Back Door

Porte dérobée

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Dans un logiciel, une porte dérobée (de l'anglais backdoor, littéralement porte de derrière) est une fonctionnalité inconnue de l'utilisateur légitime, qui donne un accès secret au logiciel.

L'introduction d'une porte dérobée dans un logiciel à l'insu de son utilisateur transforme le logiciel en cheval de Troie.

Sommaire

Technique

Une porte dérobée peut être introduite soit par le développeur du logiciel, soit par un tiers, typiquement un pirate informatique. La personne connaissant la porte dérobée peut l'utiliser pour surveiller les activités du logiciel, voire en prendre le contrôle (par contournement de l'authentification). Enfin, selon l'étendue des droits que le système d'exploitation donne au logiciel contenant la porte dérobée, le contrôle peut s'étendre à l'ensemble des opérations de l'ordinateur.

La généralisation de la mise en réseau des ordinateurs rend les portes dérobées nettement plus utiles que du temps où un accès physique à l'ordinateur était la règle.

Parmi les motivations amenant les développeurs de logiciel à créer des portes dérobées, il y a :

  • l'intérêt pratique d'un accès facile et toujours ouvert au logiciel pour pouvoir mener efficacement les actions de maintenance ;
  • la possibilité de désactiver subrepticement le logiciel en cas de désaccord avec son client (non-paiement de licence).

Parmi les motivations amenant les pirates informatiques à installer une porte dérobée :

  • la possibilité de surveiller ce que fait l'utilisateur légitime et de copier ou détruire des données ayant une valeur (mots de passe, clé privée pour déchiffrer des messages privés, coordonnées bancaires, secrets commerciaux) ;
  • la possibilité de prendre le contrôle d'un ordinateur et de pouvoir l'utiliser pour mener des actions malfaisantes (envoi de pourriels notamment pour l'hameçonnage, de virus informatiques, déni de service) ;
  • le contrôle d'un vaste réseau d'ordinateurs (voir botnet), qui peut être utilisé pour du chantage au déni de service distribué (DDoS), ou revendu à des criminels.

Pour installer des portes dérobées en masse, les pirates informatiques utilisent des vers. Ceux-ci se répandent automatiquement et installent un serveur informatique sur chaque ordinateur infecté. Ensuite le pirate peut se connecter à travers Internet au serveur.

Une porte dérobée peut aussi être insérée par voie d'Easter egg, de compilateur (voir la section plus bas Le cas du compilateur C Unix: Trusting Trust), ou peut prendre la forme d'un programme, comme Back Orifice.

Le cas du compilateur C Unix : Trusting Trust

En 1984, l'informaticien américain Kenneth Thompson décrit, dans son article Reflections on Trusting Trust, comment il aurait été possible d'insérer une porte dérobée dans tous les programmes en C compilés sur Unix. De plus, vu que les versions mises à jour de ce compilateur, qui n'est rien d'autre qu'un autre programme compilé, sont compilées à partir du compilateur C préexistant, l'algorithme d'insertion de la porte dérobée se serait fait transmettre d'une mise à jour à une autre. Donc, si ce compilateur à porte dérobée avait été « lâché dans la nature » (en anglais : released in the wild) à l'origine, alors n'importe quel compilateur de C insérerait possiblement des portes dérobées de nos jours.

Il est à noter que la porte dérobée présente dans tous les programmes C compilés n'apparaîtrait jamais dans le code source en C.

L'appellation trust (pour confiance) vient du fait que le compilateur C d'origine est considéré par son utilisateur final comme une boîte noire digne de confiance.

Pour un programmeur qui ne comprend pas le fonctionnement d'un tel compilateur, mais lui fait confiance, il serait difficile de penser qu'un programme, qu'il a lui-même écrit puis compilé, contient une porte dérobée.

Source: Kenneth Thompson, Reflections on Trusting Trust, Communication of the ACM, Vol. 27, No. 8, August 1984, pp. 761-763. (en) [1]

Affaires notables

Interbase

Une porte dérobée a été découverte dans le Système de gestion de base de données Interbase le 10 janvier 2001 lors de l'ouverture du code source par son éditeur, Borland. Il suffisait d'entrer le nom d'utilisateur « politically » et le mot de passe « correct » pour se connecter en administrateur. La faille existait depuis 1994.

GNU/Linux

En novembre 2003, une porte dérobée a été trouvée dans GNU/Linux. Elle a été rapidement détectée, avant qu'une version de GNU/Linux soit mise en production. La porte dérobée a été greffée très synthétiquement : elle consiste en deux lignes de langage C, ajoutées à la fonction sys_wait4 du fichier « kernel/exit.c » :

 if ((options == (__WCLONE|__WALL)) && (current->uid = 0))
   retval = -EINVAL;

La condition (current->uid = 0) est censée être lue par un lecteur particulièrement naïf comme une comparaison « si le numéro d'utilisateur du processus est 0 (root) » mais signifie en réalité en langage C l'affectation « le numéro d'utilisateur du processus devient 0 (root) ». Le résultat est que si cette fonction sys_wait4() truquée était appelée avec les paramètres __WCLONE|__WALL, le processus prenait l'identité de root, le niveau d'utilisateur disposant des droits d'accès maximaux.

Cette modification visait à profiter de la confusion entre divers langages de programmation, où le symbole de la comparaison de deux valeurs est le signe = (Pascal, Ada, ML...) et d'autres où c'est la double égalité == qui joue ce rôle (C, C++, Java...), le signe = signifiant alors une affectation d'une valeur à une donnée. Cette modification avait peu de chance de passer inaperçue, car ce type d'erreur est peu compatible avec le niveau en informatique de programmeurs travaillant sur le noyau Linux. Le langage C étant le langage de programmation le plus utilisé sur les systèmes de la famille Unix, très peu d'utilisateurs non débutants se seraient laissés prendre.

De plus, le processus de développement collectif d'un logiciel (notamment celui d'un logiciel libre) impose que chaque modification soit validée; elle doit pour cela avoir une justification légitime. Ainsi, toute modification, aussi minime soit-elle, apparait dans les diff et soulève de légitimes interrogations si elle n'a pas une justification claire.

Au cinéma

Le scénario du film américain WarGames repose sur une porte dérobée. Le concepteur d'un système informatique militaire y insère une porte dérobée sous la forme d'un mot de passe non-documenté qui y donne accès. Ce mot de passe donne aussi accès à des fonctionnalités non-documentées du programme, qui donne au système de contrôle d'armement l'apparence d'un jeu vidéo de simulation de guerre.

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