Ythier Silvain Pryvé

Ythier Sylvain Pryvé

Ythier Sylvain Pryvé, maréchal de camp, né le 19 juillet 1762 à Vannes (Morbihan).

Il entra au service comme soldat dans le corps des carabiniers, le 15 mai 1779, et obtint son congé le 22 septembre 1781. Le 14 juillet 1787, il s'engagea dans le régiment de Dauphin-Dragons (7e de l'arme), et y servit jusqu'au 15 octobre 1789, époque à laquelle il passa comme soldat dans le bataillon de Sully, incorporé dans le 1e du Loiret.

Nommé le 25 janvier 1792 sous-lieutenant au 13e dragons, il rejoignit son régiment à Thionville, et lorsque les Autrichiens vinrent faire le siège de cette place, il se fit remarquer par son courage dans les différentes sorties de la garnison. Dans celle qui eut lieu le 22 septembre 1792, Privé passa la Moselle à la tête de 16 dragons, attaqua un poste ennemi qui gardait un magasin considérable de subsistances, et fit de sa main quatre prisonniers. Dans celle du 16 octobre suivant, il s'empara d'un convoi de grains. Promu lieutenant le 20 avril 1793, il servit pendant cette année et la suivante à l'armée du Nord.

Chargé, avec 30 dragons de son régiment, de chasser les Prussiens d'un poste retranché qu'ils occupaient près de l'abbaye d'Anchin, il attaqua l'ennemi avec la plus grande intrépidité, et, quoique blessé d'un coup de feu à la jambe droite, dès le commencement de l'action, il poursuivit l'ennemi avec vigueur et lui fit 10 prisonniers, parmi lesquels se trouvait l'officier qui commandait le poste.

Passé comme lieutenant aide-de-camp auprès du général Bonnaud, le 28 thermidor an II, il continua de faire la guerre à l'armée du Nord pendant une partie de l'an III. Son général lui ayant ordonné de faire la reconnaissance des lignes de Breda.[1]

Le général en chef, en témoignage de sa satisfaction, chargea le lieutenant Privé de porter à la Convention nationale les 19 drapeaux pris dans cette journée. Le 26 nivôse an III, il fut admis à la barre[2] Le président, Letourneur de la Manche, lui répondit, et il l'invita aux honneurs de la séance, ainsi que Gaignard et Babo, après lui avoir donné l'accolade.

De retour à l'armée, Privé obtint le grade de capitaine le 27 messidor an III, et resta attaché, en qualité d'aide-de-camp, au général Bonnaud qu'il suivit à l'armée des côtes de Cherbourg lorsque cet officier général alla en prendre le commandement en chef. Chargé, avec une colonne de 800 hommes d'infanterie, d'aller chercher un convoi de grains destiné à l'approvisionnement de la ville d'Angers, le capitaine Privé fut attaqué par un corps de 4 000 chouans. Il le repoussa et lui fit essuyer une défaite complète, à la suite de laquelle il fit arriver son convoi à Angers.

Sur le rapport du général Bonnaud, le gouvernement récompensa les services de cet officier en le nommant chef d'escadron aide-de-camp le 13 pluviôse an IV. Son général ayant reçu le commandement de la cavalerie de l'armée de Sambre-et-Meuse, Privé fit avec lui les campagnes des ans IV et V à cette armée. Il montra beaucoup de valeur dans différents combats, et fut frappé à la main droite d'un éclat d'obus pendant qu'il soutenait près d'Amberg, à la tête de la division de cavalerie, la retraite de l'armée de Sambre-et-Meuse. Il quitta son poste, pour aller se faire panser; que lorsque toutes les troupes furent repassées sur la rive gauche du Rhin.

Ayant cessé ses fonctions d'aide-de-camp à la mort du général Bonnaud, il fut placé provisoirement comme chef d'escadron dans le 13e régiment de dragons le 10 germinal an V, et autorisé, lé 3 fructidor suivant, à se retirer dans ses foyers avec traitement de réforme. Il resta dans cette position jusqu'au 19 floréal an VII, époque à laquelle il fut fait commandant du contingent des conscrits du département du Loiret. Élevé au grade de chef de brigade du 21e régiment de cavalerie le 17 fructidor de la même année, il commanda ce corps pendant les guerres d'Italie des ans VIII et IX, et vint tenir garnison à Nevers pendant les ans X et XI.

Réformé, le 10 nivôse de cette dernière année, par suite de l'incorporation du 21e de cavalerie dans le 1er de carabiniers et dans les 24e, 25e et 26e de dragons, il fut désigné, le 3 germinal, pour aller prendre le commandement du 8e régiment de dragons en remplacement de Louis Bonaparte, frère du premier Consul; mais le gouvernement le plaça à la tête du 2e régiment de la même arme le 13 fructidor. Employé à l'armée des côtes de l'Océan en l'an XII et l'an XIII, il devint membre de la Légion d'honneur les 19 frimaire et 2b prairial an XII, et membre du collège électoral du département du Loiret.

Il fit les campagnes de l'an XIV à 1807 avec la 1e division de dragons de la réserve de cavalerie de la grande armée, et combattit à Wertingen, à Langenan, à Neresheim et à Austerlitz. L'Empereur, satisfait de sa conduite pendant cette courte et glorieuse campagne, lui donna la croix de commandeur de la Légion d'honneur le 4 nivôse an XIV. Le 14 octobre 1806, à Iéna, le colonel Privé exécuta trois charges vigoureuses avec un plein succès.[3]

Le 26 décembre suivant, à Golymin, il exécuta plusieurs charges contre la cavalerie russe, et lui enleva 3 pièces de canon. Le 7 février 1807, au combat en avant d'Eylau, il chargea avec intrépidité contre une colonne d'infanterie russe qui fut sabrée et faite prisonnière, et il eut, dans cette action un cheval tué sous lui. Le lendemain 8, à la bataille d'Eylau, il fut blessé d'un coup de biscaïen au pied gauche.

Nommé général de brigade le 14 mai suivant, il fut créé baron de l'Empire, avec dotation, par décret du 19 mars 1808. Employé au corps d'observation de la Gironde sous les ordres du général Dupont, il y commanda la brigade d'avant-garde, et entra en Espagne avec ce corps. Le 7 juin 1808, pendant l'attaque du pont d'Alcolea, le général Privé, avec sa brigade de dragons, sabra et mit en fuite une colonne de 3 000 Espagnols. Le 19 juillet suivant, à Baylen, le général Dupont ordonna à Privé de se porter avec sa brigade de dragons sur une colline élevée, occupée par deux bataillons ennemis qui menaçaient la droite de l'armée française.[4]

Lorsque le général Dupont s'embarqua pour retourner en France, il laissa le général Privé en Andalousie pour veiller aux intérêts des troupes prisonnières, dont il partagea ensuite les infortunes par une monstrueuse violation des droits de la guerre et de l'humanité. Conduit d'abord aux îles Baléares, puis en Angleterre, il rentra en France le 1er juin 1814 et fut mis en non-activité. Louis XVIII le créa chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis le 17 janvier 1815, et l'Empereur, après son retour de l'île d'Elbe, lui confia l'organisation des gardes nationales dans la 14e division militaire. Rentré en non-activité après la catastrophe de mont Saint-Jean, il demeura dans cette position jusqu'au 20 mai 1818, époque de son admission à la retraite. Il est mort le 13 février 1831.

Notes et références

  1. Son rapport indiquait avec une grande précision la force et l'emplacement des postes ennemis, ainsi que les points susceptibles d'être attaqués avec quelque chance de succès. Le général en chef Pichegru suivit de point en point les indications que contenait ce rapport ; l'attaque réussit complètement, et l'ennemi perdit toute son artillerie.
  2. S'adresssant à l'Assemblée, il s'exprima en ces termes : « Citoyens représentants, l'armée du Nord continue de poursuivre sans relâche les ennemis de la République. Elle ne connaît point d'obstacles quand vous ordonnez au nom de la patrie, et elle est payée de toutes ses fatigues par la perspective de la liberté et du bonheur du pays. La mémorable journée du 7 nous a valu des avantages immenses ; nous nous sommes emparés des positions qu'il importait le plus d'occuper pour porter les plus terribles coups aux armées anglaise et hollandaise. Nous avons fait un grand nombre de prisonniers, et l'ennemi nous a laissé plus de 300 pièces de canon et une grande quantité de munitions. Enfin, nos braves soldats ont enlevé dans cette journée 19 drapeaux qu'ils m'ont chargé de vous présenter. Citoyens représentants, recevez, au nom de l'armée du Nord, ce gage de son dévouement à la République, à la représentation nationale. C'est à votre voix qu'elle a renversé les hordes innombrables qui menaçaient d'envahir la France. Tout son sang appartient à la patrie ; c'est à vous d'en disposer en son nom. Je vous présente deux braves soldats qui se sont particulièrement distingués dans la journée du 7, Gaignard, brigadier au 13e régiment de dragons, et Babo, grenadier au 2e bataillon de la 27e demi-brigade. Ils ont enlevé chacun un drapeau à l'ennemi. »
  3. Dans cette journée, il fit prisonnier un bataillon prussien tout entier, enleva un drapeau et s'empara de 12 pièces de canon. Vers la fin de la bataille, il chargea, avec le ler escadron de son régiment, 200 dragons Saxons qui furent culbutés, sabrés et poursuivis jusqu'à plus d'un kilomètre sur les derrières de l'armée prussienne. Lorsqu'il voulut retourner, il trouva sa retraite coupée par la cavalerie de l'armée ennemie ; prenant alors toutes les dispositions convenables avec un sang-froid admirable, il s'élance sur la ligne prussienne, la renverse et vient reprendre son ordre de bataille sans avoir éprouvé de perte.
  4. Pour y arriver, il fallait traverser un terrain difficile et qui ne permettait aucun ordre de bataille. Le général Privé fait avancer en tirailleurs le 1er régiment provisoire de dragons, et marche ensuite avec le 2e, tandis qu'un escadron de cuirassiers se porte en colonne sur son flanc droit, à la hauteur des tirailleurs. La brigade française gagne bientôt le sommet de la colline ; le général fait sonner la charge ; le 1e régiment de dragons et l'escadron de cuirassiers s'élancent sur les deux bataillons ennemis, les enfoncent et sabrent tous ceux qui ne cherchent point leur salut dans la fuite. Le général Privé ne pouvant pas conserver cette position à cause du feu violent auquel il se trouvait exposé, ramena sa brigade sur le terrain d'où elle était partie; mais à peine avait-elle évacué la hauteur que deux autres bataillons ennemis vinrent prendre la place de ceux qui avaient été culbutés. Le général Dupont ordonna aussitôt une seconde attaque, qui fut exécutée de la même manière et avec autant de succès. La brigade française reprit encore sa première position. Privé fit présenter au général Dupont les deux drapeaux que sa troupe avait enlevés, et que le général en chef fit porter sur le front de l'infanterie pour exciter l'ardeur de l'armée. Quand le général Dupont eut pris la résolution d'entrer en pourparlers avec l'ennemi, le général Privé, qui avait combattu avec gloire depuis le commencement de l'action, vint le trouver, lui représenta que rien n'était encore désespéré, et qu'il y avait un moyen de s'ouvrir un passage; qu'il fallait d'abord abandonner toute espèce de voitures qui pourraient entraver la marche des troupes, et à la garde desquelles étaient employés en ce moment plus de 1 500 hommes, qui devenaient alors disponibles pour le combat; ensuite réunir toute l'infanterie devant l'aile droite de l'ennemi, et la faire marcher en plusieurs colonnes sur cette même aile en flanquant leur gauche par la cavalerie. Il ajouta que cette droite, ainsi culbutée, l'armée française continuerait sa marche en avant et parviendrait sans doute à se mettre en communication avec le général Vedel, qui ne pouvait pas être très-éloigné de Baylen ; que les dispositions pour cette attaque étaient d'autant plus faciles à faire, qu'elles seraient masquées par le bois qui se trouvait entre la gauche des Espagnols et la droite des Français, accident qui empêcherait les Espagnols d'apercevoir les mouvements de la formation des premières colonnes. Le général Dupont n'accueillit point les observations du général Privé qui alla rejoindre sa brigade.

Source

« Ythier Sylvain Pryvé », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, 1852 [détail de l’édition] (Wikisource)

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