Baol

Royaume du Baol

« Puits du Baol et affleurements de latérite »
(carte géologique de 1901)

Le royaume du Baol (ou Bawol ou Baul) est un ancien royaume du centre du Sénégal, issu de l'éclatement de l'empire du Djolof au milieu du XVIe siècle. Les habitants du Baol sont appelés les Baol-Baol.

Le Baol d'aujourd'hui correspond approximativement à la région de Diourbel.

Sommaire

Histoire

L'ancienne capitale du Baol était Lambaye. Le souverain portait le titre de Teigne (Tègne, Teeñ ou Tin).

À l'époque de l'éclatement de l'empire du Djolof, le Baol était dirigé par un lamane qui portait le titre de teigne, du nom de Niokhor Ndiaye Kouly Gnilane, oncle de Amary Ngoné Sobel Fall, le premier damel du Cayor. À la mort du teigne, Amari Ngoné Sobel se rendit avec son armée au Baol, et prit, alors qu'il était déjà damel, le titre de teigne, devenant ainsi le premier damel-teigne. La dynastie fondatrice du Baol était wolof et portait le patronyme Fall. Ils appartenaient à la même famille que la dynastie régnante du Cayor. Bien avant l'arrivée des Fall au pouvoir, le Baol était gouverné par des teignes d'origine mandingue qui en sont les premiers occupants, puis plus tard par des Sérères de patronymes Diouf, Ngom, Faye, Thiaw, et ceci bien avant la domination des Wolofs avec l'empire du Djolof. Ces premiers teignes d'origine mandingue et sérère, sont à l'origine des grands lignages aristocratiques, ou dynastie, parmi lesquels tous les rois du Baol et du Cayor ont été élus, en particulier les lignages Wagadou, Guedj, Songno, Djonay, il en existes d'autres. Tous ces lignages tirent leur origine des empires du Ghana, puis du Mali. C'est de la branche maternelle, appelée Meen, que l'on héritait du lignage, donc de la possibilité d'être élu teigne, la succession était matrilinéaire.

L'organisation sociale et politique du royaume était très semblable à celle du Cayor. Le Cayor et le Baol ont rarement collaboré militairement. Les dynasties de ces deux États avaient des liens de parenté et les guerres fratricides étaient fréquentes. Plusieurs fois au cours des siècles, en particulier au XVIIIe siècle, le Cayor a réussi à vassaliser le Baol à la suite de guerres. Mbégane Ndour, premier Bour saloum, attaqua le baol au XVIe siècle dans le but d'installer sa dynastie Guelwar au pouvoir, il fut repousser.

C'est sous le règne de Lat Soucabé Ngoné Latyr Dieye, entre la fin du XVIIe et le début du XVIIIe siècle que le Baol atteignit ses limites territoriales maximales. À la bataille de Nganiane, celui-ci réussit à prendre des terres du nord de l'État du Sine dirigé par le bour Diogoye Ngilane Diouf. À la bataille de Gour Fouki Seur, le Baol gagna des territoires à l'est, en battant l'armée du bour Saloum. Le Baol fut, contrairement aux autres états sénégalais, pratiquement épargné par les guerres saintes que menaient les musulmans, ceux-ci y étant moins nombreux qu'au Cayor par exemple. Comme au Cayor, la traite atlantique initier par les européens, connaît une intense activité dans la région au XVIIIe siècle.

En 1854 Faidherbe arrive au Sénégal et une période de conquêtes qui succède aux échanges locaux. Aux yeux du colonisateur, le Baol doit devenir sûr, notamment pour faciliter la production et le commerce de l'arachide. Mais la résistance du royaume s'avère plus rude que prévue. Faidherbe signe un traité de paix avec le Teigne du Baol en 1859 et restreint son autorité. Les commerçants français sont favorisés et la construction d’un fort militaire à Saly, sur la Petite-Côte, est autorisée. D'autres accords suivent. Lorsqu'en 1871 les Français concluent un traité avec Lat Dior, le puissant damel du Cayor en profite pour annexer le Baol et cumuler le double titre de Damel et de Teigne. Sous son règne, le Baol avait retrouvé son indépendance.

En 1883 la France étend son protectorat[1] sur le Baol grâce à un traité signé avec le Teigne Thiéyacine Fall. À la suite de troubles dans la région en 1890, celui-ci est déposé. Son successeur est entièrement acquis aux Français.

Quand Taanor Goñ Jeng, le dernier Teigne, meurt le 3 juillet 1894, il n'est pas remplacé et le Baol est alors divisé en deux parties, le Baol occidental et le Baol oriental. Cette date marque la fin du royaume historique.

D'abord rattaché à celui de Thiès, un cercle du Baol est créé le 17 mars 1908.

Le Baol était réputé pour ses chevaux, plus rapides et plus résistants que la plupart des races de la plaine. Les habitants du Baol étaient d'excellents cavaliers. Cette race de cheval rapide et résistant, typique du Baol et des pays wolofs et sérères, était le Mbayar[2], originaire d'une localité du même nom, un cheval de taille moyenne, svelte et racé.

Le peuple et l'organisation sociale

La plupart d'entre eux étaient d'origine wolof, mais d'autres étaient des Sérères, en particulier des membres des communautés safène et none. Les Halpulaars (Peuls, Toucouleurs, Laobés) étaient aussi présents, tout particulièrement les Laobés, puis les groupes mandingues, surtout sarakolés. Les premiers habitants du Baol sont les Sossés. Ils ont été repoussés plus au sud par les Sérères venant du Fouta-Toro entre le XIe et le XIIe siècle.

Les Sérères du Baol étaient concentrés au centre, à l'ouest et au sud près de la frontière avec le Sine. Un bon nombre étaient intégrés au milieu wolof. Les peuls présents partout étaient surtout présents au nord et à l'est, près de la frontière avec le Djolof, les Wolofs au nord et au centre, tout comme les Toucouleurs. Le baol est un lieu de grand brassage ethnique.

Les Wolofs ont imposé leur stratification sociale dans le royaume du Baol, avec la noblesse Géer d'ou sont issus les Teigne, les Diambour nobles mais qui ne peuvent régner, les paysans agriculteurs Badolo simples hommes libres, les artisans Nyenyo et leurs différentes sous-castes, les laudateurs Gueweul, puis les captifs Diam. Les autres ethnies ont été intégrées dans ce type de hiérarchie sociale. Le Baol était divisé en lamanats, tous dirigés par un Lamane, qui rendaient tous leur impôts au Kangame, le chef des Lamanes. En temps de pays les soldats tiédos devaient assurer la sécurité dans le royaume. Chaque caste d'artisans avait son représentant, qui en cas de réclamation allait soumettre les volontés de ceux qu'il représentait aux lamanes, par exemple, le Fara teug chef des forgerons, Fara Woudé chefs des cordonniers, le Maalaw chef des Laobés. Le Dialigné chef des peuls ou Ardo, le Bissik chef des maures.

À la cour royale du Teigne, se trouvait une assemblée de notables, tous issus des grandes familles aristocratiques du royaume, les Garmi. Ensemble ils constituaient l'assemblée des grand électeurs qui élisaient les teignes. Ils pouvaient également le destituer de ses fonctions. Après le teigne, le Diaraf était le personnage le plus influent, il est le conseiller du roi et le remplace s'il s'absente.

  • Le Diaoudine Boul, représentant des familles Garmi.
  • Le Tialao, est l'héritier présomptif.
  • Le Fara Seuf, chef de la cour royale, il est chargé de la gestion du palais.
  • Le Kangame, chef des Lamanes qui controle les différentes provinces
  • Le Farba Kaba, chef des guerrier Tieddos.
  • Les Serignes représentaient les chefs des communautés musulmane auprès du teigne.
  • le Fara Jung Jung, chefs des griots royaux.

C'est à M'Beye que l'élection du teigne avait lieu.

Gestion territoriale

Le royaume était constitué d'une bande de terre située entre l'océan et Diourbel, au sud du royaume du Cayor et au nord du royaume du Sine, dont il était séparé par un territoire encore plus étroit, celui de la République de Ndhiéghem, habité par les Sérères Nones, réputés pour être très fiers, indépendants et belliqueux. Ils ont toujours été redoutés par la population.

Les provinces du Baol étaient nombreuses – environ une vingtaine – et toutes divisées en cantons. À la tête de chaque canton se trouvait un chef qui obéissait au grand lamane de la province :

  • Le Gewul, dont le lamane porte le titre de Tialaw Gewul. Cette province frontalière avec le cayor était considérer comme neutre, raison pour laquelle la plupart des batailles si dérouler.
  • Le Kaba, cette provinces était dirigé par le farba Kaba chef des armées.
  • Le Laa, le lamane de la province est le Beersin Laa choisi parmi les familles Diouf, de nombreuses familles peul habitaient la région.
  • Le Ngoy, le Buur Ngoy était le lamane de la province. Néanmoins les chefs Sereres assistés de leur Saltigué, chef spirituel serere, avaient beaucoup d'influence politique.
  • Le portudal, région contrôlée par l'alkier et ses tiedos, ici se trouvaient les comptoirs commerciaux et les ports du royaume. Des commerçants européens y avaient des résidences.
  • Le Mbadan, province à majorité sérère, région très rebelle. Le pouvoir royal avait du mal à y installer son autorité.
  • Le pays Safen, habité par les Sérères safen. Il existait encore une dizaine de provinces.

Les villes de Touba et Mbacké faisaient partie du Baol, dont la famille de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, fondateur du Mouridisme, est originaire. Son arrière-grand-père, Maharame Mbacké y fonda le Village Mbacké-Baol en 1789, après avoir reçu en don une parcelle de terre offerte par le Damel-teigne, Amary Ngoné Sobel Fall.

Les villes de Mbour et de Saly étaient les principaux ports et comptoirs avec lesquels les Européens commerçaient avec le Baol, qui vivait de l'agriculture, de l'élevage, de la traite atlantique et de divers produits comme la gomme arabique, le coton. L'alkier était le titre porté par le chef des comptoirs commerciaux, il exerçait pour le teigne.

Religion

Au Baol les Wolofs et les Sérères étaient le plus souvent de tradition thieddo. Parmi eux, certains étaient musulmans. Il en était de même pour les Peuls qui vivaient avec leur religion traditionnelle. Quant aux Sarakolés, ils étaient entièrement islamisés, ainsi que les Toucouleurs. Ces deux groupes ethniques appartenaient aux confréries tidjane ou xaadir. C'est Cheikh Amadou Bamba, fondateur de la confrérie musulmane soufi mouride, qui allait entraîner l'islamisation des Wolofs, des Sérères et des Peuls du Baol.

Souverains du Baol

  • 1790-1809 : Amari Ngone Ndèla Komba Fal (2e fois)
  • 1809-1812 : Ce Yasin Jeng Fal
  • 1812- 1815 : Ce Kumba Fatim Pènda Fal
  • 1815- 1825 : Amari Jor Borso Fal
  • 1825-1832 : Biram Fatma Cub Fal
  • 1832 : Ma-Kodu Kumba Yande Fal (1re fois)
  • 1832-1842 : Lat Jegeñ Fal
  • 1842 : Malik Kumba Jaring Xuja Fal
  • 1842-1854 : Maysa Tènde Jor Samba Fal
  • 1854-1855 : Ce Yasin Ngone Jegeñ Fal (1re fois)
  • 1855-1856 : Ma-Kodu Kumba Yande Fal (2e fois)
  • 1856-1860 : Ce Yasin Ngone Jegeñ Fal (2e fois)
  • 1860 : Ma-Kodu Kumba Yande Fal (3e fois)
  • 1860-1871 : Ce Yasin Ngone Jegeñ Fal (3e fois)
  • 1871-1873 : Ce Yasin Jor Galo Gana Fal (1re fois)
  • 1873-1874 : Lat Dior Ngoné Latyr Diop
  • 1874-1890 : Ce Yasin Jor Galo Gana Fal (2e fois)
  • 1890-3 juillet 1894 : Taanor Goñ Jeng

Notes

  1. E. Rouard de Card, Les traités de protectorat conclus par la France en Afrique, 1870-1895, Paris, A. Pedone, 1897
  2. J. P. Dehoux, A. Dieng (École Nationale Supérieure d'Agriculture, Thiès (Sénégal) et A. Buldgen, « Le cheval Mbayar dans la partie centrale du bassin arachidier sénégalais », Bulletin d'Information sur les Ressources Génétiques Animales (FAO/PNUE), 1996, n° 20, p. 35-54

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • (en) Adama Guèye, « The Impact of the Slave Trade on Cayor and Baol. Mutations in Habitat and Land Occupancy », in Sylviane Anna Diouf, Fighting the Slave Trade West African Strategies, James Currey Publishers, 2003, p. 50-61 (ISBN 0852554478)
  • (en) Bernard Moitt, Peanut Production and Social Change in the Dakar Hinterland: Kajoor and Bawol, 1840-1940, University of Toronto, 1985 (Ph. D.)
  • (en) James F. Searing, "God alone is king" : Islam and emancipation in Senegal : the Wolof kingdoms of Kajoor and Bawol, 1859-1914, Heinemann : J. Currey : D. Philip, 2002
  • (fr) Bernard Delpech, Quelques données statistiques relatives au processus de formation et de segmentation des groupes résidentiels dans 10 villages sérer du Baol. Note sur la nomenclature de parenté en usage chez les Sérer du Baol, Dakar, ORSTOM, 1968, 38 p.
  • (fr) Abbé David Boilat, « Royaume de Baol », in Esquisses sénégalaises, Paris, Karthala, 1984, p. 61-63 (ISBN 2865370976) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (fr) Charles Becker, Les premiers recensements au Sénégal : le Sénégal Centre-Ouest et son évolution démographique (Siin, Saalum, Bawol, Pays de l'Ouest), 1981 ?
  • (fr) Jean Copans, Contes wolof du Baol, ORSTOM, 1968
  • (fr) Brahim Diop, Les sites archéologiques du Bawol. Approche ethnographique. Sites dits "protohistoriques", villages désertés ou "gent", Université de Dakar, 1985, 160 p. (Mémoire de Maîtrise)
  • (fr) Cheikh Fall, « La randonnée de Birima Fatma Thioubé », in Notes africaines, n° 116, octobre 1967, p. 124-132
  • (fr) Rokhaya Fall, Le Royaume du Bawol du XVIe au XIXe siècle : pouvoir wolof et rapports avec les populations Sereer, Université de Paris 1, 1984, 349 p. (Thèse de 3e cycle)
  • (fr) Adama Gueye, Les expressions matérielles du pouvoir dans l’habitat au Cayor et au Baol du XVIe au XIXe siècle. Approche ethnographique, Dakar, Université Cheikh Anta Diop, 1999, 108 p. (Mémoire de Maîtrise)
  • (fr) Adama Gueye, L’impact de la traite négrière au Cayor et au Baol : Approche historico-archéologique (1695-1854), Dakar, Université Cheikh Anta Diop, 2000, 52 p. (Mémoire de DEA)
  • (fr) Amadou Lamine Ndiaye, Condition du paysannat dans le Baol et son adaptation à l'économie moderne, Paris, Centre de Hautes études sur l'Afrique et l'Asie modernes, 1961, 82 p.
  • (fr) Adama Ndiaye, Le Bawol Occidental Mbadaan Sandok Jegem Joobas du milieu du XIXe siècle à 1907, Dakar, Université Cheikh Anta Diop, 1989, 90 p. (Mémoire de Maîtrise)
  • (fr) Adama Ndiaye, La mise en place de l’administration coloniale française au Baol du milieu du XIXe siècle à 1925. Étude critique des sources, Dakar, Université Cheikh Anta Diop, 1990, 40 p. (Mémoire de DEA)
  • (fr) Jean Roch, Les mourides du vieux bassin arachidier sénégalais : entretiens recueillis dans la région du Baol, Dakar, ORSTOM, 1971, 113 p.
  • (fr) Kany Samb, Baol ak Tegne Thiendella Fall, Dakar, 1969, 36 p. (avec courtes biographies des Teignes)

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