Baltasar Garzón
Baltasar Garzón en 2005.

Baltasar Garzón Real (né le 26 octobre 1955 à Torres, province de Jaén en Espagne) est un magistrat instructeur de l'Audiencia Nacional d'Espagne, l'une des plus hautes instances juridictionnelles d'Espagne. Il a notamment enquêté sur des affaires de terrorisme, de corruption et sur des crimes commis en Argentine et au Chili pendant les dictatures.

Sommaire

Les cas les plus connus

Garzón s'est fait connaître au niveau international en lançant un mandat d'arrêt contre l'ex-dictateur chilien Augusto Pinochet afin de l'entendre sur la mort et la torture de citoyens espagnols à la suite du coup d'État de 1973 au Chili. Ces poursuites s'appuyaient sur le rapport de la Commission chilienne de la vérité (1990-1991), ainsi que sur un câble de l'agent du FBI Robert Scherrer concernant l'opération Condor. Après la mort de Pinochet, il continua d'enquêter sur des blanchiments d'argent commis sous la dictature[1].

C'est dans cette procédure qu'il tenta également d'entendre l'ex-secrétaire d'État américain, Henry Kissinger sur ses relations avec les régimes autoritaires installés dans les années 1970 en Amérique latine et concernant ce que l'on a appelé l'« opération Condor ».

Garzón engagea des poursuites pour génocide contre des fonctionnaires argentins pour la disparition de citoyens espagnols durant la dictature argentine de 1976 à 1983.

En avril 2001, il demanda au Conseil de l'Europe d'exclure le Premier ministre italien, Silvio Berlusconi, membre de l'assemblée parlementaire du Conseil (enquête sur sa Telecinco).

En décembre 2001, Garzón entama une enquête sur les comptes à l'étranger de la deuxième plus grande banque espagnole BBVA, pour délit de blanchiment d'argent.

En janvier 2003, le magistrat critiqua le gouvernement des États-Unis pour la détention de suspects de al Qaida sur la base militaire de Guantánamo à Cuba. Il mena également campagne contre la guerre en Irak de 2003.

Affaires en Espagne

Il enquêta sur Jesús Gil, ancien maire de Marbella et propriétaire du club Atlético de Madrid, pour corruption.

Il dirigea de grandes opérations anti-drogue, surtout en Galice (Opération Necora). En 1992, il inculpe le trafiquant d'armes international Monser Al Kassar.

Ses investigations en matière de terrorisme contribuèrent à dénoncer les actions de José Barrionuevo Peña, ministre de l'Intérieur du PSOE dans l'affaire des Groupes antiterroristes de libération. Ceci fut un des facteurs de la défaite du PSOE aux élections de 1996.

Garzón enquêta également sur l'organisation terroriste ETA et sur les organismes qui gravitent autour:

  • En 1998, il demanda la perquisition de plusieurs sièges de la Coordinadora de Alfabetización y Euskaldunización de Adultos (Coordination de l'alphabétisation et de la « basquisation » d'adultes) et l'arrestation de son trésorier.
  • En juillet de la même année, il ordonna la fin des activités de Orain SA, entreprise basque de communication qui gère le journal Egin et sa station radio, Egin Irratia. L'instruction de Garzón finie, l'interdiction fut levée par l'Audience nationale mais Orain SA resta en banqueroute.
  • Ensuite il ordonna la cessation des activités de Zabaltzen et la fermeture de Egunkaria, le seul journal édité entièrement en langue basque.

Ces actions sont durement critiquées par les mouvements de défense du basque, qui considèrent que la fermeture de journaux attaque plus la culture basque que le terrorisme d'ETA.

  • En octobre 2002, il suspendit durant trois ans les activités du parti Batasuna, le considérant comme dépendant d'ETA.
  • De la même manière, il mena des enquêtes sur les organisations du Movimiento de Liberación Nacional Vasco (mouvement de libération nationale basque), comme Xaki, Ekin, Jarrai, Haika et Segi, estimant qu'ils faisaient partie de la nébuleuse ETA.

Depuis 2005, il instruit le dossier de l'opération « Troïka » et ses suites, une vaste enquête sur les activités de blanchiment d'argent liées à la mafia russe en Espagne qui a conduit à de nombreuses arrestations (Majorque, Malaga, Alicante et Madrid). Le juge Garzon a beau être assis sur une mine de renseignements, le plus difficile reste à faire. Le blanchiment d'argent n'est pas une accusation qui se prouve aisément, les liens du crime avec les milieux d'affaires et de la politique encore moins.

En 2008 Baltasar Garzon a des doutes sur le bon déroulement de la demi-finale Zenit-Bayern (Coupe de l'UEFA 2008, 4-0). Dans le cadre d'une enquête sur l'Opération Troika, il a réuni des preuves indiquant que le match a été truqué.

Critiques et procédures judiciaires engagées contre lui

Ses détracteurs l'accusent de rechercher la notoriété en s'autoproclamant accusateur public des dirigeants ou anciens dirigeants, étrangers notamment, et d'avoir gardé un fond des idéaux d'extrême gauche de sa jeunesse.

En 2008, Baltazar Garzón ouvre une enquête sur les « disparitions » survenues pendant la guerre d'Espagne et sous le régime franquiste, à la demande de familles de disparus et d'organisations. L'enquête, qui enfreint la loi d'amnistie votée en 1977, doit rapidement se clore et trois organisations d'extrême droite, dont la Phalange espagnole, liée à la dictature, et le syndicat d'extrême-droite Manos Limpias[2], portent plainte contre lui. La plainte de la Phalange pour « prévarication » est jugée non recevable mais les deux autres plaintes sont acceptées. Garzón risque entre 12 et 20 ans d'interdiction d'exercice de sa fonction de magistrat[3]. De nombreuses personnes et des intellectuels lui apportent leur soutien et la procédure judiciaire est dénoncée par certains, notamment les syndicats CCOO et UGT, comme une « persécution »[4]. Des manifestations de soutien au juge ont eu lieu en Espagne et à l'étranger. Parallèlement, une manifestation de moindre ampleur organisée par la Phalange se déroule Madrid[5]. Ce procès s'inscrit dans le cadre des débats sur la « mémoire historique » et l'amnistie des crimes de la dictature franquiste, décidée pendant de la transition démocratique.

Baltasar Garzón est également poursuivi dans deux autres affaires judiciaires, dont une de corruption.

Carrière politique

En 1993, Garzón décide d'entamer une carrière politique au sein du PSOE afin de lutter de l'intérieur contre la corruption installée à l'ombre du Parti socialiste.

Numéro deux sur la liste socialiste à Madrid, il est nommé chef national du plan de lutte contre la drogue après la victoire législative de 1993. Mais rapidement, constatant le peu de soutien de ses autorités de tutelle à vouloir effectuer un grand ménage contre la corruption et probablement déçu de ne pas se voir proposer un mandat plus important, il abandonne cette carrière politique pour revenir au droit et s'éloigne du PSOE.

Ouvrages

En février 2005, il publie son premier et unique ouvrage, Un monde sans crainte, dans lequel il décrit un mode de pensée ou écrit des lettres pour ses fils, les points les plus importants et polémiques de ses 17 ans en fonction de juge. Il donne également son opinion sur des thèmes d'actualité et dévoile des données (d'influence nationale comme internationale) peu connues jusqu’alors. Le livre a soulevé une polémique et a reçu de nombreuses critiques, surtout de la part de la droite espagnole, dont César Vidal, (animateur de la chaîne radiophonique COPE), qui a demandé formellement la démission de Garzón à l’antenne.

Au-delà de ce livre, il y a une autre œuvre remarquable sur Garzón, dont l'auteur est la journaliste Pilar Urbano, son titre est : Garzón: El hombre que veía amanecer (Garzón : l'homme qui voyait le lendemain). Ses ennemis l'ont traité d'hagiographie, mais il permet d'en savoir plus sur la vie et l'idéologie du juge.

Il est également visé dans d'autres ouvrages critiques, comme par exemple Garzón, la otra cara (La face cachée de Garzón) de Pepe Rei, ancien rédacteur en chef du quotidien Egin et de la revue Ardi Beltza qui fut accusé par Garzón lui-même. Dans cet ouvrage, on l'accuse de torture envers les prisonniers d'ETA appuyé par Garzón et l'État espagnol.

Notes et références

Voir aussi

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