Barnabé Brisson (magistrat)
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Barnabé Brisson
Barnabé Brisson.jpg
Naissance 1531
Fontenay-le-Comte
Décès 15 novembre 1591 (à 60 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de France France
Famille Cousin, par sa mère, du mathématicien François Viète

Barnabé Brisson, né à Fontenay-le-Comte en 1531 et pendu à Paris le 15 novembre 1591, est un magistrat et jurisconsulte français.

Fils de François Brisson, lieutenant au siège royal de Fontenay-le-Comte, qui n’oublia rien pour cultiver les heureuses dispositions qu’il remarqua en lui, Barnabé Brisson, après avoir fait ses classes, se donna à l’étude de la jurisprudence avec tant de succès, qu’il se distingua bientôt dans le barreau et devint en peu de temps un avocat célèbre. La réputation qu’il se fit en cette qualité dans le Parlement de Paris, lui acquit l’estime du roi Henri III qui, l’ayant connu plus particulièrement dans la fuite, avait coutume de dire qu’« il n’y avait aucun prince dans le monde qui pût se vanter d’avoir un homme aussi savant que son Brisson. »

Ces dispositions où le roi était à l’égard de Brisson, lui procurèrent son agrément pour la charge d’avocat général au Parlement de Paris, qu’il acheta au mois de mai 1575 à Guy Du Faur de Pibrac. Il ne la conserva que cinq ans, car au mois d’aout 1580, il fut fait président à mortier par la cession de Pomponne de Bellièvre, à qui il donna pour cela soixante mille livres, comme il est rapporté dans le Journal d’Henri III.

Le Roi, qui l’avait fait quelque temps auparavant conseiller d’État, eut ensuite recours à lui dans plusieurs négociations importantes, et l’envoya en ambassade en Angleterre. À son retour, il employa ce savant jurisconsulte à faire un recueil de ses ordonnances et de celles de ses prédécesseurs, ce que Brisson exécuta en fort peu de temps et avec beaucoup d’habileté sous le nom de Code de Henri III (1587). Il avait aussi composé un grand nombre de traités de jurisprudence en latin et le livre De Regio Persarum principatu. En 1584, il fut de la chambre royale destinée à faire le procès aux financiers, dont les séances commencèrent le 9 juin.

Lors de la guerre civile, il tint une conduite fort équivoque : la ville de Paris s’étant soulevée en 1589 contre Henri III, la plupart des membres du Parlement fidèles à leur devoir se hâtèrent d’en sortir, mais Brisson y demeura pour son malheur. Quelques-uns ont prétendu qu’il n’agit de cette façon que pour être plus à portée de servir son monarque, et dans l’espérance d’employer efficacement l’éloquence qui lui était naturelle, pour ramener les mutins, qui paraissaient disposés à porter les choses aux dernières extrémités. Mais d’autres ont affirmé que la seule ambition eut part à ce qu’il fit alors, et qu’il ne resta à Paris que pour devenir premier président du Parlement, à la place d’Achille de Harlay, alors emprisonné par la Ligue à la Bastille.

Brisson devint effectivement premier président du Parlement lorsque la Ligue le choisit pour en tenir la place. Il est vrai qu’avant que d’en prendre possession, il protesta par un acte daté du 21 janvier 1589 qu’il ne l’acceptait que par force pour sauver sa vie et celle de sa famille, et qu’il désavouait tout ce qu’il pourrait faire de préjudiciable au service du roi mais, malgré cette protestation, il reçut le serment que le duc de Mayenne fit entre ses mains de « Lieutenant Général de l’État et Couronne de France ».

Quel qu’ait été le motif qui ait fait agir Brisson, il eut lieu de se repentir d’être demeuré parmi des séditieux, et il en porta la peine deux ans après lorsque le Parlement, ayant renvoyé absous en 1591 un nommé Brigard, que les seize de Paris, maitres de la ville, accusaient de favoriser le parti du Roi, les plus emportés de cette faction résolurent de s’en venger.

Ils formèrent à cet effet, un conseil secret de dix d’entre eux, dont l’avis déterminerait toutes les choses importantes. Ce conseil ayant jugé qu’il fallait se défaire de Brisson et de deux autres conseillers, l’on prit des mesures pour en venir à bout par un assassinat. Le complot ayant été découvert, les factieux résolurent d’agir plus ouvertement et ils dressèrent une sentence de mort contre eux et l’écrivirent au-dessus des signatures de plusieurs bourgeois, qu’ils avaient surprises sous un autre prétexte.

Portrait de Barnabé Brisson au musée vendéen de Fontenay-le-Comte

Avec cet acte, les factieux arrêtèrent Brisson et les deux autres conseillers le 15 novembre 1591, les conduisirent au petit Châtelet, et, après leur avoir donné seulement le temps de se confesser, les firent pendre sur le champ à une poutre de la chambre du Conseil.

Brisson fut exécuté le premier : il parla longtemps pour tâcher de sauver sa vie, et demanda par grâce qu’on le confinât quelque part entre quatre murailles, jusqu’à ce qu’il eût achevé un livre qu’il avait commencé pour l’instruction de la jeunesse. Mais voyant que ses prières ne faisaient aucune impression sur ses ennemis et qu’il lui fallait mourir, il s’écria : « Ô Dieu que tes jugements sont grands. » Avant que de mourir, il lui prit une si grande sueur, qu’on vit sa chemise dégoutter, comme si elle avait été plongée dans l’eau. Le lendemain 16, les corps de Brisson et de ses deux compagnons de malheur furent attachés à une potence en place de Grève, et l’on mit cet écriteau à celle de Brisson : « Barnabé Brisson, l’un des chefs des traîtres et hérétiques ». II fut ensuite enterré à Sainte Croix de la Bretonnerie.

Les honnêtes gens furent fort touchés de la fin malheureuse de ce magistrat ; quelques-uns cependant, dit de Thou, crurent que la République des Lettres y avait plus perdu que l’État, peu surpris de le voir périr, puisqu’il avait mieux aimé vivre, aux dépens de son honneur et de sa vie, avec les Ligueurs et occuper parmi eux une première charge qui ne lui appartenait pas, que de suivre le parti de son roi et de se contenter de la place qu’il pouvait occuper en sûreté avec ses confrères.

De Thou n’est pas le seul à avoir parlé désavantageusement de la conduite de Brisson. Jean-Baptiste Legrain, dans sa Décade du roi Henri le grand, l’accuse d’avarice et d’ambition, et dit qu’on le soupçonna d’avoir contribué à l’emprisonnement du premier président de Harlay pour avoir sa place, dans laquelle il se signala par plusieurs arrêts violents, qu’il rendit contre les fidèles serviteurs du roi. Il rapporte aussi une épitaphe satirique qu’on lui fit alors.

Scaliger dit, dans les Scaligerana, que « Barnabé Brisson était riche, mais il avait beaucoup gagné par injustice, c’était un méchant homme. » tandis que Du Perron rapporte, dans les Perroniana, qu’il était « un sujet, mauvais harangueur, il avait la parole fort laide et la présence de même, il regardait toujours aux soliveaux », ce qui ne s’accorde guère avec ce que l’auteur de sa vie dit de son éloquence.

Sources

  • Jean-Pierre Niceron, Mémoires pour servir à l’histoire des hommes illustres dans la république, Paris, Briasson, 1729, p. 297-308.

Références

  • (fr) Élie Barnavi, Robert Descimon, La Sainte Ligue, le juge et la potence. L'Assassinat du Président Brisson (15 novembre 1591), Hachette, 1985.
  • (es) Antonio Sánchez Sánchez-Gil, El jurista Barnabé Brisson (1531-1591), diss. jur., Rome, Pontificium Athenaeum Sanctae Crucis, 1995, p. III + 191.

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