Bals du Carnaval de Paris

Les bals du Carnaval de Paris sont un des plus beaux exemples de la gaité parisienne. Tout Paris danse, depuis les blanchisseuses dans leurs bateaux[1], jusqu'au roi, la reine, l'empereur ou le président de la République. Le surintendant Fouquet donne à Paris un célèbre bal costumé, dans son hôtel d'Émery, le 15 janvier 1661. Dans les bals du Carnaval de Paris prospéra la musique festive de danses de Paris au XIXe siècle et s'illustrèrent la plupart de ses compositeurs.

Une des célébrités du Carnaval de Paris, Chicard, organisa même son propre bal annuel sur invitation : le bal Chicard. Ce bal était très fameux à Paris dans les années 1830-1850. Paul Gavarni lui a consacré un album : Souvenirs du bal Chicard.

Sommaire

Le Bal de l'Opéra

Bal, 25 février 1721

Journal et mémoires de Mathieu Marais, Avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV (1715-1737)[2]:

Bals. — Les jours gras se sont passés avec beaucoup de joie dans le peuple. Il y a eu de beaux bals publics au Palais-Royal. A l'ordinaire, on en donnoit à cent sols par personne. Le Régent, les princes et leurs maîtresses y ont paru. Il faisoit très froid, et il geloit bien fort partout. On croyait n'avoir point d'hiver, et il y en a un assez rude. Il y avoit 1, 200 personnes au dernier bal[3].

Bal de l'Opéra, 1723

Journal anecdotique du règne de Louis XV, par E.J.F.Barbier, Avocat au Parlement de Paris – Edition de 1847[4]:

Février.
…..
— Malgré la misère du temps, on a fait bonne chère ce carnaval, et le bal de l'Opéra a été bien couru.

Bals du Carnaval de Paris 1737

Mercure de France, mars 1737 :

Le Carnaval a été fort célébré cette année à Paris, et avec un ordre et une tranquillité admirable, la nuit et le jour, malgré la multitude, et la gayeté permise et autorisée alors. Le concours de Carosses et de Masques[5] a été prodigieux au Fauxbourg Saint Antoine. On n'avoit point vû, depuis long-temps, tant d'assemblées de Jeux, de Concerts, de Festins, de Bals: Tous les Spectacles ont été remplis, et la joye a été universelle, sans qu'on ait entendu parler d'aucun accident fâcheux. Les Bals publics qu'on donne dans la Salle de l'Opéra, n'ont jamais été si fréquentés; on y a vû même des Masques de la plus haute distinction.

Bal de l'Opéra, jeudi gras 5 février 1739

Journal anecdotique du règne de Louis XV, par E.J.F.Barbier, Avocat au Parlement de Paris – Edition de 1847[4] :

Février. — Le roi a passé tous les jours gras à la Muette, et, le jeudi gras, il est venu au bal de l'Opéra. Il y avait tant de monde qu'il a été expressément[6] pressé, sans pouvoir aller, ni venir. Toute sa compagnie était en bergers et bergères, et lui en chauve-souris. Cette presse l'a un peu dégoûté de ce bal.

Bal masqué, 7 ventôse, an VIII

Article parlant du 7 ventôse, an VIII (25 février 1800), Journal de Paris, 8 ventôse, an VIII (26 février 1800). :

Théâtre de la République et des Arts[7]. Le concours du public a été immense cette nuit au bal masqué du théâtre de la République et des Arts. Jamais on n'y avait vu une affluence aussi considérable. La décence, le bon ordre et la joie la plus franche ont présidé à cette fête. La manière éclatante dont était éclairés et ornés la salle et le foyer présentait un spectacle magnifique. Toutes les loges étaient louées d'avance et remplies de femmes charmantes. Cet heureux début prouve combien a été sage et politique la détermination qui a rendu au goût français un genre de divertissement qui semble n'être fait que pour lui. Il appartenait, en effet, à un gouvernement fort de sa propre force de se mettre au-dessus des idées pusillanimes dont avaient été imbus, jusqu'à ce jour, les gouvernements faibles qui se sont succédé depuis 1789. Le second bal masqué aura lieu le 9 de cette décade. … Madame Bonaparte était hier au bal de l'Opéra avec le général Murat et sa femme.

Bal de l'Opéra, 16 février 1830

Le National, Feuille Politique et Littéraire, mercredi 17 février 1830, page 2[8] :

Philippe Musard (1792-1859), compositeur et célèbre chef d'orchestre des Bals de l'Opéra.
Le bal donné hier dans la salle du grand opéra présentait l'un des plus beaux spectacles dont les habitans de Paris aient joui depuis long-temps. On sait quel vaste étendue présente le théâtre de l'Opéra lorsque la scène et le parterre, unis par un même plancher, ne forment plus qu'une seule salle.
Au grand lustre, avait été ajoutés quarante des grands lustres qui ont brillé au sacre, et vingt autres dans la partie de l'enceinte qui forme la scène. Une lumière éblouissante jaillissait de ces milliers de bougies, et répandaient sur la salle une atmosphère de feux. Des draperies en velours rouge, relevées par des torsades en or, reflétaient vivement l'éclat de ce jour artificiel, aussi brillant qu'un soleil d'été.
Deux ou trois mille femmes, les plus belles et les plus élégantes de Paris, remplissaient les banquettes, les premières loges jusqu'au quatrièmes. Des têtes charmantes, parées avec le goût le plus exquis, et faciles à distinguer à un grand éloignement, arrêtaient les regards de tous les spectateurs.
Quand on entrait par un des escaliers qui descendaient du foyer dans la salle, et que plongeant dans la vaste étendue circulaire inondée de lumière, on apercevait à travers les cristaux, les draperies, cette multitude de têtes couvertes de fleurs, de plumes, de diamants, on éprouvait un saisissement singulier. Jamais féerie n'a été comparable à ce qu'était la réalité de cette fête magnifique. Les spectateurs se pressaient en foule pour la voir, montaient à tous les étages pour la juger de tous les points de vue. Du Paradis, le spectacle était extraordinaire : on plongeait sur une immensité de lumière et de mouvement.
La maison du roi, chargée de la décoration, avait tout prodigué pour produire ces beaux effets, et pour rendre les avenues dignes du reste. Des fleurs, des arbustes répandus à profusion bordaient tous les escaliers; des glaces placées dans tous les enfoncements multipliaient cette scène mouvante. Le foyer n'était pas moins bien décoré que les autres parties de l'édifice. Vers deux heures, on a commencé à se rassasier du spectacle que présentait la grande salle, et on s'est pressé dans le foyer pour y valser. Les valseurs formaient un cercle allongé, qui s'étendait d'un bout de la galerie à l'autre.
M. le duc de Chartres, qui se mêle aux fêtes de la capitale avec la vivacité de son âge a ouvert la valse avec une femme charmante. et bientôt une multitude de valseurs et valseuses ont suivi cet exemple. Le mouvement de la fête est alors devenu entraînant.
Nous avons vu les étrangers partager ce saisissement à la vue de notre France, si riche et si belle. Un sentiment vrai se joignait au plaisir causé par ce spectacle, c'était la certitude d'un bienfait considérable, car on savait que la recette était de plus de cent mille francs. Notre France est vive, mobile mais elle est bonne, compatissante[9], elle fait le bien aussi volontiers qu'elle s'amuse.

Les Parisiennes aux bals du Carnaval de Paris, en 1832

Le Globe, Journal de la religion Saint-Simonienne, VIIIe année, N°38, mardi 7 février 1832, page 152 :

La saison des bals masqués est arrivée. Pourquoi ce retour annuel et précis des bals masqués ? Pourquoi sur les figures ce masque incommode et étouffant ? Pourquoi ce surcroît de toilette ? N'est-ce point assez des danses, de la musique, de la richesse des vêtements, du luxe des salles, de la somptuosité des soupers, de l'éclat des lumières, et de ce bruit vague, frémissant, qui vous pénètre par tous les sens, vous exalte, vous enivre, comme le vertige de la valse tournoyante ? Pourquoi ce masque trompeur qui dérobe à tous les regards les traits de la danseuse, cache son air, ses yeux, sa bouche, son sourire, le plaisir qu'elle éprouve, tout ce qui est-elle enfin, pour n'offrir aux yeux qu'une image vague et indécise, au toucher qu'une main inconnue et mystérieuse, à l'ouïe qu'un son voilé et énigmatique, âme d'un corps absent, voix d'un être éclipsé, note d'un instrument ignoré, parole excitative qui dit tout et laisse tout en doute, affirme sans rien préciser ; nuage flottant et fantasque se prêtant à toutes les formes et à toutes les couleurs ? mascarade capricieuse, qui prend dans ses bras une femme et la défigure, détruit tout ce qui la fait elle ; la rend fugitive, insaisissable, protée, caméléon.
Ô toi qui, entre toutes les femmes, en cherches une faite exprès pour tes goûts, tes pensées et ta personne ; une femme qui puisse s'adapter à ton être, que tu puisses saisir dans tous ses détails, à la vie de qui tu puisses entrelacer la tienne ! ne cherche pas au bal masqué, car là la variété est réduite à la plus simple expression : toutes les femmes s'y ressemblent ou plutôt se fondent pour n'en constituer qu'une seule, le type de la femme de nos jours, la femme masquée. Que si tu en désires une distincte des autres et pour toi seul, dis à ton imagination d'entrer en enfantement.
Et remarquez-le, les femmes seules prennent un masque. Quant aux hommes, c'est le visage découvert qu'ils vont aux bals masqués. Pourquoi cacheraient-ils leur figure ? Les hommes n'osent-ils pas tout demander aux femmes, le front découvert ? Sous un domino obtiendraient-ils plus facilement des aveux ? Les femmes leurs feraient-elles des révélations plus cachées et plus piquantes ? Mais que la femme soit arrivée de l'incognito, que sa personnalité propre soit couverte du manteau de toutes les femmes, alors elle consentira à vous ouvrir les secrets les plus intimes de son être, se laissant aller avec délice à ce libertinage d'esprit, dépouillant sa tunique de pudeur et rejetant sur son sexe le reproche qu'on lui adresserait à elle, si ce n'était le masque.
La femme masquée c'est la femme telle que les hommes l'ont faite, c'est l'odalisque fuyant pour quelques heures, sous le voile de la nuit, le harem de son maître, et courant, dans une aventureuse passion, oublier un instant la contrainte et l'abstinence. La femme masquée, c'est la femme qui prend sa revanche de l'exploitation de l'homme, qui poursuit son maître de ses agaceries, le faisant rougir, le tendant à le rendre confus, timide, embarrassé.
Ce sont les femmes qui ont maintenu jusqu'ici à présent l'usage des bals masqués. Depuis la duchesse jusqu'à la cuisinière, toutes raffolent des bals masqués. C'est là pour elles qu'est la liberté : aux unes le bal de l'Opéra, aux autres le bal de l'Odéon ou de la Porte-Saint-Martin. Le bal de l'Opéra est fort insignifiant pour une grande partie de spectateurs, surtout pour ceux qui, sortis de la province ou étrangers à un certain mouvement, à une certaine chronique des salons de Paris, ne sont accourus rue Lepelletier que sur l'antique renommée de ces bals d'Opéra où Mirabeau faisait tant d'heureuses victimes, où Charles X se prenait de querelle avec un Condé, où il était de règle que trois ou quatre femmes fussent, au sortir du bal, enlevées à leurs maris. Pour ceux-là le bal est fort ennuyeux avec toutes ces femmes en domino, paraissant inactives ; avec tous ces hommes en toilette, divaguant par la salle et en apparence sans but. Mais placez-vous en compagnie d'un de ces jeunes gens, piliers de salon, à l'affût de toutes les intrigues, confidents publics, profonds en biographies féminines et masculines ; sachant au juste, pour ce qui touche les femmes les plus jolies et les plus élégantes, le mouvement de va-et-vient de leurs amours, et alors ce monde, au premier abord monotone, revêtira pour vous un nouvel aspect. Quiproquos bizarres entrelacés de nombreux incidents, discrètes insinuations, demi-confidences, avis alarmants, interprétations faussés ou plaisantes, erreurs où souvent la jeunesse est dupe et la vieillesse habile, commencement ou fin d'amours, drame sans tête ni queue, et dont l'intrigue va se débrouiller on ne sait où. Tout cela plaisirs de gens comme il faut, dévergondage de bon ton.
Pour l'Odéon et la Porte-Saint-Martin, ce serait à moi folie d'en prétendre faire le récit. Ignoble crapule, amours de canaille, immonde réaction d'une bourgeoisie sans noblesse ou d'un vulgaire sautant à pieds joints dans la fange pour se dédommager d'une année passée dans la contrainte. Et pourtant entre l'Opéra et la Porte-Saint-Martin, si vous faites la part de la différence d'étages, l'analogie est complète : des deux côtés compensations d'une trop grande retenue chez des femmes qui, secouant une règle trop rigide, viennent chercher quelques heures d'aise, chacune à leur façon, et s'étourdissent par un lascif babillage sur les pénibles humiliations de la servitude.
A l'Opéra comme à l'Odéon ce sont des femmes échappées à la surveillance jalouse de maris mal assortis et disgracieux : femmes de banquier, dont la tête s'exalte dans son oisiveté fastueuse ; femme de boutique, clouée tout le jour, comme enseigne et parade, au monotone comptoir ; marquise ou chambrière, victimes de salon ou d'antichambre, jeunes filles révoltées ; voilà ce qui peuple les bals masqués. Là elles peuvent se livrer à toutes les audacieuses rêveries, fruit de leurs longues heures inactives. Dansez, parlez d'amour, femmes ; le masque est sur votre visage, et la nuit est courte. Enivrez-vous, esclaves rebelles, faites provision de plaisir ; demain vous reprendrez vos chaînes. Amassez des souvenirs ; que votre curiosité avide se satisfasse. Laissez chez le costumier, avec la robe de soie ou d'indienne, la pruderie, les feintes, le mensonge. Mais hélas ! vous êtes des esclaves rebelles ; vous avez vécu de mœurs hypocrites ; vous vous êtes, par la volonté du maître, affublées de vertus imaginaires. Tant de contrainte entraîne bien des excès, et avec vos robes chez le costumier, vous avez dépouillé la pudeur, et, lasses de prodiguer à votre maître de fausses caresses, ici vous débordez de libertinage ; votre parole, ailleurs glaciale et cérémonieuse, va ici jusqu'à prostituer à tous le tutoiement de prédilection ; si votre figure rougit, ce n'est pas de pudeur.
Le bal masqué c'est la justice faite de la servitude du ménage.

Bals au Carnaval de Paris 1840

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Danses au Carnaval de Paris, caricatures de Cham 1850[10].

Le Constitutionnel, dimanche 9 février 1840, page 4 :

— Le 6e grand bal masqué aura lieu aujourd'hui dimanche au théâtre de la Renaissance. L'orchestre, conduit par J. B. Tolbecque, exécutera le quadrille la Chaste Suzanne. Avant le bal, l'Eau merveilleuse, par Mme Thillon, les Pages de Louis XII et le Mari de la Fauvette. Demain lundi la Chaste Suzanne.
— Salle Saint-Honoré, un bal masqué est annoncé pour aujourd'hui dimanche. Des danses animées et de bon goût, un excellent orchestre, une salle qu'on prendrait pour un palais des fées, tels sont les attraits qu'offre le bal Saint-Honoré qui réunit à toutes les nuits une brillante société.

Le Constitutionnel, jeudi 27 février 1840, page 4 :

—L'activité ne se ralentit pas au Théâtre de la Renaissance ; nous aurons, en moins de quinze jours, quatre grands bals masqués et deux premières représentations importantes : Perrot le danseur et sa femme, Mme Carlotta-Grisi, débuteront dans Zingaro, opéra pour lequel l'administration n'a épargné ni les frais de décors, ni les dépenses de costumes ; le 10 mars on représentera La Fille du Cid, tragédie de Casimir Delavigne. Aujourd'hui, bal du jeudi gras, avec galop des tambours[11], illumination a giorno, mascarades comiques ; et cette fête grotesque et animée sera représentée extraordinairement le samedi gras, 29 février courant. Toutes les loges sont louées jusqu'au mardi gras.

Bal au ministère de la marine, 15 février 1866

Le Figaro, extrait d'un article, signé Nicolas Gentil, samedi 18 février 1866, page 7 :

Lundi soir, M. le ministre de la marine a donné le plus beau bal de la saison.
Douze cents personnes, dont je me garderai de citer une seule.
Des gens se réunissent pour danser et prendre des glaces; je ne vois là aucune raison plausible de mettre leurs noms dans les journaux.
Mais la fête du ministère de la marine a eu un côté original qui mérite qu'on en parle :
Un défilé de masques et de costumes, plein de pompe et de caractères.
A la tête du cortège, une escouade de marins battant du tambour.
Puis les quatre parties du monde :
L'Europe, représentée par une Parisienne parlementaire, portant suspendue à son cou, toutes les décorations connues, et traînée sur un char;
L'Asie, une jupe relevée, crânement debout sur un pavois;
L'Afrique, sur un chameau énorme;
L'Amérique, portée par des osages merveilleusement tatoués.
Autour de chacune de ces statues vivantes se pressait un groupe d'hommes, de femmes et d'animaux symboliques; chaque race avait son type, et chaque nation son représentant.
Le succès a été pour une Californie blonde, poudrée d'or, dorée des pieds à la tête, d'une poésie féerique.
Insensible au tapage des tambours, se glissant dans le va-et-vient des invités, passait un jeune homme en Mouche, dont la poitrine était ornée d'un écriteau sur lequel était écrit : « Je suis la mouche du coche. »
C'était l'organisateur de la soirée.

Bal masqué au théâtre du Châtelet, 9 février 1867

Dessin de Edward Dancourt, 1870[12].
Dessin de Edward Dancourt, 1870[12].
Dessin de Edward Dancourt, 1870[12].
Dessin de Edward Dancourt, 1870[12].

Le Figaro, lundi 11 février 1867, page 4 :

Le bal masqué du Châtelet a été superbe. Heureux les gens qui avaient des loges! car on se faisait littéralement écraser, tant la cohue était énorme.
Nous recevons, à ce sujet, la lettre suivante :
Monsieur le rédacteur,
Êtes-vous ou n'êtes-vous pas allé au bal du Châtelet ? Je l'ignore. Dans tous les cas, si mon appréciation sur cette fête peut vous être utile, la voici en style télégraphique.
À minuit précis, les portes ont été ouvertes au public, dont l'affluence était telle, qu'à deux heures du matin le contrôle avait enregistré 10,514 entrées.
La salle et le foyer étaient décorés et éclairés avec le meilleur goût, et des fleurs et des glaces ornaient les vestibules.
L'orchestre a eu le talent d'enthousiasmer son public. Après le quadrille de : Ot'donc tes pieds d'là ! qui a été bissé et accompagné en chœur par les danseurs, le chef d'orchestre, M. Victor Chéri, a été porté en triomphe.
Toutes les loges indistinctement regorgeaient de dames en costume de bal et de soirée.
On dansait dans la salle avec un grand entrain ; mais le foyer, avec son orchestre plus modeste (un piano, un piston, une flûte et plusieurs violons), n'était cependant pas le lieu le moins agréable et le moins fréquenté par les danseurs.
Tout était donc le mieux dans le meilleur des bals possibles ?
Non, pas précisément.
Certains côtés du service ont laissé à désirer.
Ainsi, par exemple, les employés au vestiaire n'étaient pas assez nombreux, tandis que, d'un autre côté, il était interdit aux ouvreuses de recevoir les manteaux. Il en est résulté des encombrements qui ont fait pas mal de mécontents.
Enfin, une partie du programme a atteint un but tout opposé à celui qu'on en attendait. Les trompes de chasse n'ont réussi qu'à assourdir les danseurs et à se faire siffler.
Mais, en sommes, ce sont là de ces petites écoles inhérentes à tous les débuts, et qu'on ne fait pas deux fois. Aussi peut-on entrevoir dès aujourd'hui que les bals du Châtelet prennent la vogue.
Que sera donc une grande fête donnée par le Figaro dans une salle aussi vaste et aussi heureusement aménagée ?
Un étudiant de septième année.

Un costume remarqué

Le Figaro, extrait d'un article de Élie Frébault, Le Figaro, mardi 12 février 1867, page 3 :

Samedi, au bal du Châtelet, le costume le plus excentrique était celui d'un monsieur revêtu d'un habillement mi-partie blanc et mi-partie noir. Tout le côté gauche de son individu était en pierrot, et tout le côté droit en tenue de bal ; une moitié de chapeau, une moitié d'habit noir, une moitié de pantalon idem.
C'est le même qui, à l'avant-dernier bal de l'Opéra, se présenta au foyer par la droite, du côté de l'habit noir ; mais qui en fut expulsé dès qu'on eût aperçu son côté gauche.

Bal chez Madame O'Connell, 23 février 1867

Le Figaro, article signé Georges Maillard, dimanche 17 février 1867 :

Bals partout.
Ce soir, samedi, et les samedis suivants, à la Préfecture de police.
Jeudi, 21, deuxième grand bal à l'Hôtel-de-Ville.
Samedi, 23, bal des artistes à l'Opéra-Comique.
Le même jour, bal artistique paré et costumé chez Madame O'Connell en son atelier du boulevard Saint-Michel, 115.
C'est une des curiosités artistiques de Paris que ce bal, nos lecteurs en auront une idée par l'invitation seule dont voici la teneur bizarre, et qui peut donner d'avance une idée de cette nuit amusante, où l'élégance correcte des gens du monde s'allie admirablement à l'entrain et au sans-façon intelligent du monde artiste :
Madame O'Connell prie M.... de lui faire l'honneur d'assister au pique-nique, bal costumé annuel (9e année) qui aura lieu dans son atelier, samedi 23 février.
Les dames s'obligent à offrir, en sus de leur quote-part du souper, un peu de lumière, ne fut-ce qu'une bougie.
Vous comprenez bien que ceci n'est qu'une formule, mais elle amène une foule d'incidents réjouissants. Chacun, se piquant au jeu, apporte quelque chose : si bien que la table du souper se trouve trop petite, les lustres insuffisants, et les girandoles surchargées. Tous les invités arrivant, porteurs de vivres et de lumières, il s'en suit nécessairement des encombrements de luminaires et de victuailles à ne plus savoir où les mettre.
Nous nous proposons au reste de rendre compte de cette fête originale, brillante, et, chose rare, éminemment gaie, quand il sera temps.

Bal des folles, 17 mars 1887

Le Petit Parisien, article « Le bal des folles », samedi 19 mars 1887 :

Chaque année, à l'Hospice de la Salpetrière, un bal est organisé le jour de la Mi-Carême pour la plus grande joie des pauvres folles, pensionnaires de cet établissement.
C'est dans la grande salle de l'Hospice que ce bal a lieu.
Des deux côtés de la salle, le long des fenêtres sont des banquettes où s'entassent les invités, tous en costume de ville. A l'extrémité, il y a un buffet, où, très avenantes sous leur petit bonnet de tulle blanc, les infirmières affairées distribuent aux danseuses les verres de sirop et les petits gâteaux. Au milieu, on voit un fourmillement multicolore de quadrilles et de valses : tout un peuple dansant de Colombines, de magiciennes, d'Espagnoles, de princesses et de laitières.
Et tout ce monde joyeux, le rose aux joues et l'éclair de plaisir dans les yeux, c'est la folie, pourtant !
Qui le croirait ?
A vrai dire, il n'y a pas là que des folles.
Le service des maladies nerveuses, les hystériques, les épileptiques et les hypnotiques, fournissent aussi leur contingent à la fête.
On penserait, n'est-ce pas ? qu'un bal organisé de la sorte doit être le déchaînement de la démence. Eh bien ! il n'en est pas ainsi. Rien de plus paisible, de plus calme, de plus doux, rien qui soit d'un aspect plus débonnaire et plus rassérénant que ce bal de folles : on se croirait dans une de ces fêtes familiales et bourgeoises, comme il s'en organise souvent par souscription entre voisins et amis, à l'occasion des Jours-Gras, dans certains milieux parisiens.
Toutes ces pauvres aliénées paraissent pleines de reconnaissance et d'affection pour ceux qui ont eu l'idée de leur préparer ce bal annuel. Ce bal, elles en rêvent toute l'année ! Aussi, leur joie éclate lorsqu'il a lieu.
Quand on se rappelle que dans le même Hospice de la Salpêtrière où l'on dansait si joyeusement hier[13], les pauvres folles étaient encore, il n'y a pas quatre-vingt ans, enfermées à demi-nues, le corps chargé de chaînes et de carcans, dans des loges souterraines où « elles avaient souvent les pieds rongés par les rats » ou gelées « par le froid des hivers », on songe non sans fierté au chemin parcouru, et l'on se dit que ni la science, ni la philanthropie, ni le progrès ne sont de vains mots.

Bal de l'Opéra, 1889

Le Monde illustré, début de l'article « Le carnaval », 9 mars 1889 :

Le carnaval n'est pas mort ; il a pris une nouvelle forme, voilà tout. Jamais on n'a vu les boulevards plus bondés que le mardi gras de cette année : le jour c'est une multitude déguisée, le soir c'est une orgie de nez grotesques, de petits enfants, de femmes en hommes, d'hommes en femmes. Ce n'est pas de très bon goût tout cela, mais c'est très gai, en somme.
Le vrai refuge du carnaval traditionnel est pourtant le bal de l'Opéra. C'est toujours la même cohue de masques grimaçants, de promeneuses enveloppés de mantilles blanches ou noires et de « messieurs en habit noirs ». Nous avons voulu jeter notre note carnavalesque en montrant les abords du bal de l'Opéra avant l'ouverture des portes. Il neige, il gèle, n'importe, ils sont là tous ces pauvres danseurs salariés, attendant l'heureux moment où les calorifères de M.Charles Garnier autant que leurs gambades vont les réchauffer. On grelotte maintenant, tout à l'heure on transpirera. — Pouah !

Bal des Incohérents, mars 1889

Le Petit Journal, samedi 30 mars 1889 :

En 1886, un certain nombre de rapins modernistes, de poètes ultra-fantaisistes et de journalistes en belle humeur eurent l'idée d'organiser, dans un petit local de la galerie Vivienne, une exposition encore plus étrange que celle dont les impressionnistes avaient donné l'exemple. Le succès de cette exhibition "incohérente" fut tel que ceux qui y avaient participé éprouvèrent le désir de se retrouver, et après avoir distrait le public, de s'amuser à leur tour.
Un bal, dans lequel on appliquerait au costume la méthode incohérente qui avait si fort réussi pour la peinture et le dessin fut décidé.
Un succès colossal salua cette joyeuse innovation. Depuis, chaque année, une fête analogue fut donnée la veille de la Mi-Carême. Seulement, comme le nombre des invités augmentait toujours, il fallait chaque fois prendre un plus grand local. Les incohérents dansèrent successivement à l'ancienne salle Frascati, rue Vivienne et aux Folies-Bergère.
C'est dans cet endroit qu'avait été donné, le 10 mars 1887, le troisième bal incohérent. M. Jules Lévy, le grand organisateur de ces diverses fêtes, avait juré que ce bal serait le dernier. Il a tenu ce serment en 1888, mais cette année il n'a pas pu résister au désir de ressusciter une de ces rares réunions où l'on s'amuse vraiment.
C'est à l'Éden-Théâtre qu'étaient conviés, cette fois, les incohérents et incohérentes. A minuit et demi, la nuit dernière, les portes s'ouvraient et livraient passage à un premier flot d'invités, pendant que l'orchestre exécutait le Père la Victoire, sous la direction de l'auteur, M. Louis Ganne.
A partir de ce moment, et jusqu'à deux heures du matin, on a pu assister à un défilé ininterrompu de costumes tous plus bizarres les uns que les autres. Notons au hasard : d'abord, le triomphateur de la soirée, un Carnot en habit noir, avec le grand cordon de la Légion d'honneur, d'une ressemblance si parfaite que plusieurs gardes de Paris l'ont salué avec respect. Ils ont dû cependant être détrompés lorsqu'ils ont vu le sosie du chef de l'État faire des doubles en sautant à la corde.
Puis : un Saint-Antoine tenant en laisse un joli petit cochon rose, qui le suivait en trottinant ; un mont-de-Piété, avec sa lanterne et tous ses accessoires ; un squelette se promenant dans son cercueil, accompagné d'un croque-mort avec cette inscription : Porteur d'os à domicile  ; de nombreux boulangers, moitié généraux, moitié mitrons ; un "tas de fumier à vendre" fumant des cigarettes ; des poëles mobiles, hommes et femmes ; deux jolies bottes de vrais radis, que tous ceux qui les rencontraient s'amusaient à croquer en détail ; une vache espagnole - tête de ruminant sur buste d'Andalouse ; - un monsieur entièrement vêtu de correspondances d'omnibus de toutes couleurs ; un séminariste astreint au service obligatoire, mélange ingénieux de vêtements ecclésiastiques et militaires ; une Mascarille entièrement habillée de foulards représentants la Tour Eiffel et la nouvelle Bastille ; un invalide porteur d'un superbe bouquet de fleurs d'oranger ; deux merveilleuses d'une inimitable élégance, enfin une nuée de pierrots noirs et de pierrettes de toutes couleurs, genre Willette, de clowns, de danseuses, d'écolières, de petits scolaires, etc.
Tout ce monde s'est trémoussé jusqu'à quatre heures, a soupé, a encore dansé et, lorsqu'il a fallu s'en aller, à six heures du matin, s'est écrié : Déjà !

Bal des enfants épileptiques, 5 mars 1891

Le Constitutionnel, dimanche 8 mars 1891, page 1. :

Le bal annuel des folles, à la Salpêtrière, a obtenu hier un immense succès. Jamais on n'avait vu un tel défilé de pierrots, Triboulets de toute sorte, folies, écuyères, etc. On remarquait beaucoup, parmi les malades déguisées, d'ailleurs de fort charmante façon, les sujets habituels de M. le professeur Charcot.
Au reste, pas d'incident notable.
De même, le bal des enfants épileptiques auquel assistaient tous les jeunes élèves de Mlle Nicole, s'est passé de la manière la plus normale.
On remarquait dans l'assistance MM. le Marquis d'Antas, ministre du Portugal, baron Ramon, Th. Cahu, les peintres Cormon, Cabanes, docteur Paul[14], Blocq, Salles, Eiffel, docteur Voisin, Peyron, directeur de l'Assistance publique ; Le Bas, etc.

Annonces de bals 1900

Elles ont toutes les deux été publiées dans Le Figaro, la première le lundi 26 février, la seconde le jeudi 22 mars 1900 :

Rappelons que le Casino de Paris donnera demain mardi gras, dans l'après-midi, un grand bal d'enfants, et le soir une grande redoute masquée dont nous donnerons le programme dans notre prochain numéro.
La mi-carême sera bien fêtée aujourd'hui au joyeux Moulin Rouge[15]. Dans l'après-midi aura lieu un ravissant bal d'enfants. Le soir, ce sera le tour des grands pour qui une brillante fête de nuit a été organisée.

Notes

  1. Extrait d'un rapport de police du 30 ventôse an XIII, 21 mars 1805, conservé dans les Collections historiques de la Préfecture de police et publié en 1994 dans une brochure promotionnelle du Carnaval de Paris : « Suivant un ancien usage, les blanchisseuses ont célébré la mi-carême, par des danses et des chants dans leurs bateaux. » (Les bateaux dont il est question sont les bateaux-lavoirs qui étaient amarrés sur la Seine).
  2. « Journal et mémoires de Mathieu Marais, Avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV (1715-1737) », Firmin Didot éditeurs, Paris 1864, tome 2, page 92 (Usuels Bibliothèque historique de la ville de Paris 8°H73)
  3. Qui a lieu le Mardi Gras 25 février 1721.
  4. a et b « Journal anecdotique du règne de Louis XV », par E.J.F.Barbier, Avocat au Parlement de Paris – Edition de 1847 – En 1723, les trois jours gras (dimanche, lundi et mardi-gras) tombaient les 4, 5 et 6 février.
  5. Mot utilisé ici dans le sens de "personnes masquées".
  6. C'est-à-dire positivement, en termes exprès (note de l'édition de 1849).
  7. Il s'agit du nom porté à l'époque par l'Opéra.
  8. Le premier numéro de ce journal est sorti le 3 janvier de la même année
  9. Allusion au fait que l'argent va servir à des œuvres de charité.
  10. Bibliothèque pour rire - Le bal Musard, par Louis Huart, avec 60 vignettes de Cham, Paris 1850.
  11. Le succès du galop des tambours – créé l'année précédente par Jean-Baptiste Joseph Tolbecque au bal du Théâtre de la Renaissance, – se poursuit en 1840, contrairement à d'autres succès musicaux du Carnaval de Paris dont la carrière dure juste le temps d'un Carnaval.
  12. a, b, c et d Le Journal Amusant, 12 Février 1870
  13. L'article paraît le dimanche 19 et parle de la Mi-Carême de l'avant-veille, jeudi 17. Il a donc été rédigé le 18.
  14. Célèbre médecin-légiste, à moins qu'il s'agisse ici d'un homonyme.
  15. C'était à l'époque une salle de bal.

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