sur les plaines et invite l'homme à fuir son domicile »[43], et les nuages étaient décrits comme les chevaux des valkyries[6].

Représentations artistiques

Le cheval est présent dans les représentations artistiques de la mythologie nordique, ainsi, il est généralement admis que Sleipnir fut représenté sur plusieurs pierres historiées de Gotland vers le VIIIe siècle, notamment la pierre de Tjängvide et la pierre d'Ardre VIII[44], bien plus tard, Sleipnir est représenté sur plusieurs anciens parchemins islandais, du XVIIIe siècle notamment. Au XIXe siècle, d'autres chevaux légendaires figurent aussi sur les œuvres du peintre norvégien Peter Nicolai Arbo, qui a abondamment illustré la mythologie nordique.

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Influence sur le folklore

Des informations concernant le rôle du cheval dans la mythologie nordique peuvent avoir disparu au cours du temps et des transcriptions. Selon Jacob Grimm, il semblerait qu'à l'origine, la déesse des enfers, Hel, ait possédé une monture « à trois jambes » dont on retrouve survivance dans le folklore danois à travers le Helhest, ou « cheval à trois pieds de l'enfer » qui va dans les cimetières chercher les morts et répand la pestilence[45].

Article détaillé : Helhest.

Selon le folklore islandais, Sleipnir est le créateur du canyon d'Ásbyrgi, qu'il fit apparaître d'un coup de sabot en lui donnant sa forme de fer à cheval[46]. Cet animal semble être le seul parmi les chevaux de la mythologie nordique à avoir survécu sous son nom propre, en tant que monture d'Odin lors de la chasse sauvage.

Article détaillé : Sleipnir.

Mentions historiques

Article connexe : Cheval islandais.
Le cheval islandais moderne n'a pas subi de croisements étrangers depuis l'an mil, et on le croit de ce fait très proche des montures des anciens Scandinaves.

La fiabilité des Eddas et des sagas comme témoignages de la foi scandinave est souvent remise en cause, mais ces textes reflètent bien la société et les coutumes de l’époque, et montrent clairement que le cheval y tenait une place prépondérante. Considéré comme un « double de l'homme » et une « forme des puissances », cet animal fut l'un des plus importants aussi bien dans les textes fondateurs, les rites ou la mentalité des germains[47]. Le cheval semble avoir été un médiateur central dans la société nordique, et pourrait avoir tenu une place intermédiaire entre animal sauvage et animal domestique du fait que l'on devait encore trouver de grands troupeaux de chevaux sauvages, au moins jusqu'au Xe siècle, et du fait qu'il pouvait être monté aussi bien pour franchir des plaines que des terrains montagneux, cette particularité ayant pu contribuer à lui donner sa place particulière dans les textes fondateurs[16].

Des noms de lieux dans les régions nordiques font aussi référence au cheval, comme les deux îles Hestur et Koltur, dont les noms signifient respectivement « cheval » et « poulain ». Plusieurs traditions relatives au cheval sont relatées, notamment en Islande, où les premiers colons arrivèrent avec le rituel de l'étalon de combat[8].

Culte funéraire

Article connexe : Psychopompe.

Les trouvailles archéologiques, notamment en Islande au Xe siècle, laissent à penser que le cheval jouait un rôle important dans les pratiques funéraires[16], et l'on trouve mention de chevaux doués de pouvoirs fabuleux dans les textes fondateurs, aussi bien au Valhöll qu'à Hel, qui confirment ce statut d'animal psychopompe[16]. Le cheval semble ainsi, comme le prouve sa place symbolique et mythologique, avoir été considéré comme le lien entre les deux mondes, celui des vivants et celui des morts, ce qui définissait sa place d'animal sacré[47]. Les chevaux retrouvés enterrés en Islande semblent avoir été le plus fréquemment enterrés individuellement avec leur maître[16], parfois sellés et bridés, sans doute pour pouvoir emporter ce dernier vers le Valhalla[8]. Bien qu'il ne soit pas certain que le cheval ait été l'animal le plus fréquemment sacrifié rituellement chez les anciens Scandinaves, tout prouve qu'un grand nombre de chevaux ont été sacrifiés et consommés lors de fêtes funéraires[16].

Chamanisme et sortilèges

Crâne de cheval
Articles connexes : Chamanisme et Magie noire.

Le cheval est étroitement associé au chamanisme dont les pratiques sont omniprésentes chez les anciens Scandinaves. Il était l'instrument des transes chamaniques et un masque lors de rituels initiatiques[47], mais il était aussi un démon de la mort et un instrument de magie noire à travers ses ossements, ainsi, le niðstöng était selon la saga d'Egill un pieu dans lequel on enfonçait le crâne d’un cheval, que l'on orientait ensuite en direction de la victime en prononçant une malédiction[47]. Le cheval semble avoir été considéré comme un lien entre les esprits de la terre, la terre elle-même, et les hommes. La tête de l'animal révèle également un lien étroit avec la notion de royauté[48]. La signification exacte du niðstöng semble cependant difficile à établir, notamment pour savoir s'il s'agissait bien[16] « de la plus grande honte et de l'insulte suprême »[8] comme on l'entend parfois. La Vatnsdæla saga mentionne elle aussi un pieu avec une tête de cheval[16]. Ces rites n'ont pas été repris par les mouvements néopaganistes tels que l'Asatru[48].

Mariage sacré

Il existe des fragments d'informations laissant à penser que les anciens germano-scandinaves pratiquaient le sacrifice du cheval blanc dans le cadre du mariage sacré : le roi ou le « chef » tribal s'unissait rituellement à une jument blanche symbolisant ses terres[49].

Culte de la fertilité

Les chevaux blancs étaient fréquemment sacrifiés
Article connexe : Hippophagie.

Le cheval était traditionnellement sacrifié par les anciens Scandinaves, lors de rituels où il était réputé apporter protection et fertilité, sa viande était ensuite consommée[47],[49]. La force de cet animal alors considéré comme un génie de la fécondité[47] se transmettait ensuite à son propriétaire ou à son bourreau, les Vikings continentaux de Gern effectuaient ainsi des sacrifices de chevaux blancs et consommaient régulièrement de la viande de cheval[49]. Selon une étude consacrée à la place du cheval en Germanie, cet animal incarnait le cycle vital cosmique et son sacrifice régulier visait à l'entretenir[47]. La consommation de viande de cheval après le sacrifice de l'animal fut selon Ulla Loumand et François-Xavier Dillmann une ancienne coutume purement païenne, et regardée comme telle par les évangélisateurs de la Germanie, de la Scandinavie et de l'Islande, avec toutes les conséquences que cela suppose[16].

Article connexe : Völsa þáttr.

Le Völsa þáttr dévoile une étroite association du cheval avec cet ancien culte de la fertilité à travers l'histoire d'un couple de fermiers en Norvège. Ils préparent leur cheval pour le manger après sa mort, selon la coutume païenne, et gardent le pénis de l'animal en le considérant comme un dieu. Chaque soir, le pénis passait de main en main et chacun récitait une strophe incantatoire, jusqu'au jour où le roi Óláfr en entendit parler et convertit tout le foyer au christianisme. Régis Boyer pense que le Völsa þáttr témoigne de « pratiques rituelles fort anciennes[50] », et souligne le caractère sacré du cheval, que de nombreuses autres sources confirment, ainsi que son association avec Freyr[51]. Il semblerait ainsi que la préservation et la vénération du pénis de l'animal ait été courante au début de la christianisation, à la grande horreur des évangélisateurs[49].

Christianisation

Article connexe : Christianisation des anciens germains et scandinaves.

Le cheval qui, pendant toute l'époque païenne et principalement chez les anciens Germains, était considéré comme sacré et d'essence divine, eut plus tard en partage un caractère démoniaque et maléfique.

Lors de la christianisation de la Germanie et des pays scandinaves, tous les rites et traditions liés au cheval furent combattus par les autorités chrétiennes afin de favoriser la conversion religieuse des peuples. L'interdiction de l'hippophagie fut prononcée par le pape Grégoire III en 732, qui la dénonça comme une « pratique immonde »[52]. Son successeur Zacharie renouvela l'interdiction. En Islande, la situation fut légèrement différente puisque l'île n'a jamais été touchée par l'interdiction papale de consommer la viande de cheval. Le pape avait d'abord exigé des populations locales devenues chrétiennes qu'elles abandonnent cette pratique assimilée au paganisme, avant de revenir sur cette exigence et de tolérer l'hippophagie[53].

Les rituels liés aux offrandes funéraires du cheval furent également interdits, et parallèlement l'animal fut éliminé hors de la sphère religieuse, comme le prouve l'interdiction des défilés et des rogations à cheval[47].

L'église chrétienne faisait considérer comme des démons les mêmes dieux qui étaient vénérés. Les chrétiens, dit Grimm, n'avaient pas abandonné si rapidement la croyance aux dieux de leurs ancêtres. Ils leur assignèrent seulement une autre place, et, sans les oublier tout-à-fait, les reléguèrent plus dans le fond, plus loin de leurs regards et cachés pour ainsi dire derrière le nouveau Dieu. Odin, « le Dieu pénétrant, formant et créant tout, l'ordonnateur des combats, le dispensateur de la victoire » vint à la tête de sa chasse sauvage. Plus tard, il fut substitué peu à peu par le diable dans la croyance populaire, et encore maintenant, le chasseur sauvage s'appelle aussi diable-chasseur. Parmi les animaux, ce fut le cheval principalement qui fut consacré à Odin. Le peuple attribua ensuite au diable le cheval d'Odin ; il crut qu'il pouvait tantôt, ainsi que ses adeptes, en prendre la forme ; que tantôt, dans certaines circonstances, il pouvait changer l'homme en cheval, pour se faire transporter par lui[54].

La christianisation et les différentes luttes contre les pratiques païennes liées au cheval aboutirent à une modification de sa symbolique chez les peuples qui pratiquaient la religion nordique. Le cheval fut associé au péché dans les prédications des clercs, bien que sa valorisation reste positive dans les bestiaires mystiques. La croyance aux vertus apotropaïques et bénéfiques du cheval perdura, notamment à travers l'organothérapie, mais l'animal acquit une image sombre et négative[47], comme le prouvent les chevaux mentionnés dans le folklore scandinave et germanique, tels que le Helhest danois qui répand la pestilence, le Schimmel Reiter allemand qui détruit les digues pendant les tempêtes, ou encore le Bäckahäst suédois qui noie les cavaliers qui l'enfourchent.

Articles détaillés : Helhest, Schimmel Reiter et Bäckahäst.

Culture populaire

Les mythes nordiques équins et leur symbolique sont abondamment repris dans l'art et la littérature moderne, ainsi, ces chevaux ont probablement inspiré Tolkien pour créer sa cavalerie fictive dans la terre du milieu, Gripoil (« Shadowfax » en anglais) est en effet très proche de Sleipnir, tant symboliquement qu'étymologiquement, les noms des chevaux des seigneurs du royaume de Rohan ressemblent aussi à ceux de la mythologie nordique[55].

Article détaillé : Chevaux de la Terre du Milieu.

Notes et références

Notes

  1. Glen est mentionné à la place de Glær dans le Codex Wormianus et le Codex Trajectinus. Le Codex Upsaliensis ne cite en revanche ni l'un ni l'autre.
  2. Cette traduction littérale peut signifier que le cheval donne des coups de sabot (selon Simek) ou bien qu'il se déplace rapidement (selon Dillmann).
  3. Selon John Lindow, le nom Hamskerpir n'a pas de signification précise.
  4. La graphie varie selon les manuscrits : Svaðilfari, Svaðilferi, Svaðilfori ou Svaðilfǫri.

Références

  1. a et b (en) Snorri Sturluson, The Prose Edda, BiblioBazaar, 2009, 244 p. (ISBN 978-0-559-13108-0) [lire en ligne], p. 209-212 
  2. (en) Benjamin Thorpe, Edda Sæmundar Hinns Froða: The Edda Of Sæmund The Learned, Londres, Trübner & Co, 1866 
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  51. Régis Boyer, Yggdrasill : la religion des anciens Scandinaves, Paris, Payot (Bibliothèque historique), 1991, 2e éd. (ISBN 978-2-228-88469-3), p. 172-173 
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Annexes

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

Textes fondateurs et leurs traduction

Ouvrages consacrés au cheval

  • (en) Janet Farrar et Virginia Russell, The magical history of the horse, Londres, Robert Hale, 1992, 176 p. (ISBN 978-0-7090-4366-9) [lire en ligne] 
  • (en) Loretta Hausman, The mythology of horses: horse legend and lore throughout the ages, New York, Three Rivers Press, 2003, 1re éd. (ISBN 978-0-609-80846-7) [lire en ligne] 
  • (en) Ulla Loumand, The Horse and its Role in Icelandic Burial Practices, Mythology, and Society : Old Norse Religion in Long Term Perspectives: Origins, Changes and Interactions, an International Conference in Lund, Sweden, June 3-7, 2004., Lund, Nordic Academic Press, 2006 (ISBN 978-91-89116-81-8) 
  • Marc-André Wagner, Le cheval dans les croyances germaniques: paganisme, christianisme et traditions, vol. 73 de Nouvelle bibliothèque du moyen âge, Paris, Champion, 2005, 974 p. (ISBN 978-2-7453-1216-7) [lire en ligne] 
  • Marc-André Wagner, Dictionnaire mythologique et historique du cheval, Monaco, Éditions du Rocher, coll. « Cheval chevaux », 2006, 201 p. (ISBN 978-2-268-05996-9)  Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Autres

  • Carl Gustav Jung, Métamorphose de l'âme et ses symboles, Georg, 1993 (ISBN 978-2-253-90438-0) 
  • (en) Andy Orchard, Dictionary of Norse Myth and Legend, Londres, Cassell, 1997 (ISBN 978-0-304-34520-5) 
  • (en) John Lindow, Norse Mythology: A Guide to the Gods, Heroes, Rituals, and Beliefs, [détail des éditions], 2002 
  • (en) Marjorie Burns, Perilous realms: Celtic and Norse in Tolkien's Middle-earth, Toronto, University of Toronto Press, 2005, poche, 225 p. (ISBN 978-0-8020-3806-7) [lire en ligne (page consultée le 24 septembre 2009)] 
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